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Analyses ayant une « hauteur » certaine sur la crise 2007/2008

 

Guy Sorman dans « Le Figaro » daté du 23 août 2010 en page 13 :
Article intitulé : Les désillusions de la relance.
« Barack Obama, en campagne électorale, accusa les spéculateurs d’avoir provoqué la crise. Le Message plut et fut repris par tous les gouvernements occidentaux : les banques voilà l’ennemi – ce qui gèlera le crédit et interrompra la création d’activités. Cette première erreur d’interprétation conduit à une seconde fausse manœuvre : puisque les entreprises privées stagnent, ne fallait-il pas que les Etats prennent le relais ? Cette relance par la dépense publique a séduit l’opinion publique et donné aux gouvernements l’illusion d’agir. Ce « volontarisme » devint la pensée unique du G20. Hélas ! L’économie n’obéit pas aux ordres. Aux Etats-Unis, il est avéré que tout emploi public créé a été compensé par la perte d’un emploi privé. Autre exemple classique : les primes à l’achat d’automobiles ont accéléré les achats mais n’en ont pas créé de nouveaux. Jusqu’au moment où les Etats ne peuvent plus doper la demande parce que les caisses sont vides. On suppose que les gouvernants savent cela, alors pourquoi n’en tiennent-ils pas compte ?
La croissance chinoise est due pour l’essentiel à la consommation occidentale : si nous arrêtons de consommer, la Chine ralentit. Sans être tombée en panne (l’économie occidentale), elle ne profite en rien à l’économie mondiale. Et ces pays émergents restent, pour l’essentiel, des ateliers de main-d’œuvre et non des sources d’innovation. Notre prospérité dépendra de la capacité de nos entreprises à s’adapter à la nouvelle donne : elles devront se recentrer sur des activités incorporant plus d’innovation et moins de matières. »


Dans « La Tribune » du 13 avril 2010 en page 24 :


Article intitulé : Le sauvetage de la finance américaine aura coûté moins cher que prévu.
 « Selon le « Wall Street Journal », la facture est désormais évaluée à 89 milliards de dollars, contre 356 milliards il y a un an, grâce au redressement des marchés financiers. Reste que la facture du sauvetage des institutions financières ne représente qu’une partie du coût réel pour les finances publiques, qui ont mécaniquement subi une chute des recettes fiscales et une hausse des dépenses budgétaires sous l’effet de la récession.»

Daniel Cohen, professeur à l’Ecole normale supérieure, dans « La Croix » du 24 mars 2010 en page 23 :

Article intitulé : Il y a un risque que cette crise n’ait servi à rien.
« La question de l’interprétation à donner à cette crise est centrale. Une période ouverte dans les années 80 avec Ronald Reagan est-elle en train de se clore, et l’on reviendra alors à une figure en miroir de ce qui s’est passé dans les années 50-60 avec un Etat plus présent, une société plus sobre etc.. ? Ou bien, au contraire, cette crise ne serait pas la maladie sénile du reaganisme mais une maladie infantile d’un supercycle, celui de la mondialisation qui couvrirait tout le siècle ? Personnellement, même si je le déplore, je suis tenté par la seconde hypothèse. Nous sommes face à une mondialisation financière qui a jeté ses filets partout, qui ne se pense pas elle-même et qui ne prend pas la mesure des risques qu’elle se fait courir. »

Philippe Escande dans « Les Echos » du 19 février 2010 en page 16 :

Article intitulé : La désindustrialisation a du bon…

« Ainsi en pleine crise « la plus grave de l’après-guerre », Il est stupéfiant de constater que sur les 22 entreprises du CAC 40 qui ont déjà publié leurs chiffres 2009, seules 5 entreprises sont tombées dans le rouge en 2009. Dont 3 dans les secteurs au cœur de la tourmente, l’immobilier et l’automobile.»

Joseph Stiglitz dans « Enjeux Les Echos » janvier 2010 page 20 :

« Nous sommes habitués à ce que l’Etat transfère l’argent des riches vers les pauvres. Ici, c’est l’argent des pauvres et des classes moyennes qui a été donné aux riches. Les contribuables déjà lourdement taxés ont vu leur argent – destiné en principe à aider les banques à consentir des crédits pour relancer l’économie – servir à verser d’énormes primes et dividendes. Le sauvetage des banques a mis en lumière l’hypocrisie ambiante. Tous ceux qui prêchaient la modération budgétaire quand il s’agissait de petits programmes sociaux destinés aux pauvres ont réclamé le plus grand programme d’aide qui ait jamais existé. Ceux qui vantaient la transparence des marchés ont créé un système financier si opaque que les banques elles-mêmes peinent à comprendre leur propre bilan. Par ailleurs, quand l’information est imparfaite, il arrive souvent que les marchés ne fonctionnent pas correctement. Or l’imperfection de l’information joue un rôle central dans les opérations financières et les événements extérieurs se propagent à l’ensemble des acteurs. L’innovation avait pour but de perfectionner l’exploitation des personnes les moins éduquées et de contourner les règles et les normes comptables conçues pour rendre les marchés plus efficaces et plus stables. »

Georges Soros dans « Enjeux Les Echos » janvier 2010 page 24 :

« On ne peut pas redémarrer un système qui a calé ; nous devons inventer un système de régulation qui n’a jamais existé. A l’heure actuelle, le système financier de chaque pays est soutenu et encouragé par son propre gouvernement. Mais les gouvernements se concentrent surtout sur leur propre économie. Ce qui donne lieu à des politiques que l’on pourrait qualifier de protectionnisme financier ; un protectionnisme financier qui perturbe et qui peut même détruire les marchés financiers mondiaux. »

Gaël Giraud, religieux jésuite, chercheur au CNRS, membre de l’Ecole d’économie de Paris, dans « Le Nouvel Economiste » du 19 novembre 2009 page 24 :

« La crise est née de cela ; du fait que des financiers soient prêts à prendre des risques démesurés sans jamais s’interroger sur la finalité sociale de leur action parce qu’ils étaient convaincus de l’omnipotence du marché. Ces sont ces logiques qui justifient que l’on affame des populations pour un placement rentable. L’économie est censée servir l’intérêt général, ne l’oublions pas. Il est temps de le réintroduire comme finalité économique. »

Michel Camdessus, gouverneur honoraire de la Banque de France, dans « Le Nouvel Economiste » du 19 novembre 2009 page 24 :

« Quant à croire que la capacité des marchés à s’assainir d’eux-mêmes, cela reviendrait à croire en la main invisible censée réguler naturellement, laquelle a largement fait preuve de son insuffisance. La crise a révélé une triple carence : carence de régulation, carence institutionnelle et carence éthique. »

Emmanuel Faber, directeur général délégué du groupe Danone, dans « la Croix » du 20 novembre 2009 page 13 :

« L’économie et le social ne sont pas séparés. Seul l’humain existe. Le grec oikosnomia ne dit pas autre chose, qui se traduit par : l’administration du lieu de vie, l’art de vivre ensemble. Toute relation aux autres est économique. Serait-il donc iconoclaste de rappeler qu’une entreprise n’existe que parce qu’elle a une utilité sociale ou, plus largement, sociétale ? Si, au nom du profit, elle satisfait insuffisamment ses salariés, ses clients, ou ses fournisseurs, elle est vouée tôt ou tard à l’échec. On peut aller jusqu’à dire que sa valeur est donc fonction du profit qu’elle consent à ne pas réaliser, dans le but de partager avec ses parties prenantes, car elle crée alors des relations d’interdépendance qui la pérennisent. Est-il concevable de laisser à la seule main invisible, force aveugle de l’intérêt personnel des plus habiles ou cupides d’entre nous, la responsabilité collatérale de tirer hors de la pauvreté les trois quarts de l’humanité, pour l’instant laissés pour compte dans l’économie de marché ? » 

Alain Faujas, service économie-Entreprises dans «Le Monde» du 31 octobre 2009 page 2 :

« Les spectaculaires montagnes russes des cours des matières premières exaspèrent les consommateurs dont le pouvoir d’achat pâtit de ces hausses ; les producteurs qui ne savent comment survivre aux chutes de leurs revenus, sauf à mettre au chômage leurs salariés comme en République démocratique du Congo où 300 000 mineurs ont été congédiés ; et les gouvernements sommés d’intervenir. Au début des années 2000, producteurs et consommateurs ont été rejoints sur ces marchés – où ils se couvraient contre les variations de prix à venir – par une nouvelle sorte d’acteurs, les investisseurs institutionnels qui ont découvert qu’ils pouvaient placer leurs formidables liquidités sur l’étain, le blé, la viande, le pétrole etc., des produits promis à une appréciation forte pour cause de croissance démographique et d’élévation du niveau de vie. Ces investisseurs ont joué des indices des matières premières, au point que les masses financières investies dans cette nouvelle classe d’actifs sont passées de 13 milliards de dollars, en 2003, à 320 milliards, à la mi-2008. »

Guy Démarest, agrégé de sciences économiques et sociales, dans « La Croix » du 26 octobre 2009 page 27

«Le système comprime tant qu’il peut les salaires et mise sur la baisse des coûts et des prix pour que le pouvoir d’achat augmente, malgré tout, et que la croissance ait lieu. Ce que permettent les gains de productivité industriels. Mais quand l’industrie ne représente plus que 15 % des emplois et du PIB et le tertiaire 75 % (Insee), ce schéma devient une impasse. Le low cost mène à la déflation. C’est-à-dire à une spirale du moins vers le moins (d’emplois, d’activité, de prix…). Désormais, la hausse du pouvoir d’achat et la croissance ne viendront plus de la baisse des prix, mais de la hausse des salaires. Elle est possible sans délai dans les activités à faibles gains de productivité non délocalisables, activités qui nécessitent la présence simultanée du prestataire et du client ou de l’usager, échappant ainsi à la concurrence internationale. Cela suppose ensuite une redistribution vigoureuse de tous les revenus (du trvail et financiers) pour bâtir une vaste classe moyenne, une société de gens « ni riches, ni pauvres » qui font circuler entre eux la richesse et maximisent l’emploi, avec des revenus décents. »

Michel Rocard dans « Le Monde » du 28 septembre 2009 page 10

« Double révolution structurelle et intellectuelle qui s’est déroulée à partir de 1975. Les fonds de pension, les fonds d’investissement et les fonds d’arbitrage (hedge funds) ont pris le pouvoir au sein des multinationales. Avec un mot d’ordre : produire toujours plus de dividende. L’organisation du travail a changé. Les grandes entreprises ont considéré que la paye de leurs balayeurs, de leurs employés de maintenance ne devait pas être tirée par le haut par le fait qu’ils appartiennent à des sociétés à haute qualification. Elles les ont sortis de la structure pour les transférer dans des PME, non filialisées, peu syndiquées et qui payent moins bien. On a vu apparaître une nouvelle catégorie de salariés : les précaires, qui ont fini par représenter entre 15% et 20% de la main-d’œuvre de tous les pays développés. Puis on a vu émerger les pauvres, c’est-à-dire des adultes valides, exclus du marché du travail. Tout cela aboutit à moins de consommation et à une hantise générale de l’insécurité, qui décourage tous les comportements d’audace de la vie économique. La crise financière n’a rien à voir avec tout cela, elle a simplement frappé des économies déjà anémiées. »

Michel Henochsberg, professeur d’économie, animateur du Forum d’Action Modernités, dans « Les Echos » du 22 septembre 2009 page 17

« Il est désormais envisageable d’oser la question : ne croyez-vous pas qu’on a exagéré l’amplitude et donc la gravité de la crise financière qui a dégénéré en crise économique ? Ne croyez-vous pas que l’effet panique a grossi le sillon de la crise dite du siècle ? N’avons-nous pas été confrontés au spectacle surmédiatisé d’une catastrophe suivie en direct par une planète tétanisées par le désastre promis ?....Nous avançons l’hypothèse de la surestimation de l’événement par l’opinion, les médias et ses experts. Le déséquilibre étant patent, la panique ayant eu lieu, le constat est que tout le monde a eu intérêt à forcer le trait, à invoquer la grande catastrophe et à envisager la fin du monde. La planète médiatisée s’est installée dans la grande crise, supérieure à tout ce qu’on avait vu. Nous baignons dans le superlatif, c’est la loi de notre époque, et l’intérêt immédiat de la plupart des acteurs majeurs. L’exacerbation unanime de l’événement servait tous ceux qui avaient des responsabilités dans la mesure où la crise a des dimensions extrinsèques aux volontés. Les Etats et les politiques ont exalté la maudite crise qui leur tombait dessus, comme si elle descendait d’une lointaine planète financière, extérieure et malfaisante. Du coup, l’Etat et ses institutions ont le beau rôle : l’immeuble se lézardait de partout, ce n’est pas de leur faute, et en revanche ils colmatent les brèches et sauvent l’édifice. Dès l’annonce de la débâcle financière, il devenait utile à beaucoup de mode que l’événement soit grossi, magnifié et donc surestimé. Le monde financier a entonné la même exagération qui lui a permis de bénéficier du sauvetage public : « la crise est immense et l’on ne peut pas nous laisser tomber.» Et dans le cadre de l’imbrication économico financier, cet impératif a parfaitement fonctionné. Tout ce procès qui a fait de la « crise » le pivot permanent du quotidien de chacun a été orchestré par les médias soutenues des Etats. Et pour boucler cet hymne à une fin du monde, on ne doit pas oublier les experts économistes qui ont apporté une contribution décisive à la théâtralisation, prédisant une grande catastrophe, des voix notoires assurant que c’était bien pire que la grande crise de 1929. »

 

Eric Le Boucher dans sa chronique dans « Les Echos » du 18 septembre 2009 en page 13 :

« Les banques centrales prêtent à des bas taux des milliers de milliards aux banques, Celles-ci ne prêtent pas à l’économie réelle (il est vrai que la demande des industriels et des ménages est moins forte) et elles placent l’argent sur des actifs risqués, les Bourses y compris les plus exotiques ou les matières premières dont les prix ont doublé depuis le début de l’année. Bref, l’excès de liquidité et la spéculation regonflent des bulles.»

 

Michel Rocard, dans Asset Management Magazine de septembre 2009 :

« Nous constatons depuis les années 1980/1985 que la part des salaires dans le PIB est en baisse constante dans tous les pays. Pour bien voir le phénomène, il faut le regarder sur trente ou quarante ans. Partout, la part des revenus (salaires+transferts sociaux) dans la richesse nationale a baissé de 8 à 12 % par rapport aux années 1960-1970. Cela a été produit par l’émergence, à partir des années 1980, des fonds de pension, des fonds d’investissement et ensuite des hedge funds. A eux trois, ils ont pris une minorité de blocage ou une majorité dans toutes les entreprises multinationales de plus de 2000 ou 3000 salariés. Et, au lieu d’avoir des actionnaires concernés par les politiques de recherche et de fidélisation de la main d’œuvre, ces derniers ont préféré se verser des dividendes aux dépens de la masse salariale. La pression actionnariale a déclenché la valse des PDG dans les années 1980, puis dans les années 1990, on a inventé une autre technique : celle des OPA et incidemment des LBO. On est passé ensuite à l’externalisation pour jouer sur les prix au détriment de la main d’œuvre. Or, pour renouer avec la croissance, il faut que les salaires soient indexés à la productivité, comme le préconise Michel Aglietta. Aujourd’hui, le pouvoir d’achat capable de consommer est amputé par une part excessive de dividendes et de profit, y compris le salaire des traders. » ; « Mais la classe politique ne peut plus assumer la responsabilité de valider un système producteur d’injustices aussi monstrueuses » 

Eva JOLY dans Le Monde Magazine du 19 septembre 2009 page 18 :

« En parlant de la France « il n’y a pas de vraie volonté politique de lutter contre la corruption dans ce pays. Les magistrats soucieux de faire leur travail n’y sont pas respectés. L’absence de poursuites contre les élus et hommes d’affaires notoirement corrompus me révolte, et elle révolte l’opinion. Il faut à tout prix sortir de cette espèce de « monarchie républicaine » et de ses phénomènes de cour. C’est un système politique qui ne peut plus marcher. C’est malsain pour la démocratie, comme le fatalisme qui en découle » : « Rien dans ma culture norvégienne, mes lectures, mes études, ne m’avait préparée aux mœurs scandaleuses de la « Françafrique » ni aux immunités des élites françaises. C’est injustifiable, ça m’a d’emblée paru insupportable. »

 

Mahor Chiche, avocat à la cour, et Jean-Jacques Ohana cofondateur de Riskelia,est expert en gestion des risques financiers, dans « Les Echos » du 19 août 2009

«Les excès passés des banquiers et leur absence de discernement sur les risques de leurs opérations ont contribué à faire plonger la finance mondiale. Ces mêmes banquiers ont durant plusieurs mois refusé de fournir de la liquidité au marché, accentuant encore plus le manque de confiance des investisseurs. Il y a à peine six mois, ils refusaient de croire en une reprise et vendaient les marchés à découvert. Les banques ont la fâcheuse tendance de se préoccuper des risques dans la tourmente et de les ignorer dans les périodes fastes. Leurs opérations moutonnières font courir à la finance mondiale un réel risque systémique du fait des exagérations successives qu’elles provoquent. »

 

Gabriel Kolko, historien, auteur de Another Century of War ? et de The age of war, dans « Le Monde Diplomatique » d’octobre 2006 :

« La multiplication des produits spéculatifs rend le système financier mondial quasiment incontrôlable. Les crises succèdent aux crises, au point d’inquiéter les plus hauts dignitaires des organisations internationales. Jamais le système financier mondial n’a été si opaque. Les flibustiers de la finance inventent constamment de nouveaux « produits » qui défient à la fois les Etats-nations et les banques internationales. Intellectuellement le FMI et la Banque mondiale se trouvent également sur la défensive, après la cascade d’effondrements financiers en Asie orientale, en Russie et ailleurs, entre 1997 et 2000. Nombre de leurs dirigeants les plus connus affirment ne plus aux principes de la pensée économique classique du laisser-faire, qui ont jusqu’ici inspiré leurs politiques. Monsieur Stephen Roach, économiste en chef de la banque Morgan Stanley, « le monde n’a pas fait grand chose pour se préparer à ce qui pourrait bien être la prochaine crise. Ces opérateurs sont rémunérés sur la base des profits affichés – qu’ils soient fictifs ou réels – et, de manière courante, ils mettent en jeu les fonds déposés dans leur établissement. De faible taux d’intérêts et des banques ne demandant qu’à prêter de l’argent à des hedge funds (fonds spéculatifs à hauts risques) et à des établissements spécialisés dans des opérations de fusions acquisitions ont donné à ces acteurs toute latitude pour jouer au casino de la finance. Dans certains cas, des recapitalisations financées par l’emprunt (leveraged recapitalisations) leur permettent de s’attribuer d’énormes honoraires et dividendes qui augmentent d’autant l’endettement de l’entreprise. Personne ne peut dire exactement ce que sont les dérivés de crédit. Pas même Gillian Tett, principal responsable de la rubrique des marchés de capitaux au Financial Times, qui pourtant a enquêté. Le produit est né, il y a une dizaine d’années, lors d’une réunion de certains dirigeants de la banque J.P Morgan, à Boca Raton en Floride : entre deux cocktails, et avant de se pousser les uns les autres dans la piscine, ils eurent l’idée d’un nouvel instrument financier, qu’ils voulaient suffisamment complexe pour ne pas être imité facilement (le droit d’auteur n’existe pas en matière de finance) et qui devait leur rapporter gros. Ainsi Monsieur Roach a pu écrire le 24 avril 2006 qu’une crise financière majeure se profilait et que les institutions mondiales (du FMI et de la Banque mondiale à d’autres mécanismes de l’architecture financière internationale) étaient totalement désarmées pour y faire face. A son tour, le chef de l’exécutif de Hongkong, M. Rafael Hui Si-yan, a déploré, début juin, les dangers que représentent les hedge funds. Il est extrêmement difficile de prévoir comment tout cela va tourner, explique la BRI, qui ne souhaite pas que ses craintes provoquent une panique et reste donc du côté des non-alarmistes. Mais elle admet qu’un « big bang » pourrait bien ébranler les marchés, et considère qu’il existe « plusieurs raisons de s’inquiéter d’un certain niveau de désordre . » Mais ce pessimisme incite les banques d’investissements à imaginer de nouveaux instruments pour profiter de la catastrophe économique imminente – d’une crise qui à leurs yeux, est une question de temps et non de principe »    

 

 

 



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