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AGENCE DE NOTATION


Dans « Boursorama » du 15 décembre 2011

Article intitulé : Les agences de notation devenues "incompréhensibles", selon Christian Noyer :

« Les agences de notation sont devenues "franchement incompréhensibles et irrationnelles" et leur utilité pour guider les investisseurs "n'est plus avérée aujourd'hui", estime jeudi le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer. "Les agences sont devenues franchement incompréhensibles et irrationnelles. Elles lancent des menaces, alors même que les Etats ont pris des décisions fortes et positives", déclare Christian Noyer dans un entretien au journal régional Le Télégramme de Brest, faisant référence à l'accord intervenu la semaine dernière au sommet européen de Bruxelles pour resserrer la discipline budgétaire. "Les agences de notation font comme s'il ne s'était rien passé. On peut penser que l'utilité des agences pour guider les investisseurs n'est plus avérée aujourd'hui". La France, comme la plupart des pays de la zone euro, est menacée d'une dégradation de sa note, actuellement AAA, par l'agence Standard and Poor's.  Christian Noyer, également membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), conteste par avance une telle dégradation. "Je ne sais pas ce que feront les agences de notation. Ce que j'observe, c'est que ces agences ont réussi, par leurs commentaires critiques, à fragiliser un sentiment positif qui existait sur le marché au lendemain du sommet de Bruxelles", dit-il. "En outre, la dégradation ne me paraît pas justifiée au regard des fondamentaux économiques. Ou alors, il faudrait qu'elles commencent par dégrader le Royaume Uni qui a plus de déficits, autant de dettes, plus d'inflation, moins de croissance que nous et dont le crédit s'effondre", ajoute-t-il.»                                                                                 

Pascal Canfin, député européen, dans « La Tribune » du 8 septembre 2011

Article intitulé : La dégradation des pays triple A : est-ce si grave ?
« Standard & Poor's (S&P) a annoncé sa volonté de dégrader la note de plusieurs pays européens, dont la France. Au-delà des réactions de posture politique, je vois trois enseignements à en tirer. Premièrement, les notes des agences de notation sont aujourd'hui beaucoup plus regardées par les responsables politiques que par les marchés financiers. Contrairement à ce qui est souvent affirmé, il n'y a pas de lien automatique entre la note d'un pays et le taux d'intérêt auquel il emprunte sur les marchés. La France emprunte à un taux historiquement bas, malgré les menaces sur son triple A. Les États-Unis ont des taux plus faibles aujourd'hui qu'à l'époque où les trois agences notaient le pays triple A. Les relations sont plus complexes car elles dépendent d'un faisceau de facteurs dont l'appréciation des agences n'est qu'un élément parmi d'autres. Sur ce point, les marchés sont beaucoup moins des fétichistes de la note que les politiques qui l'instrumentalisent à des fins de débat partisan de court terme ou en font un « trésor national ». Deuxièmement, l'annonce de S&P portant sur l'ensemble des pays de la zone euro montre clairement l'interdépendance de nos économies. En ce sens, l'annonce de S&P peut avoir un effet bénéfique sur le débat européen car elle met bien en évidence notre intérêt commun. Dernier enseignement : lisez-le communiqué de S&P. Nulle part vous ne trouverez trace de l'obsession européenne des 3 % de déficit en 2013. Les agences, comme les banques d'ailleurs, ne demandent pas aux États de respecter à tout prix cet objectif. Elles mettent au contraire en tête de leurs craintes une récession généralisée, qui empêche les États de réduire réellement leurs déficits et mette finalement en danger les banques elles-mêmes, qui détiennent dans leurs comptes des milliers de milliards d'obligations d'États. Et leur deuxième demande, relayée récemment par Moody's, est de transformer la BCE en prêteur de dernier ressort pour aider les États à se financer. Je suis le premier à dénoncer les pratiques des marchés, au parlement européen. Mais quand les banquiers disent que l'austérité n'est pas la solution, je ne vais pas changer d'avis parce qu'on tombe d'accord! »


Commentaire : Voilà de justes propos.

François Vidal dans « Les Echos » du 7 septembre 2011

Article intitulé : Une menace opportune  
« Les agences de notation sont passées maîtresses dans l’art du contre-pied. Il fallait en effet un sens particulier du timing pour prévenir lundi soir de la possible dégradation de la note de crédit des Etats les mieux notés de la zone euro au motif, notamment, que la gouvernance économique de leur club est défaillante. On ne saurait en effet être plus décalé, alors que Paris et Berlin venaient d’annoncer une initiative, si ce n’est historique – le terme est galvaudé s’agissant de la monnaie unique –, en tout cas marquante sur le renforcement de la discipline budgétaire au sein de la zone. La collision des deux événements relève, c’est certain, de la pure coïncidence. Standard & Poor’s a pris sa décision plusieurs jours avant la rencontre Merkel-Sarkozy de lundi. Il n’empêche, au moment où les marchés semblent se calmer, cet avertissement ne peut qu’alimenter le procès en sorcellerie instruit depuis quatre ans maintenant à l’encontre des juges de paix du crédit. C’est pourtant un service insigne que S&P vient de rendre à la zone euro. Et cela de deux manières. D’abord, en ne faisant pas de détail, c’est-à-dire en menaçant de dégradation aussi bien des cancres que des Etats aussi vertueux que la Finlande et le Luxembourg ou aussi dynamique que l’Allemagne, S&P indique que le temps du chacun-pour-soi est passé. Que la crise est devenue systémique et qu’il s’agit bien de sauver l’ensemble de la zone euro. Si les marchés montent depuis une semaine, s’ils ont à peine fléchi hier, c’est parce qu’ils anticipent des mesures historiques de la part de la BCE demain, et de la part des dirigeants européens lors du sommet qui suivra. »


Commentaire : De plus en plus la gouvernance ne se limite plus à être un terme galvaudé. Elle devient un critère de sélection et de choix. Si je transpose cette réalité au monde de la gestion, est-ce de bonne gouvernance de continuer à ne pas tenir compte des volumes dans la valorisation des OPCVM ? Est-ce de bonne gouvernance de ne pas analyser la validité des performances annoncées au regard des volumes traités sur les marchés ? Est-ce de bonne gouvernance d’utiliser des comparatifs non cohérents ? Etc.. Je persiste à penser que les métiers de la finance vont connaître leur « Big bang ». Reste à savoir si cela se fera de leur plein gré, et en toute conscience, ou après leur krach. Ne nous reste-t-il pas à « Prendre conscience du passé pour travailler à l’Avenir en toute conscience et avec conscience » ?                                                                                        

Norbert Gaillard propos recueilli par Jean-Claude Bourbon, dans « La Croix » du 20 octobre 2011

Article intitulé : Qui paye les agences de notation
« Ce sont les émetteurs eux-mêmes, c’est-à-dire les Etats, les collectivités, les entreprises, qui payent les agences de notation. Bref, tous ceux qui empruntent sur les marchés, selon le principe de « l’émetteur payeur », apparu à la fin des années 60 et qui s’est généralisé depuis. Mais les montants et leurs modes de calculs demeurent très secrets, avec des parts fixes et des parts variables, en fonction des niveaux de dette et de complexité des produits proposés. »

Clément Lacombe dans « Le Monde » du 19 octobre 2011

Article intitulé : Trois agences, trois logiques différentes
 « A trois, elles se partagent plus de 90 % du marché de la notation. D'où un récurrent procès en oligopole contre les agences américaines Standard & Poor's (S & P), Moody's, et la Britannique Fitch. Ces trois agences peuvent pourtant avoir des méthodes d'évaluation forts différentes. Et accorder à la même dette d'un Etat des notes très éloignées. Tel est le constat de l'économiste Norbert Gaillard, consultant à la Banque mondiale, à l'issue d'une étude historique des notations souveraines, synthétisée dans un ouvrage tout juste publié, A Century of Sovereign Ratings (Springer, 196 pages, 94,90 euros). " Depuis vingt-cinq ans, on a deux grandes approches du risque souverain, note M. Gaillard. S & P bouge souvent et ajuste sa perception du risque souverain en fonction de la conjoncture. A l'inverse, Moody's tente d'éviter les mouvements erratiques de notation, baisser puis remonter, et attend que le changement de cycle soit achevé avant d'agir. Fitch se situe à mi-chemin, évitant de faire des vagues pour gagner des parts de marché. L'historique des notes accordées à l'Italie illustre ces différences : Moodys'a laissé inchangé la note de la Péninsule de 2002 à 2011, quand, dans le même temps, S & P l'a dégradée trois fois. Même chose avec la Grèce en avril 2010, avec pas moins de quatre " crans " (niveau de la note) de différence entre les évaluations de S & P et de Moody's. " On s'est retrouvé avec un écart inédit pour un pays dit industrialisé, explique M. Gaillard. Chacune des deux agences est allée au bout de sa logique. " Agissant plus tardivement, Moody's est amenée à être plus brutale dans ses dégradations ou améliorations de note. Selon les calculs de M. Gaillard, le changement est d'en moyenne de 1,05 cran chez Fitch et S & P (sur une grille de vingt-deux crans chez cette dernière), contre 1,4 cran chez Moody's. Quand elle a abaissé la dette italienne, en octobre, Moody's l'a fait de trois crans d'un coup. S & P a étalé dans le temps la sanction, diminuant la note à chaque fois d'un cran. Ces stratégies différenciées sont appelées à connaître succès ou échecs en fonction de la gravité de la crise. S & P a dégradé le Mexique lors de la crise de 1994-1995, avant de faire machine arrière. Moody's n'avait pas bougé. A l'inverse, S & P, comme Fitch, ont dégradé la Grèce dès 2004, date d'un premier scandale autour du maquillage des comptes publics, et cinq ans avant la découverte de nouveaux trucages (novembre 2009), prélude à la crise actuelle. Moody's avait attendu décembre 2009 avant de procéder à sa première dégradation. »                                                                                   

Yves de Kerdrel dans « Wansquare » du 1 septembre 2011

Article intitulé : Le pied de nez de Fitch

« Au moment où les agences de notation son clouées au pilori, l'une d'entre elles encaisse près de 400 millions de dollars en cédant une activité déficitaire. Le groupe Fitch, dont Fimalac (Marc de Lacharrière) est l'actionnaire à hauteur de 60 %, aux côtés de l'américain Hearst, vient ainsi d'annoncer la cession de sa filiale Algrorithmics, spécialisée dans le conseil pour l'évaluation et la gestion des risques. Acquise en 2005, sur la base d'un prix de revient de 96 millions de dollars, cette société est reprise par IBM pour un montant - astronomique ! - de 387 millions de dollars. Pour Fitch c'est évidemment une très bonne opération. D'abord parce que le groupe se sépare d'une filiale structurellement déficitaire, et qui le serait restée encore longtemps compte tenu des besoins très importants en matière d'investissement. Ensuite, parce que la cession se traduit par une importante plus-value faciale, qui est plus importante encore sur le plan économique. Car à cause de l'importance de ses amortissements de logiciels, la société a entraîné pour le groupe Fitch une économie d'impôt de 100 millions de dollars au cours des six années qu'elle aura passée dans son giron. Enfin parce que Fitch Group va pouvoir se recentrer sur la très profitable activité de la notation. »

Commentaire : En synthèse, un « patron » d’agence de notation, qui en donnant des notes influe sur le marché, est actionnaire d’une société « Algrorithmics », spécialisée dans le conseil pour l'évaluation et la gestion des risques. Qui a parlé de trading à haute fréquence ? Dans Marianne du 27 août 2010 : Marc Ladreit de Lacharrière
Marco, c’est avant tout le champion toutes catégories du conflit d’intérêt. Un artiste, même. Résumons : à travers sa holding Fimalac, Ladreit est l’actionnaire principal d’une des trois agences de notation mondiales, Fitch Ratings, qui note les capacités des entreprises et des états à rembourser leurs crédits. A l’image des patrons des agences concurrentes, Moody’s et Standard & Poor’s, on pourrait raisonnablement imaginer que le gazier s’abstienne d’entrer aux conseils d’administration d’entreprises notées par Fitch. Que nenni, ami lecteur : l’ami Marco engrange les jetons de présence chez Renault (noté BB par Fitch), l’Oréal (note court terme F1+) et Casino (BBB-). Autrement dit, il participe aux décisions stratégiques de boîtes notées par sa filiale Fitch, et figure même à la tête du comité des nominations chez Renault, celui qui choisit le big boss. Et comme Marco est décidément un type ouvert, il a également invité quelques potes au conseil d’administration de Fimalac, son propre groupe. Qui, bizarrement, sont presque tous des dirigeants d’entreprises notées : Thierry Moulonguet, jusqu’à très récemment directeur financier de Renault ; Jean-Charles Naouri, le patron de Casino ; Etienne Pflimlin, celui du Crédit Mutuel (note AA-) ; ou encore Thomas Piquemal, directeur financier d’EDF (note A+). Splendide : des clients de Fitch au conseil d’administration de sa maison-mère. Un peu comme si Bernard Madoff ou Lloyd Blankfein (Goldman Sachs) figuraient au comité de nomination de leurs juges.                                                                                  

Dans « L’Express » du 25 août 2011

Article intitulé : Bébéar et Standard & Poor’s 

« Claude Bébéar, président de l’institut Montaigne, ex-patron d’Axa et « parrain » du capitalisme français, critique vertement les agences de notation financières, « qui ont bizarrement survécu à leurs erreurs grossières sur les subprimes américaines en 2008, à qui elles attribuaient les meilleures notes possibles pour d’évidentes raisons commerciales ». Il poursuit : « Vendredi dernier, Standard & Poor’s a signé un exploit supérieur » en dégradant  la dette américaine. « L’enquête que le Sénat américain a ouverte sur les méthodes de travail de S&P devrait signer l’arrêt de mort de cette profession, ou à tout le moins son strict encadrement. Qui s’en plaindra ? »  Claude Bébéar est membre de l’Advisory Council de Standard& Poor’s Worldwide depuis 2008. Ce conseil donne son avis sur « la politique et les pratiques… la gouvernance…, les structures de contrôle » de S&P. »
                                                                                  

Carol Sirou dans « Le Figaro » du 12 août 2011

Article intitulé : Cessons de faire porter le fardeau aux agences de notation !
« Les récents événements liés à la dette des États ont fait surgir de toute part des propositions pour limiter l’influence des agences de notation, allant de la mainmise sur leurs méthodes à la suspension pure et simple de la notation de certains États. Tout d’abord, il est surprenant que les effets dévastateurs que provoquerait cette interdiction sur la liquidité ne soit pas envisagés par ceux qui la proposent ; l’absence d’information sur le risque de crédit des États entraînerait vraisemblablement une augmentation de la rémunération exigée par les investisseurs. Rappelons dans un premier temps que les notations des États sont des opinions apolitiques. Leur seul objectif est d’évaluer l’impact des politiques publiques sur la qualité de crédit des États. Elles renseignent les investisseurs privés et institutionnels sur le risque de non paiement que présentent les plus grands emprunteurs au monde, dont ils détiennent la dette. Ces investisseurs doivent demeurer libres d’utiliser ou non les notations dans leurs décisions. De fait, les notes ne sont qu’un des nombreux facteurs susceptibles d’affecter le coût de l’emprunt d’un État. Nous faire porter de manière exclusive le fardeau de l’aggravation de la crise des dettes souveraines revient à confondre symptômes et causes. Nous considérons que la référence aux notations imposée par la réglementation du système financier donne aux agences un rôle disproportionné, en particulier dans le cadre de l’élaboration des politiques publiques. Exemple récent, la proposition de la Fédération bancaire française de refinancement de la dette grecque était conditionnée au fait que les agences ne l’apparentent pas à un défaut. De la même manière, la Banque centrale européenne (BCE) a longtemps considéré que toute initiative de restructuration de la Grèce équivalant à un défaut pour les agences de notation serait exclue. La BCE continue également de se référer aux notations pour déterminer quels titres elle serait en mesure d’accepter en pension et sous quelles conditions. Ces prises de position placent les notations au coeur des prises de décision politique, un terrain que les agences de notation n’ont jamais, au grand jamais, cherché à occuper. Il est donc urgent de supprimer de la réglementation toute référence aux notations, ou a minima d’introduire d’autres paramètres d’évaluation, afin de permettre aux investisseurs de traiter les notations comme une information certes importante, mais également comme une opinion parmi d’autres. Les agences de notation doivent retrouver leur place originelle au sein du système financier en tant que diffuseur d’information et acteur du financement de l’économie… et non pas en tant qu’arbitres !»


Commentaire : J’écrivais hier « Les responsables étatiques se sont démis de leurs responsabilités en les transférant aux agences. Quantité de nos problèmes vient de cette couardise. ». Voilà là confirmation ! Certains d’entre vous ont peut-être été choqués par le terme « couardise ». Je l’ai choisi car trop souvent certains fonctionnaires se démettent de leur responsabilité et de leur travail sur des prestataires extérieurs. Ce faisant, il change totalement le poste pour lequel ils devaient travailler et deviennent plus des courtisans (voire des « intrigants ») que des opérationnels. Je suis persuadé qu’en mettant fin à cette situation l’Etat fera quantité d’économie tout en retrouvant une possibilité d’action plus grande et plus de crédibilité.

Claude Bébéar et Edouard Tétreau dans « Le Figaro » du 12 août 2011
Article intitulé : Aux États et aux investisseurs de reprendre la main sur le système financier 


«  La dégradation de la note de la dette américaine par Standard and Poor’s, le 4 août dernier, est un événement historique qui a fait deux principales victimes. La première : les agences de notation elles-mêmes, qui ont bizarrement survécu à leurs erreurs grossières sur les subprimes américains en 2008, à qui elles attribuaient les meilleures notes possibles pour d’évidentes raisons commerciales. Vendredi dernier, S & Pa signé un exploit supérieur : dégrader la dette américaine alors même que le Congrès avait entériné un accord ouvrant la voie à une nécessaire discipline budgétaire (2 500 milliards de dollars de coupes budgétaires sur dix ans, soit l’équivalent, pour la France, d’un plan d’économies de 300 milliards d’euros) ; le faire alors que les marchés financiers mondiaux sont dans l’état de fébrilité que l’on connaît – aggravé par la période estivale ; enfin, et surtout, précipiter une telle décision malgré une erreur de calcul gigantesque de 2000 milliards de dollars, cela fait beaucoup pour d’autoproclamés experts en finance. L’enquête que le Sénat américain a ouvert sur les méthodes de travail de S&P devrait signer l’arrêt de mort de cette profession, ou à tout le moins son strict encadrement. Qui s’en plaindra ? La deuxième victime est plus préoccupante : c’est nous, les épargnants, les entreprises, les États, qui réalisons à quel point nous avons abandonné trop rapidement notre épargne, nos projets et notre souveraineté à des organismes dont la compétence et la légitimité ont aujourd’hui trouvé leurs limites. Normes comptables européennes confiées à une officine privée londonienne (L’IASB) ; règles prudentielles pour les compagnies d’assurances et les banques, dévolues à des comités Théodule à géométrie variable, et aux identités indéfinissables ; notations des plus grandes entreprises comme des États souverains confiées à des sociétés commerciales… Nous avons laissé se mettre en place un système dont bénéficie une poignée de profiteurs de crise : les traders, les marchands de volatilité, les spéculateurs. Un système qui, dans le même temps, décourage l’investissement de long terme, industriel et non financier, seul garant de la prospérité durable pour le plus grand nombre. Ce système empêche les banques et les compagnies d’assurances de détenir des actions d’entreprises en grande quantité, et sur le long terme. Avec ces règles, dans un pays comme la France, il n’y aura bientôt plus que la Caisse des dépôts et quelques familles françaises pour investir durablement nos entreprises, et donc créer des emplois chez nous. Que faire ? Trois choses très simples : 1. Ce n’est pas à un aréopage de lobbys de décider de nos normes comptables et prudentielles, mais aux États se concertant entre eux. L’IASB, l’ISDA (lobby professionnel du marché des dérivés), et les comités Théodule de Bâle et de Solvency 2, ont produit des normes et des réalités de marché trop dangereuses pour nos économies et nos sociétés. 2. Aujourd’hui, quel gestionnaire d’actifs digne de ce nom mériterait de collecter de l’épargne publique, si l’on découvrait qu’il continue de fonder ses décisions d’investissement selon les humeurs des agences de notation ? 3. Enfin, et sans attendre de nouvelles attaques spéculatives, telle celle que vient de subir l’une des plus grandes banques européennes, les États, tout en travaillant à leur nécessaire désendettement, doivent sine die utiliser les moyens dont ils disposent pour désarmer et neutraliser les « profiteurs de crise » évoqués plus haut, qui n’hésitent pas à enfreindre la loi pour accroître leurs profits sur notre dos. Ces moyens s’appellent les sanctions financières, les enquêtes parlementaires, les procédures pénales et les arsenaux juridiques dont disposent les autorités de marché. 


Commentaire : Article brillant et engagé. De nouveau, il met en exergue le problème comptable. Nos crises sont comptables. A la base, elles ne sont ni financières ou économiques. Il faut savoir que l’IASB qui est cité dans cet article pour avoir produit « des normes et des réalités de marché trop dangereuses pour nos économies et nos sociétés », est constituée comme le rappelle Monsieur Villepelet dans « Les Echos » du 12 août 2009, par les régulateurs boursiers mondiaux. Cherchez l’erreur ! Corruption, lobbies, incompétence (voir propos de Monsieur Jouyet sur l’AMF)…

Dans « Le Monde » du 10 août 2011
Article intitulé : La crise, l’arbitre et les mauvais perdants

« Elles s’arrogent le droit de sonder les reins et les cœurs, d’évaluer les intentions, les démarches, les temps de réaction des autorités politiques, en principe souveraines, comme on vient de le voir avec l’exemple américain. Ignorant froidement le temps démocratique – celui de la délibération, de l’arbitrage et de l’explication -, elles imposent leur agenda, leurs normes et leurs urgences. Et elles le font avec d’autant plus d’impudence que ni leur légitimité ni leur compétence ne sont incontestables. »

Commentaire : Les responsables étatiques se sont démis de leurs responsabilités en les transférant aux agences. Quantité de nos problèmes vient de cette couardise.

Laurent Joffrin dans « Le Nouvel Observateur » du 11 août 2011
Article intitulé : Crise : les incendiaires

« Trois sortes de pyromanes sont en ce moment à l’œuvre pour déclencher l’incendie mondial. Les agences de notation forment la première catégorie. Quand Standard & Poor’s a rendu son oracle négatif sur l’économie américaine, l’équipe Obama lui a fait remarquer qu’elle avait commis une erreur de 2 000 milliards de dollars dans ses prévisions de dette (une paille…). En dépit de cette gigantesque erreur, l’agence a maintenu son diagnostic, se contentant de produire un deuxième papier où le faux calcul avait été caviardé ! La troisième catégorie de délinquants est constituée par le gang des spéculateurs professionnels. Il s’agit de déclencher volontairement des crises pour se livrer ensuite au pillage financier dans un champ de ruines. »

Rama Cont, chercheur au CNRS et à Columbia, propos recueillis par Sylvain Cypel dans « Le Monde » du 9 août 2011

Article intitulé : " Régulateurs et législateurs ont conféré aux agences de notation le statut d'oracle "
« Une agence fournit une " note " qui évalue la probabilité de défaut d'un émetteur de dette, entreprise ou Etat. Ses analystes se fondent sur des informations publiques comme les bilans et les projections de recettes et de dépenses. Si la note est bonne, la dette est dite " investment grade " - au-dessus de la note BB + chez S&P - , sinon elle est considérée comme " spéculative ", ou risquée. En soi, ces notes n'ont pas plus de valeur que l'opinion d'autres analystes ou experts économiques et, il y a vingt ans, elles n'intéressaient que les spécialistes. Si les agences soufflent aujourd'hui le chaud et le froid sur les Etats et les marchés, c'est que, entre-temps, régulateurs et législateurs leur ont conféré le statut d'oracle.
D'abord, la législation américaine a introduit le statut d'" agence de notation agréée " - les trois principales sont S&P, Moody's et Fitch - et exige que certains investisseurs institutionnels n'achètent que des titres " bien notés ". Ensuite, depuis 2004, la réglementation bancaire internationale - accords de Bâle - se réfère à ces notations pour l'évaluation du risque de défaut et le calcul des fonds propres des banques. Ces lois visaient à mieux protéger les investisseurs des risques de défaut. Elles se sont révélées néfastes en octroyant à une poignée d'agences un statut officiel de référence. Ces notes peuvent désormais déclencher un " effet moutonnier " d'euphorie ou de panique. L'annonce d'une dégradation de la note d'un émetteur de dette incite les investisseurs au retrait : c'est un exemple de prophétie " auto-réalisatrice ". On entend parfois que les agences sont des baromètres des marchés et que " le thermomètre ne donne pas la fièvre, il ne fait que la mesurer ". Analogie erronée : les agences ne sont pas des observateurs neutres. Elles annoncent et mesurent la fièvre qu'elles ont pu entre-temps provoquer. Lorsque la dette d'un pays perd le statut " investment grade ", les investisseurs institutionnels américains doivent vendre ces titres, ce qui entraîne une baisse de leur valeur et une hausse des coûts d'emprunt pour le pays affecté. C'est l'effet pervers qui a affecté la Grèce. Les acteurs sérieux des marchés savent que la notation n'a aucune valeur prédictive. - En dégradant la note de la dette souveraine américaine - S & P n'a fait qu'entériner le fait que Washington devra davantage emprunter pour rembourser la dette. Enfin, contrairement aux bons du Trésor grecs ou portugais, les bons américains ont un statut de valeur refuge que rien ne remplace pour l'instant - ils servent ainsi de garantie dans la plupart des transactions financières. Vers quel placement alternatif la Chine peut-elle se tourner pour placer ses milliers de milliards de bons du Trésor américains ? Malgré l'importance que leur donne la réglementation, elles restent très peu contrôlées. Lors de la crise, elles ont été très critiquées au Congrès, mais la loi Dodd-Frank de régulation financière de juillet 2010 n'y fait quasiment pas référence. »                                                                                 

Jean-Michel Six, économiste en chef de Standard & Poor’s Europe, propos recueillis par Massimo Prandi dans « Les Echos » du 8 août 2011

Article intitulé : Jean-Michel Six, Standard & Poor’s Europe : « C’est le critère de gouvernance que nous avons mis en avant »  

« Notre action n’est autre que le reflet, le diagnostic d’une situation interne aux Etats-Unis très compliquée. Compliquée avant tout par la profonde division politique qui mène à une impasse et a empêché un règlement réel du problème de la dérive budgétaire fédérale. La note que nous avons assignée traduit la capacité et la volonté de ce pays de réduire sa dette. C’est le critère de gouvernance que nous avons mis en avant. Notre action n’est pas hâtive : les atermoiements de l’administration et du Congrès américains durent depuis 2008. Cela étant dit, la note des Etats-Unis reste très forte. Il ne faut pas dramatiser notre décision. Les Chinois, principaux créanciers des Etats-Unis, protestent contre une gestion qu’ils jugent laxiste des finances publiques américaines. Ce n’est pas nouveau qu’un créancier reproche cela à un emprunteur. Pour autant, la Chine ne cessera pas d’acheter des titres de la dette fédérale. Quant au marché primaire, nous savons que, en 2010, la Réserve fédérale a acheté environ 70 % des titres émis. La poursuite de ce mouvement est probable, comme celle du prolongement d’une politique monétaire non conventionnelle pour soutenir l’économie [« quantitative easing » en anglais, NDLR]. »

François Roche dans « La Tribune » du 8 août 2011

Article intitulé : Hors sujet
« En rétrogradant les États-Unis sur la deuxième marche du podium de la notation financière mondiale, les analystes de Standard & Poor's sanctionnent en réalité le processus démocratique américain. La façon dont les négociations se sont déroulées entre le Congrès et la Maison-Blanche sur la question du plafond de la dette publique des États-Unis n'a pas eu l'heur de leur convenir : trop long, trop compliqué, trop aléatoire, trop incertain... Cela vaut bien de provoquer une tempête planétaire. Jamais une agence de notation ne s'est impliquée aussi profondément dans le débat budgétaire et fiscal américain, à tel point que certains parlementaires commencent à s'en émouvoir publiquement. Les dirigeants de Standard & Poor's revendiquent un rôle d'analyse de la politique économique. Rien de plus normal lorsque l'on note de la dette publique. Ce qui est contestable, en revanche, c'est le fait de porter un jugement sur le fonctionnement de la démocratie américaine suffisamment négatif pour anticiper que les décisions prises sur la réduction de la dette publique entre la Maison-Blanche et le Congrès ne seront pas mises en oeuvre. On aurait aimé que les experts de Standard & Poor's intègrent dans leurs raisonnements, que le temps de la démocratie n'est pas celui des hedge funds et des marchés. Les États démocratiques n'ont pas que des défauts. Ils sont lents, parfois divisés, souvent versatiles, mais c'est ce que l'on a trouvé de mieux pour faire vivre et prospérer le monde. Petit détail amusant puisque nous sommes sur le chapitre de la gouvernance : parmi les pays AAA figurent le Liechtenstein, l'île de Man ou Guernesey... Apparemment, le paradis fiscal est mieux coté par les parangons de la rigueur budgétaire... »


Commentaire : Cet article est clair « Ce qui est contestable, en revanche, c'est le fait de porter un jugement sur le fonctionnement de la démocratie américaine suffisamment négatif pour anticiper que les décisions prises sur la réduction de la dette publique entre la Maison-Blanche et le Congrès ne seront pas mises en œuvre ». Cela dit les actionnaires et les « amis » de Standard & Poor’s vont « s’en mettre plein les poches. » Suite à la dernière crise, les agences de notation auraient dû, au minimum, être appelées en responsabilité. Cela dit, elles savent très bien que l’économie est repartie. N’est-ce pas pour cela qu’elles étendent leurs « actions » sur le terrain politique sous couvert de « gouvernance » ?

Dans « Le Monde » du 5 août 2011
Article intitulé : Comment fonctionnent les agences de notation
http://abonnes.lemonde.fr/economie/infographie/2007/10/05/comment-fonctionnent-les-agences-de-notation_963324_3234.html

Dominique Seux dans « Les Echos » du 1 août 2011
Article intitulé : De l’utilité de Moody’s et S&P   


« Les esprits suspicieux auront relevé ce paradoxe. Alors qu’il ne se passe pas un jour sans que les agences de notation ne lancent des avertissements sur les perspectives financières des Etats, les deux principales viennent de publier les résultats de leur propre activité et ils sont exceptionnels. Standard & Poor’s et Moody’s ont ainsi annoncé des taux de marge de 44 %. Le procès fait à ces agences – Fitch est la troisième – est aisé à instruire : elles ne se contentent pas d’être des thermomètres des comptes publics, elles font monter la fièvre ; elles n’ont pas vu venir la crise des « subprimes », leur crédibilité est donc limitée ; elles sont souvent en conflit d’intérêts, voire dans des stratégies marketing ; leur compétence technique est douteuse quand une équipe de quelques analystes prétend cerner la situation, forcément complexe, d’un pays. Difficile de nier qu’elles ont amplifié les crises grecque et portugaise. Tout cela est vrai, à deux points près. La responsabilité n’incombe pas d’abord aux agences, mais à tous ceux qui en ont fait des oracles omniscients. Les investisseurs, qui ont renoncé à faire leurs propres expertises, et les Etats, qui ont fixé des contraintes réglementaires aux banques liées aux notes, ont sous-traité aux agences ce qui n’aurait pas dû l’être. Ensuite et surtout, ces thermomètres, même de qualité discutable, ont leur utilité. Dans le cas de la Grèce, les agences ont été les premières à dire que la dette n’était pas « soutenable », en clair qu’Athènes n’arriverait pas à rembourser. Qu’en est-il de la France et de son triple A ? On peut penser que des observateurs extérieurs sont nécessaires dans un pays qui n’a jamais affiché un budget en équilibre depuis trente ans, dont les dépenses publiques sont presque les plus élevées des Vingt-Sept, qui s’était mis d’accord avec l’Allemagne en 2004 pour oublier les critères de Maastricht. Alors que la génération au pouvoir transmet ni vu ni connu depuis vingt ans le boulet de la dette à la suivante, les agences ont le mérite de dire : ce petit jeu ne peut pas durer éternellement. »

Dans « La Tribune » du 11 juillet 2011
Article intitulé : L'Europe veut sévir contre les agences de notation 
« Le commissaire européen chargé des marchés financiers, Michel Barnier, a proposé lundi de sévir à l'encontre des agences de notation, en leur interdisant d'évaluer un pays faisant l'objet d'un plan d'aide internationale et en autorisant des poursuites à leur encontre. Standard & Poor's, Moody's et Fitch ont été très critiquées pour leur rôle dans le déclenchement de la crise financière partie des Etats-Unis avec la faillite de la banque américaine Lehman Brothers en septembre 2008. Elles sont accusées d'avoir encouragé les transactions sur des produits financiers complexes, à l'origine de la crise, en leur attribuant pendant très longtemps les meilleures notes. Toutes trois sont basées aux Etats-Unis mais Fitch est contrôlée par des capitaux européens, à savoir le holding français Fimalac créé par le milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière.» 

                                                                                   

Marie de Vergès dans « Le Monde » du 8 juillet 2011

Article intitulé : La bronca contre les agences de notation s'intensifie
 « Le climat tourne franchement à l'aigre entre les pouvoirs publics européens et les agences de notation. De Bruxelles à Berlin, en passant par Athènes, les attaques verbales ont fusé. Les agences ne sont " pas infaillibles " et " ajoutent un élément spéculatif supplémentaire à la situation ", a dénoncé le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, lui-même portugais. Alors que seules trois entités - Moody's, Standard & Poor's et Fitch - se partagent l'essentiel du marché de la notation, le grand argentier allemand Wolfgang Schäuble a réclamé de briser cet " oligopole "... tandis que le ministre grec des affaires étrangères, Stavros Lambrinidis, en visite à Berlin, fustigeait la " folie " de telles " prophéties autoréalisatrices ". « Elles nous jouent à l'inverse le scénario d'il y a trois ans ", s'insurge-t-on dans l'entourage du commissaire européen aux services financiers Michel Barnier : alors qu'elles ont été incapables d'anticiper la dangerosité de certains produits financiers complexes à l'origine de la crise de 2008, " on dirait qu'aujourd'hui elles veulent prendre de l'avance en plongeant sous l'eau la tête d'Etats qui entreprennent des réformes structurelles, assainissent leur budget et bénéficient de plans de soutien ". Alors, boucs émissaires ou vraies coupables ? " Soyons honnête, souligne Nicolas Véron, économiste au sein du think tank bruxellois Bruegel, le pouvoir est aux mains des investisseurs plus que des agences de notation. " En clair, si le marché panique à la suite d'une dégradation, c'est d'abord la responsabilité des investisseurs, qui ont par trop délégué à Moody's et aux autres le travail d'analyse du risque. A force d'empoignades avec les autorités européennes, le risque est qu'un jour " leur avis ne ressorte que comme le résultat de pressions que le pouvoir politique exerce sur elles ", alerte M. Véron. »


Commentaire : La remarque de Monsieur Véron est exacte. Le seul problème est, comme je l’écrivais dans mon article « Hedge funds » du 19 octobre 2006 : « Ce monde (le monde financier) que les profanes croient technique et professionnel se révèle, dans bien des cas, un monde fait d’approximation, de comportements moutonniers, d’allégeance et le tout, sous l’encadrement et le contrôle d’entités étatiques ou « semi-étatiques ». Et pourtant, pour les côtoyer, je sais que ces entités sont indéniablement compétentes ! » La dernière crise et les propos de Monsieur Jouyet, président de l’AMF reconnaissant les incompétences de l’AMF, ont prouvé, malheureusement, que ma dernière phrase était une erreur. Mea culpa !

 

Michel Barnier, propos recueillis par Yann-Antony Nogues, dans « La Tribune » du 7 juillet 2011

Article intitulé : Les agences de notation sont-elles trop sévères?
« La question n'est pas d'être trop ou pas assez sévère. Ce qui compte, c'est que les agences évaluent les données économiques et financières, de manière objective, afin d'évaluer correctement le risque. Cela doit se faire selon des règles transparentes, sans conflits d'intérêts. Clairement, ce n'est pas encore le cas. Regardez ce qui s'est passé avant la crise. Les agences, dans les années 2000, en donnant des triples A à des institutions financières et des produits qui ne le méritaient pas, ont encouragé les investisseurs à accumuler des risques excessifs et ont retardé les ajustements nécessaires avec les conséquences dramatiques qu'on a pu voir. Maintenant on assiste sans doute au phénomène inverse. Ce que nous constatons dans cette crise, comme lors des précédentes, c'est que les agences n'ont pas su anticiper et alerter sur l'accumulation des risques. Que disaient-elles il y a quatre ans sur le niveau de soutenabilité de la dette grecque? Et à contrario, je ne suis pas certain qu'elles prennent en comptes les efforts de réforme et de consolidation lorsque ceux-ci sont engagés. »                                                                             

François Vidal dans « Les Echos » du 5 juillet 2011

Article intitulé : Ambitions déçues  
« Standard & Poor’s a douché, hier, l’enthousiasme renaissant des investisseurs sur le dossier grec. Ses analystes ont prévenu que les projets de scénario de participation des créanciers privés au deuxième plan de sauvetage financier du pays n’étaient pas satisfaisants en l’état. Mieux, s’ils devaient être retenus, l’agence de notation n’hésiterait pas à prononcer un défaut de paiement, ce que les Européens tentent d’éviter à tout prix depuis plusieurs semaines, craignant un effet de contagion au reste de la zone euro. La situation a quelque chose de cocasse. Que quatre ans quasiment jour pour jour après le début de la crise des « subprimes », le monde de la finance se retrouve de nouveau suspendu aux arbitrages d’une agence de notation est proprement sidérant. A l’époque, le rôle joué par ces juges de paix du marché du crédit dans le déclenchement de la « crise du siècle » avait provoqué une critique en règle de leurs méthodes. Et, si l’on s’en souvient bien, ce procès en sorcellerie avait débouché sur la promesse que les S & P, Moody’s et autres Fitch seraient désormais mieux régulés, voire remplacés par des agences publiques moins soumises à la logique des entreprises commerciales. A entendre les régulateurs de tous horizons, on allait voir ce qu’on allait voir. Le règne des agences de notation toutes-puissantes était définitivement derrière nous et la notation-dépendance des créanciers serait à l’avenir considérablement réduite. »

 

Commentaire : Le problème, comme l’a signalé Monsieur Jouyet, président de l’AMF, c’est que les régulateurs et autres superviseurs ne comprennent pas les marchés et, comme les faits l’ont montré, encore moins l’économie. De ce fait, ce sont les diverses commissions stratégiques des institutions étatiques, composées de professionnels en place (lobbies ?) et les agences extérieures, qui guident (directement ou indirectement) les événements. Que faire ? La réponse à cette question est très délicate car les Etats ayant perdu, du fait de leurs propres décisions, leurs prérogatives financières, ils sont, partiellement, sous la coupe de grands groupes privés dont certains détiennent les agences de notation.                                                                                      

Marc Roche dans « Le Monde » du 3 juillet 2011

Article intitulé : La grande menace de la finance de l'ombre
« La nouvelle directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, est assise sur un véritable baril de poudre : le " shadow banking " ou la banque de l'ombre. Même le lobby bancaire traditionnel s'émeut de l'expansion sans entraves d'une nébuleuse qui avance masquée. De quoi s'agit-il ? Aujourd'hui, la finance peut être illustrée par deux cercles à la fois séparés et imbriqués l'un dans l'autre. Le premier représente le coeur du système bancaire, essentiellement la banque de dépôt et une partie de la banque d'affaires, soumis à un certain nombre de ratios prudentiels comme de contrôles. Ce pôle est mieux régulé ou en passe de l'être. Le second est le " shadow banking ", la finance de l'ombre qui accueille des flux financiers à l'abri des regards par le truchement de l'optimisation fiscale, des places offshore, du hors-bilan, des conflits d'intérêt et des connivences politiques. Par son intermédiaire, des risques qui se trouvaient dans le système " en clair " sont en train d'émigrer à l'insu de tous à la périphérie " obscure ". Dans cette sphère qui se joue des interdits figurent les constructions de style SPV (Special Purpose Vehicules), la titrisation sauvage, les marchés dérivés et les fonds de matières premières. Certains ajoutent à cette liste noire les hedge funds, les fonds d'investissement qui animent la spéculation internationale ou le secteur du capital-investissement qui collecte l'argent auprès des investisseurs institutionnels pour prendre part au capital des entreprises. D'autres incluent les activités spéculatives des banques d'affaires ou la gestion de fortune la plus sophistiquée. En résumé, ce label couvre toutes les institutions financières qui ne sont pas des banques de dépôt mais font du crédit ou ont recours à l'endettement. De nos jours, le " shadow banking " joue à armes égales, voire est plus fort que le secteur financier réglementé. Si les investisseurs y laissent leur chemise c'est leur problème. Reste qu'en raison de l'effet de levier (endettement) toujours excessif, de l'interconnexion des marchés et du comportement moutonnier des opérateurs, si ces acteurs font défaut en grand nombre au même moment, c'est l'ensemble du système qui est menacé. Pris isolément, les hedge funds ne constituent pas un péril. Mais " en groupe, en ligue, en procession ", comme disait Jean Ferrat, par des contreparties diverses et variées, l'effet domino peut se répandre aux banques prêteuses. La mondialisation et l'innovation technologique informatique accroissent le danger. Monté par une armée de complices - avocats, comptables, bureaux-conseils et communicants -, le dispositif permet de court-circuiter les contre-pouvoirs que sont les actionnaires minoritaires, les syndicats, les pouvoirs publics. Avec le recours massif aux procédés comptables du hors-bilan, l'opacité sur la réalité des risques s'accroît. Les paquets de titrisation de crédits à risques subprime faits par les banques américaines avant la crise financière, c'était du hors-bilan. Tout comme les scandales Worldcom, Tyco ou Enron... »


Commentaire : Cet article démontre bien comment les institutionnels participent à la déstabilisation des Etats. Nous retrouvons l’influence des « agents comptables » (Commissaire aux comptes etc…) La véritable délinquance est « comptable ». C’est parce que cette délinquance est autorisée, protégée et organisée par les organismes de régulation (qui sont censés protéger les épargnants) que nous sommes dans cette situation. Paradoxalement, aucun politique n’ose y toucher. Pour rappel, Monsieur Serge Villepelet, dans son article paru dans « Les Echos » du 12 août 2009 pose la question « Faut-il une organisation comptable mondiale ? ». A cette question, il répond, « Depuis 2008, on aurait pu croire que c’était chose faite ! Car les trustees, qui nomment les membres de l’IASB (Bureau des standards comptables internationaux), sont désormais chapeautés par un nouvel organisme, le Monitoring Group, constitué des régulateurs boursiers mondiaux »                                                                                    

Eric Albert dans « La Tribune » du 7 juin 2011

Article intitulé : Quand l'empire du Milieu note le reste du monde
« Coup de tonnerre au Royaume-Uni. La note de la dette britannique a été abaissée. Si, si, vraiment : elle est passée de AA? à A+, avec surveillance négative. Si personne ou presque n'y a prêté attention, c'est que la décision venait de... Dagong, l'agence de notation chinoise. Quasiment inconnue dans le monde occidental, celle-ci notait jusqu'à l'an dernier essentiellement les entreprises chinoises. Mais elle s'est lancée depuis l'été 2010 dans la dette souveraine, couvrant désormais une soixantaine de pays. Et ça fait des ravages. La France ? Sa note vient aussi d'être abaissée à A+, avec surveillance négative. Même les États-Unis n'y échappent pas, avec une note réduite à A+ depuis novembre dernier. Il serait tentant d'écarter d'un revers de la main ce rapport. L'agence Dagong n'a pour l'instant aucun impact sur les marchés internationaux. Mais l'offensive a de l'importance. D'abord parce que la Chine est l'un des tout premiers créditeurs du monde occidental, et que la perception qui y règne est essentielle. Ensuite parce que cela remet en cause la suprématie, très critiquée, des trois grandes agences de notation : Standard and Poor's et Moody's (toutes les deux américaines, avec 80 % du marché) et Fitch (dont le siège est à la fois à Londres et à New York, avec 12 % du marché). Ces trois mastodontes sont aussi mis en cause par l'Europe, qui envisage de créer sa propre agence. L'idée a émergé de la crise financière : les agences sont accusées, d'une part, d'avoir accordé la meilleure note (AAA) à des produits financiers qui se sont finalement révélés toxiques et, d'autre part, d'accentuer la crise de l'euro en abaissant les notes des pays comme la Grèce ou l'Irlande et de provoquer des mouvements de panique. Les agences de notation « cherchent à modeler le destin et déterminer l'avenir de nos enfants », accusait en mars Georges Papandréou, le Premier ministre grec. Les agences de notation actuelles sont-elles vraiment aussi indépendantes et scientifiques qu'elles voudraient le faire croire ? Et si oui, comment expliquer que les États-Unis gardent une note AAA - certes désormais vacillante - malgré leur dette et leur déficit colossaux ? »

 

Joseph Stiglitz dans « Les Echos » du 11 avril 2011 :
Article intitulé : Le casino du nucléaire et de la finance   
« Tant les experts nucléaires que les experts financiers nous assuraient que la technologie moderne avait pratiquement supprimé tout risque de catastrophe. Ils ont été démentis par les faits. Avant la Grande Récession, les gourous américains prétendaient avoir maîtrisé les aléas avec des instruments financiers « innovants », tels que les produits dérivés et les CDS. Ils se sont trompés et ils ont trompé le reste de la société. Car ces génies de la finance ne comprenaient pas la complexité des risques et encore moins les dangers des événements de très faible probabilité, mais aux conséquences dévastatrices. Pis encore, leur fréquence mais également les dégâts colossaux qu’ils entraînent ont été gravement sous-estimés, à l’image des catastrophes qui se succèdent dans le nucléaire. En réalité, tout le secteur financier était en proie à des problèmes liés à des facteurs externes et aux agences de notation. Ces dernières étaient poussées à noter avec indulgence les produits à hauts risques émis par les banques d’investissement qui les rémunéraient. Les organismes à l’origine de prêts hypothécaires dangereux n’avaient pas à supporter les conséquences de leurs actes et ceux qui proposaient des prêts abusifs ou ont créé et commercialisé des titres conçus pour perdre, l’ont fait de manière à échapper à des poursuites pénales ou civiles. Ainsi, on peut estimer que la manière de gérer la dernière crise financière a augmenté la probabilité qu’en survienne une autre. Les banques trop grosses pour faire faillite et les marchés sur lesquels elles interviennent savent désormais que l’on viendra à leur secours si elles sont en difficulté. De ce fait, elles peuvent maintenant emprunter dans des conditions avantageuses, ce qui leur donne un avantage concurrentiel fondé sur un facteur politique et non sur leur excellence. Comme à Las Vegas, une poignée de privilégiés tireront peut-être leur épingle du jeu. Mais, dans l’ensemble, comme tous les joueurs de casino, en tant que société nous serons perdants. »                       

Dans « Boursorama » source AFP du 11 mars 2011 :
Article intitulé : Agences de notation : Bruxelles promet des réformes "fondamentales"


« La Commission européenne s'est engagée jeudi à proposer "avant la fin de l'été" des réformes "fondamentales" sur la régulation des agences de notation, de nouveau accusées ces derniers jours de fragiliser certains pays de la zone euro. Les derniers jours mettent une fois de plus en lumière l'importance d'avoir un environnement davantage et mieux régulé pour les notations", ont souligné le commissaire aux Affaires économiques, Olli Rehn, et celui en charge des services financiers, Michel Barnier, dans une déclaration commune. L'une des grandes agences de notation financière, Moody's, a annoncé jeudi matin qu'elle dégradait d'un cran la note souveraine de l'Espagne, avant même que la Banque d'Espagne ne communique dans la journée sur la santé du secteur bancaire du pays. »

Dans « La Croix » daté du 15 novembre 2010 :
Article intitulé : Les agences de notation en procès
« « La crise a révélé que l’usage de la notation s’est répandu au détriment de sa compréhension », se défend Carol Sirou, présidente de Standard & Poor’s France. »

Commentaire : Et si la situation actuelle révélait que l’usage du cours de bourse actuelle (qui sert de support à la finance et à l’économie virtuelle) s’est répandu au détriment de sa compréhension ? Les journaux titrent en date du 17 novembre sur la baisse boursière de 2,63%. En fait, en faisant un simple rapport de bon sens sur les volumes échangés le CAC ne perd que 0,183%. Voir détail en fin de document. Il est vrai que le jour où le système de cotation deviendra plus cohérent, l’on diminuera très fortement les marchés dérivés, donc la finance et l’économie virtuelle. Hormis les particuliers, qui y a vraiment intérêt ? Mêmes ceux qui sont censés conseiller, réguler, superviser vivent de cette escroquerie. Monsieur Barnier, les membres du « Greenpeace de la finance » vont-ils être la planche de salut des citoyens ? En ce qui me concerne, je le pense, je l’espère.

Eric Chalmet dans « La Tribune » du 3 juin 2010 page 26 :


Article intitulé : Des ex-Moody’s dénoncent la cupidité des agences de notation.
« D'anciens cadres dirigeants ont évoqué des intimidations pour accorder des notes imméritées. Warren Buffett a dénoncé un aveuglement collectif ayant mené à la crise des subprimes. Intimidations exercées sur les employés, rémunérations liées aux contrats remportés, notations erronées. Les témoignages d'anciens cadres dirigeants de Moody's devant la Commission d'enquête du Capitole sur les origines de la crise financière (FCIC) sont accablants. Pour Phil Angelides, le président de la commission d'enquête, Moody's était alors devenue ni plus ni moins qu'une «  usine à accorder des triple A », la note la plus élevée décernée par les trois acteurs que sont Moody's, Standard & Poor's et Fitch Ratings. Selon la FCIC, des représentants de ces deux dernières agences n'ont pas été invités car le témoignage de dirigeants de Moody's paraissait suffisant pour évaluer les errements éthiques du secteur. Des ex-Moody's ont en revanche vertement critiqué leur ancienne direction. « Fondamentalement, ils ont eu recours à l'intimidation pour créer une population docile d'analystes effrayés à l'idée de contrarier des banquiers d'investissement et prêts à coopérer le plus possible », a expliqué Mark Froeba, ancien vice-président de Moody's chargé des produits dérivés, qui a quitté l'agence en 2007.  ».

Paul Jorion par Jean-Gabriel Fredet dans « Le Nouvel Observateur » du 20 mai 2010 en page 11 :


Article : C’est arrivé demain...
« Comme en 1788, nous sommes à la veille d’un bouleversement social que les politiques, déboussolés par l’autonomisation de la finance, sont incapables de penser ». « La dette en proportion du PIB conduit à une erreur de raisonnement, car lorsque le PIB décroît (sous l’effet d’une politique d’austérité) la dette paraît croître, fondant l’alarmisme des agences de notation. »

Adrien de Tricornot dans « Le Monde » du 17 mars 2010 en page 5 :


Article intitulé : Quand la volonté des Etats se heurte aux marchés.
 « La première arme face à la spéculation est psychologique et vise à la calmer. Ainsi, Jean-Paul Fitoussi, président de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et professeur à Science PO critique, dans un entretien au journal portugais Diario Economico du 18 février, le rôle des agences de notation (rating) dans le déclenchement de la tempête des subprimes comme dans la spéculation sur les Etats Européens fragilisés. « Le problème est que les agences de rating n’ont pas eu à payer pour leurs responsabilités dans la crise et qu’elles essaient maintenant de se refaire un chiffre d’affaires en surveillant les Etats. Je trouve que, sauf à abandonner toute notion de souveraineté, les Etats devraient réformer dans l’urgence les agences de rating et en tout cas les faire taire, si ce n’est les poursuivre en justice. »

Jean-Paul Fitoussi, éditorialiste associé, dans « Le Monde » du 5 janvier 2010 page 2 :
«  Le comble du cynisme est atteint lorsque les agences de notation se mettent à redoubler leur surveillance sur la dette des Etats, et que les marchés, qui en furent les victimes, leur accordent la plus grande attention. Combien d’épargnants, combien d’institutions financières, ont-ils acheté, confiants dans leur notation, des titres donnés pour sûrs, alors qu’ils incorporaient des risques considérables ? Cette incompétence des agences de notations est aujourd’hui mise au service des marchés de titres publics. Constater que les agences de notation furent incompétentes, mais ne rien faire pour en réglementer le fonctionnement, semble aussi injurier le bon sens. Aussi, la pression sur les gouvernement monte-t-elle pour qu’ils réduisent les dépenses publiques et sociales ou qu’ils s’abstiennent de préparer l’avenir par des programmes d’investissement. En bref au lieu de s’interroger sur la responsabilité des politiques antérieures dans l’émergence de la crise, on s’emploie à hâter le retour de ces politiques ! »

 



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