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BANQUE


Christian Lejoux dans « La Tribune » du 3 février 2012

Article intitulé : Douze banques dans le collimateur des autorités suisses

 « La Commission de la concurrence suisse vient d'ouvrir une enquête, au sujet d'un possible cartel, qui aurait manipulé les taux interbancaires Libor (London Interbank Offered rate) et Tibor (Tokyo Bank Offered Rate), ainsi que le commerce sur dérivés. La "Comco" n'a pas eu à se donner beaucoup de mal pour soulever ce lièvre puisque, de son  propre aveu, elle a eu connaissance de ces éventuels agissements grâce à une "auto-dénonciation." Douze banques européennes, américaines et japonaises figurent dans le collimateur de la Commission de la concurrence. Parmi celles-ci figure une française : la Société générale. Les autres établissements soupçonnés sont suisses (UBS, Credit Suisse), américains (Citigroup, JP Morgan Chase), britanniques (HSBC, Royal Bank of Scotland), japonais (Bank of Tokyo-Mitsubushi, Mizuho Financial Group, Sumitomo Mitsui Banking Corporation) et néerlandais (Rabobank). Concrètement, des traders de ces établissements se seraient mis d'accord pour diminuer les taux auxquels les banques se prêtent de l'argent entre elles. Ils se seraient également entendus sur les différences entre les cours d'achat et de vente de produits sur dérivés, afin de les vendre à des conditions désavantageuses pour les acquéreurs. En décembre, déjà, les autorités japonaises avaient ordonné la suspension temporaire des activités des filiales de négoce nippones de Citigroup et d'UBS, au motif de manipulations des taux interbancaires. Et la "Comco" a indiqué qu'elle était en contact avec le département américain de la Justice et les autorités européennes de la concurrence, qui nourrissent elles aussi des soupçons de cartel sur les taux interbancaires.


Commentaire : En attendant de savoir si cette information est exacte, je préfère limiter mon commentaire à : Ahurissant !

Anne Drif dans « Les Echos » du 6 février 2012

Article intitulé : Des Etats-Unis au Japon, l’affaire de la manipulation du Libor s’étend encore
« Nouveau volet dans l’affaire de collusion d’intérêts sur la fixation du Libor, l’indice interbancaire en dollars qui sert de référence aux taux de 350.000 milliards de dollars de produits financiers. Des Etats-Unis au Japon et à la Grande-Bretagne, le dossier s’élargit à la Suisse. Le gendarme helvétique a indiqué vendredi avoir ouvert une enquête sur des collusions d’intérêts entre les équipes de trading de dérivés sur le Libor et son équivalent japonais, le Tibor. Douze établissements sont mis en cause, dont  UBS  ,  Credit Suisse  ,  Deutsche Bank  ,  Citigroup  ,  HSBC  ,  JP Morgan  ,  Mizuho  ,  RBS  , ainsi que la  Société Générale  . UBS est déjà sous les feux du régulateur américain, de même que Citigroup. Les enquêtes ont été déclenchées par des soupçons de sous-valorisation de l’indice en dollars au printemps 2008. Les analystes estimaient alors qu’il était valorisé de 20 à 30 points de base en dessous du coût réel de liquidité en dollars des banques. La première semaine d’avril, le taux est même passé en dessous du taux sans risque de la Réserve fédérale américaine. Les banques participant à l’indice craignent d’afficher des taux de refinancement trop élevés révélant leurs difficultés, alors que l’accès à la liquidité dollars pousse les banques fédérales à intervenir. Une sous-évaluation qui pénalise en revanche les autres banques qui assument un coût réel beaucoup plus élevé et ne peuvent le répercuter dans les contrats. Depuis, le doute a aussi été jeté sur l’indice interbancaire en euros, l’Euribor, conduisant la Commission européenne à perquisitionner dans un panel de banques. Dans les deux cas, les gendarmes ont été alertés par les dénonciations d’une banque, en échange de plus de clémence. Les banques continentales européennes, alliées à des banques chinoises, doivent lancer, mi-février, leur nouvel indice dollars concurrent du Libor. Après six mois de test, le niveau de cotation de l’indice s’avère beaucoup plus« pertinent », indique-t-on. Autrement dit à un taux beaucoup plus élevé que celui du Libor. »                                                                               

Alain Lallemand, propos de Hervé de Carmoy, administrateur délégué de la Générale de Belgique, dans « Le Soir », journal Belge, du 27 janvier 2012

Article intitulé : La démocratie doit abattre les rentiers de la finance  

« Il faut revenir à la sobriété de la finance. La finance doit être entièrement soumise aux besoins de l’industrie et du pays. La finance-reine, il faut en sortir. Qui peut changer cette espèce de rente de la finance ? La démocratie. C’est le rôle de la démocratie d’abattre les rentiers. »

Commentaire : Faut-il que les dérives politico/financières soient allées beaucoup trop loin pour que des mots aussi forts soient prononcés par des dignitaires du système actuel. Après l’indignation discrète, la résistance ? Pour ma part, je pense que le propos n’est pas maîtrisé. Ce n’est pas les rentiers qu’il faut abattre mais bien la financiarisation et l’ensemble des institutions qui l’ont mis en place. Pour cela, rien de plus simple. Les solutions, nous les connaissons, par contre la volonté …

Charles-Henri Filippi, banquier, dans « Le Monde » du 28 janvier 2012

Article intitulé : Ne confondons pas banques et marchés !
 « Sans surprise, les candidats à l'élection présidentielle ont donc déclaré la mise au pas la " finance " comme enjeu-clé de l'élection présidentielle. Il y a, dans leurs propos, un reflet de l'indignation de l'opinion contre la dérive générale vers une société de marché financier qui laisse envahir le champ économique et social par " l'esthétique quantitative de l'argent " et permet, contrairement aux fondements du libéralisme même, de fabriquer du profit sans que celui-ci soit l'expression d'une création de valeur utile au progrès. Sous cette appellation générique de " finance ", une fâcheuse confusion entre les banques et les marchés financiers, à laquelle beaucoup se laissent prendre depuis le début de la crise, et qui, paradoxalement, conduit à la fois à l'aggravation de nos difficultés et à une emprise accrue des marchés sur la conduite des affaires publiques. De la même manière, alors que la comptabilité des banques était hier sous étroit contrôle public, la privatisation des normes comptables, entre les mains de l'International Accounting Standards Board (IASB), a établi le prix fixé par le marché financier comme expression de la juste valeur, et donc désigné le marché lui-même comme arbitre permanent de la qualité et de la solvabilité des bilans bancaires : pendant que les régulateurs discutent âprement du dernier centime de fonds propres à exiger des banques, c'est par milliards que le marché, chaque jour, peut déplacer leurs besoins de capitaux. On a pu mesurer à l'issue de l'accord européen du 26 octobre 2011 les conséquences adverses de cette vassalisation par les marchés de la régulation publique. L'Autorité bancaire européenne avait alors fait accepter par les gouvernements que, pour la fixation des besoins de recapitalisation des banques, les obligations d'Etat qu'elles détenaient devraient être valorisées à leur prix de marché. Il en était alors résulté une cession immédiate par les banques, inquiètes de ce nouveau facteur d'incertitude, d'une part significative de leurs portefeuilles souverains. Cela s'était traduit aussitôt par une tension accrue sur le coût des dettes publiques, évidemment préjudiciable aux intérêts et à la stabilité de la zone euro. De la même manière, la renégociation de la dette grecque a été handicapée par la concession aux normateurs privés du privilège de décider aussi bien ce qu'est un " cas de défaut " que les conséquences comptables qu'il convient d'en tirer. Ainsi soumis à des règles sur lesquelles ils n'avaient aucune prise, les régulateurs publics ont initialement tenté, pour éviter des conséquences trop lourdes sur le système bancaire, de faire échapper celui-ci à toute contribution à la restructuration de la dette grecque. Débutant ainsi très loin de toute issue réaliste, la négociation n'en a été que plus lente et plus contentieuse, faisant notamment craindre à l'Allemagne d'être appelée à ainsi devenir le garant en dernier ressort de toutes les dettes de la zone euro. Cela n'a pu que renforcer la rigidité globale de sa position vis-à-vis de la crise des dettes souveraines. Ainsi, paradoxalement, tel qu'elle est menée, l'accentuation de la régulation publique provoque au même moment une accentuation de l'étau du marché sur les Etats comme sur les banques : elle met les premiers dans l'obligation d'une rigueur accrue et les secondes dans celle de resserrer le crédit, amplifiant ainsi les risques de récession. Les marchés financiers n'ont pas de visage, mais les banquiers en ont un, ce qui fait d'eux, même lorsqu'ils ont compris les leçons de la crise, des adversaires plus faciles à identifier et à prétendre combattre. Il faut pourtant essayer d'éviter les intuitions trompeuses et les excès de langage, tant le moment va vite venir de nouer entre les gouvernements et les banques un pacte visant, dans l'intérêt commun, à échapper à l'arbitraire des marchés pour mieux financer l'économie. »

Séverine Sollier dans « La Tribune » du 9 janvier 2012

Article intitulé : Record battu ! Les banques placent 463 milliards d'euros de liquidités auprès de la BCE
« A chaque jour son record ! Les banques de la zone euro ont déposé 463,565 milliards d'euros au cours du week-end auprès de la Banque centrale européenne (BCE). Le précédent record remontait à la fin de semaine dernière : les banques avaient stocké pour 455 milliards d'euros auprès de la BCE entre jeudi et vendredi. Les banques ont en effet les poches pleines de liquidités depuis que la BCE a procédé à une opération inédite de refinancement en accordant 489 milliards d'euros de prêts à trois ans à 1%, le 21 décembre. Avec cette manne, elles peuvent rembourser leurs propres échéances ou souscrire aux emprunts d'Etat comme elles l'ont fait par exemple pour les bons du Trésor italiens fin décembre. Mais pour le surplus, comme elles ne veulent pas prendre le risque de se prêter en elles, les banques préfèrent placer leur argent... auprès de la BCE qui pourtant ne les rémunère qu'à 0,25%. Elles préfèrent donc être perdantes mais rester méfiantes vis à vis de leurs consoeurs et concurrentes, ce qui montre que le marché interbancaire n'est toujours pas revenu à son fonctionnement d'avant la crise de 2008. La poursuite de la crise de la zone euro combinée aux nouvelles exigences de Bâle III explique en partie cette situation. L'autre explication tient à un changement des pratiques des banques  qui ont modifié la gestion de leurs liquidités depuis la crise précédente provoquée par la faillite de la banque américaine Lehman Brothers en octobre 2008. »


Commentaire : Situation des plus aberrantes. Si les banques préfèrent perdre de l’argent (elles empruntent à 1% et place à 0,25%, pourquoi ne pas augmenter très fortement les sommes qu’elles empruntent afin de « pomper » la partie des bénéfices qu’elles détournent de l’économie réelle via les produits dérivés ? Naturellement, cette question n’a comme objectif que de prouver l’absurdité de la situation actuelle.

Eric Treguier dans « Challenges » du 5 janvier 2012

Article intitulé : Pourquoi les banques préfèrent les livrets à l’assurance-vie
 « La collecte de l’assurance-vie s’effondre. A cause de la baisse de ses rendements, passés de 6% il y a dix ans à moins de 3%, ce qui est à peine mieux que les 2,25% défiscalisés du livret A. Les banques ne sont pas étrangères au phénomène. Elles détiennent 60 % du marché de ce placement qui, pour elles, présente un gros handicap: il n’est pas comptabilisé dans leurs bilans. Or les nouvelles normes réglementaires les obligent à mobiliser davantage de fonds propres pour un même volume d’affaires. Elles ont donc réorienté l’épargne de leurs clients vers des produits qui renforcent leur bilan: les livrets et les comptes à terme. Leur encours (environ 2.000 milliards d’euros) a augmenté de plus de 100 milliards entre janvier et octobre 2011. A la Caisse d’Epargne, l’activité assurance-vie a baissé de 18% sur les neuf premiers mois de 2011, et la collecte en épargne crû de plus de 10%. »


Commentaire : De nouveau, nous retrouvons les dégâts de règles comptables stupides. Détournement des capitaux de l’économie réelle en faveur d’une utilisation plus qu’aléatoire via les livrets et nous avons là une des grandes causes de la situation boursière actuelle et de l’appauvrissement du système dans sa globalité. 


François Vidal dans « Les Echos » du 10 janvier 2012

Article intitulé : Obsession sécuritaire  

« Quand des professionnels préfèrent laisser s’éroder leur cash plutôt que d’encourir un risque même minime de perte sur leur capital, il serait mal venu de moquer la retenue de monsieur Tout-le-Monde. C’est là tout le paradoxe de la situation. En plébiscitant les livrets d’épargne, à commencer par le Livret A, le premier d’entre eux, les Français contribuent efficacement au financement de l’économie du pays. D’abord, ils donnent un ballon d’oxygène bienvenu à des banques en mal de financement. Ce qui n’est pas sans effet sur la distribution de crédit. Surtout, dans la mesure où près des deux tiers des fonds déposés sur le Livret A atterrissent à la Caisse des Dépôts, ils fournissent des munitions à l’un des principaux dispositifs anticrise de l’Etat, les fonds d’épargne. Résultat, ces fonds, devenus les véhicules à tout faire de la puissance publique (financement du logement social, des collectivités locales, des infrastructures, des PME…), sont aujourd’hui l’un des derniers lieux où la transformation de l’épargne court terme en financement long terme n’est pas grippée. »

Commentaire : Je ne suis pas d’accord avec la vue idyllique de l’utilisation des fonds du livret A. L’histoire et les réalités du taux de productivité de ces fonds sont sans appel. Je pense que Monsieur Vidal oublie que la bourse avec le système de cotation actuel peut créer un effet de levier de prêt de 99%. En effet, le système actuel répercutant la hausse ou la baisse réalisée sur un petit nombre de titres à l’ensemble des titres crée de facto un effet multiplicateur. Cet effet multiplicateur est appelé indice de création de valeur comptable lorsque les cours sont à la hausse, et indice de destruction comptable lorsque les cours sont à la baisse. Dans la situation actuelle, il est aisé de mettre en place une dynamique de hausse régulière des indices. Cette dynamique en redonnant confiance, stabiliserait et relancerait la situation SOCIOlogique, ECOnomiue, POlitique et FInancière. Reste à trouver le politique qui acceptera de sortir de l’idiotie des croyances et des dogmatismes actuels. La crise n’est ni économique, ni financière, elle est politique. Voir en pièce jointe le Fonds de stabilisation boursier.                                                                          

Anne Drif dans « Les Echos » du 4 janvier 2012

Article intitulé : Liquidités : pourquoi les banques n’ont plus vocation à se prêter entre elles  

« Les banques de la zone euro ont déposé 452 milliards d’euros de liquidités dans les caisses de la Banque centrale le 27 décembre, après avoir demandé à en emprunter 489 milliards cinq jours plus tôt. En France, elles ont sollicité l’Institution à hauteur de 95 milliards en novembre, après 100 milliards en octobre. Ces deux mois, leurs dépôts étaient également à leur pic, à 27 milliards puis 23 milliards. C’est désormais un constat ordinaire depuis la crise de 2008 : la prudence leur interdit de se prêter les unes aux autres. Quels que soient les montants alloués, les mesures  techniques des banquiers centraux ne parviennent pas à restaurer la confiance. L’absence de règlement politique de la crise européenne et ses répercussions sur la viabilité du secteur bancaire empêchent le rétablissement d’un climat de  confiance. A cela s’ajoute la nouvelle réglementation de Bâle en matière de liquidité qui, de fait, pénalise les prêts entre banques. Enfin, l’atrophie du marché interbancaire obéit à une raison plus structurelle. Avec la crise issue de la faillite de Lehman Brothers, les banques ont adopté une gestion au cordeau de leur liquidité, et ont réduit mécaniquement leurs limites de contreparties bancaires les unes vis-à-vis des autres. Un principe de diversification et de saine gestion, que rien ne remettra en cause. Aujourd’hui, constate sans état d’âme un responsable financier de banque,« il n’y a plus d’échange interbancaire. Quand de rares prêts sont accordés, ils le sont pour des raisons politiques, sous l’impulsion de pouvoirs publics demandant à tel établissement parapublic d’injecter de la liquidité dans une place financière en cas de tension. » Mais la souscription massive de liquidités à l’appel d’offres à 3 ans de la BCE a mis les banques à l’abri du besoin. Elles ont donc encore moins de raisons de se solliciter les unes les autres à nouveau. « Le marché est surliquide d’au moins 300 milliards d’euros. C’est le même phénomène observé après la crise de 2008. Il n’y a plus d’échanges interbancaires car il n’y a plus besoin. Aujourd’hui, toutes les banques ont sécurisé leur programme de refinancement 2012 », indique un autre responsable financier. De fait, témoigne un autre, même des banques espagnoles se positionnent comme prêteuses sur les marchés, et les banques italiennes ne sont plus emprunteuses. Même sur l’accès à la liquidité en dollars, le stigma commence à se dissiper, indique un banquier, bien que les fonds monétaires américains restent à l’écart de la zone euro. »


Commentaire : Qui a dit crise économique ? « L’absence de règlement politique de la crise européenne et ses répercussions sur la viabilité du secteur bancaire empêchent le rétablissement d’un climat de  confiance. » Nous vivons bien une crise POLITIQUE. Cette dernière est issue de l’interventionnisme des lobbies, de la dogmatisation de fonctionnaires technocrates et hypocrites (voir les déclarations du Ministre Le Maire ci-dessous) dans la création et la mise en place de la Fédération Européenne.


Dans « Le Point » du 29 décembre 2011 Article intitulé :Le maire sort de ses gonds

La crise a le pouvoir de renverser les convictions, même les mieux ancrées. Exemple le 16 décembre, lors d'un meeting UMP à Evreux organisé par Bruno Le Maire, en présence d'Henri Guaino. Fervent européen, germanophone, partisan de Maastricht et du traité de 2005, le ministre de l'Agriculture n'a pas eu de mots assez durs pour pourfendre les institutions bruxelloises ! De la Commission européenne il dit qu'elle "n'a pas de légitimité démocratique" et qu'elle "ignore les conséquences de ses décisions sur l'emploi". Passe encore qu'elle propose, mais qu'"elle dispose, non !". Le ministre sortait tout juste d'une négociation sur les quotas de pêche avec la rigide commissaire grecque chargée du dossier, qui voulait réduire les quotas."Je me soucie plus de l'avenir des pêcheurs que des poissons", a-t-il insisté, fustigeant ces technocrates qui "prennent une décision dans un bureau de Bruxelles" et qui "n'assument pas leur décision dans les yeux" des Européens. En outre, le ministre a considéré que l'Europe ne défend pas assez ses intérêts économiques "en laissant ses frontières grandes ouvertes et sans contrôle, contrairement à ce que prévoit Schengen". L'exemple, selon lui, est la Chine, qui agit "avec vigueur, voire avec violence". Le coup de gueule est d'autant plus fort qu'il émane d'un spécialiste de la mécanique communautaire, habitué, comme il dit, à"cirer les parquets de Bruxelles"...
Qui a dit crise financière ? « Le marché est surliquide d’au moins 300 milliards d’euros. C’est le même phénomène observé après la crise de 2008. Il n’y a plus d’échanges interbancaires car il n’y a plus besoin »
                                                                                    

François Vidal dans « Les Echos» du 20 décembre 2011

Article intitulé : Banques : le mythe du cloisonnement  
« Rendre le système financier plus sûr. Du coup, le projet annoncé hier par le gouvernement britannique, qui vise schématiquement à construire d’ici à 2015 une muraille étanche entre la banque de monsieur Tout-le-Monde et les activités de marché, apparaît comme une initiative plus que bienvenue. La réponse enfin trouvée à la délicate question du « too big to fail ». Avec ce projet, plus question pour les contribuables d’être contraints de sauver un groupe bancaire pour préserver leur épargne victime des agissements de traders surpayés. Sur le papier, l’idée est séduisante. Le problème, c’est qu’elle ne tient pas ses promesses. Les déconfitures de Northern Rock, des banques irlandaises ou des « cajas » espagnoles ont montré qu’une banque de détail aussi pouvait nécessiter le soutien public. De même, celle de Lehman a prouvé que les banques d’investissement ne pouvaient être livrées à elles-mêmes. Dans ces conditions, on peut se demander quel intérêt il peut y avoir à mettre en place une usine à gaz pour construire une digue qui risque de céder à la première tempête. D’autant que ce nouveau bouleversement réglementaire va se traduire par un relèvement des exigences en capital, qui vient s’ajouter à celui imposé par les nouvelles règles prudentielles (Bâle III). De quoi renforcer le risque de pénurie de crédit, dont les entreprises commencent à se plaindre. Il y avait sans doute mieux à faire que de survendre une solution aussi coûteuse. Renforcer encore plus massivement la supervision était une option intéressante dans le pays qui a inventé la « light touch ». Après tout, cette formule a montré sa pertinence de ce côté-ci de la Manche. Soumettre les banques de marché à un impôt spécifique censé rémunérer la garantie implicite des Etats aurait aussi eu du sens. Mais on peut comprendre que, quand on a été obligé d’engager 850 milliards de livres d’argent public en trois ans pour sauver les banques de son pays, on se sente obligé d’opter pour une révolution copernicienne afin de rassurer les contribuables. »                                                                                       

Dominique Liesse dans « L’Echo » (Belgique) du 16 décembre 2011

Article intitulé : Fitch abaisse la note de viabilité de huit banques, dont BNP, Credit Suisse et Deutsche Bank.
« Fitch a abaissé les notes de viabilité de huit banques universelles.
•    Ce rating passe ainsi à " A + " pour BNP Paribas, à " A " pour Barclays, Goldman Sachs, Credit Suisse et Deutsche Bank et à " BBB + " pour Bank of America.les perspectives sont stables pour BNP Paribas, Société Générale, Barclays et deutsche Bank.
•    Les notes de Morgan Stanley et Société Générale passent, elles, à " A- ".
•    Le statu quo est de mise pour le géant suisse UBS qui préserve son " A- ".
•    D’autres dégradations semblent s’annoncer, notamment chez Citigroup et JP Morgan.
"Les actions prises sont motivées par l'opinion de Fitch selon laquelle les modèles d'affaires des banques de courtage et universelles sont particulièrement sensibles aux difficultés accrues des marchés financiers", a expliqué l'agence, pour laquelle "ces difficultés résultent à la fois des développements économiques et d'une myriade de changements réglementaires". "Aussi bien gérées soient-elles, les aspects structurels de leur financement, de leurs bénéfices et de leur endettement prédisposent (ces établissements) à être vulnérables aux sentiments et à la confiance du marché, surtout durant les périodes de tension financière exogène", note encore Fitch, qui assure avoir tenu compte des mesures prises pour renforcer les capitaux et liquidités des établissements. »
                                                                                  

Dans « Le Nouvel Observateur » du 8 décembre 2011

Article intitulé : Quand la banque mobilise le PS…
« Baudouin Prot a évoqué sans détour un complot anglo-saxon contre l’euro et les banques françaises avant de vitupérer contre l’inertie de la BCE et l’isolationnisme allemand.»


Commentaire : Cette crise est bien une crise politique. Petit à petit, les langues se « délient ».
                                                                                       

Anne Drif et Virginie Robert dans « Les Echos » du 5 décembre 2011

Article intitulé : Pourquoi les banques européennes n’en ont pas fini avec la crise de liquidité  

« Comment expliquer que la crise de liquidité persiste ? Pour prêter, les banques ont besoin d’emprunter. Avec la crise de défiance, elles ne se prêtent plus les unes aux autres. Mais le guichet exceptionnel d’accès illimité de la Banque centrale européenne se substitue à l’interbancaire. Elles ne se financent plus non plus sur le marché pour des durées longues. Mais leur programme d’émission 2011 est bouclé. Le problème se posera en 2012. En revanche, la tension s’est accrue sur la liquidité en dollars qui vient financer les grands projets aéronautiques, d’infrastructures et pétroliers. Depuis l’été, les fonds monétaires américains ont coupé leurs investissements dans la dette des banques européennes. L’accord du 30 novembre leur offre maintenant des liquidités dollars moins chères, car le coût pour emprunter est tombé de 1,10 % à 0,6 %. Certains analystes anticipent dès lors un recours à hauteur de 150 milliards de dollars. « Pour autant, relève un banquier, les banques européennes ne reviendront pas sur le désengagement amorcé. »Leur besoin pour ce type de facilité va donc diminuer. D’autant que ce « deleveraging » va de pair avec la refonte de leur « business model » face aux pressions réglementaires. Les autorités américaines s’inquiéteraient de l’arrêt du financement en dollars des banques françaises, premiers acteurs mondiaux historiques dans l’aéronautique, et de l’effet boomerang des cessions d’actifs en dollars sur l’économie américaine. En réalité, les banques américaines sont en train de prendre des parts de marché sur leurs concurrents européens. Elles rachètent à bas prix les actifs en dollars que ces derniers sont pressés de céder. Est-ce que les banques vont définitivement arrêter de se prêter entre elles ?« On est dans le règne du chacun pour soi », relève un banquier. Il n’y a pas encore assez de visibilité pour rétablir la confiance. Les nouvelles contraintes en capital et de liquidité dissuadent les banques d’investir dans de la dette bancaire à plus de 3 mois. Mais les OPCVM vont continuer d’acheter du papier. L’interbancaire se limitera au jour le jour. »

Anne Michel dans « Le Monde » du 1 décembre 2011

Article intitulé : Baudoin Prot : "Nous ne reviendrons jamais à la situation d'avant-crise"
 « L'industrie financière est confrontée à des difficultés sans précédent, entre un changement de réglementation dont tout le monde avait sous-estimé l'impact et une crise d'une acuité exceptionnelle dans la zone euro. Je fais confiance aux dirigeants et aux peuples pour donner tort à ceux qui parient sur l'éclatement de la zone euro. Ses fondamentaux économiques sont tout à fait corrects. Ses niveaux d'endettement et de déficits sont inférieurs à ceux des Etats-Unis, du Royaume-Uni et du Japon. C'est fondamentalement dans ses lacunes de gouvernance que se trouvent les principales raisons de la crise des dettes souveraines. Au vu des tests de résistance européens, il me semble que les banques françaises pourront se recapitaliser sans faire appel à l'Etat. Ce sera aussi le cas pour les ratios de liquidités ? Non, car ces ratios tels qu'envisagés n'apparaissent pas adaptés à la vie réelle. Il serait bon qu'ils soient recalibrés, en tenant compte du fait que la liquidité est devenue plus rare et plus chère. Faute de quoi, on risque un blocage de l'industrie bancaire européenne, donc de l'économie, donc de la croissance. Le prix de l'argent à cinq ans a flambé depuis 2001. Il a été multiplié par 20 pour l'euro, par 40 pour le dollar! C'est, pour les banques, une secousse comparable aux chocs pétroliers. Nous ne reviendrons jamais à la situation d'avant-crise. »

Michel Pébereau, propos recueillis par Corinne Lhaïk et Benjamin Masse-Stamberger, dans « L’Express » du 23 novembre 2011

Article intitulé : On veut faire croire que l’Europe vit une crise bancaire
« Dès 2005, dans un rapport qui porte votre nom, vous aviez alerté sur la dette.  Malheureusement, il y a eu cette crise économique et financière mondiale, qui est née aux Etats-Unis. Pour éviter une récession trop profonde, la France a dû substituer une demande publique supplémentaire à la demande privée défaillante, comme l'a recommandé le G20 et comme l'ont fait la plupart des autres pays. Cela a profondément creusé le déficit budgétaire et considérablement gonflé la dette publique. Le diagnostic de notre commission s'est trouvé confirmé. Le choix de la facilité de la dette et les déficits publics permanents depuis 1981 ont limité les marges de manoeuvre de notre pays pour faire face à la crise. Le rapport reste d'actualité.  Il y a un domaine, cependant, où nous avions tiré la sonnette d'alarme: les normes comptables. Je les dénonce depuis dix ans. Le principe de la full fair market value, qui affirme qu'il n'y a qu'une juste valeur, la valeur de marché, a accéléré et approfondi la crise: quand leurs marchés se sont fermés ou anémiés, de très nombreux produits ont perdu toute juste valeur; la défiance s'est installée dans le monde entier. Claude Bébéar, président d'honneur d'Axa, avait raison en parlant d'ayatollahs à propos des tenants des dogmes comptables." »


Commentaire : Crise bancaire ou crise comptable ?

Anne Drif dans « Les Echos » du 22 novembre 2011

Article intitulé : Liquidité : la pression monte sur les banques françaises  
« Selon les statistiques de la Banque de France, les banques françaises ont emprunté 100 milliards à la banque centrale en octobre, soit plus de trois fois plus qu’il y a deux mois ou qu’il y a un an (36 milliards en août, et 33 milliards en octobre 2010). Une aide de la BCE qui a désormais dépassé celle offerte aux banques espagnoles. « Les banques françaises ont mécaniquement plus de liquidité à aller chercher à la BCE. Elles ont été plus touchées que les banques espagnoles par la sortie des fonds monétaires américains pour leur accès en dollars et elles ont plus d’activités à l’international, indique le responsable financier d’un groupe français. Pour des raisons d’image, elles ne voulaient pas faire appel à la BCE, mais toutes ont fait sauter cette barrière. » Signe supplémentaire de tension, les taux de couverture contre le risque de défaut (« credit default swap », CDS) des établissements financiers français grimpaient encore hier. Le CDS de Crédit Agricole SA atteignait son plus haut annuel à 328 points de base, comme celui de BNP Paribas à 321 points de base, tandis que celui de Société Générale s’accroissait à 384 points. Les répercussions sur l’activité commerciale se font sentir.« La priorité est donnée aux clients qui offrent des dépôts », poursuit ce responsable. Les banques poussent ainsi au transfert de  l’épargne des particuliers (1.092 milliards d’encours) de l’assurance-vie vers les dépôts et les livrets qu’elles peuvent inclure dans leur bilan. Elles ont surtout en ligne de mire les grandes entreprises dont les dépôts avoisinent les 300 milliards d’euros. « De plus en plus d’investisseurs nous demandent où le cash est placé et exigent de sécuriser au maximum le placement de nos excédents. Investir ses fonds dans des  banques offrant des spreads élevés et sur lesquelles les marchés ont des doutes est considéré comme un placement à risque », poursuit ce responsable. « Je suis particulièrement inquiet pour les semaines à venir. Les gestionnaires de fonds et les entreprises vont réduire significativement leur exposition aux banques. »


Commentaire : « Les banques poussent ainsi au transfert de  l’épargne des particuliers (1.092 milliards d’encours) de l’assurance-vie vers les dépôts et les livrets qu’elles peuvent inclure dans leur bilan. » De nouveau, nous avons un exemple des dégâts du système comptable. Hier, on déstabilisait un pays ou une zone par un fait grave réel prémédité (assassinat de l’Archiduc François-Joseph en 1914) ou inventé (armes en Irak) qui dégénéraient en guerre. Aujourd’hui, hormis les conflits volontaires ou involontaires (Lybie) d’accès à la démocratie, la guerre est « bannie ». C’est pour cela que dans quantité de cas les armes ont été remplacées par les normes comptables et les obligations qu’elles imposent tant en termes de transparence (qui, tout comme un miroir, peut dans certains cas inverser totalement la réalité), que de certifications en des normes censées améliorer la qualité. « Normalisation » qui n’est en fait composée que de normes d’encadrement strictes des personnes et des entreprises dans une direction précise respectant des dogmatismes financiers imposés.

Anne Drif dans « Les Echos » du 21 novembre 2011

Article intitulé : Les établissements bancaires profitent de l’illiquidité de leur dette pour se renflouer  
« Les tensions sur la liquidité bancaire tournent au conflit avec les investisseurs. Ironie de la situation, les banques retournent à leur avantage la relative illiquidité de leurs titres de dette. Depuis quelques semaines, elles multiplient en effet les opérations de rachat de leur dette subordonnée, soit sous forme de remboursement sec avec une décote pour renforcer leur capital, soit sous forme d’échange contre de la dette senior, qu’elles sont dans l’incapacité aujourd’hui d’émettre via des émissions nouvelles. Au total, quelque 30 milliards de dollars de transactions sont en cours, selon Bloomberg. Mais loin d’être des arbitres, les investisseurs, de crainte de se retrouver « collés » avec des titres invendables, acceptent de souscrire à ces opérations malgré les fortes décotes offertes. Ils sont pris en tenaille entre des banques qui n’ont plus d’intérêt à détenir de titres subordonnés, sous la pression des régulateurs et des analystes qui se concentrent sur le capital le plus pur, et un marché secondaire où ces titres sont fortement dévalués. 


Commentaire : Voilà ce qui arrivera tôt ou tard aux OPCVM illiquides. Lorsque cela arrivera, nous ne pourrons pas nous défendre au juridique en expliquant que nous ne savions pas.


Sur le site de « Pascal Roussel », analyste au sein de la banque Européenne d’Investissement, du 20 novembre 2011

Article intitulé : Dernières nouvelles du front financier
 « On lit souvent que le problème viendrait du fait que certains pays comme la Grèce ou l’Italie ne seraient plus capables de rembourser leurs dettes. Mais aucun pays ne peut rembourser sa dette, il n’a jamais été question de cela. D’ailleurs comme une banque centrale crée l’argent à partir des dettes souveraines, si les pays devaient rembourser leurs dettes, l’argent disparaitrait ! Il ne faut pas perdre de vue que, comme souvent, la psychologie joue un rôle dominant et ce qui importe n’est pas le fait en lui-même mais sa perception par les acteurs. C’est particulièrement vrai dans des situations de guerre. Est-ce que la situation économique de l’Italie s’est tellement dégradée ces deux derniers mois ? Est-ce que l’on a appris que l’Italie a camouflé sa dette réelle ? Bien entendu que la situation  n’est pas brillante mais c’est surtout la perception du marché de cette situation qui amplifie le problème. La psychologie joue un grand rôle. Les craintes d’une flambée des taux poussent les détenteurs à vendre, ce qui fait grimper les taux. Ainsi les peurs « s’auto réalisent » et l’accroissement des taux poussent les agences à dégrader la note de crédit du pays ce qui renforce encore les craintes et c’est ainsi que s’amorce une spirale sans fin. Mais plus fondamentalement où se situe le véritable problème ? Il s’agit de la survie des banques. N’importe qui peut facilement comprendre le principe de fonctionnement d’une entreprise commerciale traditionnelle: elle achète des matières premières, les transforme pour en faire un produit qu’elle vend. Son bénéfice vient de la différence entre ses coûts de production et son prix de vente. Mais une banque opère de manière tout à fait différente et l’homme de la rue est souvent incapable de bien comprendre d’où viennent les bénéfices et les pertes des banques. Il est vrai que c’est parfois paradoxal. Reprenons l’exemple souvent cité: selon les normes comptables IFRS applicables, un groupe bancaire peut valoriser ses propres dettes selon leur valeur de marché. Une banque émet une dette de 100. Quelques temps plus tard, le marché estime que cette banque est plus risquée et que la valeur marchande de cette dette (prix de l’obligation émise) tombe à 80. En théorie la banque pourrait racheter sa propre dette et empocher la différence de 20. La banque peut donc inscrire dans son bilan un profit de 20  simplement parce que le marché estime que cette banque est devenue plus risquée. Cet exemple classique montre bien à quel point une banque est éloignée du schéma traditionnel. Ce mécanisme est très simple à comprendre et il existe pour une banque, bien d’autres moyens de donner l’illusion que tout va bien. Mon but n’est pas de rentrer dans des détails complexes. Il n’est pas possible de tout expliquer simplement mais je l’ai souvent écrit, une banque est intrinsèquement fragile et sa survie repose intégralement sur la confiance. C’est la seule clef pour comprendre la crise : le monde financier est incapable de survivre à la peur. Lorsque la presse titre « le marché craint ceci … », c’est un signe très clair que la crise s’aggrave. Or la confiance cela se mérite et se gagne et ne peut pas se décréter ou être imposée. D’où l’impuissance des politiciens. »


Commentaire : Les clefs de la confiance sont, en grande partie, basées sur les marchés, les marchés varient en fonction de la confiance et la confiance varie en fonction des marchés. Organisons la hausse des marchés pour retrouver la confiance régénératrice qui viendra à son tour alimenter la hausse des marchés et la reprise de la consommation. A cette occasion, lorsque la surchauffe de consommation sera inflationniste, nous pourrons la combattre par une nouvelle utilisation de la fiscalité : la régulation. L’Etat doit prendre en mains, momentanément, l’évolution des marchés financiers via une intervention sur les marchés afin de limiter la volatilité de ces derniers et de redonner confiance. Comment ne pas faire peur aux investisseurs qui sont, aujourd’hui, les éléments clé de l’économie en termes SOciologiques, ECOnomique, POlitique et FInancier, lorsque l’on annonce des cours boursiers aussi volatils et aussi incohérents qu’actuellement ? C’est pour réaliser ce vœu que je propose en fin de document le fonds « Objectif 2016 »                                                                        

Thierry Aumonier dans « La Croix » du 10 novembre 2011

Article intitulé : Les banques au banc des suspects. 
« Côté faux procès, on ne peut leur reprocher en même temps de ne pas prendre assez de risques pour financer les entreprises et trop de risques pour assurer la sécurité des fonds des épargnants. Le système financier ne se réduit pas aux banques, pas plus qu'elles ne sont à l'origine de toute spéculation ni du surendettement des États. La banque de réseau ne rapportant pas assez, la tentation est grande de compenser en spéculant. Ce qui choque, c'est d'observer au même moment les restrictions de crédits aux PME et la perte de centaines de millions par des traders. Ce qui choque, c'est que les financiers accusent volontiers l'État d'interventionnisme intempestif mais trouvent normal d'être renfloués en cas de besoin. Ce qui choque, c'est le système de rémunération des dirigeants financiers, fondé non sur leurs résultats ou leur travail mais sur le volume des fonds qui leur passent entre les mains. Ce qui choque enfin, c'est le retour aux mauvaises pratiques qui ont déclenché la crise, en un mot l'incapacité des banques à s'autoréguler. Hélas, les solutions sont plus difficiles à définir que les problèmes. On ne peut empêcher le marché boursier d'aboutir à une sous-capitalisation de ténors de l'économie réelle (Carrefour vaut moins que son patrimoine immobilier et Total moins de 15 % de ses réserves de pétrole) et une hypercapitalisation des stars de l'économie virtuelle (Google vaut huit fois ce qu'il possède). Les bulles boursières sont inhérentes au système. Le président américain lui-même a voulu imposer une régulation aux banques et il a dû y renoncer sous leur pression… Quant au volume des transactions spéculatives, il atteint presque en une semaine ce que représente le commerce mondial sur une année. Pas de confiance non plus sans le respect d'un minimum de règles : il ne devrait pas être possible, par exemple, d'engager dans une opération financière cent fois plus de fonds que ceux qu'on possède, c'est-à-dire sans contrepartie réelle. » 


Commentaire : « Il ne devrait pas être possible, par exemple, d'engager dans une opération financière cent fois plus de fonds que ceux qu'on possède, c'est-à-dire sans contrepartie réelle. » Tout comme ceci est exact, il ne devrait pas être possible de perdurer dans l’annonce de cours boursiers qui sont le fruit d’un effet multiplicateur ahurissant. Ne parlons même pas de contrepartie car il y a bien longtemps que ce n’est plus d’actualité pour certains professionnels ainsi que pour les autorités dites de supervision et de régulation. Exemple : hier EADS prend 5,03% pour un volume échangé dans la journée de 0,72% des titres. Ceci donne un effet multiplicateur de 138,9 (100/0,72). Ce calcul est encore en dessous de la vérité car par pédagogie, je n’ai pas isolé le volume échangé (nettement plus faible que les 0,72%) à la fermeture du cours qui a été pris comme référence pour annoncer la hausse de 5,03%.

Ninon Renaud dans « Les Echos » du 9 novembre 2011

Article intitulé : Société Générale  compte générer 2,1 milliards de capital en 9 mois  
« La preuve par les faits. Telle est la stratégie de Frédéric Oudéa, président-directeur général de Société Générale, pour battre en brèche le scepticisme ambiant sur la solidité de la banque de la Défense. L’homme fort du groupe bancaire a assuré hier lors de la publication de ses résultats trimestriels que la Société Générale  respecterait d’ici à juin 2012 les nouvelles exigences réglementaires en fonds propres sans recourir aux marchés. Cette stratégie a eu la faveur des marchés, le titre du groupe bancaire clôturant en hausse de 7,26 %, à 18,76 euros. Son succès repose sur la capacité de la banque de la Défense à augmenter de 2,1 milliards d’euros en neuf mois ses fonds propres pour atteindre un ratio de « core » Tier -1 de 9 %, selon les nouveaux  standards de l’Autorité bancaire européenne (EBA). C’est plus de trois fois les 622 millions d’euros de bénéfices générés au troisième trimestre, en recul de 31 % par rapport à la même période l’an dernier. « Le sujet de la dette souveraine européenne dans les pays périphériques n’en est pas un pour le groupe », a conclu Frédéric Oudéa. La Société Générale compte donc sur la réduction de son bilan pour dégager le supplément de capital nécessaire. La cession d’actifs gérés en extinction est un premier levier : 5,8 milliards d’euros ont été cédés au cours du trimestre, soit un total de 15 milliards d’euros depuis le début de l’année. Il reste près de 20 milliards d’euros à céder. Le retrait ou la réduction de  certaines activités de banque de financement et d’investissement constituent un deuxième levier. Le groupe bancaire assure l’avoir réalisé à plus des deux tiers, les besoins de financement ayant été réduits de 40 milliards d’euros sur les 50 à 60 milliards d’euros visés pour le pôle à l’horizon 2013. Dans le secteur aéronautique, dont le dollar est la monnaie d’échange,« on va réduire très significativement nos activités, en essayant d’aider les entreprises à se tourner vers des financements de marché », a précisé Frédéric Oudéa. »


Commentaire : « Le sujet de la dette souveraine européenne dans les pays périphériques n’en est pas un pour le groupe ». J’ai failli tomber de ma chaise en lisant cela. Depuis plusieurs mois, il est claironné l’inverse. Et si en fait, nous sortions petit à petit d’une discussion de vendeurs de chiffons ?

Réjane Reibaud dans « L’Agefi Suisse » du 1er novembre 2011

Article intitulé : BNP Paribas   sacrifie ses résultats trimestriels pour réduire son exposition à la dette souveraine  

« Le résultat net du troisième trimestre chute de 72 %, à 541 millions d’euros. La banque française a appliqué une décote de 60 % sur la dette souveraine grecque, qui lui coûte plus de 2,2 milliards d’euros. Sans la décote de 60 % appliquée sur le solde de la dette souveraine hellénique détenue, BNP Paribas aurait fait état d’un résultat net en légère amélioration sur un an, à 1,9 milliard d’euros. A elle seule, la décote supplémentaire a grevé les bénéfices à hauteur de 2,26 milliards d’euros, la banque allant plus loin par prudence que les 50 % de décote du nominal prévus par l’accord européen du 27 octobre. »

Commentaire : Tant de peurs, tant de « crises » pour « simplement » une diminution des bénéfices. Banque qui, hier, criait au loup en expliquant qu’une décote serait synonyme de très grande difficulté pour la banque et aujourd’hui, banque qui augmente elle-même la décote !

Michel Aglietta, professeur de sciences économiques à l’Université Paris Ouets Nanterre, par Jérémie Marais dans « L’Agefi » du 1 novembre 2011

Article intitulé : Les banques ont caché les problèmes avec la complicité des gouvernements
« Non. Les banques européennes, notamment, n’ont pas réglé le passif de la crise. Avec la complicité des gouvernements, elles ont caché les problèmes par une adaptation des règles comptables. Les régulateurs bancaires n’ont pas fait, comme aux Etats-Unis, des tests de résistance sérieux et précoces permettant des recapitalisations adéquates. Le comité de Bâle a certes énoncé des exigences en capital plus rigoureuses qu’auparavant, mais il faudrait surtout améliorer la qualité de la supervision, c’est-à-dire la rendre véritablement européenne. Les nouvelles autorités européennes ont très peu de pouvoir d’injonction, et les superviseurs nationaux ont conservé leur chasse gardée. Le Conseil européen du risque systémique peut bien émettre des alertes, mais il revient aux superviseurs nationaux de prendre des mesures sur les maillons faibles. Les règles de Bâle III sont-elles suffisantes ?
Si on voulait vraiment résoudre le problème du risque avec un ratio de capital, le niveau nécessaire serait incompatible avec le capitalisme actuel. Il faut surtout renforcer la supervision. Le problème est que l’application de Bâle III s’étale de 2013 à 2019 et que la finance parallèle n’est pas encore prise en compte. Les hedge funds et autres entités bancaires de l’ombre sont, pour la plupart, contreparties de banques d’investissement, lorsqu’ils n’en sont pas les filiales. Il est donc en principe possible de réguler leur levier d’endettement indirectement si l’ensemble des activités des banques d’investissement est strictement contrôlé. Toutefois, outre le levier, il y a les transferts de risque eux-mêmes via les transactions de gré à gré sur les produits dérivés. Il suffit qu’un de ces chaînons casse pour que l’ensemble s’effondre. Les chambres de compensation sont indispensables pour centraliser la compensation et le règlement, et doivent être assurées par les banques centrales car elles concentrent le risque. »

Commentaire : Cet article est clair sur la fumisterie dont nous héritons. Fumisterie créée, gérée et sous le « contrôle » des instances étatiques nationales chargées de la régulation et de la supervision. Ce fait est possible parce que les pouvoirs juridiques les plus étendus (émission des textes, vérification et sanction) ont été donnés à ces instances. En attendant, nous sommes bien sur une chaîne de risques systémiques du fait de l’absence totale d’analyse (ou de reconnaissance) de l’influence de la liquidité. Depuis plusieurs années, j’attire l’attention sur le fait de la stupidité des règles comptables et du risque systémique que cela nous fait courir. Cette thèse est maintenant (et enfin) évoquée par d’autres que moi. J’espère que les associations de professionnels (CGP, CIF, courtiers et autres) vont oser interpeller l’AMF sur ce sujet. Peut-être auront-elles plus de réponse (que moi qui n’en ai reçu aucune) car leurs adhérents sont en première place dans la chaîne de responsabilité. Je propose que les associations soient le moteur d’une nouvelle information boursière. A savoir, la mise en place de deux informations boursières distinctes. Une sur la variation de la spéculation du jour (information actuelle), une autre sur la variation socialement responsable prenant en compte les volumes aux fins d’éviter des effets euphorisants ou paniquants. L’obligation pour tous les OPCVM de fournir leur tableau de bord ISR qui mentionne la liquidité des lignes qu’ils détiennent par rapport au volume échangé, l’utilisation ou non de blocs ou de dark pools et ce qui est investi dans l’économie réelle ou virtuelle.

Amélie Laurin dans « L’Agefi » du 1 novembre 2011

Article intitulé : Le démantèlement de Dexia laisse prévoir de possibles contentieux

« Selon plusieurs journaux, l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP) aurait fermé les yeux en 2009 et 2010 sur des manquements de Dexia Crédit Local. Elle aurait notamment renoncé à placer la filiale française de Dexia sous surveillance spéciale malgré des problèmes de liquidité, d’après le journal bruxellois Le Soir. Un rapport de l’ACP consulté par Libération indique par ailleurs que la banque aurait sous-valorisé son portefeuille de produits dérivés d’au moins 50 milliards d’euros en nominal à fin 2009. Une source proche du régulateur confirme que celui-ci aurait transmis le dossier au superviseur belge… qui renvoie la balle en assurant s’être concerté avec l’ACP. En attendant de déterminer les responsabilités des autorités et de l’ancienne ou de l’actuelle direction, la polémique enfle en Belgique : pour qu’ils achètent ses titres, Dexia a prêté 1,5 milliard d’euros à deux actionnaires belges, Arco et le Holding Communal. Celui-ci, en liquidation, n’a pas remboursé sa dette. »

Commentaire : Affligeant ! A quand une commission d’enquête, sous le contrôle de la Brigade Financière, sur les agissements, les manquements et les malhonnêtetés des organes de régulation et de supervision ?


Laura Fort et Mathias Thépot dans « La Tribune » du 27 octobre 2011

Article intitulé : Les banques françaises voudraient pouvoir ne compter que sur elles-mêmes
« François Fillon l'a annoncé : les banques françaises devront augmenter leurs fonds propres de 10 milliards d'euros. Sauf que ces dernières ne souhaitent pas d'une injection de capital public et ne veulent compter que sur elles-mêmes. Interrogé sur ce sujet sur Europe 1 mercredi, Frédéric Oudéa, président de la Fédération bancaire française et PDG de la Société Générale, a martelé que les banques françaises sont plus solides que jamais et n'ont pas besoin de faire appel à l'argent public. « Ce sera complètement gérable grâce à nos résultats. Nous allons continuer à faire des profits et à garder ces profits dans la banque, pour continuer à accumuler un matelas de sécurité ». BNP Paribas abonde aussi dans le sens de la conservation des bénéfices. « Nous continuons de mettre nos résultats en réserve, indique un porte-parole de l'établissement, et nous atteindrons un ratio Core Tier One de 9 % au 1er janvier 2013 sans augmentation de capital ». C'est le même refrain du côté de BPCE : « Nous avons augmenté nos fonds propres core tier one de 11 milliards d'euros en 2 ans, et nous allons continuer à les renforcer par la mise en réserve de nos résultats ». Enfin le nouvel amendement adopté mardi prévoit que les banques qui seraient renflouées par l'État devraient renoncer au versement de dividende et de bonus. Mais pour Frédéric Oudéa, « si vous voulez que les gens investissent dans le capital des entreprises, il faut qu'un dividende soit payé ». En 2010, BNP Paribas a distribué 2,5 milliards d'euros de dividendes ; Société Générale, 1,3 milliard d'euros


Commentaire : « Si vous voulez que les gens investissent dans le capital des entreprises, il faut qu'un dividende soit payé », cela est faux et montre bien les dérives du système actuel.  Pour rappel, lorsque je suis actionnaire, je ne suis pas dans la situation d’un prêteur qui prête moyennant un intérêt annuel, je suis bien dans la situation d’un propriétaire qui veut que la valeur de son entreprise (et donc de ses actions) augmente.
 Lorsque vous avez la chance d’investir dans des moments de « grande braderie » généralisée (forte baisse), il est délirant de demander à ce qu’il y ait un dividende de versé. Dividende qui au demeurant fait baisser le cours ! Il est vrai que le versement de dividende peut être le déclencheur de certaines rémunérations aux dirigeants. Si le cours est bas c’est soit que la conjoncture est difficile du fait de l’entreprise elle-même (entreprise en difficulté alors que le marché est haussier), dans ce cas là, effectivement un dividende peut, peut-être et, exceptionnellement avoir une certaine logique, soit que la conjoncture générale  traverse une période difficile (ce qui est le cas aujourd’hui) et dans ce cas les très faibles cours sont prometteurs de très fortes hausses à terme. La contrepartie de cette très forte hausse à terme est de ne pas attendre de dividende de l’entreprise puisque cette dernière à besoin de toutes ses forces financières pour combattre la situation…avant de pouvoir, lorsque la conjoncture sera de nouveau favorable, verser un dividende en plus de la très forte hausse du titre.
                                                                                         
Isabelle Croizart dans « La Tribune » du 27 octobre 2011
Article intitulé : Les banques ne se bousculent pas au guichet de la BCE
«  À l'issue de sa dernière réunion, le 6 octobre, la Banque centrale européenne dont le conseil était présidé pour la dernière fois par Jean-Claude Trichet, avait annoncé un bouquet final d'aides aux banques tout à fait exceptionnel. Parmi les mesures phares figurait l'exhumation de deux opérations de refinancement à long terme, mises en sommeil en décembre 2009. La première d'entre elles, l'opération à douze mois se déroulait mercredi, la seconde portant sur une maturité encore inédite de treize mois devant avoir lieu le 22 novembre. Surprise, surprise : la demande n'a pas été au rendez-vous. Les banques de la zone euro - elles n'ont été que 181 à participer à l'adjudication - auxquelles la BCE proposait une quantité illimitée de liquidités au taux fixe de 1,5 % - le niveau de son taux directeur après les deux tours de vis monétaires intervenus depuis avril - n'ont finalement demandé que 56,9 milliards d'euros. C'est une preuve, s'il en était besoin, que la crise de liquidités qui se serait abattue sur les établissements bancaires, à nouveau suspicieux les uns envers les autres dans le contexte de crise aiguë de la dette souveraine, n'est en rien comparable à celle de 20082009 qui avait suivi la faillite retentissante de Lehman Brothers. Les banques ne se sont même pas reportées sur l'opération à trois mois que proposait conjointement la BCE mercredi, qui fait partie de ses adjudications mensuelles de routine. La demande a été limitée à 44,6 milliards d'euros. »
Commentaire : Et dire qu’elles ont crié au loup pendant plusieurs mois

Dans « Challenges » du 20 octobre 2011

Article intitulé : Regards
« Le total des dépôts sur des comptes offshore dans le monde atteint 9 000 milliards d’euros, soit 2 000 milliards de plus que ceux des banques américaines. »

Christine Lejoux dans « La Tribune » du 20 octobre 2011

Article intitulé : Les revenus des patrons de banque flambent, les actionnaires trinquent
« En 2010, la rémunération (en cash et en stock-options) des dirigeants des banques européennes - aujourd'hui appelées à se recapitaliser en urgence - a grimpé de 12,5 %, à 380 millions d'euros au total, selon une étude du cabinet AlphaValue. Non seulement cette somme est supérieure de 40 % à la moyenne des autres secteurs d'activité, d'après le bureau de recherches, mais, surtout, le parcours boursier des banques n'est pas à l'avenant. « Les hausses des rémunérations des dirigeants des banques sont en contradiction avec les baisses de valeur supportées par les actionnaires. Elles amplifient la destruction de valeur dans le secteur », s'insurge AlphaValue. Des augmentations synonymes d'envolées en France, où la rémunération moyenne des dirigeants de banques a bondi de 44,8 %, en 2010, alors que leurs homologues britanniques ont dû se contenter d'une hausse de 8,3 %. Les états-majors des établissements allemands ont même vu leur rémunération fondre de 7 %, l'an dernier. »

Augustin Landier et David Thesmar dans « Les Echos » du 12 octobre 2011

Article intitulé : Recapitalisation des banques, mode d’emploi  
« Les politiques européens ont fini par se rendre à l’évidence : notre système bancaire doit pouvoir encaisser le choc des faillites partielles et ordonnées des souverains les plus affaiblis (Grèce, mais aussi Irlande ou Portugal). Mais après quatre ans de crise financière, les opinions publiques sont hostiles à tout geste qui pourrait ressembler à un cadeau aux banquiers. Voici comment répondre à leur exigence. Sauver une banque, cela signifie toujours un transfert du contribuable vers les créanciers de la banque. Pour mesurer ce coût a priori, il faut, en utilisant la boîte à outils standard de l’analyse financière, soustraire de l’argent déboursé les anticipations de gains futurs pour le contribuable (par exemple, la revente de participations). Offrir sa garantie à un établissement mal en point, c’est promettre avec une certaine probabilité (celle du mauvais scénario) une injection de cash. C’est un outil de recapitalisation tentant pour les politiques car, ne déboursant rien dans l’immédiat, on évite de toucher la comptabilité nationale officielle, comme le confessait lundi avec candeur notre ministre de l’Economie. Mais les garanties engagent bel et bien les fonds publics futurs, et ce de manière massive. Les marchés et les agences de notation n’en sont pas dupes. L’autre problème des garanties est qu’elles n’offrent aucune rémunération supplémentaire en cas de scénario optimiste. Si le contribuable ne fait que donner sa garantie, il ne peut pas gagner, mais seulement perdre. C’est pourquoi elles doivent s’accompagner de prises de participation. Il s’agit donc bien de nationaliser, au moins partiellement, les banques aidées. Pour les banques en difficulté grave, une dilution totale des actionnaires privés doit être imposée afin de réduire l’apport du contribuable. Pour celles qui sont encore solvables, mais affaiblies, le contribuable doit être rémunéré pour le risque qu’il encourt. Il faut donc forcer la main aux actionnaires initiaux, dont l’intérêt serait d’attendre. Les banquiers ont implicitement fait le pari qu’ils seraient sauvés. Les Etats doivent démentir ces espérances. L’expérience du CDR (la structure chargée de nettoyer les comptes du Crédit Lyonnais) rappelle les pièges dans lesquels il ne faut pas tomber. Par exemple, il est important de prendre son temps pour liquider les actifs, sous peine de les brader. Les structures de défaisance doivent donc être financées à long terme, sous contrôle périodique de l’Assemblée nationale. Heureusement, la marche à suivre est simple (prises de participation, forte dilution des actionnaires, transparence sur les transferts), et le coût est supportable (la dotation du FESF devrait largement suffire au niveau européen). » 

Pierre-Alexandre Sallier dans « Le Temps » (Suisse) du 6 octobre 2011

Article intitulé : Pourquoi la banque Dexia avait passé les tests européens en juillet
« Ces tests portaient sur la solvabilité des banques, et non sur leurs liquidités, rappelle Christophe Nijdam, analyste chez AlphaValue.»

Commentaire : Pas de liquidité, pas de faisabilité des chiffres comptables. Stress tests « illiquides » = tôt ou tard résultats catastrophiques. J’espère que cette leçon portera ses fruits dans le domaine de la gestion financière… sans que l’on passe par la case catastrophe.

Isabelle Chaperon dans « Le Figaro » du 6 octobre 2011

Article intitulé : Pourquoi il est trop tôt pour renflouer les banques
« Parce que le problème posé est irrationnel, faut-il lui apporter une solution irrationnelle ? C’est la question à laquelle sont confrontés les gouvernements de l’Euroland face à l’affolement des marchés financiers. Recapitaliser les banques revient à donner aux marchés ce qu’ils demandent - on a bien vu hier les Bourses flamber dans la perspective d’une action concertée de soutien aux banques de la part des gouvernements européens. Pourtant, le sujet n’est pas là. En particulier en France. Les banques françaises sont bien capitalisées. Elles pourraient l’être plus. Mais jusqu’où ? Le capital, c’est un coussin qui doit être suffisamment garni pour absorber des pertes éventuelles. Les BNP Paribas, Société générale et autres Crédit agricole ont les moyens de faire face à un défaut de paiement de la Grèce. Sauf qu’aujourd’hui, les marchés jouent le scénario du panaris grec qui se généraliserait en septicémie de l’Italie. Moody’s a relancé la spirale de la peur en dégradant, mardi soir, de trois crans la note du pays de Silvio Berlusconi. Évidemment, les fonds propres des banques françaises ne sont pas suffisants pour supporter l’effondrement du troisième marché obligataire mondial. Mais personne ne le pourrait. Vouloir augmenter le capital des banques pour absorber un tel risque, ce serait comme s’inquiéter de l’épaisseur des sacs de sable protégeant une barricade quand menace une explosion nucléaire. »


Commentaire : « Recapitaliser les banques revient à donner aux marchés ce qu’ils demandent ». Qui est le marché ? Et si le marché se limitait en fait à quelques grandes banques qui veulent manger les autres et asseoir leur pouvoir sur certains Etats ? L’argent qui est injecté aujourd’hui constitue les bulles de demain. Vu ce qui a été injecté, je vous laisse imaginer l’ampleur des bulles de demain.                                                                                        

Michel Rocard dans « Le Monde » du 4 octobre 2011

Article intitulé : Un système bancaire à repenser
« Le débat est : " Quel est le maximum d'économies publiques compatibles avec le maintien d'une incitation publique à la croissance ? Et ce maximum est-il compatible, sinon avec le paiement régulier partout de toutes les dettes échues, ce qui est à l'évidence impossible, du moins avec une satisfaction ou une compréhension suffisante des marchés pour éviter le tsunami financier qui suivrait un ou des défauts massifs ? " Et si ce problème n'avait pas de solution ? Nous vivons, depuis la dégradation du triple A américain par Standard and Poor's, non pas un krach boursier, ni une franche récession, mais une inhibition financière psychologique touchant d'abord nos banques européennes. Face aux dangers du printemps, deux accords ont été passés, l'un entre le président Obama et son Congrès, l'autre entre les Etats membres de la zone euro. Triomphe ? Pas du tout ! Pourquoi ? Parce que les marchés savent, comme tous les opérateurs et les commentateurs, que ces accords n'ont réglé que des problèmes immédiats, et pas ceux du long terme. Ce qui se passe est un ralentissement par inquiétude, et pas la vraie crise, qui n'est que potentielle mais serait plus grave. L'émission de liquidités, via le financement des banques, continue. Mais celles-ci en sont revenues au comportement de 2008 : elles ne se prêtent plus entre elles, n'ayant pas confiance, ou guère. Le financement interbancaire passe de plus en plus par les banques centrales, Banque centrale européenne (BCE) et Réserve fédérale (Fed), ce qui les fragilise en cas de tempête financière. Les fonds spéculatifs continuent à prospérer, on en crée même de nouveaux, rien ou quasiment rien n'a été fait pour limiter le volume des marchés de produits dérivés virtuels, c'est-à-dire détachés de tout lien avec l'économie réelle. Et les liquidités émises, dans les conditions où elles le sont, ne s'orientent en rien vers des investissements productifs ou le financement de la croissance, mais restent en attente de placement sur les marchés financiers. Les secteurs riches de bulles potentielles se multiplient, avec toujours en tête l'immobilier, moins américain car il est plus émietté qu'en 2007, mais espagnol ou chinois, quelques matières premières et divers compartiments des marchés financiers. Tout cela peut craquer n'importe quand dans des temps proches. Et, cette fois-ci, le sauvetage par la garantie publique, et donc au final par le contribuable, ne sera plus possible, les dettes publiques sont déjà trop fortes et les Parlements refuseront. Ce seront les fonds souverains qui seront en première ligne. J'ai même l'impression que l'ampleur de ce danger est telle qu'elle provoque une inhibition de la parole, voire de la pensée. Le commentaire financier, partout, ne traite que de la prochaine échéance, il n'ose plus aborder le problème financier d'ensemble. Le problème clé est de renforcer toutes les sécurités et de diminuer l'ampleur des flux financiers spéculatifs possibles. »


Commentaire : « Renforcer les sécurités et diminuer l’ampleur des flux financiers », n’est-ce pas la mission des régulateurs et des superviseurs ? Il est vrai que ces régulateurs et ces superviseurs sont « tenus » par les acteurs qui déstabilisent les sécurités et augmentent l’ampleur des flux financiers. Cherchez l’erreur !

Marc Roche dans « Le Monde » du 28 septembre 2011

Article intitulé : Finance de l'ombre : "Les autorités ont fermé les yeux"
« La place de ce que j'appelle le "capitalisme hors la loi", c'est-à-dire non réglementé, est désormais supérieure au poids de la sphère financière régulée et transparente. La crise des crédits à risque subprimes de 2008-2009 a accentué le poids de cette économie souterraine, puisque ses acteurs ont pu compenser leurs pertes et garder leurs profits grâce au recours à cette finance parallèle, légale, mais profondément immorale : conflits d'intérêts, évasion fiscale, risques systémiques, impunité et âpreté aux gains. Le recours aux paradis fiscaux, aux hors-bilans, aux sociétés offshore, à l'optimisation fiscale, aux liens étroits tissés avec les politiques ont contribué à la crise de 2008-2009 comme à celle de la dette souveraine de nos jours. Le shadow banking ? Il s'agit de la finance parallèle, de l'ombre comme son nom l'indique, qui est légale mais profondément immorale et qui est basée sur un contournement des règles, voire sur une absence de prêt. Dans cette mesure, les autorités ont non seulement fermé les yeux, mais ont participé aux activités du shadow banking. L'exemple le plus patent est l'absence de réglementation des paradis fiscaux malgré les engagements en ce sens du G20, à Londres, en 2009. Les Etats-Unis ont le Delaware, la Grande-Bretagne utilise les îles anglo-normandes et les îles Caïmans comme rabatteurs de fonds pas toujours propres au bénéfice de la City. L'Italie a Monaco ; la France et l'Espagne ont l'Andorre ; la Belgique a le Luxembourg ; l'Inde, l'île Maurice ; la Chine, Hongkong ; et ainsi de suite, pour une suite sans fin. Ce qui me choque le plus dans ce que j'ai découvert dans les coulisses du capitalisme de l'ombre, c'est l'impunité des banquiers. Aucun banquier, même dans les cas de fraudes avérées, n'a été à ce jour inquiété, jugé et condamné. Dans le pays où je vis depuis vingt-six ans, l'Angleterre, un gamin qui vole une bouteille d'eau pendant les émeutes de cet été écope d'une peine de prison ferme de six mois en justice expéditive. C'est choquant. Le problème est aussi que, face au rouleau compresseur des banques, il n'existe pas de vrais contre-pouvoirs. La classe politique est tétanisée, voire parfois complice, les ONG, les mouvements associatifs, les églises ou les syndicats apparaissent désarmés. »

 

Christèle Fradin, propos de Jean-Pierre Jouyet, dans « La Tribune » du 26 septembre 2011

Article intitulé : « Recapitaliser les banques ne peut être la seule réponse à la crise »
« Jean-Pierre Jouyet : Nous assistons effectivement à des mouvements de défiance des marchés. Rien n'est insoluble, mais il faut aller vite. Notre détermination européenne doit être très forte : nous avons le choix entre laisser la souveraineté aux marchés ou partager au niveau européen notre souveraineté. En zone euro, la priorité est à une action coordonnée sur les déséquilibres structurels, à une meilleure coordination en amont de nos politiques budgétaires. Et la BCE doit continuer d'alimenter en liquidités les marchés car les besoins sont importants. Il faut un saut fédéral dans le domaine économique et financier qui soit fort. On peut avoir des divergences politiques, mais aujourd'hui, il y a urgence. C'est notre avenir qui est en jeu. Ce que disent les marchés, c'est que justement grâce à notre monnaie unique, il nous faut plus d'intégration politique et réglementaire. Certes, il y a de la spéculation, de l'irrationnel. Les marchés ont leur responsabilité. Mais il y a parfois des messages qui sont justes. Il ne faut pas tout mélanger. Il est vrai qu'il y a des banques en Europe et ailleurs qui doivent être recapitalisées. C'est au régulateur bancaire européen de dire lesquelles. Plus fondamentalement, la défiance actuelle des marchés repose sur un mixte d'incertitudes économiques et politiques, sur le traitement des dettes et les réformes de structure à accomplir. Ce qu'attendent les marchés, c'est surtout d'y voir... ...un peu plus clair. »


Elisabeth Pineau, édité par Benoît Van Overstraeten dans « Boursorama » du 23 septembre 2011

Article intitulé : 5 à 20 banques de l'UE auraient besoin d'être recapitalisées :
« Entre 15 et 20 banques européennes ont besoin d'une recapitalisation, a déclaré vendredi Jean-Pierre Jouyet, président de l'Autorité des marches financiers "Il y a bien des problèmes en Europe de capitalisation des banques (...) 15 a 20 banques qui doivent être recapitalisées en Europe, on le sait", a-t-il déclaré sur France Inter. "J'espère que les Européens, les Américains, le Fonds monétaire international vont au moins arriver à émettre un diagnostic partagé et c'est ce qu'attendent les marches, c'est d'y voir un peu plus clair dans une situation très très préoccupante". »


Commentaire : Article repris dans la revue de presse du 9 septembre  « L'OCDE a remis de l'huile sur le feu jeudi en appelant à recapitaliser les banques européennes, comme l'avait déjà fait plusieurs fois la nouvelle directrice du FMI Christine Lagarde, un discours qui alimente la nervosité des marchés et suscite des critiques en Europe. Le président de l'Autorité française des marchés financiers (AMF), Jean-Pierre Jouyet, a immédiatement réagi, dénonçant "un prisme anglo-saxon". "Le gros problème ce sont les déclarations générales", a dit M. Jouyet sur BFM Business. "L'OCDE et le FMI, avec tout le respect que je leur dois, ce sont de grands organismes économiques, ce ne sont pas des régulateurs financiers", a-t-il ajouté »                                                                                  

Eric Albert dans « La Tribune » du 21 septembre 2011

Article intitulé : L'affaire UBS illustre l'incroyable croissance des produits ETF

« Dans les salles Delta One à travers la planète, la star montante depuis quelques années s'appelle « exchange-traded fund » (ETF). Kweku Adoboli en était un spécialiste. Certes, selon UBS, les pertes réalisées par le trader proviennent de produits plus simples : des contrats à terme sur le Dax, le S & P 500 ou l'Eurostoxx lors des trois derniers mois. Mais il aurait utilisé un jeu de fausses écritures donnant l'impression qu'il couvrait ses positions avec des ETF factices... Comme souvent, l'idée de départ des ETF est simple et attirante. Il s'agit d'un fonds qui suit un indice (par exemple le Dow Jones 50 ou le SMI). La nouveauté réside dans le fait qu'il est lui-même coté en Bourse. Cela permet aux investisseurs d'acheter et de vendre très facilement une exposition à l'indice, sans avoir à acheter les actifs sous-jacents eux-mêmes. Le succès aidant, des ETF permettant de vendre à découvert des indices sont apparus, de même que d'autres à effet de levier. Les encours des ETF ont grimpé en moyenne de 40 % par an en moyenne ces dix dernières années pour atteindre 1 .200 milliards de dollars au troisième trimestre 2010 et sans doute 2.000 milliards d'ici à la fin de l'année. Pour l'heure, 85 % des ETF sont adossés à des indices « actions » mais les ETF sur les matières premières rencontrent un certain engouement. Gouvernements, experts et régulateurs commencent à tirer la sonnette d'alarme. Tant que ces produits se basaient sur des marchés très liquides, il n'y avait pas de problème. Mais sur le blé ou les valeurs russes, les actifs sous-jacents peuvent être plus difficiles à vendre rapidement. En cas de crise, les investisseurs sont-ils conscients des limites de ces produits ? Terry Smith, de la société de gestion Tullett Prebon, avertissait dès janvier dernier, avec un billet sur son blog au titre évocateur : « Savez-vous ce qu'il y a dans votre ETF ? » Les fabricants d'ETF sont cependant allés encore plus loin. Plutôt que d'acheter les actifs sous-jacents des indices, ils ont commencé à créer des ETF « synthétiques ». Ceux-ci utilisent des produits dérivés qui sont censés suivre l'indice en question. Entrent alors en jeu des contrats de « swap », avec des risques de contrepartie en cas de défaut. « Ce sont les nouvelles boîtes noires de la finance », s'alarme un analyste financier.»

Commentaire : Il est indiqué « Cela permet aux investisseurs d'acheter et de vendre très facilement une exposition à l'indice, sans avoir à acheter les actifs sous-jacents eux-mêmes ». En clair, l’utilisation des ETF permet de parier sur des indices que l’on sait illiquides. Ce jeu est extrêmement dangereux car en cas de fortes baisses, les sous-jacents (actions sur lesquelles se reposent les paris) seraient in-fine attaqués à la vente. Là, nous aurions un effet systémique dévastateur (sans parler des effets des opérations à effet de levier). Pour rappel, il est indiqué « Les encours des ETF ont grimpé en moyenne de 40 % par an en moyenne ces dix dernières années pour atteindre 1.200 milliards de dollars au troisième trimestre 2010 et sans doute 2.000 milliards d'ici à la fin de l'année. ». Imaginez cet argent dans le circuit économique normal ! Je ne suis pas d’accord avec « ces produits se basaient sur des marchés très liquides ». L’utilisation de la notion de liquidité est plus qu’hypothétique car en cas d’afflux de vente, la chute des cours serait systémique et se terminerait par la vente du sous-jacent qui deviendrait illiquide car à 0…ou bloqué (mais trop tard) par les instances de régulation. Au secours !
Cela dit, l’article mentionne ce risque même s’il le cantonne, à priori (et sauf erreur de ma part) aux contrats de « swap » dans la phrase « Entrent alors en jeu des contrats de « swap », avec des risques de contrepartie en cas de défaut. « Ce sont les nouvelles boîtes noires de la finance », s'alarme un analyste financier.»
Si vous êtes un particulier, refusez tout investissement dans ce type de produit. Si vous êtes un professionnel, pour notre futur et votre protection juridique, je vous propose de ne pas en conseiller.

Dans « Boursorama » du 20 septembre 2011

Article intitulé : Banques : l'UE fait volte-face et reconnaît un besoin de recapitalisation
« La Commission européenne a reconnu mardi que de nouvelles banques allaient vraisemblablement devoir être recapitalisées en raison de la crise de la dette, un aveu qui contraste avec la position de déni maintenue jusqu'ici par Bruxelles, notamment face aux appels du FMI. Sa directrice, Christine Lagarde, s'était attirée une volée de bois vert en Europe, aussi bien de la part de grandes banques que de gouvernements, lorsqu'elle avait déclaré, fin août, que face aux risques entraînés par la crise de la dette publique et la faiblesse de la croissance, les banques européennes avaient un besoin "urgent" de recapitalisation. »


Commentaire : Revue de presse du 9 septembre 2011 : L'OCDE a remis de l'huile sur le feu jeudi en appelant à recapitaliser les banques européennes, comme l'avait déjà fait plusieurs fois la nouvelle directrice du FMI Christine Lagarde, un discours qui alimente la nervosité des marchés et suscite des critiques en Europe. Le président de l'Autorité française des marchés financiers (AMF), Jean-Pierre Jouyet, a immédiatement réagi, dénonçant "un prisme anglo-saxon". "Le gros problème ce sont les déclarations générales", a dit M. Jouyet sur BFM Business. "L'OCDE et le FMI, avec tout le respect que je leur dois, ce sont de grands organismes économiques, ce ne sont pas des régulateurs financiers", a-t-il ajouté. Ses propos faisaient écho à ceux de plusieurs banquiers centraux en Europe. M. Jouyet sur BFM Business. Oups…Décidemment, les régulateurs ont des progrès à faire. La question des multiples instances nationales, telles qu’elles sont aujourd’hui, se repose. Tant sur leur compétence, leur objectivité que sur leur véritable raison d’être. Voir les nombreuses déclarations de Monsieur Jouyet et d’autres signatures sur ce sujet. http://www.socioecopofi.com/pages/comprendre-notre-economie/revue-de-presse/amf.php

Jean-Marc Vittori dans « Les Echos » du 19 septembre 2011

Article intitulé : Préserver le crédit  
« Le métier des banquiers, c’est de faire du crédit. En Europe, ce métier semble aujourd’hui en péril. Les banquiers sont pris dans une tempête boursière qui les empêche d’aller chercher des fonds sur les marchés. Ils ont truffé leurs comptes d’obligations publiques grecques, espagnoles ou italiennes qui plombent leurs comptes. Et ils paraissent davantage attirés par les activités spéculatives, comme semblent le montrer les pertes invraisemblables d’un trader fou d’UBS. Nos banquiers ne font pourtant pas si mal leur métier, même si on reste loin des pratiques généreuses d’avant-crise. Au cours de l’année écoulée, ils ont prêté 250 milliards d’euros aux entreprises et 220 milliards aux particuliers (on peut même se demander s’ils ont été assez prudents dans l’octroi de leurs prêts logement). Avec la crise de cet été, les conditions pourraient logiquement devenir plus tendues. Mais on ne peut pas demander aux banquiers tout et son contraire. Ils ne peuvent pas tout à la fois augmenter leurs fonds propres, continuer à prêter à la Grèce, réduire leur exposition au risque, transformer moins d’argent à court terme en prêts à long terme, limiter leurs taux d’intérêt et leurs commissions tout en augmentant leurs prêts pour financer la reprise. Collectivement, nous devons choisir, établir des priorités. Il y en a au moins trois. D’abord, les banques doivent absolument constituer des coussins de sécurité pour devenir moins fragiles. Ensuite, elles doivent maintenir leur production de prêts quitte à en relever le prix – c’est-à-dire les taux d’intérêt. Enfin, les entreprises devront apprendre à se passer au moins en partie des banques, à aller chercher de l’argent directement sur les marchés. »                                                                                       

Eric Benhamou dans « La Tribune » du 14 septembre 2011

Article intitulé : Les marchés votent la nationalisation des banques
« Dans cette zone de danger dans laquelle se trouve l'Europe, la valeur d'une banque devient vite très relative et tend vers zéro. Car le métier d'une banque est de financer en permanence des actifs grâce à des fonds propres, des dépôts, des créanciers et surtout grâce à la confiance qu'elle inspire. C'est l'ensemble de ces piliers qui sont aujourd'hui remis en cause : pas de confiance, pas de déposants, pas de prêteurs et des engagements qui restent au bilan. Et cette crise de confiance trouve son origine dans la taille devenue démesurée des bilans des banques européennes, et en particulier des banques françaises, rapportée aux fonds propres. Autrement dit, l'effet de levier est bien trop élevé, comme il le fut chez les banques américaines en 2007. L'heure est donc à la réduction des bilans - c'est le signal délivré aux marchés par la Société Générale -, à la fermeture de certains métiers, à la baisse de la rentabilité. Mais à l'heure où les capitalisations boursières ont fondu comme neige au soleil, il est difficile d'imaginer les banques brader de plein gré leur capital à 30 ou 40 % de la valeur de leur actif net. Des économistes, des financiers, comme le Britannique Howard Davies et des politiques, de droit comme de gauche, proposent donc la nationalisation pour sortir de l'ornière. Le scénario est jugé de plus en plus crédible par les marchés. Cette recapitalisation « forcée » présente, de fait, plusieurs avantages. Elle serait de nature à stopper la crise de confiance, à relever les notes de crédit des banques, à rassurer les investisseurs créanciers, à régler la question de la dette souveraine à la racine. Elle pourrait même apparaître comme une excellente affaire pour les trésors publics, avec une substantielle plus-value à la clé, à l'exemple des États-Unis. Et pour « vendre » aux opinions, les États pourraient même en profiter pour discipliner (enfin) la finance. La décision est difficile à prendre car elle signe un aveu d'échec du premier plan de sauvetage des banques. Mais elle risque de s'imposer par la force, par la force des marchés. »


Patrick Legland, Directeur global de la recherche de la Société Générale, propos recueillis par Eric Benhamou dans « La Tribune » du 12 septembre 2011

Article intitulé : « Beaucoup de mauvaises nouvelles pour le secteur sont déjà intégrées dans les cours actuels »
« L'actif net (« book value ») des principales banques européennes cotées est de l'ordre de 1.000 milliards d'euros. Le secteur bancaire est aujourd'hui valorisé à 40 % de son actif net, soit 400 milliards »


Bertille Bayart dans « Le Figaro » du 10 septembre 2011

Article intitulé : Les banques de plus en plus fragilisées
« Il n’aura fallu que quelques secondes hier au CAC 40 et autres indices boursiers européens pour décrocher quand la nouvelle de la démission de Jürgen Stark de la Banque centrale européenne a été éventée. Ces mouvements de quasi-panique sur les marchés des actions s’expliquent par une formidable accumulation de mauvaises nouvelles et de menaces potentielles pour le secteur bancaire. »


Commentaire : De nouveau, c’est parce que le CAC 40 est le reflet de la variation spéculative du jour des actions qui le composent que l’on peut écrire « quelques secondes hier au CAC 40 et autres indices boursiers européens pour décrocher ». Les indices qui, en fait, ne reflète que la spéculation du jour sur quelques titres ont décroché, et alors ? Si l’on pondère la variation spéculative du jour du CAC40 annoncée de -3,60% nous obtenons une baisse de -0,0334%, celle du Crédit Agricole passe de -7,77%, à -0,0623% ; BNP Paribas de -7,54% à -0,04897 ; celle la Société Générale de -10,58% à -0,2634% etc…Souvenez-vous : Jacques de La Rosière, gouverneur honoraire de la Banque de France, dans « La Tribune » du 5 juillet 2010 « Le pessimisme sur les banques de la zone euro est entretenu par une campagne de presse et de déclarations dont l'effet, et souvent l'objectif, est d'influencer les marchés à la baisse ». Quels sont les arguments avancés ? D'abord que les banques de la zone euro sont sous-capitalisées, alors qu'elles ont accru leur capital de 106 milliards d'euros depuis le début de la crise. A la fin mars, leur "core tier one" atteignait 8,5%, soit un niveau proche de la moyenne mondiale (9%), marquant un quadruplement par rapport aux 2% réglementaires de Bâle II. Rappelons que, en 2007, il se situait autour de 6%. Qui peut encore conclure que les banques de la zone euro sont sous-capitalisées ? Autre argument souvent entendu : les banques de la zone euro ont des ratios de levier excessifs. Comparer l'effet de levier par rapport au total du bilan dans les différents pays n'a guère de sens, car le total du bilan dépend de règles comptables très différentes selon les pays, notamment entre les Etats-Unis et l'Europe : inscription de montants nets aux Etats-Unis là où l'Europe (IFRS) enregistre des montants bruts (forcément plus élevés) pour les mêmes opérations, inscription d'opérations hors bilan (donc hors "leverage ratio") aux Etats-Unis là où l'Europe les enregistre dans le bilan...Si l'on agrège dette souveraine, dette des sociétés et dette des ménages, on s'aperçoit que les ratios sont très différents selon les pays : un premier groupe de pays, comprenant le Luxembourg, Chypre, l'Islande, le Danemark et le Portugal, atteint des niveaux de dette totale/PIB entre 244% et 353% ; la Grande-Bretagne se situe juste en dessous, avec un niveau de dette de 236% de son PIB, proche, mais au-delà de l'Espagne, des Pays-Bas et de l'Italie ; enfin, la France et l'Allemagne se classent loin derrière avec des niveaux de 175-176%. Pour mesurer le degré d'endettement excessif d'une économie, c'est le ratio agrégé qu'il faut considérer. C'est bien lui qui détermine le caractère soutenable ou non de l'endettement sur le moyen terme. Il est de fait que les pays les plus endettés (en agrégé) auront à se désendetter le plus, ce qui implique pour eux de lourdes conséquences en termes de croissance. »                                                                                             

Dans « Boursorama » du 9 septembre 2011

Article intitulé : Les appels à la recapitalisation des banques européennes se multiplient :
« L'OCDE a remis de l'huile sur le feu jeudi en appelant à recapitaliser les banques européennes, comme l'avait déjà fait plusieurs fois la nouvelle directrice du FMI Christine Lagarde, un discours qui alimente la nervosité des marchés et suscite des critiques en Europe. Le président de l'Autorité française des marchés financiers (AMF), Jean-Pierre Jouyet, a immédiatement réagi, dénonçant "un prisme anglo-saxon". "Le gros problème ce sont les déclarations générales", a dit M. Jouyet sur BFM Business. "L'OCDE et le FMI, avec tout le respect que je leur dois, ce sont de grands organismes économiques, ce ne sont pas des régulateurs financiers", a-t-il ajouté. Ses propos faisaient écho à ceux de plusieurs banquiers centraux en Europe. "Jusqu'ici, le marché était très préoccupé par la liquidité", c'est à dire par la capacité des banques européennes à se financer sur les marchés, explique un analyste sous couvert d'anonymat. Ayant, pour la plupart, plus de crédits que de dépôts, elles doivent trouver d'autres sources de financement, dont une partie au jour le jour, ce qui crée un facteur d'incertitude. Ce sont, en grande partie, les tensions sur ce marché qui ont fait chuter les cours boursiers des banques européennes mi-août. "Mais aujourd'hui, les inquiétudes (des marchés) se reportent sur les fonds propres", confirme l'analyste. "Le FMI n'a aucune raison de noircir le tableau a priori", selon Thomas Philippon, professeur à la Stern School of business de la New York University, qui estime même qu'"ils ont plus de chance d'être objectifs" que les banques ou les régulateurs européens. ".»


Commentaire : Dans cet article, il est écrit « préoccupations de la liquidité » et de banques « ayant pour la plupart, plus de crédits que de dépôts, elles doivent trouver d'autres sources de financement ». Et si la prochaine crise était l’illiquidité des OPCVM ? En effet, les propos tenus ci-dessus sont transposables aux OPCVM. Les valorisations des OPCVM (crédit) sont plus importantes que les dépôts (les valeurs ou les prix réels des actifs). Pendant combien de temps va-t-on encore fermer les yeux sur ce fait ? Quel électrochoc nous faudra-t-il ? Quand va-t-on cesser de faire l’autruche (comme hier sur l’endettement des pays) pour ensuite vouloir laver plus blanc que blanc dans des délais ridicules ? Attention ! Car cette crise de liquidité, si elle arrivait, dégénèrerait en crise financière systémique (franchissement du Seuil Sociologique d’Acceptation des Baisses). Là, nous pourrions parler à juste raison de krach boursier. Actuellement, notre seul problème est comptable. Si demain, les investisseurs voulaient transformer en liquidité leurs relevés de compte dont la valorisation est « falsifiée » en « valeur » et en « prix », le problème deviendrait réellement financier. Ceux qui se laissent guider par la peur en achetant des actifs sans rentabilité et sans potentiel de développement économique, feraient mieux de garder des espèces sonnantes chez eux. A défaut d’intelligence économique (ce qui se comprend aisément vu ce que l’on peut lire), il ferait preuve d’intelligence financière et de bon sens (enfin, dans le sens de l’autodestruction).                                                                              

Philippe Mabille dans « La Tribune » du 8 septembre 2011

Article intitulé : « Bâle III m'a tuer »

« Après les avoir sauvées en 2008, nous n'allons quand même pas pleurer sur le sort des banques. Après tout, elles ont échappé, sauf au Royaume-Uni (où il est vrai certaines ont vraiment fait n'importe quoi), à la nationalisation, arme ultime d'un gouvernement confronté à une faillite bancaire. En France, presque toutes ont rapidement remboursé les sommes prêtées par l'Etat au plus fort de la crise, et ont repris leur liberté de gestion... et de rémunération. Elles peuvent bien pester et tempêter contre les supposés excès des nouvelles normes que veulent leur imposer les régulateurs mondiaux, la crise a amplement démontré et démontre encore que la banque est une activité aussi dangereuse que la production d'énergie nucléaire. Et nécessite donc autant de surveillance et de précaution. S'il est légitime de réglementer, même durement, prenons garde néanmoins à ne pas pénaliser l'économie. Voilà ce que nous répètent les banques pour tenter de modérer la sévérité des nouvelles règles prudentielles du comité de Bâle. L'équilibre entre les deux plateaux de la balance est subtil à définir. Il faut que les banques soient sûres pour les déposants, et en même temps que les ratios de liquidité et de fonds propres à atteindre ne provoquent pas la contraction ou le renchérissement du crédit. Aux banques qui mènent actuellement une intense campagne de lobbying auprès des régulateurs, sur l'air de « Bâle III m'a tuer », il peut être utile de rappeler quelques règles de simple bon sens, qu'elles ne se privent pas elles-mêmes de recommander à l'Etat ou à leurs clients. Plutôt que de payer des bonus et des dividendes insensés, laissant aux banques centrales et aux contribuables le rôle de prêteur en dernier recours, il serait plus sage de leur part qu'elles profitent des actuelles années de vaches grasses pour renforcer leurs fonds propres par accumulation de réserves. Cela ne les empêcherait nullement d'ailleurs, bien au contraire, de faire leur métier, c'est-à-dire de financer l'économie. »

Commentaire : Du « petit lait » ! Il est écrit « En France, presque toutes ont rapidement remboursé les sommes prêtées par l'Etat au plus fort de la crise, et ont repris leur liberté de gestion... et de rémunération. » Comment ont-elles pu le faire ? Tout simplement en « utilisant », « manipulant », « travaillant » les marchés dérivés. Si les Banques ont réussi cela, pourquoi les Etats ne le feraient-ils pas en partenariat avec les professionnels (banques, société de gestion de portefeuille) pour se « refaire » comme je le propose depuis 2009 ? Voir article en bas de revue de presse « FRANÇAIS, INVESTISSEZ …DANS LE FONDS « OBJECTIF 2016 »
Monsieur Mabille avec sa qualité de presse habituelle écrit « La Banque est aussi dangereuse que le nucléaire ». En ce qui me concerne, je pense qu’elle l’est plus, car contrairement au nucléaire, elle n’est que très peu régulée et supervisée du fait des lobbies et des enjeux politiques. Pour rappel : Jérôme Monod dans « Les Echos » du 29 août 2009 : « Une fois, je demandais à un éminent acteur de la régulation financière pourquoi le scandale du Crédit Lyonnais avait changé si peu de chose dans la surveillance des institutions financières. Il a  commencé par m’expliquer que la Commission des opérations de Bourse, l’un des organismes qui s’est fondu dans l’Autorité des marchés financiers, était une émanation du Trésor. Et qu’au-dessus du Trésor il y avait le ministre des Finances. Et qu’il ne fallait pas non plus oublier le rôle des patrons précédents du Crédit Lyonnais. Je lui fais alors remarquer que cette dilution à l’infini des responsabilités est l’une des caractéristiques de la mafia. Il m’a simplement répondu : « oui » » ; « Il faut des institutions financières mais aussi économiques, sociales, morales pour édicter des règles claires et les faire respecter, sur un socle solide, fondé par le pouvoir politique sur les principes du bien commun »

                                      FRANÇAIS, INVESTISSEZ …DANS LE FONDS « OBJECTIF 2016 »

« Comment financer la dette publique française, aujourd’hui détenue à 70% par l’étranger, tout en rassurant l’épargnant, inquiet de la perte de valeur de son patrimoine ?» A cette question que pose Jean-Michel Quatrepoint, journaliste économique, répond : « Tout simplement, en faisant financer la première par les seconds » et de « proposer des bons du Trésor » comme solution. A juste titre, il rappelle également que « le patrimoine financier (hors immobilier) des ménages ajouté à celui de l’Etat (toujours hors immobilier) se chiffre pour la maison France (hors entreprises) à 4 650 milliards. Contre une  dette des ménages de 1 300 milliards, dont les trois quarts de crédits immobiliers et de l’Etat de 1 600 milliards. Nous avons donc un solde largement positif.»


Cette solution qui consiste à transférer un flux d’épargne vers l’État via les bons du Trésor est naturellement opérationnelle. Cependant, je pense que le contexte actuel de crise financière et comptable impose une dynamique plus proactive.


Pourquoi l’État, en collaboration avec les professionnels de la gestion, n’utiliserait-il pas les techniques financières employées par certaines banques ou certains Hedge Funds ?

Pourquoi ne pas créer un fonds commun de placement (FCP) dénommé « Objectif 2016 » qui aurait pour vocation de collecter des capitaux collectés auprès de tous les intervenants économiques et financiers des qui seraient gérés sur l’ensemble des titres du CAC 40 selon le principe d’un contrat de liquidité. Le but étant de créer une dynamique haussière régulière. Dans les faits, le FCP se porterait acquéreur de titres afin de soutenir les cours pendant les excès de faiblesse du marché et vendeur pendant les périodes trop fortement haussières.

Seul le retour d’un horizon haussier des marchés et une volatilité « raisonnable » voire « raisonnée », pourront être les déclencheurs sociologiques de la confiance retrouvée. Tel est le défi du FCP « Objectif 2016 ».

« Obtenir une revalorisation des titres boursiers qui augmentera la richesse et aidera à renforcer la confiance, laquelle pourra aiguillonner les dépenses de consommation. Cela amènera à un accroissement des revenus et des profits qui, en conséquence, soutiendra l’expansion ». Tel est le but à atteindre selon M. Bernanke, président de la Federal Reserve Bank.

Ce fonds, piloté pour une progression « raisonnée » du marché, pourrait être le support d’opérations à effet de leviers. Opérations réalisées par l’État ou une institution para-étatique pour démultiplier ses ressources, accentuer son pouvoir financier et accélérer rapidement le retour à « l’équilibre » en rétablissant la confiance du marché.

La configuration spécifique du fonds « Objectif 2016 » permettrait à l’État de donner une garantie sur le capital au terme de son horizon de placement ainsi qu’une exonération fiscale pour un montant déterminé au terme de l’opération.

Comme le disait Dom Helder Camara : « Quand on rêve seul, ce n’est encore qu’un rêve ; quant on rêve à plusieurs, c’est déjà la réalité. L’utopie partagée est le ressort de l’histoire ».

Financièrement vôtre


Christian PIRE


Jean-Marc Vittori dans « Les Echos » du 8 septembre 2011

Article intitulé : Rebâtir les banques centrales  
« Dans une économie et une finance dévastées par la plus effroyable crise depuis près d’un siècle, elles sont devenues les héroïnes des temps modernes, le dernier rempart contre le chaos, les ultimes institutions encore en mesure d’inonder le monde de liquidités. Avec cette cure de jouvence, elles ont oublié leur prude passé. Elles sont même devenues des dames de petite vertu. Car, pour sauver le monde de la catastrophe, elles ont sacrifié leur pureté en renonçant à leur indépendance. Dans le jargon des experts, on ne parle pas de dépravation mais de « mesures non conventionnelles ». Dans le langage des juristes, les banques centrales sont toujours des institutions protégées de l’emprise du politique. Mais, dans la réalité, il en va tout autrement. Car elles achètent désormais des tombereaux d’obligations émises par les Etats. La Réserve fédérale des Etats-Unis compte dans son bilan plus de 1.100 milliards de dollars de Treasury Bonds émis par Washington. La Banque centrale européenne a dépassé récemment les 100 milliards d’euros. Elles avaient évidemment d’excellentes raisons de le faire. Mais en achetant massivement ces obligations avec l’argent qu’elles ont fabriqué, elles ont fait exactement l’inverse de la mission qui leur avait été confiée : préserver à long terme la valeur de la  monnaie. Il faut espérer que le temps va s’accélérer pour les banques centrales, qu’elles vont vite passer leur adolescence et leur enfance pour en venir… à leur renaissance. Elles devront avoir pour objectif non plus seulement le maintien de la valeur de la monnaie, mais aussi celui de la stabilité financière. Elles agiront non plus seulement quand les prix s’emballent, mais aussi quand le crédit s’enflamme. Et comme elles devront arbitrer entre plusieurs objectifs, leur indépendance devra être d’une autre nature – dans une démocratie, les arbitrages restent l’apanage du politique. Le chantier institutionnel est immense. »

Dans « Boursorama » du 6 septembre 2011

Article intitulé : Liquidités : le comité de Bâle serait prêt à revoir sa copie
« Le régulateur bancaire mondial envisagerait d'assouplir les nouvelles exigences en matière de détention d'actifs liquides par les banques. Cette information publiée par le Financial Times mardi n'a pas manqué de soulager les établissements financiers. La mise en place d'un ratio de couverture de liquidité à court terme (« Liquidity Coverage Ratio » ou « LCR ») représente l'une des mesures les plus fortes du nouveau cadre réglementaire dit de Bâle III. Ce nouveau critère prévoit en effet d'imposer aux banques de détenir des actifs immédiatement disponibles ou liquides, autrement dit faciles à vendre, afin d'être en mesure de résister à une panique bancaire pendant 30 jours. Son application, à l'origine prévue pour 2012, a été repoussée l'année dernière à 2015 avec une phase d'observation qui vise notamment à préciser les actifs éligibles. Cependant, les établissements financiers n'ont de cesse d'avertir les régulateurs qu'une telle mesure pourrait être préjudiciable à l'ensemble de l'économie. Elle nécessiterait un effort tel que les banques seraient contraintes de réduire drastiquement les crédits aux ménages mais surtout au secteur privé. Une conséquence indirecte qui toucherait donc en premier lieu les entreprises européennes, bien plus dépendantes du système bancaire pour se financer que leurs consoeurs américaines. Pour 28 des principales banques européennes, l'insuffisance d'actifs liquides s'élevait en effet à 493 milliards d'euros à fin 2010 selon une étude JP Morgan Cazenove publiée mardi. Et avec 173 milliards d'euros, les banques françaises figurent parmi les établissements européens les plus mal placés dans la perspective de la mise en place du LCR. Il manquerait 64 milliards d'euros à Crédit Agricole, 63 milliards à BNP Paribas et 46 milliards à Société Générale. Parmi les « bons élèves » européens, HSBC, Intesa Sanpaolo et Santander, disposaient déjà d'un ratio de liquidité conforme. »


Commentaire : Les bons élèves, hormis HSBC, sont…espagnols. Par contre, « imposer aux banques de détenir des actifs immédiatement disponibles ou liquides, autrement dit faciles à vendre, afin d'être en mesure de résister à une panique bancaire pendant 30 jours » est ubuesque. En effet, comme elles vendraient toutes en même temps, les valeurs imploseraient…sauf si l’Etat achetait…mais dans ce cas, peu de temps après, on retrouverait le schéma actuel qui est de demander aux Etats sauveurs de se désendetter dans des délais ridicules par les mêmes groupes et lobbies qu’ils ont sauvés.

Muriel Motte dans « Les Echos » du 6 septembre 2011

Article intitulé : Déprime   autoréalisatrice  
« Il paraît que les marchés ont une bonne raison de voir venir la récession, car ils la provoquent. Faute de démenti sérieux à leurs pronostics, la chute des marchés se poursuit accentuant le risque d’une panne de croissance. Pour la même raison, c’est-à-dire l’absence de contre-pouvoir politique crédible, les mêmes vont finir par provoquer l’explosion de la zone euro qu’ils redoutent. Soulignant le caractère autoréalisateur des crises monétaires de 1992-1993 en Europe, l’économiste Paul de Grauwe soulignait que« les spéculateurs observèrent que les autorités avaient un intérêt à changer leur politique… et que cela n’était possible qu’en sortant du SME… Ils forcèrent inévitablement les autorités à sortir du système ». Vingt ans plus tard, la démonstration du contraire reste à faire. »


Commentaire : 1992-1993 sont dans les cycles SOCIOECOPOFI les années 2008 et 2009 !
                                                                            

Eric Benhamou dans « La Tribune » du 2 septembre 2011

Article intitulé : La polémique enfle entre les banques européennes et le FMI
« Le divorce semble même consommé entre le Fonds monétaire international (FMI) et les autorités et les banques européennes. En cause cette fois-ci, comme l'a révélé jeudi le « Financial Times », une note de travail du Fonds (non avalisée par le conseil de l'institution) estimant que les banques européennes verraient leurs fonds propres « durs » fondre de 200 milliards d'euros (soit 10 à 12 % du total) si elles devaient comptabiliser en « valeur de marché » leur exposition au risque souverain de six pays (Grèce, Irlande, Portugal, Italie, Espagne, Belgique). Un argument de plus en faveur de ceux qui estiment que les banques européennes sont sous-capitalisées, contrairement aux affirmations des derniers « stress tests », menés en juillet sous l'égide de l'Autorité bancaire européenne (EBA). Mais ce débat comptable pose deux questions capitales. La première, c'est l'opacité persistante des bilans bancaires. En résumé, les banques européennes estiment que les dettes souveraines, inscrites pour l'essentiel dans leurs portefeuilles bancaires (banking book), seront remboursées à maturité et qu'il n'y a donc pas lieu de provisionner dès lors que le risque n'est pas « avéré ». Et quand ce dernier est « avéré », comme sur la dette grecque, les banques sont libres d'apprécier le montant de la provision à constituer avec leurs modèles internes. En juin, plusieurs commissaires aux comptes, de plus en plus mal à l'aise avec la position des banques françaises, ont provoqué une réunion informelle avec les régulateurs pour faire le point sur cette question avant la clôture des comptes. Et, fait exceptionnel, le bureau des standards comptables internationaux s'est publiquement ému auprès de la Commission européenne des différences de traitement comptable appliqué à la dette grecque par les banques. Alors que les « stress tests » ont perdu beaucoup de crédibilité, personne ne connaît le montant des provisions et peut donc réellement évaluer la qualité d'un bilan bancaire. C'est l'une des principales raisons de la faible valorisation du secteur en Europe, qui capitalise à peine 0,7 fois l'actif net contre 2,1 fois en 2006. »


Commentaire : Article très intéressant car, sauf erreur, de ma part c’est la première fois que l’on commence à parler clairement de « débat comptable » et de Commissaires aux comptes mal à l’aise. Ils peuvent l’être car c’est bien eux que officialisent les « errements comptables ». Commenceraient-ils à avoir peur de leurs actes ? Je pense que Madame Lagarde devraient les mettre en face de leur responsabilité et les inclure dans un processus de dédommagement lorsqu’il y a des pertes mises à la charge de l’Etat. Dans bien des cas, l’Autorité elle-même impose la liste dans laquelle vous devez choisir votre commissaire aux comptes. Commissaires aux comptes qui bien souvent font partie des différentes commissions des Autorités. Ou comment fonctionner en vase clos ! Quant aux autres commissaires aux comptes, à priori, les Autorités les trouvent incompétents ou peut-être pas assez « malléables ». Comme l’indique dans un autre domaine, Monsieur David Sénat, ancien conseiller technique au Ministère de la justice «  Le système est paranoïaque, clanique… »                                                                                        

Pascale Besses-Boumard dans « La Tribune » du 22 août 2011

Article intitulé : Les banques, bouc émissaire des marchés  
« De fait, les banques sont en première ligne lorsque l'économie mondiale mollit. De fait, les banques sont largement concernées par les problèmes budgétaires internationaux et le difficile refinancement des États. De même, sont-elles tout autant touchées par l'affaiblissement de la consommation des ménages et le repli sur soi des entreprises. Pour autant, est-il « raisonnable » de voir la Société Générale perdre 48 % en Bourse en l'espace d'un mois et demi, quand BNP Paris en cède 38 % ? Le curseur est aujourd'hui difficile à placer. D'un côté, pour les établissements bancaires français, des fondamentaux solides et même renforcés depuis la faillite de Lehman Brothers. De l'autre, une peur panique, non rationnelle et qui se nourrit d'elle-même. Jusqu'à provoquer de nouvelles situations, bien réelles celles-là, comme la récente tension des taux de l'Euribor qui montre que les banques ne veulent plus se prêter de l'argent entre elles ! On a accusé un temps la rumeur de provoquer tous les maux. Il y a, en fait, un élément bien plus déterminant pour expliquer toutes ces dérives : c'est la perte de confiance. Et sans confiance, les marchés qui auront toujours raison, ne pourront inverser la vapeur. »


Commentaire : Cela me rappelle le temps où certaines banques conseillaient aux Etats une chose…et son contraire aux particuliers pour gagner plus. Règlement de comptes au pays des banques ?

 

Dans « WanSquare » du 9 août 2011

Article intitulé : Les banques américaines embarrassées de leur cash

« Les dépôts des banques américaines atteignent des montants records, profitant de l'aversion aux institutions européennes. Mais ne sachant que faire de ces capitaux, elles pourraient les taxer. »
                                                                                          

Didier Salavert dans « Le Monde » du 22 juillet 2011
Article intitulé : A quand des " stress tests " pour la Banque centrale européenne ?


« Tout va bien. Au moins pour les banques. C'est ce que les tests de résistance, " stress tests " diligentés par l'Autorité bancaire européenne révèlent. Nos banques sont solides. Les déposants peuvent leur faire confiance et les investisseurs souscrivent à leurs augmentations de capital. Circulez : il n'y a rien à voir. La réalité est pourtant bien autre. La publication de ces tests révèle le mensonge de ceux qui les accréditent et la puissance du lobby bancaire. Grâce à ce test taillé sur mesure pour l'industrie bancaire, seulement huit banques ont échoué et le montant total du capital à lever par ces dernières pour se renflouer est de 2,5 milliards d'euros. Ce chiffre est à mettre en rapport avec les plus de 100 milliards d'euros de dettes souveraines grecques, portugaises et irlandaises portées par les banques européennes et dont plus personne de sérieux n'imagine le remboursement total... sauf l'Autorité bancaire européenne. La question est donc d'essayer de comprendre pourquoi ils s'enferment dans le déni public de réalité et, maintenant, le mensonge économique. Quatre hypothèses peuvent être formulées qui ne sont pas exclusives les unes des autres. La première hypothèse est qu'il est difficile pour chacun de reconnaître ses erreurs et de sortir d'un mensonge, surtout quand on n'existe que par la confiance sollicitée. La seconde hypothèse - rarement évoquée par respect des institutions - est que ces mêmes dirigeants sont incompétents. Après tout, aucun examen d'aptitude technique n'est demandé pour accéder aux plus hautes fonctions politiques. Or, on est tout simplement effaré parfois - lors de conversations privées - de l'ignorance totale de ceux auxquels ces fonctions sont confiées, sur des sujets qui relèvent pourtant de leur domaine d'action. La troisième hypothèse est celle de la fuite en avant. C'est un réflexe humain face à l'horreur d'une situation à venir d'en nier la réalité ou d'espérer le miracle. La quatrième hypothèse, enfin, est celle de la collusion entre les Etats et le système bancaire. Il est très vraisemblable que l'histoire économique de la période actuelle révélera cette formidable entente. L'engrenage de celle-ci est relativement simple : 1. Des Etats incapables de satisfaire les promesses qu'ils ont faites (Etat-providence) ; 2. Fuite en avant par la création monétaire ; 3. Système bancaire prenant le contrôle de la création monétaire ; 4. Etats otages du système bancaire. L'Autorité bancaire européenne ayant failli à sa mission de transparence, nous savons maintenant que ce n'est pas le système bancaire qui va assumer les pertes des Etats mais les contribuables (par l'augmentation des impôts) et tous les citoyens (par l'inflation). Les Etats vont sauver leurs complices. Décidément, il n'y a pas de morale dans l'économie " régulée ". Une dernière remarque pour ceux qui ont encore gardé un peu d'esprit critique : pourquoi pas de stress test pour la Banque centrale européenne ? »                                                                                      

Georges Ugeux, banquier d’affaires, dans « http://finance.blog.lemonde.fr/ » du 19 juillet 2011
Article intitulé : Les stress tests des banques européennes constituent un faux.


« Ainsi, seulement quelques « petites » banques grecques (2), espagnoles (5), autrichienne (1) et allemande (1)  ont des manques de fonds propres et les autres se portent bien alors qu’aujourd'hui plusieurs d’entre elles ne sont plus capables d’emprunter sur les marchés des capitaux à des taux concurrentiels. Les banques portugaises qui viennent de perdre trois niveaux de notation vont très bien, merci. Il en va de même des banques irlandaises. L’Europe vient de franchir un pas dangereux pour sa crédibilité Aujourd’hui, alors que la situation est infiniment plus grave elle a accepté de camoufler une situation infiniment dangereuse pour  une partie de son système bancaire. Pour tenter désespérément de camoufler le coût de son indécision, elle vient de commettre un faux : les stress tests ne tiennent même pas compte des pertes de valeur actuelles, moins encore, d’une détérioration probable de la situation. Pour camoufler leur incompétence et leur manque de courage, les instances européennes viennent de commettre un faux. Si l’une des banques qui se porte bien venait à faire faillite, l’Europe risque d’être poursuivie pour faux en écritures. C’est une génération entière de complicités de dirigeants européens qui vient de passer au mensonge pour tenter désespérément de camoufler les conséquences catastrophiques de leur inaction. Les agences de notation en perdent la raison, mais la culpabilité se situe à la Commission Européenne et auprès des Chefs d’Etat, de gouvernement et des Gouverneurs de Banques Centrales de l’Eurozone. Financial Times « l’Union Européenne a failli à ses propres tests ». »

                                                                            
Dans « Boursorama » du 15 juillet 2011
Article intitulé : Tests européens : huit banques ratent l'examen en pleine crise financière
« Huit banques européennes ont échoué aux tests de résistance imposés à 91 banques. Au total, 5 banques espagnoles, deux banques grecques et une banque autrichienne ont échoué. Elles ont besoin à elles toutes d'au moins 2,5 milliards d'euros pour renforcer leur capital, a estimé l'Autorité bancaire européenne (EBA), basée à Londres. Le Fonds monétaire international a appelé vendredi l'Europe à renforcer les fonds propres des banques ayant échoué aux tests de résistance, mais aussi pour "celles qui ont réussi de peu". Car 16 banques n'ont réussi l'examen que de justesse, avec un ratio de fonds propres "durs" --le capital le plus sûr et facilement disponible-- compris entre 5% et 6%. Le seuil était fixé par l'EBA à 5%, y compris en cas de choc économique sévère, et les banques "tangentes" devraient également annoncer des mesures de redressement. Les banques testées, dans 21 pays, représentent 65% des actifs bancaires européens. L'Autorité bancaire a ainsi vigoureusement défendu ces tests de résistance, les qualifiant de "rigoureux" et mettant en avant leur transparence "sans précédent". "Le fait que seulement huit banques aient échoué cette année ne devrait pas inspirer énormément confiance", a toutefois affirmé dans une première réaction une analyste de Forex.Com, Kathleen Brooks. Les milieux financiers tablaient sur 10 à 15 échecs, notamment du côté des banques espagnoles, allemandes et grecques. Pour ces tests, l'EBA avait élaboré deux scénarios: l'un dit de base, reprenant les principales prévisions macroéconomiques en vigueur; et l'autre dit "adverse", retenant des hypothèses théoriques de choc économique en 2011 et 2012. Le scénario de crise prévoit par exemple une baisse de 0,5% cette année du Produit intérieur brut (PIB) de la zone euro, une chute de 15% des Bourses européennes et un plongeon des marchés immobiliers. »


Commentaire : « Il est parlé de transparence sans précédent », c’était déjà ce qui avait été affirmé auparavant. Après ce que nous avons connu, se contenter de 5% est risible. A priori, le scénario prend en compte le cumul d’une baisse boursière et un plongeon des marchés immobiliers. Cela est une bonne chose. Reste à savoir la hauteur du plongeon immobilier ? Tout comme les responsables de ces tests ont dû avouer la « légèreté » des anciens tests (ce qu’ils savaient depuis le début), ils devront demain avouer que ces tests n’avaient pour objectif que de « calmer » momentanément certaines peurs « fabriquées ». Ces tests sont politiques. A ce titre, ils sont honorables car ils ont leur utilité politique. Mais, étendre cette utilité en un facteur de croyance sécuritaire pour le futur est une aberration coupable.                                                                                       

Christophe Nijdam, analyste chez Alphavalue dans « La Tribune » du 15 juillet 2011
Article intitulé : Stress tests : « Le principal problème réside dans la liquidité du système bancaire »

« Pour les banques irlandaises, il faut rappeler qu’elles n’ont pas été défaillantes au titre de leur ratio Tiers One, mais au niveau de leur liquidité. Ce que je regrette, c’est que les autorités européennes se bornent à tester la solvabilité des banques alors que le principal problème réside dans la liquidité du système bancaire. »

Commentaire : La solvabilité des banques relève de la comptabilité. A ce titre, elle est « manipulable » et « organisable ». La liquidité relève de la réalité. A ce titre, si nous continuons à nous cacher les yeux, lorsqu’elle se manifestera, nous connaîtrons une crise d’une ampleur insoupçonnée.                                                                                        

L.F dans « La Tribune » du 11 juillet 2011
Article intitulé : « Stress tests » : filet de sécurité pour les banques recalées
« Les résultats de la deuxième édition des tests de résistance bancaires avaient d'abord été annoncés pour juin. Ce sera finalement le 15 juillet que l'Autorité bancaire européenne (ABE) les publiera officiellement. Dans un communiqué, l'ABE précise que « la présentation des résultats s'accompagnera de l'annonce des mesures de renforcement pertinentes pour les banques qui seront en deçà du seuil ». Par ailleurs, selon un document interne obtenu par Reuters destiné aux ministres des Finances (qui se réunissent à Bruxelles lundi 11 et mardi 12 juillet), les États européens s'engageraient à apporter leur soutien aux banques qui échoueraient aux stress tests, et qui ne pourraient pas lever des capitaux dans les six mois. Celles-ci seront listées, pour éviter une « détérioration imprévue de leur position en fonds propres ». Les pays pourraient leur injecter du capital ou user de mécanismes de soutien financier existants. Si ces actions sont insuffisantes, une restructuration des banques en difficulté serait envisagée. Également spécifié dans ce document, les banques recalées auront jusqu'à fin septembre pour présenter un plan de révision de leur situation financière, et disposeront ensuite de trois mois pour mettre ce dernier en oeuvre. Certains résultats ont déjà transpiré : selon le journal néerlandophone « De Tijd », les banques KBC et Dexia auraient passé les stress tests avec succès. Les cinq banques italiennes qui ont subi les tests devraient aussi connaître une issue positive selon Reuters. Mario Draghi se dit même « certain » qu'elles passeront ces tests avec des marges significatives. Quatre banques françaises y sont soumises : Crédit Agricolegricole, Société Générale, BNP Paribas et BPCE. Début avril, Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, déclarait lors d'une conférence de presse que « les banques françaises devraient passer sans encombre les futurs tests de résistance ».Moody's précise ainsi que 26 établissements pourraient avoir besoin de recourir à un soutien externe. »

 

Anne Drif dans « Les Echos » du 21 juin 2011

Article intitulé : Bâle III pousse les banques à relancer le « shadow banking »  
« C’est l’un des paradoxes de la réforme de la régulation bancaire. Les nouvelles normes de Bâle III favorisent le « shadow banking » (finance parallèle peu ou pas régulée) et, plus précisément, la titrisation, cette technique de transferts de crédits en plein boom avant la crise financière. « Les besoins de financement de l’Europe seront considérables dans les années qui viennent, avec 1.000 milliards de dette qui doivent être refinancés dans les deux ans selon la BCE. Il est ainsi crucial qu’un marché plus solide et renforcé ait sa part aux côtés d’autres outils de financement, comme les prêts bancaires, les obligations sécurisées et les dépôts. » Bien que convalescente, la titrisation repart. Au premier trimestre, les banques européennes ont émis 114 milliards d’euros, le volume le plus significatif depuis dix ans après les années 2007 et 2009. L’an dernier, elles ont mené 382 milliards de transactions, plus que de 2000 à 2005. Parmi les actifs cédés par les banques, les prêts et obligations d’entreprises (CDO-CLO) qui avaient beaucoup souffert de la crise de 2008 dans leurs versions les plus complexes (CDO de CDO) ont été très actifs avec 29,6 milliards émis. La relance des CDO a été particulièrement forte sur les trois premiers mois de l’année, à 7,1 milliards , contre un rythme de 1 milliard seulement l’an dernier par trimestre. Aux Etats-Unis, les banques ont vendu pour 3,4 milliards de dollars de dette l’an dernier, plus que le double de 2009, relève de son côté Bloomberg. Dernier signe de ce retour en grâce, Morgan Stanley a bouclé un fonds CLO de 461 millions de dollars, confié à Apollo. En transférant du risque, ces transactions sont en outre un garde-fou aux crises futures. En 2002, une grave crise bancaire a été évitée grâce aux transferts sur les crédits aux entreprises. »En face des banques, les contreparties sont demandeuses. Les fonds souverains et les « family offices » viennent chercher du rendement, quand les assureurs et les institutionnels y trouvent aussi un moyen de diversifier leurs risques. « Certains investisseurs, tels que les ’family offices’ sont circonspects à l’égard des dettes bancaires, mais cherchent des capacités de rendement, souligne-t-il. Grâce aux économies de fonds propres, les banques peuvent leur offrir un rendement supplémentaire, soit de 12 à 15 % d’intérêts nets. En outre, alors que les ’hedge funds’, les plus à même de dégager de la performance, prennent des commissions de 2 à 20 % dès le premier euro investi, ces transactions gérées par des fonds fermés n’impliquent des frais qu’une fois le rendement réalisé. » Des intérêts convergents, qui assurent un solide futur à la titrisation. Ironie du sort, ce sont aussi parfois des intermédiaires qui ont été les plus agressifs en titrisation avec la création des SIV, tombées en quasi-faillite, comme celle de Cheyne Capital, sauvée par Goldman Sachs, qui s’en trouvent aujourd’hui les arrangeurs. »


Commentaire : Sans parole.                                                                                  

Laura Berny dans « Les Echos » du 20 juin 2011

Article intitulé : Le voile commence à se lever sur les établissements systémiques
« Certains superviseurs pensaient pouvoir maintenir un certain flou sur les établissements considérés comme systémiques, en vue de garder la main sur leur contrôle. Comme on s'y attendait, plusieurs catégories d'établissements systémiques ont été créées. Dans la première, la plus élevée, figureraient ainsi les américains Citigroup, JPMorgan Chase, Bank of America, l'allemand Deutsche Bank, les britanniques HSBC, Royal Bank of Scotland (RBS) et Barclays et, enfin, le français BNP Paribas. A ces mastodontes de la finance mondiale serait imposé un ratio de fonds propres de base de 9,5 % d'ici à 2019, soit 2,5 points de plus qu'en Bâle III. Une deuxième catégorie, comprenant Goldman Sachs, Morgan Stanley, UBS et Credit Suisse, se contenterait d'un supplément de 2 points. Enfin, de 10 à 15 autres banques mondiales devraient respecter une surcharge en capital étalée entre 0,5 et 2 points. Le cas de Crédit Agricole SA et de Société Générale ne serait pas encore tout à fait tranché. »


Commentaire : Le rôle ambigu des superviseurs (commissaires aux comptes) est de nouveau mis en première ligne. En effet, ce sont bien eux qui certifient les valeurs comptables. Valeurs comptables qui totalement déconnectées de la réalité des prix réalisables constituent le socle de la financiarisation et de la titrisation.


Marc Fiorentino dans « La Tribune » du 20 juin 2011

Article intitulé : Banques : où est la transparence ?
« Ce qui me frappe dans la crise actuelle, c'est le fait que l'on n'a finalement tiré aucun enseignement de la crise financière de 2008. Si les positions sur les subprimes et sur les produits dérivés avaient été publiques, on aurait probablement pu éviter la crise bancaire et les aides massives qu'ont consenties les États pour renflouer le système. Les subprimes d'aujourd'hui sont les dettes des États dits périphériques. C'est une évidence. Les États ont soutenu les banques et, actuellement, les États sont dans la situation dans laquelle étaient les banques en 2008. Mais qui pourra soutenir les États. La Banque centrale européenne, elle-même, ne donne aucune information sur les montants massifs d'emprunts de pays périphériques qu'elle a dû acheter depuis un an pour soutenir l'Europe. Les « stress tests » ont été une vaste plaisanterie puisque, un peu comme dans « L'école des fans » de Jacques Martin, tout le monde a eu 10 et a réussi. Parmi les gagnantes d'ailleurs, des banques irlandaises qui faisaient faillite quelques jours à peine après les « stress tests ». On a souvent parlé de la crise de 2008 comme d'un arrêt cardiaque de l'économie mondiale. Après un arrêt cardiaque, quand on a la chance de s'en sortir, on modifie ses habitudes de vie. Nous avons fait exactement le contraire. Après la crise cardiaque de 2008, nous sommes passés de la cigarette aux cigares, de la bière aux alcools forts à haute dose, de la viande rouge aux plats en sauce. Tout cela en restant assis toute la journée face à des écrans avec la spéculation comme seul sport. »

 

Isabelle Chaperon dans « Le Figaro » du 16 juin 2011

Article intitulé : Les banques françaises sous la pression des agences de notation
« Une mise sous surveillance de la notation d’une banque. Avant la crise financière, cette annonce n’aurait intéressé personne. Avec des marchés devenus hyperréactifs, c’est un séisme.»                                                                              

Sylvain Cypel dans « Le Monde » de juin 2011

Article intitulé : Goldman Sachs et les millions libyens
« Les pertes du fonds souverain Libyan Investment Authority (LIA) dans ses placements auprès de la Société générale ont récemment été évoquées. Sur 1,8 milliard de dollars (1,27 milliard d'euros) confiés à la banque française, plus de la moitié se sont évaporés après avoir été investis par elle dans de très opaques produits financiers dits " structurés ". Aux Etats-Unis, le fonds libyen s'est principalement tourné vers le meilleur d'entre les meilleurs : Goldman Sachs (GS). De janvier à juin 2008, il lui versa donc 1,3 milliard de dollars. En février 2010, il n'en restait que 25,1 millions. De la somme initialement apportée, 98 % avaient disparu. Pour des placements d'un investissement souverain, il doit s'agir d'un record du monde toutes catégories. Le Wall Street Journal a mené l'enquête. Le fonds libyen commence par offrir à deux douzaines d'importants financiers occidentaux d'y investir 150 millions de dollars. On y retrouve, hormis SocGen et GS, des banques (HSBC, JP Morgan, Lehman...), des fonds d'investissement et des gestionnaires de fortune (Carlyle, Och-Ziff...) et des fonds spéculatifs. »                                                                                 

Olivier Lecomte dans « La Tribune » du 31 mai 2011
Article intitulé : Pour une régulation contraignante du secteur bancaire


« Saluer l'allégement présumé d'une contrainte destinée à rendre le système financier plus solide, c'est un peu comme fêter le relèvement du taux d'alcoolémie acceptable au volant : réjouissons-nous, il y aura plus de morts ! En sens inverse, une semaine plus tôt, sept pays - dont le Royaume-Uni, la Suède et l'Espagne - avaient demandé une application plus stricte de Bâle III, se plaignant dans une lettre à Michel Barnier, commissaire au Marché intérieur et aux Services, que la Commission envisage d'édicter les nouvelles règles sous la forme d'une régulation plutôt que d'une directive. Enfin, l'European Banking Association (lobby qui regroupe les fédérations bancaires des États membres) avait aussi écrit à M. Barnier le 16 mai pour le mettre en garde contre les effets néfastes pour l'économie qu'auraient certaines des exigences contenues dans Bâle III en matière de liquidité. Antienne maintes fois entendue. Face à cette cacophonie, M. Barnier a dû se fendre d'un bref communiqué pour réaffirmer sa détermination à appliquer Bâle III sans mollir. Il existe un déséquilibre fondamental entre les régulateurs, qui font un métier technique, défendent l'intérêt général et communiquent peu, et les lobbys, qui protègent des intérêts particuliers et sont payés pour formuler de pseudo-argumentaires, trop souvent repris sans commentaire critique. Les banques européennes avaient, fin 2007, accumulé un déséquilibre entre leurs emplois en dollar et leurs ressources en euro pour la bagatelle de 1.000 milliards (Banque des règlements internationaux, « Global liquidity : a view from Basel », 26 mai 2011) alimentant un gigantesque gap de liquidité, qui ne fut surmonté que par un accord exceptionnel entre la BCE et la Fed. »                                                                                       

Jean-Jacques Mével dans « Le Figaro » du 19 mai 2011 :
Article intitulé : Schaüble : « Le moment est venu de faire payer les banques ! » 

« Wolfgang Schaüble persiste et signe. Au risque de s’aliéner la France et la BCE, le ministre allemand des Finances a affirmé, hier, que « le moment est venu » de faire payer aux banques et aux investisseurs privés les pots cassés dans la crise de la dette souveraine. « C’est une question de responsabilité morale, a dit le responsable allemand. Au bout du compte, les investisseurs - et cela inclut bien sûr les détenteurs européens d’obligations - doivent supporter à la fois les risques comme les bénéfices de leur investissement. Dans les dernières crises, ce sont presque exclusivement les contribuables qui ont assumé les pertes. C’est inadmissible ! » Wolfgang Schäuble ajoute à la démonstration un argument politique, pour dévier l’essor du populisme. « À constamment remettre à flot les investisseurs privés, les responsables politiques risquent tout simplement de s’aliéner les électeurs européens. Ce n’est pas pour rien que les institutions de l’UE sont perçues comme distantes, technocratiques et enfermées dans un monde impénétrable de jargon et d’initiés. »                                                                    

Jean Matouk, professeur à l’université de Montpellier, dans « Les Echos » du 17 mai 2011 :
Article intitulé : Banques : pour des ratios de solvabilité discriminants
« Ce ne sont pas, en effet, les activités traditionnelles des banques commerciales, la collecte des dépôts et de l'épargne, et l'octroi de crédit, qui sont à l'origine de la crise. C'est le dévoiement de cette activité classique de banque, par la possibilité de titriser à l'infini, de « marchéiser » les créances, notamment immobilières, aussi bien aux États-Unis qu'en Grande-Bretagne, avec la Northern Rock. C'est la connexion entre banque classique et marchés qui a provoqué la crise. Si les émetteurs initiaux des prêts n'avaient pas trouvé la titrisation pour se refinancer, ils ne les auraient pas accordés, et l'effondrement de la valeur des titres et des immeubles ne se serait pas produit. Ce ne sont pas les activités bancaires classiques qu'il faut pénaliser en fonds propres. Il suffit de pénaliser, dans les bilans des banques, les activités de marché par rapport aux activités classiques. Dans la période actuelle, où les besoins de financement s'élèvent au rythme de la reprise économique, fixer des ratios de solvabilité de 15 % sur les activités de marché et de 5 % sur les activités de banque n'aurait rien d'absurde. L'activité de marché présente une caractéristique inévitablement liée à son rendement, c'est le risque. Un risque que les statisticiens pensaient « probabilisable », exprimable en termes de moyenne et variance stables, mais qui, ces dernières années, relevait plutôt de l'incertitude. La résistance des banques à des règles prudentielles discriminantes pour les activités de marché signifie, au moins implicitement, qu'elles considèrent les catastrophes financières comme inévitables et que les contribuables doivent s'attendre à acquitter une ou deux fois dans leur vie, voire plus, une sorte de tribut pour couvrir les risques que les banques doivent prendre afin de maintenir plus aisément le niveau de dividendes de leurs actionnaires. »


                                                                      

Alexandre Maddens dans « La Tribune » du 16 mai 2011 :
Article intitulé : Les banques françaises confirment leur redressement


« Le retour à la normale se confirme dans le secteur bancaire hexagonal. À l'exception de la franco-belge Dexia.  Une fois encore, BNP Paribas a enregistré les meilleures performances sur les trois premiers mois de l'année. Son bénéfice s'est établi à 2,62 milliards d'euros. Près du triple de celui de Société générale, qui a été pénalisée par une réévaluation de sa dette propre. « La situation des banques françaises est très contrastée », note Christophe Nijdam, analyste chez AlphaValue. « Deux acteurs, Dexia et Natixis, sont encore confrontés à la gestion de leur portefeuille d'actifs toxiques. Crédit Agricolegricole, en revanche, achève son travail de nettoyage de bilan et revient aujourd'hui avec des résultats exceptionnels. »  Signe supplémentaire de leur sérénité, BNP Paribas, BPCE, Crédit Agricolegricole et Société Généralecute; Générale ont toutes réaffirmé qu'elles n'auraient pas recours à une augmentation de capital pour répondre aux futures exigences de Bâle III. Un discours accueilli, parfois, avec circonspection par les investisseurs. Société générale, notamment, a souffert en Bourse, après la parution de ses comptes, des doutes pesant sur sa solvabilité. Le ratio de fonds propres durs (core Tier One) de la banque de La Défense était de 8,8 % au 31 mars. La série de publications trimestrielles a aussi confirmé le virage stratégique pris par plusieurs banques françaises pendant la crise. BPCE, par exemple, a annoncé deux cessions majeures dans l'immobilier, Foncia et Eurosic, dans le cadre de son recentrage sur ses métiers historiques. » 


Dans « Le Figaro » du 14 mai 2011 :
Article intitulé : Dépôts, livrets… les banques collectent à tout-va 


« L’impression des assureurs-vie était la bonne. La Banque de France a ainsi révélé, hier, que l’épargne placée sur les livrets non réglementés des banques a augmenté de plus de 10 milliards d’euros sur quatre mois, à 165 milliards à fin mars. Les établissements font tous les yeux doux à une épargne qui reste inscrite à leur bilan (contrairement aux OPCVM ou à l’assurance-vie) et qui leur permet de mieux remplir les nouvelles contraintes fixées par les autorités de régulation. »
Commentaire : Nous avons encore un parfait exemple d’une déstabilisation économique et financière due à des règlements insuffisamment réfléchis…ou orientés. De nouveau, un raisonnement purement comptable met à mal le système.
                                                                               
Paul Jorion, économiste et ethnologue, dans « La tribune » du 10 mai 2011 :
Article intitulé : La finance s'est disqualifiée


« Tous les efforts menés en vue d'une nouvelle régulation de la finance recourent à une même stratégie : consultation du monde financier par les autorités, puis négociation pour que se dégage un compromis entre les exigences des uns et des autres. Mais la condition essentielle pour qu'une telle stratégie réussisse est que l'industrie financière s'identifie à l'intérêt général, qu'elle reconnaisse et promeuve la nécessité de garantir un cadre qui maintienne la pérennité des institutions financières sans affecter pour autant la bonne santé de l'économie. Le rapport du Sénat américain rendu public le 13 avril confirme ce qu'avaient déjà mis en évidence les auditions de dirigeants de la banque Goldman Sachs en avril 2010. A savoir qu'elle - et plusieurs autres, dont, au premier rang, la Deutsche Bank - a non seulement trahi la confiance de certains de ses meilleurs clients en leur vendant des produits financiers (les " collateralized debt obligations " - CDO) structurés de manière à être de la plus mauvaise qualité possible, mais qu'elle a mis au point de nouveaux produits dérivés (les CDO " synthétiques ") pour parier sur la perte de l'ensemble du secteur du crédit hypothécaire américain. Elle a ainsi précipité la chute de tous ceux qui eurent la naïveté de se positionner sur l'autre versant du pari, mais aussi celle du système financier mondial dans sa globalité ! Le rapport du Sénat décrit le responsable du crédit hypothécaire chez Goldman Sachs promettant à son équipe de commerciaux des primes " ginormous " - une contraction des mots " gigantic " et " enormous " - s'ils parvenaient à vendre ces produits. Dans un mail, l'un des dirigeants de la banque en Australie dit, à propos de la découverte d'un gogo à qui l'on pourra vendre ces produits avariés : " Je crois avoir trouvé un éléphant blanc, un cochon volant et une licorne, tout en un ! " Les établissements financiers en question poursuivent aujourd'hui leurs activités en toute quiétude. Aucun de leurs dirigeants n'a été inculpé. Mieux, on les retrouve assis aux tables de négociation, faisant objection aux propositions des régulateurs qui représentent la communauté dans son ensemble. Il faut donc changer de méthode. Le régulateur doit rédiger les règles qui permettront de réduire de manière drastique le risque systémique. Alors que les positions de couverture neutralisent un risque existant dans une perspective assurantielle, les positions spéculatives, du fait de leur nature de pari, créent, elles, un risque là où il n'existait pas préalablement. L'apport en liquidité du spéculateur, qu'il invoque en général pour justifier sa présence, doit être ignoré : un apport en liquidité à des niveaux de prix spéculatifs est sans objet et, a fortiori, ne compense pas l'accroissement du risque systémique qu'il apporte avec lui. Une fois définies les mesures à prendre, celles-ci doivent être mises en application, sans négociation avec l'industrie financière : l'incapacité de ses principaux représentants à s'identifier à l'intérêt général a été amplement prouvée au cours de ces trois dernières années. »


Commentaire : Je ne peux qu’approuver ces propos. Encore faudrait-il que les régulateurs revoient la constitution de leurs équipes. Equipes qui ont participé et participent encore aujourd’hui à la « fumisterie » financière. Sur ce sujet, les déclarations du président de l’AMF Jean-Pierre Jouyet sont récurrentes, édifiantes et honnêtes. Il faut imposer une stricte séparation entre les Autorités de régulation, les banquiers et les Commissaires aux comptes. Trop souvent se sont tissés des liens « incestueux » qui font que l’Autorité de régulation est sous la dépendance des avis des banquiers et des commissaires aux comptes. La dernière crise a été on ne peut plus édifiante sur ce sujet.                                                                                      

Christian Chavagneux dans « Alternatives Economiques » de mai 2011 :
Article intitulé : Régulation financière : pourquoi il faut aller plus loin 


« « Les réformes de la finance sur lesquelles se sont maintenant mis d’accord les régulateurs mondiaux sont-elles assez radicales ? » La question ne vient pas du mouvement altermondialiste, mais d’Adair Turner, le patron de la Financial Services Authority (FSA), le régulateur financier britannique. Et sa réponse, exprimée lors d’une intervention publique en février dernier, est claire : c’est non ! De son côté, le Fonds monétaire international (FMI) affirmait en mars, par l’intermédiaire de l’un de ses économistes, Manmohan Singh, que les réformes proposées afin de réguler les marchés spéculatifs de produits dérivés n’allaient pas assez loin pour maîtriser les risques qu’ils engendrent. Selon Adair Turner, si l’on veut être certain que les banques soient capables de faire face à de futurs dérapages avec leur seul capital, il faudrait monter le ratio minimum à …15-20% ! Proposition qui, depuis a été approuvée par d’autres régulateurs importants. Le G20 a aussi entrepris d’y voir plus clair du côté des marchés dérivés. La quasi-totalité des transactions s’y déroule de gré à gré, c’est-à-dire entre acteurs financiers, sans que l’on sache vraiment ce qui s’y passe. Pour remédier au problème, les régulateurs souhaitent que les échanges s’organisent de plus en plus au sein de chambres de compensation, des institutions privées qui jouent le rôle de notaires enregistrant les transactions. Elles établissent quotidiennement les positions nettes des acteurs financiers (ce qu’ils achètent moins ce qu’ils vendent). Elles veillent aussi à ce que tous les joueurs aient de quoi payer au cas où ils perdraient leurs paris, en leur demandant de déposer du cash ou des actifs financiers en garantie, ce que les financiers appellent un « collatéral ». Cette évolution va assurément dans le bons sens, car elle devrait permettre d’en savoir plus sur les volumes échangés, les prix pratiqués et les risques pris sur ces marchés qui ont été de tous les dérapages financiers depuis plus de trente ans. Au-delà du montant minimum réglementaire de capital que doivent posséder les banques, les plus importantes d’entre elles sont censées utiliser des modèles statistiques très sophistiqués afin de déterminer le montant de capital qu’elles devraient détenir en fonction des risques qu’elles prennent. Et ça, la régulation post-crise n’y a rien changé. C’est ce qui perturbe Andrew Haldane, de la Banque d’Angleterre. Car d’après lui, ces modèles affichent trois énormes faiblesses : ils sont trop complexes, pas assez sérieux pour être crédibles et pas assez fiables pour annoncer les crises. Il a comparé ce que donnaient les modèles pour se protéger des  risques de marché avant la crise et les pertes effectivement subies par les banques sur ces marchés. Elles ont été six fois supérieures à ce que prévoyaient les modèles… »


Commentaire : Edifiant ! Et dire que certaines personnes croient encore à l’efficience des marchés ! Et dire que certaines personnes croient encore que la valeur certifiée par les Commissaires aux comptes est une valeur de référence absolue ! Pour ma part, je pense que les professionnels doivent dorénavant faire acte d’expertise en amont de leurs conseils financiers. Qui peut encore vendre des produits intégrant des produits dérivés spéculatifs ? Qui peut encore commercialiser un conseil professionnel et conseiller des produits à base de dérivés (hors couverture) ? Qui peut encore vendre des produits structurés alors que les contreparties sont aléatoires ? Etc… 


Félix Salmon, John Stokes © « Wired » 2011, traduit par Frédéric Béghin dans « Capital » de mai 2011 :

Article intitulé : Comment l’informatique a pris le contrôle de Wall Street


« Depuis le « flash crash » de mai 2010, des incidents similaires sont survenus. Apple en a été plusieurs fois victime, comme le 10 février dernier, quand l’action a dévissé en quelques minutes sous l’effet d’ordres de vente massifs…et inexpliqués. Cette vente brutale a fait plonger le marché via la réaction en chaîne d’autres algorithmes, et déclenché des mouvements absurdes – des titres Accenture ont été vendus pour 1 centime tandis que des actions Apple trouvaient preneur à 100 000 dollars pièce ! Ces échanges ont été annulés, mais ils ont convaincu les autorités boursières américaines d’enquêter sur le trading informatisé. Il est aujourd’hui admis que le système a dépassé ses créateurs. « La finance est devenue une espèce de vaste système automatisé qu’aucune science ne peut décrire », explique Michael Kearns, un chercheur en informatique de l’université de Pennsylvanie qui a lui-même conçu des algorithmes pour Wall Sreet. La Bourse obéit de plus en plus à une intelligence artificielle qui n’est plus calquée sur le comportement humain. Les algorithmes nous laissent acheter et vendre sur le marché. Mais en réalité, il (le marché) leur appartient. »


Commentaire : Et si le moment était venu de réinvestir dans l’économie réelle dans le respect des volumes ?

                                                                            
Alexandre Counis dans « Les Echos » du 2 mai 2011 :
Article intitulé : La Commission européenne ouvre deux enquêtes antitrust sur le marché des CDS   


« Les « credit default swaps » (CDS), ces produits dérivés qui permettent de s’assurer contre le risque de défaut d’un émetteur, sont de nouveau dans la ligne de mire de la Commission européenne. Cette fois, ce n’est pas l’opacité de ce marché, où 80 % des transactions se font de gré à gré, qui est sur la  sellette. Pas plus que les achats spéculatifs de CDS sur dette souveraine, car les propositions législatives formulées en  septembre par la Commission à l’initiative du commissaire aux Services financiers, Michel Barnier, font toujours l’objet de discussions entre le Conseil et le Parlement européens. Les services du commissaire européen à la Concurrence, Joaquin Almunia, ont des soupçons si sérieux d’entente et/ou d’abus de position dominante qu’ils ont décidé vendredi, sans être saisis d’aucune plainte mais après avoir échangé avec les autorités américaines (Department of Justice et  Federal Trade Commission), d’ouvrir deux enquêtes antitrust. La première, dans le domaine de l’information financière. Bruxelles s’interroge sur les relations privilégiées qu’entretiennent 16 grandes banques dont BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale (1) avec le britannique Markit, principal fournisseur d’informations financières sur le marché des CDS. « Nous disposons d’informations selon lesquelles ces banques communiquent uniquement à Markit l’essentiel de leurs prix, de leurs indices et diverses données journalières essentielles », explique la Commission, qui soupçonne ces banques d’entente ou d’abus de position dominante  collective. Bruxelles redoute aussi que« les accords de licence et de distribution de Markit ne contiennent des clauses abusives ». Au risque d’empêcher, dans un cas comme dans l’autre, l’émergence de concurrents plus petits sur le marché des CDS, comme Thomson Reuters ou Bloomberg. Voire de fausser la formation des prix en lésant certaines contreparties, qui ne disposeraient pas des bonnes informations pour négocier. La seconde, dans le domaine de la compensation. La Commission s’intéresse aux accords que 9 banques (2) ont conclus avec ICE Clear Europe, la principale chambre de compensation sur le marché des CDS devant LCH. Clearnet ou encore Eurex. Selon Bruxelles,« ils contiennent certaines dispositions (tarification préférentielle, participation aux bénéfices) qui pourraient inciter les banques à faire appel  uniquement à ICE ». Ce qui constituerait une entente, aux dépens de ses concurrents. »


Commentaire : Les marches dérivés (tant qu’ils existent) devraient relever du contrôle et du ressort d’une institution étatique nationale ou internationale. Comme il l’a déjà été prouvé les banques mentent aux Etats et aux organismes de régulation et de supervision. La compensation est volontairement faussée et détournée à leur profit.

Christophe Moussu, Steve Ohana, Michael Troege, professeurs de finance à l’ESCP Europe, dans « La Tribune » du 19 avril 2011 :
Article intitulé : Le faux Graal de la performance bancaire


«  Il convient de rappeler que la crise financière est une crise de la dette. Aux États-Unis, les banques affichent une volonté d'augmenter les dividendes, ce qui fera baisser les fonds propres et augmenter leur taux d'endettement. Parallèlement, les banques européennes montrent leur inquiétude face à l'intention des régulateurs de relever leurs niveaux obligatoires de fonds propres. Ces deux attitudes procèdent de la même logique chez les dirigeants de banques, celle de maximiser la rentabilité des fonds propres (le « return on equity », en anglais ou ROE), calculé comme le ratio du bénéfice net sur les fonds propres. En effet, le ROE est désormais l'outil majeur de pilotage des banques. Il constitue un indicateur clé, dont dépendent la rémunération des dirigeants, les recommandations des analystes et le sentiment de marché. Or, il est bien connu que la manière la moins coûteuse et la plus sûre d'augmenter le ROE est d'accroître le niveau d'endettement par rapport aux fonds propres ou « levier financier ». C'est d'ailleurs ce que les banques ont fait depuis vingt ans. Cet endettement serait parfaitement justifié pour les actionnaires s'il garantissait une maximisation de la valeur des actions. Mais est-ce vraiment le cas ? Premièrement, depuis les prémices de l'économie financière, il est connu que si la dette augmente le ROE quand les vents sont favorables, elle l'abaisse quand les temps sont durs. Cette loi quasi physique s'est d'ailleurs vérifiée dans la crise financière récente. Les actionnaires qui ont le plus souffert sont ceux des banques dont le ROE et l'endettement étaient les plus élevés avant la crise, comme le révèle l'étude récente de Beltratti et Stulz. Les actionnaires qui bénéficient des ROE les plus importants aujourd'hui doivent bien garder à l'esprit qu'ils seront aussi ceux qui perdront le plus au prochain retournement de cycle...Deuxièmement, concernant le lien entre ROE et valeur, il est peut-être utile de rappeler que toute promesse de rentabilité supplémentaire ne se traduit en richesse que si elle excède le coût du risque pris pour l'obtenir. En ce qui concerne la hausse de rentabilité induite par la dette, il est prouvé que ce n'est pas le cas sur des marchés qui fonctionnent normalement, et ce, depuis plus de cinquante ans (Modigliani et Miller). Évaluer la performance des banques et de leurs dirigeants en se fondant sur le ROE est une grave erreur commise par les comités de rémunération des banques et les marchés financiers. En cristallisant l'attention sur le niveau de fonds propres sans intervenir sur cette incitation, le régulateur ne peut qu'induire un comportement d'arbitrage réglementaire qui, in fine, se traduira par un retour massif à l'endettement. En effet, les banques ont des capacités illimitées de transfert de leurs actifs dans des structures non réglementées par des contraintes de fonds propres. Le problème est d'autant plus grave que cet endettement, qui ne crée pas de valeur pour l'actionnaire, en détruit pour la société. Si la maximisation du ROE n'est pas créatrice de valeur actionnariale, on peut se demander pourquoi ce critère a perduré si longtemps comme le Graal de la performance bancaire. La première raison est qu'il est plus facile de fabriquer des miroirs aux alouettes à partir d'indicateurs financiers, que d'améliorer des cash-flows opérationnels de long terme, à la base de la création de richesse. D'autant plus que ces jeux de lumière ont permis une extraction colossale de rentes privées par les acteurs du système financier. L'aléa moral induit par la garantie implicite de l'État en cas de défaut sur les dettes des banques a sans doute contribué à empêcher une autorégulation. Les entreprises non financières ont d'ailleurs depuis longtemps cessé de mesurer leur performance à l'aune de ce type de critère désuet. Il est temps que le système financier fasse preuve d'éthique intellectuelle en reconnaissant son absence de fondement. »


Olivier Lecomte, professeur de finance à Centrale Paris, dans « La Tribune » du 19 avril 2011 :
Article intitulé : Faire de la mesure du risque financier un bien public


« Le système bancaire européen demeure fragilisé par les risques souverains et les effets persistants des folies d'avant 2008 (Irlande, Espagne). Pourtant, il se trouve des banquiers pour critiquer le durcissement des régulations (Bâle III entre autres), évoquer le déficit de croissance et les millions d'emplois perdus qui en résulteraient et faire avec férocité le siège des parlementaires européens et nationaux. C'est à la fois fallacieux et infantile. Fallacieux, puisque des études universitaires indépendantes, comme celle d'Anat Admati (Stanford Graduate School of Business) publiée en août 2010, et complétée en mars dernier, démontent totalement l'argument selon lequel les capitaux propres seraient coûteux, et qu'en conséquence leur renforcement entraînerait une hausse du coût du crédit, et donc une charge accrue pour l'économie. L'une des raisons tient à ce que l'hypothèse de Modigliani-Miller, bien connue des financiers, ne rend pas compte de la prime de risque qu'un levier important devrait impliquer - sauf quand les marchés, si remarquablement efficients, sous-estiment le risque. Par ailleurs, des papiers publiés sous l'égide de la Banque des règlements internationaux ont démontré que 1) le renforcement des fonds propres représentait en gros une année de bénéfices, ce qui n'est donc pas la mer à boire surtout si l'on compare ce montant aux pertes dues à la crise et 2) l'impact sur la croissance serait inférieur à 0,1 %. Et enfin, un autre papier (Simone Varotto, University of Reading) prouve que les nouveaux ratios seraient encore insuffisants pour absorber un choc majeur de type 1929. Imaginons que l'industrie nucléaire refuse une remise en cause des exigences de sécurité après Fukushima : ce serait inacceptable. Ce que l'on peut espérer dans un cas comme dans l'autre, c'est une confrontation responsable entre une profession et tous les intérêts qui s'y rattachent d'une part, et des contradicteurs rationnels et indépendants d'autre part, sous le contrôle d'un pouvoir régulateur impartial. Et, dans un cas comme dans l'autre, l'enjeu essentiel sera l'amélioration de la mesure et du contrôle du risque. Car c'est bien là que les banques et les marchés ont failli. Une démarche responsable serait de reconnaître le niveau encore très approximatif du contrôle du risque, d'accepter que, faute d'une connaissance meilleure, il est légitime d'accroître les coussins obligatoires (Bâle III) et enfin de déployer des moyens importants pour améliorer les méthodes de mesures. Plutôt que de créer une hypothétique agence de notation étatique (qui réussirait miraculeusement là où les autres échouent, et, cela va de soi, n'hésiterait pas à noter sévèrement l'État qui la finance), permettre à la communauté scientifique mondiale d'entrer dans le coeur du réacteur pour en améliorer le fonctionnement assurerait des progrès notables, et réduirait la coûteuse asymétrie de l'information en la matière. »

 

Sylvain Cypel dans « Le Monde » du 16 avril 2011 :
Article intitulé : A Wall Street, les banques rattrapées par leurs méthodes pendant la crise financière
« Pour la banque américaine, la semaine écoulée a eu des relents de désastre - du moins sur un plan médiatique. Elle s'est close, vendredi 15 avril, par l'annonce, dans le Wall Street Journal, du proche aboutissement d'une négociation menée par les établissements bancaires afin d'éviter des plaintes de l'Etat contre eux pour leur gestion des titres subprimes, ces crédits hypothécaires toxiques dont l'effondrement à partir de l'été 2007 a provoqué la plus grave crise financière de l'ère moderne. Ces banques sont soupçonnées d'avoir, comme Goldman Sachs, misé à Wall Street pour leur compte propre, à l'inverse des conseils qu'ils prodiguaient à leurs clients : elles poussaient ces derniers à continuer d'acquérir des titres adossés à des dettes hypothécaires alors qu'elles-mêmes misaient sur leur effondrement. Pour mémoire, Goldman Sachs, menacée d'être traînée en justice par la Securities and Exchange Commission (SEC), le contrôleur des marchés financiers américain, avait préféré transiger et payer la plus grosse amende de l'histoire financière : 550 millions de dollars (381 millions d'euros). Or, d'autres - JP Morgan, Morgan Stanley, Merrill Lynch (devenue filiale de Bank of America), UBS, etc. - se sont pareillement comportées. Le rapport évoque " des preuves écrasantes que ces institutions ont floué leurs clients et le public, aidées par des régulateurs soumis " à leurs intérêts. Les 14 grands établissements scrutés (JP Morgan, Bank of America, Citibank...) y sont accusés de " pratiques dangereuses et malsaines " dans leur gestion des prêts hypothécaires - alloués à des personnes insolvables - et dans le traitement des saisies immobilières, en expulsant des emprunteurs sur la base de dossiers lacunaires ou erronés. Ces banques devront mener un audit des expulsions indues depuis janvier 2009 pour fixer le préjudice financier de leurs victimes. " Et on ne laissera pas le compteur tourner très longtemps ", leur a lancé John Walsh, président de l'OCC. JP Morgan (qui annonçait le matin même un bénéfice trimestriel en hausse de 67 %) a indiqué qu'elle provisionnerait 1,1 milliard de dollars et affecterait 3 000 salariés pour se mettre en conformité avec les exigences de la Fed. Son PDG, Jamie Dimon, avait eu, lundi, la désagréable surprise de voir les avocats d'anciens clients, dont plusieurs grands fonds de pension, présenter des documents montrant que, dès l'été 2007, des dirigeants de sa banque avaient émis de sérieuses craintes sur l'évolution des titres subprimes. JP Morgan n'en avait pas averti ses clients. Elle est soupçonnée d'avoir tiré d'importants bénéfices (1,9 milliard de dollars) en misant contre les titres qu'elle leur conseillait. »


Thomas Philippon, professeur associé à Stern (New York University) dans « Challenges » du 14 avril 2011 :
Article intitulé : Les banques américaines renâclent à changer

« Deux ans après la crise financière, des digues ont été édifiées, mais seront-elles assez efficaces pour contenir les effets d'un nouvel épisode ? Mon hypothèse est que le système est reparti comme avant, mais il est encore trop tôt pour le savoir précisément, la politique accommodante de la Réserve fédérale faussant tout diagnostic. A l'inverse de ce qui s'est passé après 1929, quand les Pecora Hearings ont débouché sur le Glass-Steagall Act, séparant, au sein des banques, les activités commerciales des activités d'investissement, et ouvrant une période d'un demi-siècle de prospérité et de sécurité pour la finance américaine, les membres de la commission d'enquête parlementaire installée pour identifier les raisons de la crise de 2007-2008 n'ont pas pu se mettre d'accord : les démocrates mettent en avant la responsabilité des banquiers ; les républicains mettent en cause les régulateurs. Ce message antirégulation perdure. Les banquiers affirment que les excès de la future régulation menacent la santé de l'économie. Pour eux, la transparence et les exigences en matière de fonds propres sont les ennemies des profits... ce qui rend leur argumentaire suspect. »

Alain Faujas dans « Le Monde » du 15 avril 2011 :
Article intitulé : Selon le FMI, les banques européennes menacent la stabilité financière mondiale
   
« Car il y a la partie émergée de l'iceberg, c'est-à-dire des risques mondiaux incontestablement en baisse, une liquidité en hausse et des profits bancaires qui explosent - à l'étonnement général, compte tenu de la responsabilité des banques dans la crise. Et il y a la partie immergée qu'a explorée le FMI sans aucune autocensure, notamment en Europe : le Fonds estime que la fragilité de son système bancaire menace la stabilité financière mondiale. José Vinals, directeur du département des marchés monétaires et de capitaux du FMI, a estimé que " 30 % des banques européennes, représentant un cinquième des actifs bancaires totaux, disposent d'un ratio de capital inférieur à 8 % ". Certes, elles appliquent les règles prudentielles, mais cela ne rassure pas les marchés. Qu'est-ce qui permettrait de restaurer en Europe la confiance des investisseurs ? Des tests de résistance " crédibles " pour les banques européennes au mois de juin, a dit M. Vinals, mais aussi " améliorer le capital des banques en quantité et en qualité ", comme ont commencé à le faire l'Allemagne et l'Espagne, car les marchés veulent l'application de règles prudentielles plus sévères et des " amortisseurs " plus solides en cas de crise. Les banques américaines, qui ont assaini leurs bilans plus vite que leurs consoeurs européennes, ne sont pas pour autant tirées d'affaire, souligne le FMI. Elles se trouvent à la tête d'un patrimoine immobilier important qu'elles ont fait saisir en raison de l'insolvabilité de leurs propriétaires et qu'elles ne peuvent vendre, sous peine de dégrader encore les prix de l'immobilier américain, actuellement en berne. Le Fonds estime que cette situation contribue à maintenir l'endettement des ménages américains à un niveau qui pèse indirectement sur la reprise de l'économie mondiale. Aussi a-t-il réalisé une étude pour savoir si les banques supporteraient une réduction significative de leurs créances hypothécaires à risque, ce qui aurait pour avantage de faire d'une pierre trois coups : nettoyer leur bilan, relancer la demande des ménages et assainir le marché immobilier. Oui, répond le Fonds, les quarante plus grandes banques du pays peuvent supporter le choc d'une dévalorisation de 15 % à 30 % du principal de leurs crédits hypothécaires. Pour maintenir leur ratio de capital au-dessus de 6 %, elles n'auraient besoin de trouver en cinq ans que 4,4 milliards de dollars de capitaux en renfort. »

Richard Hiault dans « Les Echos » du 14 avril 2011 :
Article intitulé : Le FMI s’inquiète de l’état de santé des banques européennes   


« En présentant, hier à Washington, le rapport sur la stabilité financière globale du Fonds monétaire international (FMI), José Vinals, directeur du département des marchés financiers et monétaires de l’institution, n’a pas caché que la situation des banques du Vieux Continent appelait à de sérieuses réformes. Et de citer un chiffre emblématique : 30 % des établissements, représentant un cinquième de leurs actifs totaux, ont un ratio de fonds propres « Core » Tier-1 inférieur à 8 %. Un chiffre insuffisant pour faire face à d’éventuels chocs et sécuriser le coût de leurs ressources. Comme l’a fait remarquer en préambule José Vinals, « le renforcement des capitaux propres des banques et la baisse de l’effet de levier ont été inégal » au niveau mondial. Le rapport souligne que « près de quatre ans après le début de la crise financière, la confiance dans la stabilité du système bancaire global doit toujours être entièrement restaurée ». Il ajoute que « certaines banques ont toujours un ratio d’effet de levier trop important, ont des capitaux propres insuffisants, compte tenu de l’incertitude sur la qualité de leurs actifs ». Pour José Vinals, il n’y a qu’une manière de faire face à cette situation : renforcer les fonds. Mais pas seulement. « Il serait judicieux que des fusions-acquisitions aient lieu en Europe quitte à ce que les plus faibles banques disparaissent », a-t-il indiqué. La conduite des « stress tests » dans la zone euro en juin devra être sans complaisance et faire la lumière sur l’état réel de la situation du secteur. La santé des banques européennes n’est pas la seule en cause bien qu’elle constitue la principale préoccupation du FMI. Aux Etats-Unis, par exemple, le bilan des banques pourrait être affecté par le surendettement des ménages dans l’immobilier. Ce risque doit être traité de manière appropriée. « Les banques américaines sont suffisamment solides pour se permettre de restructurer ces prêts immobiliers » en abandonnant une partie du principal. »

Muriel Motte dans « Les Echos » du 14 avril 2011 :
Article intitulé : Principe de précaution   


« Trente-cinq milliards de dollars, tel est le montant du plan Marshall pour le logement que vient de  débloquer l’Algérie, secouée par le mécontentement social. C’est aussi l’enveloppe allouée par la Corée du Sud à son plan d’investissement à cinq ans dans les technologies vertes. Et c’est exactement le montant du cash stocké dans les comptes du moteur de recherche Google au 31 décembre dernier. Apple fait encore mieux, avec un trésor de guerre de 60 milliards. La crise a transformé les grandes entreprises en coffres-forts, en fourmis besogneuses, à l’image des groupes du S&P 500 qui ont généré l’an dernier un flux de trésorerie disponible de 495 milliards de dollars. Un montant record après les 302 milliards de 2009. Les géants de Wall Street ne sont pas les seuls à être obsédés par la liquidité de leur bilan. Depuis 2002, le poids du cash dans les comptes des 3.000 plus grandes capitalisations boursières mondiales a bondi, souligne une étude publiée par « La Lettre Vernimmen ». Les disponibilités et valeurs mobilières de placement, qui représentaient il y a moins de dix ans entre 3,5 % et 4 % du total de leurs actifs, atteignent aujourd’hui des taux compris entre 6 % (pour les groupes européens et japonais) et près de 9,5 % (reste du monde), les entreprises américaines affichant un ratio moyen d’environ 7,5 %. Rassurer les tiers – et soi-même – au lendemain d’une crise mondiale de liquidités, gérer au mieux son endettement, maîtriser le tempo de ses investissements, gâter ses actionnaires avec un dividende exceptionnel ou des rachats d’actions, amortir les aléas des flux de trésorerie dans les secteurs à forte intensité de  recherche-développement (santé, technologie)… dans un monde de plus en plus instable, on trouve cent bonnes raisons d’accumuler des munitions. Et quelques belles occasions de les dépenser, sauf à négliger l’intérêt même de l’entreprise en s’accommodant trop longtemps de la très faible rentabilité du cash »


Commentaire : Cette situation est paradoxale. Les gouvernements ont dû s’endetter pour faire face à la crise financière bancaire tandis que les banques dégageaient des ressources fictives dues au système de cotation boursier et à des « manipulations comptables ». Les grands groupes qui travaillent dans le domaine économique ont fait, eux, des profits élevés qu’ils ne remettent pas sur le marché de peur de la situation financière globale ! Nous avons de nouveau une situation qui marque bien la différence entre la finance et l’économie. Tant que le système de valorisation ne sera pas adapté, ce décalage existera toujours et…s’amplifiera. Pour rappel, la valeur est économique, le prix est financier. Le lien entre la valeur et le prix est la valorisation comptable. Revoyons les normes comptables et l’on sera sur la voie de la sagesse. Pour rappel, est-il normal que l’on décide de la valeur économique d’une entreprise sur la base d’un échange financier de quelques titres en Bourse ? Est-il normal que ce prix financier de quelques titres en Bourse extrapole la valorisation d’une entreprise ? Quelques titres à la hausse génèrent une inflation, quelques titres à la baisse une déflation ? Qu’y-a-t-il de plus stupide ? Stupide, oui, mais cela permet aux marchés dérivés d’exister et donc de créer des commissions et honoraires divers fictifs mais colossaux pendant que les déstabilisations économiques et financières sont laissées à la charge de l’Etat donc aux citoyens. Et si le krach faisait revenir la valeur financière à une valeur économique ?

 

Eric Benhamou dans « La Tribune » du 12 avril 2011 :
Article intitulé : Les vertus cachées des « stress tests » bancaires


« À la suite du flop des « stress tests » de l'été 2010, l'Union européenne s'est engagée à procéder à de nouveaux tests de résistance des banques européennes, « plus rigoureux et plus crédibles », selon l'expression de Michel Barnier, commissaire européen chargé du marché intérieur, et dont les résultats sont attendus pour la mi-juin. Chacun se souvient que, à l'issue de la première batterie de tests seules sept banques européennes avaient été pointées du doigt pour insuffisance de fonds propres dont... aucune en Irlande.  « Nous n'organisons pas des « stress tests » pour les spéculateurs. ». Il ne faut pas sous-estimer les conséquences comptables des tests. Retenir l'hypothèse d'un défaut, c'est l'accepter et donc contraindre les banques à provisionner massivement leur exposition sur la dette souveraine et, in fine, à les affaiblir un peu plus. À cet égard, les dernières statistiques de la Banque des règlements internationaux (BRI) font peur : l'exposition des banques européennes aux pays de la zone euro en difficulté a globalement augmenté en 2010. Sur la seule Grèce, les banques françaises détiennent ainsi 66 milliards d'euros de dette publique et parapublique au troisième trimestre 2010. Imaginez donc s'il fallait ajouter le Portugal, l'Irlande, l'Espagne ! Bien évidemment, le refus de prendre en compte le risque souverain dans les portefeuilles bancaires va entacher ces nouveaux tests du même péché originel que ceux de juillet 2010 : leur niveau de crédibilité sera proche de zéro auprès des marchés. Mais faut-il pour autant les condamner ? Certainement pas. Leur existence même a le mérite de forcer les banques à se plier plus rapidement que prévu aux nouvelles exigences prudentielles du Comité de Bâle, qui reste la véritable pierre angulaire de la solidité du système bancaire. Car les résultats financiers des banques européennes, plutôt globalement flatteurs, ne doivent pas faire illusion. Les banques restent fragiles, et pas seulement en Irlande, en Espagne ou en Grèce où elles sont en pleine restructuration, mais aussi en Allemagne - qui tente d'obtenir des assouplissements des tests - voire en Italie. Aiguillonner, oui ; faire peur, non. Présentés comme des « caricatures », les « stress tests » ont au moins une vertu : celle de nous rappeler que le secteur bancaire est par nature exposé aux crises et que les crises ont de fortes chances de se produire à nouveau. Les banques doivent donc à tout prix renforcer leurs capitaux propres, au-delà même des exigences de Bâle III, et les « stress tests » participent finalement à cette prise de conscience. »

François Vidal dans « Les Echos » du 11 avril 2011 :
Article intitulé : « Stress tests » bancaires : la communication au pouvoir   


« Autant le dire tout de suite, les « stress tests » des banques européennes vont faire « pschitt ». Ils ne se solderont pas par une longue liste de recalés contraints de se recapitaliser en urgence, seul critère susceptible de rassurer la communauté des investisseurs sur leur sévérité. Certes, la crédibilité de ce second opus de l’examen de santé des banques du continent sera plus grande que celle du brouillon de l’été 2010. Pour mémoire, les tests, laissés à la main des superviseurs nationaux, avaient conclu à une insuffisance de fonds propres pour 7 banques seulement, dont aucune basée en Irlande. Instruits de ce fiasco, les régulateurs ont heureusement retenu la leçon. Ils en ont donné un aperçu vendredi dernier en dévoilant un cadre de travail plus strict qu’en 2010. Surtout, il ne s’agit plus seulement de tester la solvabilité des banques, mais aussi leur liquidité. Mais cela ne suffira pas. Pour convaincre les investisseurs et restaurer la confiance, il faudrait leur donner ce qu’ils demandent, c’est-à-dire trois choses pour l’essentiel. D’abord, se montrer plus restrictif sur le niveau requis pour réussir l’examen. Ce qui suppose de rehausser encore la taille du matelas de fonds propres devant subsister au terme des tests. Sur la nature du stress, ensuite. Les marchés appellent de leurs vœux un scénario de dérapage macro-économique vraiment stressant, c’est-à-dire prévoyant une récession profonde accompagnée de chocs sectoriels notamment immobilier. Enfin, et c’est bien là tout le problème, ils veulent que les examinateurs envisagent l’hypothèse du défaut d’un Etat de la zone euro, c’est-à-dire qu’ils mesurent l’impact de la restructuration de la dette de la Grèce ou de l’Irlande par exemple sur les comptes des banques européennes. Or, si, sur les deux premiers points les positions ne semblent plus irréconciliables depuis vendredi, sur le troisième, en revanche, un fossé sépare toujours les deux camps. Car les autorités refusent d’envisager la faillite d’un Etat européen. Et ce pour deux raisons. «On ne provisionne pas la fin du monde », ont-elles coutume d’expliquer. En clair, un tel événement serait le point de départ d’une réaction en chaîne aux conséquences tellement dramatiques qu’il n’est pas question de l’envisager. D’autant que l’Union européenne s’est engagée à ce que pareille catastrophe ne se produise pas avant mi-2013 au moins. En clair, le démontage des échafaudages mis en place pour soutenir le secteur financier pendant la crise a commencé. »

Eric Benhamou dans « La Tribune » du 25 mars 2011 :
Article intitulé : La société civile réinvestit la finance


« L'appel d'Éric Cantona a ouvert la voie. Son initiative nous invitant à vider nos comptes a été moquée, mais les banques l'ont prise suffisamment au sérieux pour s'en émouvoir. Elles savent mieux que quiconque que l'ancien footballeur a mis le doigt là où cela pouvait faire mal, sur un nouvel activisme. Demain, les opérations « coups-de-poing » pourraient se multiplier. Imaginez : une bâche géante déployée sur les façades de BNP Paribas ou du Crédit Agricole par des militants cagoulés en rappel pour dénoncer le non-respect des « Principes de l'Équateur », qui engagent le secteur financier sur les risques sociaux et environnementaux du financement de projet. Ou bien un lancer de billets de Monopoly sur la City contre les bonus indécents. Et pourquoi pas le blocage par des militants enchaînés de la Commission européenne pour interdire les « dark pools ».  Ces opérations commandos, en droite ligne des techniques de Greenpeace, étaient hier impensables dans l'univers hermétique et feutré de la finance ; demain, elles pourraient s'afficher à la une des journaux télévisés. La banque a toujours eu mauvaise presse, en particulier en France. Mais entre les « associations d'usagers » des banques engagées dans la défense du consommateur et les « alters » qui prônent la fin pure et simple d'un système, celui du « consensus de Washington », la finance a pu prospérer en toute quiétude, à l'ombre d'une opinion publique indifférente ou noyée sous la complexité (soigneusement entretenue) du sujet. Entre le guichet et la taxe Tobin, la société civile n'avait pas droit de cité. Le résultat : un déficit démocratique permanent quant à la compréhension de l'économie en général, et de la finance en particulier. Paradoxalement, c'est la crise financière qui va peut-être le combler. Elle a suscité une soif de connaissance, une volonté de comprendre des sujets complexes et d'appréhender toutes leurs conséquences sur nos sociétés. Les best-sellers sur Wall Street comme «The Big Short » ou le succès du documentaire « Inside Job » en témoignent. Certes, ceux qui veulent mieux comprendre les mécanismes de la finance sont encore minoritaires.  Le mouvement est en marche. Même des personnalités du sérail se sont mises bruyamment à douter, comme Adair Turner, président de la Financial Services Autorithy, sur l'excroissance de la finance, ou Mervyn King, gouverneur de la Banque d'Angleterre, sur l'impossibilité de réguler les marchés. Remettant en cause le modèle bancaire mondialisé tel qu'il s'est construit ces trente dernières années. La société civile commence à prendre le relais. Les Amis de la Terre lancent un site pédagogique, Financeresponsable.org, « pour appeler à l'action ». Le collectif Sauvons les riches invite les citoyens à changer de banque en rappelant que certaines sont responsables de la crise et d'autres « responsables tout court ». Créée récemment sur une idée de l'eurodéputé écologiste Pascal Canfin, une nouvelle ONG, Finance Watch, entend produire une contre-expertise crédible face aux lobbies bancaires. Cette initiative, soutenue par des élus européens, réinvestit un terrain politique jusqu'ici abandonné aux seuls experts « embedded », subventionnés par les établissements financiers.


Commentaire : J’ai désiré laisser cet article dans sa totalité car je pense qu’il est très important de voir le mouvement qui se met en marche. Je reviens souvent sur les incohérences du système de cotation et sur son utilisation par les dérivés. Je ne doute pas que bientôt les capitaux reviendront financer l’économie réelle et ne seront plus détournés via le marché boursier vers quelques groupes. Dès à présent, il est essentiel que les intervenants financiers sérieux se distinguent des autres en modifiant leurs prescriptions financières, et notamment, en arrêtant la préconisation de fonds commun de placement et de SICAV non liquides et aux performances fantaisistes. Contrairement à ce que l’on peut penser la régulation et la transparence ne relèvent pas d’une réglementation mais bien de l’intuitu personae. 


François Vidal dans « Les Echos » du 25 mars 2011 :
Article intitulé : Miroir déformant   


« L’annonce faite hier par le groupe Banque Populaire Caisse d’Epargne mérite d’être soulignée. La dernière des banques françaises encore en compte avec l’Etat a remboursé l’intégralité des aides publiques dont elle avait bénéficié fin 2008. Deux ans et demi après la faillite de Lehman, l’ensemble du secteur a soldé une bonne partie des comptes de la crise. A l’exception de Dexia, il est vrai, dont le « business model » et la double nationalité font un cas à part. Les banques françaises dans leur ensemble ne sont pourtant pas passées entre les gouttes de la tempête financière. Loin s’en faut. Elles lui ont même payé un lourd tribut. Plus de 65 milliards d’euros de pertes au total, selon Reuters. De quoi relativiser le mythe de la clairvoyance supposée de nos banquiers au cœur de la bulle du crédit du milieu des années 2000. »


Commentaire : Attention, ce redressement est dû, en grande partie, à des « adaptations » comptables.


Marion Leblanc-Whorer dans « Agefi Hebdo » du 18 mars 2011 :
Article intitulé : Retour dans le rang  

« Fini le temps où les banques pouvaient afficher des ratios de fonds propres largement inférieurs à ceux des entreprises non financières. Fini aussi le temps où leurs taux de rentabilité, avec des pointes dépassant largement les 20 % de rendement sur capitaux propres, distançaient ceux d’autres secteurs dans des proportions quasi indécentes. Désormais, alors que les normes prudentielles de Bâle III devraient leur coûter un tiers de RoE (return on equity), la rentabilité des banques va s’aligner sur la moyenne du CAC 40. Toutes affichent la même conviction : ce qui était un plancher, 15 % de RoE, va devenir un plafond. »

Réjane Reibaud dans « Les Echos » du 15 mars 2011 :
Article intitulé : BNP Paribas a rouvert ses deux fonds gelés en novembre.

« L’histoire commence le 29 décembre lorsque « le Canard enchaîné » révèle la suspension de la cotation de ces deux fonds (Opportunity et Serenity). L’hebdomadaire avance alors comme explication une situation d’urgence provoquée par des demandes de rachats massifs de la part des investisseurs. »

Commentaire : Cette situation d’illiquidité est la situation de la quasi-totalité des OPCVM en cas de retraits massifs. Quid de la prochaine crise ? A quand l’obligation pour les OCVM de spécifier leur indice de liquidité ?


Simon Johnson, professeur au MIT, dans « Challenges » du 10 mars 2011 :
Article intitulé : Détrôner l’oligarchie de Wall Street

« Pour éviter de nouvelles crises, il faut absolument casser le pouvoir des grandes banques » La nouvelle oligarchie américaine, constituée par les grandes banques américaines, «  un groupe qui assoit son pouvoir politique grâce à son pouvoir économique et qui utilise ensuite son pouvoir politique pour son propre profit. » « Si le FMI appliquait aux Etats-Unis le même traitement qu’il impose aux pays émergents, il exigerait en premier que soit cassé cet oligopole. C’est un degré de concentration financière jamais atteint dans l’Amérique moderne. » L’économiste songe même à lancer un appel pour que les citoyens américains, clients des grandes banques, clôturent leurs comptes pour les ouvrir dans de petits établissements. »

L.B, propos de Andrea Enria, président de l’EBA ROPI-REA, dans « Les Echos » du 10 mars 2011 :
Article intitulé : « Stress tests » : le superviseur européen monte au créneau   


« Les critiques ont fusé de tous bords hier, à la publication dans la presse de premiers chiffres. Celles-ci pointaient que les tests à venir allaient être encore moins durs, donc moins crédibles, que ceux de 2010, qui n’avaient pas vraiment rempli leur cible. Face à la tempête qui se levait, l’Autorité de supervision des banques européennes (EBA) a dû se fendre d’un communiqué dans l’après-midi pour rassurer sur la sévérité des tests en préparation, dont les hypothèses seront présentées aux banques le 11 mars pour un dernier ajustement avant leur publication le 18 mars, et la méthodologie en avril. Cette mise au point suffira-t-elle à faire taire les critiques ? En partie sans doute. Mais deux d’entre elles restent en suspens : le fait que l’EBA devrait laisser à chaque superviseur national le soin de définir le ratio de solvabilité testé, d’une part ; et que le défaut d’un Etat souverain ne serait pas pris en compte dans le « banking book » (où sont logés les placements allant à maturité) des établissements. Quant à la question du défaut souverain, elle semble définitivement écartée. » 


Commentaire : Edifiant

François Vidal dans « Les Echos » du 9 mars 2011 :
Article intitulé : « Stress tests » : le prix de la crédibilité   


« Il n’y aura pas de troisième chance. Les tests de résistance auxquels vont être soumises les banques européennes d’ici à juin doivent vraiment mettre leur bilan sous pression. C’est impératif. Plus question comme en juillet dernier, d’une vaste opération de communication destinée à rassurer les investisseurs sur la solidité du système bancaire européen mais évitant soigneusement les écueils d’un stress trop marqué. Ce modèle inspiré de « stress tests » américains du printemps 2009 a fait long feu. Il a sombré corps et biens quelque part entre fin novembre et début décembre lorsque les banques irlandaises, dont aucune n’avait failli à l’examen de juillet, se sont définitivement effondrées, entraînant dans leur sillage le pays tout entier. C’est dire si, dans cette affaire, l’Union européenne joue gros. Pour être crédible, la deuxième génération des tests de résistance européens devra en fait offrir des scénarios intégrant des hypothèses macroéconomiques vraiment dégradées – cela semble être le cas –, ensuite une évaluation fiable du risque de liquidité, enfin la mise en place d’un mécanisme de renflouement immédiat pour les établissements jugés les plus fragiles. »
Commentaire : Stress tests, « vaste opération de communication » ? Ah bon ! En relisant les articles et les déclarations de cette époque ce n’est pas du tout le sentiment que j’en ai eu. Mais bon ! Et le Peuple Irlandais que pense-il de « cette opération de communication » ? Si j’ai bien compris, aujourd’hui, ils vont jouer pour du bon à se faire peur, en faisant une évaluation fiable du risque de liquidité. Il était temps ! Sera-t-elle fiable ou elle aussi, comme l’autre, friable du fait des interventions des lobbies ? Wait and see !

Valérie Pilcer, membre du comité de PRMIA, Professionnal Risk Managers International Association, dans « La Tribune » du 8 mars 2011 :
Article intitulé : Mais à quoi servent les modèles des banques ?


« Toute la finance de marché est basée sur des modèles mathématiques qui permettent, à partir de produits simples et liquides, de créer des produits sur mesure. Les modèles sont toujours calibrés pour répliquer les phénomènes passés de manière statistique. Les modèles complexes appliqués aux risques ne mesurent que les risques déjà identifiés. La crise a mis en lumière certaines carences de ces modèles : ils n'intégraient pas jusqu'à présent la liquidité des sous-jacents, fondement des méthodes de pricing et de gestion, ni le risque de changement de rating reflétant la dégradation de la santé financière des entreprises au cours du temps... Aujourd'hui, la réglementation incite à sophistiquer les modèles de risques pour tout capter et demande aux intervenants d'ajuster le montant de fonds propres associés. On rentre alors dans une véritable spirale où des modèles de plus en plus complexes sont mis en place pour affiner les montants mis en face de risques de plus en plus élaborés. Mais ne faut-il pas revenir à la base : calculer un montant de risque qui peut évoluer sans qu'on puisse le limiter ou le couper n'est finalement qu'une vue de l'esprit et un montant de fonds propres ainsi calculé sera rarement en rapport avec la nature réelle du risque. La crise de 2008 a été marquée par l'extinction pure et simple de toute liquidité sur certains marchés. Le régulateur a bien compris l'intérêt des modèles pour renforcer la sécurité du système financier. Mais il faut garder à l'esprit les enseignements de la crise : les résultats des modèles doivent toujours être analysés en regard des hypothèses de marché. Il faut donc s'interroger sur la fonction même des modèles : sont-ils des outils d'aide à la décision et peuvent-ils être utilisés pour réduire les expositions ? Ce n'est qu'à cette condition que la sophistication des calculs réglementaires pourra engendrer un cercle vertueux et une vraie dynamique de maîtrise des risques. »

Commentaire : Cet article (qu’il faut lire, comme tous les autres, dans sa totalité) est très intéressant car riche d’enseignements. En début d’article, l’auteur vante les « modèles mathématiques qui permettent, à partir de produits simples et liquides, de créer des produits sur mesure » avant d’expliquer  que « Les modèles complexes appliqués aux risques ne mesurent que les risques déjà identifiés (et pour cause)» et de poursuivre en stipulant que « La crise a mis en lumière certaines carences de ces modèles : ils n'intégraient pas jusqu'à présent la liquidité des sous-jacents » et de proposer de « calculer un montant de risque » en reconnaissant que ce « n'est finalement qu'une vue de l'esprit » et que « le montant de fonds propres ainsi calculé sera rarement en rapport avec la nature réelle du risque ». En clair, l’auteur explique, à juste titre, que les modèles mathématiques financiers ne prennent pas en compte le fait que les titres qu’ils utilisent comme sous-jacents (titres sur lesquels ils parient) ne soient pas liquides et que de ce fait le système de garantie mis en place « de fonds propres ainsi calculé sera rarement en rapport avec la nature réelle du risque ». Avant de rappeler que « la crise de 2008 a été marquée par l'extinction pure et simple de toute liquidité sur certains marchés. » En fait, le régulateur, sachant que nous sommes dans un système de risque croissant, met en place un système de garantie financière (fonds propres) censé minimiser les effets financiers d’un krach tout en sachant que le montant demandé « sera rarement en rapport avec la nature réelle du risque ». Cet article démontre qu’il est grand temps de refuser de souscrire ou de conseiller les produits qui utilisent abusivement  les modèles mathématiques. Pour rappel, les mathématiques ne sont opérationnelles que si l’axiome (hypothèse) de base est permanent (1+1=2). Dans le monde financier, cet axiome de base n’existe pas. La finance n’est que la résultante d’un comportement sociologique, comportement qui est tout sauf prédictif. Il est urgent de mettre fin à l’utilisation abusive des produits dérivés (financiarisation) afin que les capitaux reviennent alimenter le marché de cotation des entreprises et non plus le marché des paris (PMB, pari mutuel boursier) qui ne vit que sur les variations artificielles (car réalisées sur peu de volume) des cotations boursières de ces entreprises. Madame Amor a appelé sa société « Epargne en conscience » n’est-ce pas notre devoir de citoyen d’appliquer ce postulat tant à titre privé qu’au titre des conseils que nous sommes appelés à donner (pour les professionnels de la finance) ?

Dans « Boursorama » du 27 février 2011 :
Article intitulé : Les banques françaises d'une santé insolente relèguent la crise au passé : 


« Les grandes banques privées françaises ont réalisé plus de 21 milliards d'euros de bénéfices en 2010, portées par la reprise, et ont mis résolument la crise derrière elles, ce qui les place en bonne position dans un paysage européen encore marqué par trois années noires. Les banques françaises sont également quitte des dettes contractées auprès de l'Etat, contrairement à leurs voisines européennes comme la deuxième banque allemande Commerzbank, sortie de la crise financière en 2010 mais qui peine à rembourser l'aide que l'Etat fédéral lui a versé en 2009. Dernière annonce en date : le groupe BPCE, grâce à une importante hausse de son bénéfice net, a indiqué mercredi qu'il achèverait de rembourser les 2,2 milliards encore dus à l'Etat avant la fin du premier trimestre sur les 7,1 milliards prêtés. Le groupe s'était initialement fixé fin 2012 pour s'acquitter de sa dette. La Société Générale, qui a publié la semaine dernière un bénéfice annuel quasiment sextuplé à 3,9 milliards d'euros, a confirmé qu'elle visait bien un bénéfice net de 6 milliards d'euros en 2012, conformément à son plan stratégique, présenté en juin et l'objectif d'une rentabilité de 14 à 15% en 2012. Pour atteindre ses objectifs, Société Générale entend en revanche donner "priorité à l'organique" et écarte des acquisitions significatives. BNP Paribas, lui, a affiché des niveaux de rentabilité insolents avec un bénéfice net de 7,8 milliards d'euros en 2010 (plus 34%), soit un résultat identique à celui atteint en 2007, un record. Et dans la perspective de Bâle III, BNP Paribas, qui se dit désormais dans "une situation confortable", compte réinvestir les deux tiers de ses bénéfices pour renforcer ses fonds propres, qui ont déjà doublé entre 2007 et 2010. Le groupe CM-CIC a publié jeudi un bénéfice net de 2,34 milliards d'euros, en hausse de 60,4% sur an, conforte ses fonds propres et renforce son réseau en France et à l'étranger. »

Alexandre Maddens dans « La Tribune » du 24 février 2011 :
Article intitulé : Les banques s'acquittent de leur dette envers l'État
« Dans quelques semaines, toutes les banques hexagonales, à l'exception de la franco-belge Dexia, se seront libérées de la tutelle de l'État. Mercredi, BPCE a fait savoir que les 2,2 milliards d'euros encore dus seraient remboursés avant la fin du mois de mars. À la fin de l'année 2008, en pleine crise de liquidité, toutes les banques françaises avaient eu recours au dispositif de l'État. En l'espace de quelques mois, elles avaient bénéficié de 76,9 milliards d'euros de prêts garantis et de 20,75 milliards d'apports en fonds propres, sous la forme de titres hybrides ou d'actions de préférence. Dexia, pour sa part, avait vu l'État entrer directement à son capital. À l'automne 2009, BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole et Crédit Mutuel s'étaient acquittées de leur dû, rendant 12,7 milliards d'euros. Dix-huit mois plus tard, c'est donc au tour de BPCE, dernier grand débiteur de l'État, de rembourser le solde de ses aides. Le secteur bancaire hexagonal ne sera ainsi plus soumis aux contraintes imposées par les autorités publiques sur la distribution du crédit ou le contrôle des rémunérations. Du côté du Trésor français, l'heure des comptes est venue. Au total, le plan de soutien aura permis de faire entrer environ 3 milliards d'euros dans ses caisses, dont 1,59 milliard d'intérêts et 1,4 milliard de rémunération de sa garantie. Toutefois, ces sommes ne correspondent pas à un gain net. D'abord, l'argent apporté aux banques a été emprunté sur les marchés, entraînant une charge évaluée à 132 millions d'euros. Ensuite, comme l'a noté un rapport de la Cour des comptes publié en 2010, des coûts indirects sont susceptibles « d'amoindrir progressivement ce bénéfice ». Et de soulever la question de la participation de 1 milliard d'euros de l'État dans Dexia, qui souffre d'une moins-value latente de 675 millions. Le rapport pointe aussi du doigt la limitation des plus-values réalisées par le Trésor. « L'État n'a pas profité de l'augmentation des cours de Bourse des banques, alors que ce rétablissement est directement imputable à ses concours », explique la Cour des comptes, estimant « le manque à gagner » à 5,8 milliards d'euros. »


Commentaire : Vu ce que nous avons connu et les imbrications personnelles entre les politiciens et les banquiers (même cursus, même compagnons d’investissement, même famille, même cercle d’amis etc…), il est très difficile d’émettre un avis objectif. Il est dommage qu’aucune clause garantissant à l’Etat un bénéfice net n’ait été signée.

Dans « Boursorama » du 22 février 2011 :

Article intitulé : Presque 200 milliards d'euros sur le livret A, record battu !

« Les Français n'avaient jamais placé autant d'argent sur ce produit d'épargne réglementée qui rapporte 2% par an depuis le 1er février. «  En janvier, les épargnants ont profité de l'annonce de l'augmentation du rendement de ces livrets réglementés à 2% pour y placer leurs économies : la collecte nette (dépôts - retraits) du livret A et du LDD a bondi de 4,37 milliards d'euros. A titre de comparaison, elle n'avait jamais en un seul mois atteint 2 milliards d'euros au cours de l'année 2010 (la collecte nette avait même été négative en février, mai, octobre et novembre). Dans le détail, le livret A a progressé de 3,76 milliards d'euros et les sommes déposées sur le LDD de 0,61 milliard d'euros. L'encours total atteignait, au 31 janvier, 268,1 milliards d'euros, dont 199,1 milliards confiés au livret A. Nul doute qu'aujourd'hui elle a franchi la barre symbolique des 200 milliards. Un niveau qui n'a jamais été atteint depuis deux siécles que le livret A existe ! Au plus fort de la crise financière, alors que le livret A venait d'être ouvert à l'ensemble des banques, les encours n'avaient jamais recueilli plus de 190 milliards d'euros. »


Commentaire : Certes, le livret A est utile mais, dans la période que nous traversons, cette situation est ubuesque. Cet article relate un flux de capitaux qui « en un seul mois atteint 2 milliards d'euros » mais ne parle pas des dynamiques sociologiques, économiques et financières détruites. Il est impératif de former les épargnants pour qu’ils comprennent mieux les ressorts de l’économie. Il faudrait leur expliquer que 2%/an signifie une perte financière pour eux et un frein économique pour l’ensemble. Heureusement, cette dynamique négative ne tiendra pas. Cela dit, je vous laisse imaginer la bulle boursière qui arrive et qui verra son commencement quand les mêmes personnes qui aujourd’hui en un mois mouvement 2 milliards le feront vers les marchés boursiers.

Georges Hay, traduction de Béatrice Laroche, dans « Le Monde » du 21 février 2011 :
Article intitulé : L'étrange ruée au guichet d'urgence de la Banque centrale européenne


« Les observateurs de la zone euro montrent des signes de fébrilité. Jeudi 17 février, une ou plusieurs banques européennes ont subitement emprunté 15 milliards d'euros en recourant aux prêts d'urgence de la Banque centrale européenne (BCE), qui permet aux établissements en mal de prêts d'obtenir des liquidités à 24 heures. Un montant exceptionnellement élevé et record depuis juin 2009, qui s'est reproduit vendredi avec 16 milliards d'euros de nouveau empruntés. S'agit-il d'une erreur, ou sommes-nous au bord d'une nouvelle crise de liquidités comparable à celle qui avait provoqué la faillite de Lehman Brothers, à l'automne 2008 ? Force est de reconnaître que personne n'en sait rien. La BCE ne donne aucune information sur le nom et la nationalité des établissements qui ont recours aux prêts à 24 heures. Pour autant, nous ne sommes pas forcément à la veille d'une catastrophe. Le bond subit du montant des prêts d'urgence pourrait être dû à une erreur. Faute de preuve concluante, le marché croise les doigts. Il est possible qu'une banque ait mal estimé ses besoins, d'où les mouvements de panique de jeudi et vendredi pour obtenir un prêt d'urgence à 24 heures, au taux de 1,75 %. »

Dans « Le Monde » du 19 février 2011 :
Article intitulé : Des banques non américaines trouvent une astuce pour échapper à la réforme de Wall Street

« Pour éviter de recapitaliser massivement leurs filiales aux Etats-Unis, des banques étrangères, dont Barclays, ont engagé des démarches pour changer le statut juridique de leurs activités américaines, rapporte le Wall Street Journal. »

Dans « Les Echos » de 18 février 2011 :
Article intitulé : Profits historiques pour BNP Paribas
« Record de l’année 2007, année de pré-crise, battu. A 7,84 milliards d’euros, le résultat net de BNP Paribas est en outre deux fois supérieur à celui de la Société Générale.»

Stéphane Le Page, propos de Paul-Henri de La Porte du Theil, président de l’association Française de Gestion, dans « Les Echos » de février 2011 :
Article intitulé : Transférer des fonds monétaires vers les dépôts à terme est inutile et dangereux 


« En un an, leurs encours (fonds monétaires) sont en passés de 500 à 400 milliards d'euros. Pas simplement parce que, compte tenu des taux très bas du marché monétaire, les OPCVM monétaires n'offrent plus des rendements intéressants, mais parce que les banques ont mis en oeuvre une politique de transfert vers les comptes et les dépôts à terme, principalement sur les particuliers, clientèle qu'elles peuvent plus facilement orienter. Les encours détenus par ces clients ont chuté drastiquement, à moins de 20 milliards d'euros. Tout cela part d'une réglementation qui ne concerne que les banques...Effectivement, et le paradoxe, c'est que cette réglementation Bâle III sur la liquidité impacte encore plus fortement les banques françaises alors que ce sont elles qui ont le mieux traversé la crise parmi les pays occidentaux. D’autant que les Américains qui ont défendu ces nouvelles règles n’appliquent même pas encore Bâle II. La gestion monétaire française représente 35 % du marché monétaire européen. Si elle est affaiblie, nos produits à valeur liquidative (VL) variable risquent d'être supplantés par les OPCVM à VL constante de droit irlandais ou luxembourgeois, remplis de papiers de banques américaines ou anglaises. Les Français auront alors perdu sur tous les tableaux. »

Dans « Boursorama » du 9 février 2011 :
Article intitulé : GB : les banques sauvegardent leurs bonus en promettant de prêter davantage


« Le gouvernement britannique a conclu mercredi un accord global avec les grandes banques du pays, qui ont réussi à limiter les concessions sur le sujet hypersensible des bonus en échange d'une augmentation de leurs prêts aux entreprises pour économie vacillante. Le ministre des Finances George Osborne a aider une annoncé devant la chambre des Communes que les principales banques du pays s'étaient engagées à prêter globalement 190 milliards de livres (environ 225 milliards d'euros) en 2011 aux entreprises du pays pour soutenir la croissance, soit environ 6% de plus qu'en 2010. »


 Commentaire : Le point positif est l’augmentation des prêts aux entreprises, pour le reste…

Pascal Canfin, eurodéputé, propos recueilles par Yann-Antony Noguès, dans  « La Tribune » du 2 février 2011 :
Article intitulé : Il faut rééquilibrer le lobbying et l'expertise sur les questions financières. 


 « Le « Greenpeace de la finance » voulu par un groupe de députés européens de gauche et de droite, soutenu par une cinquantaine d'ONG et de syndicats, doit voir le jour ce jeudi 3 février. Ce contre-lobby, composé d'une douzaine de permanents, sera chargé de contrebalancer l'influence dominante de l'industrie bancaire à Bruxelles. Pour l'eurodéputé (Europe écologie) Pascal Canfin, initiateur du projet, l'idée est de développer une contre-expertise capable de rivaliser avec celle des lobbies financiers et de sortir les « discussions de l'ombre », à travers des actions de communication grand public. Pour autant, Finance Watch ne sera pas un lobby anticapitaliste. Aujourd'hui, on trouve au sein du comité d'experts de la Commission européenne 14 grandes banques d'investissement. Ce sont elles qui sont le plus consultées pour changer les règles alors même qu'elles sont en partie responsables des dérives... Cela ne peut pas marcher. »
Commentaire : Il fallait y penser, il fallait oser. Bravo !

Cécile de Corbière dans  « Le Monde » en date du 27 janvier 2011 :
Article intitulé : Le Comité de stabilité financière ouvre des pistes pour éviter une crise bancaire systémique

 « Les grandes banques s'inquiètent des exigences en matière de renforcement de fonds propres. Le projet élaboré par le Comité de stabilité financière (CSF), attendu pour la mi-2011, suscite " de vraies inquiétudes ", a déclaré, lundi 24 janvier, le PDG de la Société générale. Frédéric Oudéa s'exprimait au nom de l'Institut international de la finance (IIF), un organisme qui regroupe les grandes banques de 70 pays. Au Comité de stabilité financière (CSF), organe fondé par le G20, on n'envisage pas de diffuser de liste, préférant mettre l'accent sur les outils de résolution qui y seront associés. De fait, publiée ou non, " la liste, c'est un peu un secret de polichinelle ", note Thomas Philippon, professeur de finances à l'université de New York. Le lobby bancaire refuse la publication d’une liste noire des établissements dont la faillite menacerait tout le système. Tout le monde connaît les établissements susceptibles d'y figurer, jusqu'aux intéressés eux-mêmes. Entre 25 et 30 établissements pourraient être concernés au niveau mondial. Il cite notamment la Société générale, BNP Paribas et peut-être le Crédit agricole en France, Deutsche Bank en Allemagne, Bank of America, Citibank, JP Morgan, Goldman Sachs ou Morgan Stanley aux Etats-Unis. D'autres évoquent HSBC ou Crédit suisse. Les critères retenus pourraient être leur taille, la complexité de leurs activités et leur degré d'internationalisation. Derrière l'inquiétude suscitée par la publication d'une telle liste, les banques redoutent surtout de nouvelles mesures contraignantes.»

Paul Jorion, économiste et anthropologue, dans  « Le Monde » en date du 11 janvier 2011 :

Article intitulé : WikiLeaks dévoile aussi comment fut gérée la crise bancaire

« Un câble diplomatique américain mettant en scène Mervyn King, le président de la Banque d'Angleterre, Robert Kimmitt, alors sous-secrétaire au Trésor américain, et Robert Tuttle, l'ambassadeur des Etats-Unis en Grande-Bretagne, a été divulgué par WikiLeaks (http ://213.251.145.96/cable/2008/03/ 08LONDON797.html). Il montre ces acteurs s'accordant, le 17 mars 2008, sur un diagnostic de la crise : celle-ci, admettent-ils, a cessé dès l'été 2007 d'être une crise de liquidité pour devenir une crise d'insolvabilité généralisée du secteur bancaire. Bien que largement partagé par les commentateurs de la presse financière à l'époque, ce sera cependant le diagnostic inverse que ces acteurs choisiront de présenter à l'opinion, position dont ils ne se départiront jamais. Ce câble offre une réponse tardive à une question que l'on se posait alors, tant les décisions prises contrevenaient à celles qu'il aurait fallu prendre : les instances dirigeantes faisaient-elles preuve d'incompétence ou de rouerie ? La réponse est claire désormais : il ne s'agissait pas d'incompétence. Il fallait faire prévaloir l'intérêt particulier de la coterie à laquelle appartiennent ces preneurs de décisions contre l'intérêt général. Il y a donc deux versants à l'information financière, dont le contenu est cependant le même : la face visible que l'on trouve dans les écrits de commentateurs sans responsabilité que sont les journalistes, chercheurs et autres blogueurs, s'exprimant au nom de l'intérêt général ; et la face cachée des décideurs, qui partagent la vision des premiers, mais en affirmant le contraire pour pouvoir mettre en application des mesures qui ne bénéficieront qu'au petit groupe de privilégiés dont ils font partie. Il y eut une époque où des fonctionnaires intègres, empreints du sens de l'Etat, constituaient un rempart. Leur credo était précisément que leur intérêt particulier devait s'effacer devant l'intérêt général dont ils se considéraient les porte-parole et les défenseurs. La pratique du lobbying a eu raison d'eux. Il n'y a pas deux cultures financières, il n'y en a en réalité qu'une, faite d'hommes et de femmes compétents mais partagés : d'un côté, ceux qui veillent à la défense de leurs propres intérêts et qui ont accès aux manettes du pouvoir ; de l'autre, ceux qui dénoncent ce scandale et sont soigneusement maintenus à distance des centres de décision. »


Commentaire : Paul Jorion est une des rares personnes à avoir mis en garde contre la crise. Il est l’animateur d’un site remarquable.

Jérôme Marin dans « La Tribune » en date du 5 janvier 2011 :
Article intitulé : Une histoire de zéro  
« Selon le baromètre annuel réalisé par le « Wall Street Journal », les rémunérations versées par 35 des plus grands établissements américains devraient d’ailleurs toucher un niveau record de 144 milliards de dollars cette année. C’est 4% de plus qu’en 2009. Au bord du gouffre à l’automne 2008, la finance s’est depuis refait une belle santé : sur les neuf premiers mois de l’année, l’industrie a engrangé 24 milliards de dollars de bénéfices. En 2010, les profits devraient être inférieurs aux niveaux record enregistrés l’an passé (61,4 milliards de dollars), mais la profitabilité restera quand même « la deuxième plus élevées de l’histoire » notent les régulateurs. »

Commentaire : Et pendant ce temps là, les Etats qui se sont endettés pour relever les financiers sont mis en difficulté par ces mêmes financiers pour ce même endettement. Mise en difficulté qui accroît encore plus la main mise des financiers sur les Etats. Situation paradoxale et ubuesque si la majorité des peuples n’en souffrait pas.
A quoi servent encore les Etats si cela continue ? Les politiciens suivent les lobbies et les raisonnements standardisés, les financiers maîtrisent les lobbies,  les raisonnements standardisés et l’histoire a montré, qu’en plus, ils travaillent main dans la main avec les big four (et certains autres Commissaires aux comptes) pour couvrir (enterrer) le tout. Nos politiciens (hormis certaines individualités) ne sont plus que des « animaux » de cirque ayant été « drivés » par des « hommes de communication » pour mieux faire avaler la pilule aux peuples. Peuples qui, sclérosés par la peur de perdre ou de se faire attaquer sur leur réputation ou sur leurs biens par des fonctionnaires abusant de leur pouvoir, ne disent plus rien et ferment les yeux sur la pauvreté et le malheur des autres. Comment sortira-t-on de cette situation ? Pour ma part, je pense que les années qui viennent, avec leurs perspectives économiques très positives, vont mettre fin, momentanément, aux effets de cette situation. Mais attention à la prochaine crise, car si l’Etat continue à n’être qu’un vassal de la finance artificielle et du privé, la déliquescence des systèmes finira par imposer aux peuples de dire NON.
Et là…
Rien ne remplace l’Etat ! Encore faut-il que ce dernier cesse d’être influencé par les lobbies et que les politiques restent à leur place.
Hier, la Police remplacée dans certaines missions par des officines privées ; aujourd’hui, c’est l’Armée qui sous-traite au civil. La logique financière devient dans ce cas de l’imbécilité. L’intérêt des lobbies est contraire aux intérêts de l’Etat. Homme politique ou politicard des lobbies ? A nous de choisir par notre vote ! Il est vrai que vu comme cela, il ne reste personne. Car ceux qui pourraient « postuler » ne le font pas parce que non adhérents aux regroupements des fumistes.

Petite revue de presse sur ce thème

Bloc-notes de la rédaction de l’AGEFI Hebdo du 7 janvier 2010 page 46 :
« L’Assemblée nationale vient de publier une liste d’une trentaine de représentants de groupes de pression (lobbyistes) - organisations, institutions -, autorisés à accéder au palis Bourbon quotidiennement. Curieusement, aucun organisme ou entreprise du secteur de la banque n’a opté pour cet enregistrement à l’Assemblée. S’ils ne demandent pas à bénéficier d’accès privilégiés, c’est qu’ils n’en ont pas besoin, fait valoir une spécialiste du  lobbying français dans la livraison de décembre de la Revue parlementaire. De deux choses l’une. Ou les banques ont raté le coche et l’heure de l’inscription, ou elles disposent de suffisamment de représentants dans les rangs des députés pour se dispenser d’un lobbying légalisé et réglementé. »

Yves Thréard dans « Le Figaro » en date du 17 décembre 2010 en page 19 :
Article intitulé : Retraites : La justice ébranlée

 « Il est grand temps que la justice française retrouve son équilibre. A force de polémiques et de critiques sur son fonctionnement et son indépendance, ce service public va finir par être l’objet de tous les soupçons. Si tel devait être le cas, comment faire respecter l’autorité de la chose jugée ? Pour la première fois, la Cour de cassation vient de « nier » l’ « indépendance » et l’ « impartialité » du ministère public par rapport au pouvoir politique. »

E. Daoud dans « Le Monde » en date du 18 décembre 2009
« Dans une société démocratique, l’Etat est non seulement garant mais aussi débiteur d’une obligation de loyauté dans la conduite des poursuites menées par ses services » ; « La fin ne justifie les moyens, sauf à transformer l’Etat en un Etat voyou. »

R. Pol-Droit dans « Les Echos », 3 mars 2010
« L’autorité même de l’Etat repose sur ce contrat bien connu : chacun, en principe, renonce à faire usage de la violence et donc au droit de se venger et reçoit en contrepartie la protection de sa personne et de ses biens par la puissance publique. »

Et je ne peux m’empêcher de remettre les paroles dites par Jean Gabin dans le film « Le Président » : « Assemblée où les partis ne sont plus que des syndicats d’intérêts. La politique devrait être une vocation, mais pour le plus grand nombre, elle est un métier. Un métier qui ne rapporte pas aussi vite que beaucoup le souhaiteraient et qui nécessite de grosses mises de fonds. Une campagne électorale coûte cher, mais pour certaines sociétés c’est un placement amortissable en quatre ans et pour peu que le protégé se hisse à la présidence du conseil alors là le placement devient inespéré. Les financiers d’autrefois achetaient des mines ceux d’aujourd’hui ont compris qu’il valait mieux régner à Matignon et que fabriquer un député coûtait moins cher.»

Amiral Edouard Guillaud "Le devoir de réserve n'est pas le prétexte à une réserve muette qui, à force d'être muette, devient lâche et irresponsable ! dans « Le Monde » du 6 décembre 2010

Commentaire : Pour avoir assisté à des cours de l’Amiral Edouard Guillaud, je ne peux que marquer mon respect le plus profond pour un Homme comme lui et certains autres dont on ne parle que trop peu, parce que militaires. L’armée Française a, en son sein, indéniablement des hommes exceptionnels. Ces propos relèvent du courage.

R.R. dans « Les Echos » en date du 4 janvier 2011 :
Article intitulé : BNP Paribas  a gelé deux fonds pour mieux assurer leur liquidité  
« Ce gel, confirmé par la banque, n’est pas sans rappeler celui auquel elle avait procédé en août 2007 sur trois fonds d’investissement montrant que la crise américaine des crédits « subprime » était en train de se répandre en Europe. Néanmoins, l’agence Reuters s’est procuré hier une lettre envoyée par la banque à ses clients où elle indique que ces fonds en question – des fonds de fonds investis dans des hedge funds et baptisés « Opportunity » et « Serenity » – auraient été gelés à la suite de demandes« significatives » de rachat et non pas uniquement pour des raisons techniques liées à un transfert de gestion. Dans sa lettre datée du 26 novembre 2010, la banque écrit à ses clients que, « compte tenu des montants actuels et envisagés de rachats significatifs, le conseil d’administration considère qu’honorer immédiatement ces demandes de rachat avec les actifs liquides disponibles laisserait les investisseurs des fonds sous-jacents avec une portion plus importante d’actifs illiquides. » 


Commentaire : Cette situation d’illiquidité est la situation de quasiment tous les FCP et SICAV commercialisés en France. A quand l’obligation pour les promoteurs de FCP et de SICAV de communiquer leur indice de liquidité 3L. Comment se fait-il que les Commissaires aux comptes certifient ce type de fonds ?

A M., avec Thierry Serrouya dans « La Tribune » en date du 30 décembre 2010 :

Article intitulé : Le gel de deux fonds de BNP Paribas suscite des interrogations

« Des raisons techniques », c’est ainsi que BNP Paribas a justifié le gel, révélé mercredi par «Le Canard enchaîné», de deux fonds d’une valeur totale de 236 millions d’euros. « On est sur une mesure qui est administrative, transitoire, qui permet de changer de gestionnaire », a indiqué la banque française. Toujours est-il que cette décision, prise le 25 novembre dernier, pourrait gêner les investisseurs. Car aussi longtemps que les deux fonds sont gelés, il est impossible pour eux de céder leurs parts dans les véhicules. Opportunity et Serenity sont domiciliés au Luxembourg et ne sont donc pas commercialisables en France. »

Dans « Les Echos » en date du 27 décembre 2010 :
Article intitulé : Credit Suisse  prêt à céder 2,8 milliards de dollars d’actifs immobiliers risqués 
« La banque suisse s’apprêterait à céder 2,8 milliards de dollars de prêts à risque dans l’immobilier commercial au fonds Apollo Management pour un prix de 1,2 milliard de dollars, soit une décote de près de 60 %. Pour faciliter la transaction, Credit Suisse accordera un crédit à Apollo et prendra aussi une participation au capital de la filiale d’Apollo chargée de gérer les actifs repris. Les prêts qui vont être repris par Apollo ont servi à financer des immeubles d’habitation en Allemagne et des hôtels en France, au Danemark et en Suède. La plupart de ces actifs sont de faible qualité et situés dans des villes fortement affectées par la récession, a précisé le « Wall Street Journal ».

Commentaire : 60%, c’est équivalent à la surcote immobilière actuelle...même dans l’habitation principale dans certaines villes ou zones.

Pierre De Gasquet dans « Les Echos » en date du 14 décembre 2010 en page 30 :
Article intitulé : Le département de la Justice se penche sur un « cartel » bancaire dans les dérivés
« Selon une enquête du « New York Times », le département américain de la Justice enquête sur d’éventuelles pratiques anticoncurrentielles imputables à un cartel bancaire sur le marché des dérivés de crédit. C’est au tour des banques dominant le marché des produits dérivés de se retrouver dans la mire des autorités fédérales américaines. Comme dans les années 1990 où les teneurs du marché du Nasdaq s’étaient retrouvés dans la mire des autorités pour « collusion », le département de la Justice soupçonne un cartel bancaire de« faire la loi »sur le juteux marché des dérivés et des CDS (« credit default swaps ») en contrôlant de les principales chambres de compensation : l’Intercontinental Exchange (ICE Trust) et le Chicago Mercantile Exchange.  « Affilié à une nouvelle chambre de compensation des dérivés, un groupe de banques s’est battu pour bloquer l’entrée d’autres banques sur le vaste marché des dérivés et essaie d’entraver les efforts destinés à rendre  publique l’information sur les prix et les commissions »,estime le « New York Times » en évoquant l’existence d’un « club secret » de 9 représentants des grandes banques, qui se réunit chaque troisième mercredi du mois à New York. Parmi les membres cités du comité des risques de l’ICE, figurent des représentants de JPMorgan Chase, Goldman Sachs, Morgan Stanley, Deutsche Bank, UBS, Barclays,  Credit Suisse, Bank of America et Citigroup. Le manque de transparence de cette procédure a été aussi critiqué par le courtier Newedge, créé en 2008 par la Société Générale et Calyon, qui estime avoir été évincé de ce club. En clair, le régulateur des contrats à terme de matières premières souhaite limiter l’influence des grandes banques sur les nouvelles chambres de compensation, en particulier l’ICE Trust qui traite près de 8.000 milliards de CDS. Un temps qualifiés par le milliardaire Warren Buffett d’« armes de destruction massive », les CDS, dont le rôle amplificateur a été déterminant dans la crise financière,  doivent désormais transiter par des chambres de compensation depuis l’adoption de la réforme Dodd-Frank de juillet. Toute la question reste de savoir si la transparence de ces chambres est suffisamment garantie par ce « club » dont la  composition et l’ordre du jour restent largement secrets. »

Dans « Boursorama » en date du 13 décembre 2010 :

Article intitulé : Produits dérivés : réunions secrètes pour assurer la suprématie des banques« Les grandes banques qui dominent le marché très opaque et lucratif des produits dérivés tiennent des réunions secrètes une fois par mois pour maintenir leur suprématie, affirme dimanche le New York Times. "Ces hommes partagent un objectif: protéger les intérêts des grandes banques dans le marché des dérivés, l'un des domaines les plus lucratifs et controversés de la finance", écrit le quotidien. Ces hommes qui viennent "notamment de JPMorgan Chase, Goldman Sachs et Morgan Stanley", "partagent aussi un secret: les détails de leurs réunions, et même leurs identités, qui sont totalement confidentielles", ajoute-t-il. "Ces banquiers forment une commission puissante qui permet de superviser les dérivés", des instruments qui, notamment dans les secteurs de l'assurance ou du pétrole, aident à se prémunir de risques, explique le quotidien. "Les banques de ce groupe, qui sont affiliées à une nouvelle chambre de compensation de dérivés", "se sont battues pour bloquer l'entrée d'autres banques sur ce marché, et elles essaient d'entraver les efforts destinés à rendre toute l'information sur les prix et les commissions disponible pour tous", ajoute l'article du New York Times. "Les grandes banques influencent les règles gouvernant les produits dérivés à travers plusieurs groupes industriels", notamment "des chambres de compensation comme ICE Trust, qui tient les réunions mensuelles avec neufs banquiers à New York", poursuit le quotidien. La réforme financière américaine votée en juillet au Congrès établit que beaucoup de produits dérivés seront dorénavant échangés non plus de gré à gré mais à travers des chambres de compensation. Gary Gensler, président de la Commission de courtage des contrats à terme de matières premières (CFTC), l'organisme qui régule beaucoup de dérivés, voudrait limiter l'influence des banques sur ces institutions, fait valoir le New York Times. Mais "des parlementaires républicains, dont beaucoup ont reçu d'importantes contributions financières à leur campagne de la part de banquiers, disent qu'ils ont l'intention de faire barrage à la plupart des mesures de la réforme", alors que le texte de loi est en train d'être traduit dans les réglementations. »

Alexis Brézet dans « Le Figaro magazine» en date du 11 décembre 2010 en page 9 :
Article intitulé : Le syndrome Cantona
« Dans cette canonnade, il y a, c’est l’évidence, beaucoup de démagogie – et d’idéologie -, mais aussi, disons-le, certaines vérités que les intéressés seraient bien inspirés de considérer lucidement s’ils ne veulent pas, demain, faire les frais d’une mutinerie générale. La faute des banquiers (beaucoup plus prudents chez nous qu’ailleurs) aura été de croire et de faire croire – mais il y avait tant d’argent à gagner ! – à la valeur de ces crédits « pourris ». Même impasse du côté du « trading à haute fréquence », ces transactions effectuées dans la milliseconde comme au casino, ou des CDS, ces instruments financiers hautement spéculatifs qui, sous le couvert « d’assurance » contre le risque souverain, sont des machines à enrichir les banques et à ruiner les Etats. De ce côté-là, rien, ou presque, n’a changé. Pendant la crise, la finance continue. Merci pour elle ! Aux Etats-Unis, les professions financières produisent 10% de la richesse du pays ; elles cumulent 35% des profits. Les entreprises n’offriront pas indéfiniment des rendements de 15% à leurs actionnaires financiers dans un monde qui croît au rythme de 3%. Les peuples, comme le dit Jean-Pierre Jouyet, le président de l’AMF, ne supporteront pas longtemps de «  payer l’addition » de la rigueur, cependant que les banques (qui s’y entendent quand il s’agit de demander aux Etats des primes de risque) seraient miraculeusement exonérées de tout sacrifice. »

Michela Marzano, professeur à l’université Paris-Descartes, propos recueillis par Josyane Savigneau dans « Le Monde » daté du 4 décembre 2010 en page 23 :

Article intitulé : La crise a provoqué un retour à la réalité
« La crise, entre autres choses, a provoqué un retour à la réalité. Elle a montré qu’on ne peut pas mentir tout le temps. Elle a montré qu’un certain système, avec lequel fonctionnaient les banques, ne pouvait plus tenir parce qu’il était fondé sur du « rien ». C’était un château de cartes, qui à un moment, s’est effondré. La crise a montré qu’on s’était éloigné de l’économie réelle. »

Commentaire : Faudra-t-il une nouvelle crise boursière pour arrêter la débilité du système de cotation qui n’a rien à voir, lui non plus, avec l’économie réelle ?

Anne Michel dans « Le Monde » daté du 27 novembre 2010 en page 15 :
Article intitulé : Banques européennes : le fiasco des « stress tests »

« Le naufrage des établissements irlandais discrédite le travail de simulation mené par les régulateurs. Les tests version 2011 devront prendre en compte des scénarios économiques dégradés, voire extrêmes, sans négliger aucun secteur de l’économie, à commencer par le marché immobilier. »

Alexandre Maddens dans « La Tribune » daté du 12 novembre 2010 en page 23 :
Article intitulé : Le grand bluff des banques françaises.
« Les banques hexagonales ont toutes juré qu’elles afficheront en 2013 un ratio de fonds propres durs (« core Tier One ») supérieur à 7%, le futur plancher réglementaire. Et cela, sans procéder à une augmentation de capital. Pourtant, à entendre les déclarations des dirigeants des grandes banques ces derniers mois, on pouvait craindre le pire. Selon Christophe Nijdam, analyste chez Alpha Value, «  le lobby bancaire a encore démontré sa capacité d’influence, mais aussi ses excès dans les annonces ».

Dans « L’Agefi » daté du 4 octobre 2010 :
Article intitulé : Les banques suisses soumises à un régime plus strict que celui de Bâle 3.
« La commission d'experts instituée par le Conseil fédéral a présenté son train de mesures visant à limiter le risque que font peser les grandes banques sur l'ensemble du système financier, mesures qui vont au-delà des seuils préconisés par Bâle 3. Credit Suisse et UBS devront ainsi porter leurs fonds propres de base à 19% des actifs pondérés en fonction des risques. Un ratio minimum de 10% devra être constitué sous la forme de common equity, soit des fonds propres de base de qualité supérieure, le capital et les réserves, alors que Bâle 3 fixe ce ratio minimum à 7%. Le solde de 9% pourra prendre la forme d'obligations à conversion obligatoire (Contingent Convertible Bonds ou CoCo). Celles-ci pourront être converties si le seuil du ratio de fonds propres de base tombe à moins de 5%. Ces mesures devraient entrer en vigueur dès 2013, avec un délai transitoire jusqu'à fin 2018, tout comme les dispositions de Bâle III. La commission recommande également une limitation du taux d'endettement sur la base d'un leverage ratio fixé à 5% des fonds propres. »

Chris Roebuck, professeur honoraire à la Cas Business School, dans « Les Echos » daté du 24 septembre 2010 :

Article intitulé : Régulation : les banques joueront-elle vraiment le jeu ?

«  Les accords de Bâle III, qui seront ratifiés par le G20 de novembre, permettent enfin de s'accorder sur la définition des termes « capital » et « liquidité ». C'est une avancée importante, car la crise financière a notamment été causée par les différentes interprétations du terme « capital ». Avant la crise, les banques établissaient elles-mêmes leurs propres règles, se conformant -en théorie -à quelques principes généraux. Mais dans les faits, certaines banques faisaient passer pour du « capital » ou du « liquide » des choses qui ne l'étaient pas, pour accroître leur risque et ainsi faire plus d'argent, avec les conséquences désastreuses que l'on sait. Elles espéraient que personne ne se soucierait de cette « interprétation flexible ». Mais l'histoire a montré que les dirigeants de banques ne semblent pas capables de respecter les grands principes régulateurs. Mais les banques, si elles le veulent, peuvent remporter la bataille pour minimiser le contrôle externe de leurs activités : en exerçant un fort lobbying contre un contrôle plus strict, en menaçant de quitter les pays qui leur demanderaient de payer plus de taxes. Nous avons affaire à une crise de leadership: les leaders du G20 ont déçu l'attente des gens qui espéraient une limitation des bonus excessifs et un rétablissement de la stabilité financière. En attendant, les patrons de banques n'ont pas montré le moindre signe de changement dans leur comportement. »

Commentaire : Tout comme « certaines banques faisaient passer pour du « capital » ou du « liquide » des choses qui ne l'étaient pas » est-il encore sérieux aujourd’hui de faire croire à l’ensemble des investisseurs que les cours de bourse reflètent une réalité « liquide » ?

Dans « Challenges » daté du 21 septembre 2010 en page 32 :
Article intitulé : Le trading pour compte propre vivra caché.
« Le trading pour compte propre consiste, pour une banque, à prendre es positions sur les marchés financiers dans son seul intérêt, et non pour répondre aux besoins de la clientèle. Avant que la nouvelle réglementation soit promulguée, les dirigeants de ces banques expliquaient qu’il était impossible de distinguer les activités pour compte de la clientèle de celles pour compte propre. Surprise, aujourd’hui ils sont capables de le faire. Goldman Sachs a révélé que ces opérations pour compte propre lui avaient rapporté 4 millions de dollars, l’an dernier soit 10% de son activité. Chiffre impossible à vérifier, puisque les banques font régner, y compris en France, l’omerta sur le sujet. « Depuis vingt ans, les banques pratiquent le trading à vocation commerciale, explique Marc Fiorentino, président d’EuroLand Finance. Soit une activité de spéculation qui a pour vocation d’améliorer la liquidité sur les marchés, dans l’intérêt du client. « Le volume quotidien des opérations de change permet de couvrir une année de commerce mondial en quatre jours d’activité, et le reste des activités liées à l’économie réelle en trois mois, dit Christophe Nijdam, analyste à AlphaValue. Que font donc les cambistes les huit mois restant ? » Ils spéculent sans doute.»

L’Editorial dans « Le Monde » daté du 15 septembre 2010 en page 1 :
Article intitulé : La longue marche de la régulation financière.
«  L’Europe vient de se doter, pour la première fois de son histoire, d’autorités supranationales, assurées de vrais pouvoirs de supervision et de contrôle. C’est un pas de géant dans la construction du marché unique des services financiers et, au passage, un pied de nez à ceux qui disaient l’Europe enlisée dans ses problèmes de gouvernance. Avant la crise, une telle initiative était impensable et se serait heurtée à un véto politique. »


Eric Benhamou dans « La Tribune » daté du 15 septembre 2010 en page 13 :
Article intitulé : Une réforme bancaire encore inachevée.
«  Deux points restent en discussion, l’adoption, au niveau international, d’un ratio d’endettement non pondéré du risque et les ratios de liquidité, toujours à l’étude. Bâle III ne répond pas complètement aux origines de la crise financière. Il constitue au mieux un amortisseur plus efficace pour les prochaines crises, sans les prévenir pour autant. D’autant que l’expérience montre qu’un niveau élevé de fonds propres n’a jamais empêché une banque de faire faillite ni de susciter un climat de défiance généralisé. L’accord de Bâle laisse donc un goût d’inachevé sur les causes profondes de la crise financière. »


Commentaire : Tant de bruit, tant de peurs répercutées sur le marché, tant de charges financières (impôts futurs) pour un accord qui ne protège en rien les épargnants, bien au contraire. Mais qui assure le succès des lobbies.


Pascal de Lima, économiste en chef d’Altran Financial Services dans « La Tribune » daté du 15 septembre 2010 en page 12 :
Article intitulé : Les paradoxes de Bâle III.
«  La crise financière avait mis en avant le risque de liquidité, l’opacité de la finance illusionniste… autant de sources de risques importants repoussés à 2018. »


Commentaire : Les vendeurs de performances factices, les comparatifs d’OPCVM servant à vendre aux épargnants des performances irréalisées  et irréalisables (abus de confiance et vol) ont encore plusieurs années de répit.           Et si une crise importante arrivait avant 2018 ? Qui sera responsable ? Les régulateurs, les commissaires aux comptes qui certifient des valeurs fictives ? Qui paiera ? A cela nous avons la réponse. Qui risquera le chômage ? Pas eux mais nous et nos enfants. Etc… Et si l’excès de normes n’était qu’un moyen des lobbies pour asseoir leur hégémonie et/ou des fonctionnaires fautifs pour « sauver leur peau ».

Christèle Fradin dans « La Tribune » daté du 30 juillet 2010 en page 23 :
Article intitulé : Les régulateurs prônent davantage de transparence sur les marchés.
Les banques ont lancé leur propre moteur de confrontation des ordres, en dehors de tout statut prévu par la directive. Cela parfois en toute transparence des intérêts à l'achat et à la vente, mais parfois en toute opacité. MIF a prévu des obligations en matière de transparence pour compenser les effets de cette concurrence nouvelle. La directive a aussi prévu des exemptions, notamment pour éviter à des gérants institutionnels d'avoir à subir un impact de marché provoqué par un ordre important. Mais elles sont aussi utilisées pour de petits ordres ! »

Jean-Pierre Rondeau, président de CIF-CGPC, dans H24Finance daté du 29 juillet 2010 :
Article intitulé : Un dernier coup de g... avant les vacances
" Oui, les banques sont immorales. Oui, Madame MERKEL a raison d’interdire les ventes à découvert quand elles ne sont que des opérations de spéculation et pas de couverture. Je veux oublier ses rodomontades et celles de notre président quand ils demandaient, il y a à peine quatre ans encore, que l’on impose moins de contraintes aux hedge funds pour « permettre à l’industrie financière européenne de rattraper son retard sur NY et surtout la GB » ! J’espère aussi que Mr OBAMA fera ce qu’il prétend. Et donc qu’une banque de dépôts US ne pourra plus faire d’opérations pour compte propre, même à travers une filiale. Car même quand elle joue avec ses propres fonds, elle met en péril les capitaux de ses clients en prenant le risque de disparaitre. Et si elle est sauvée, c’est avec l’argent du contribuable. D’autre part, elle joue aussi avec l’argent de ses clients en leur vendant des produits "pourris", dits garantis ou structurés et des hedge funds ou fonds alternatifs (je parle des non monétaires surtout, car l’on met en avant les seuls monétaires pour dire qu’il y a de bons hedge). Mais elle utilise aussi les mandats de gestion directe ou OPCVM pour faire tourner les portefeuilles. Le tout lui permet actuellement de rembourser les Etats pour ne pas être sous tutelle informelle et pour pouvoir payer des bonus.
Enfin, quand c’est une très grande banque, elle manipule les cours comme cela peut se constater presque toutes les fins d’après midi sur le CAC ou à Wall Street. Jamais je n’avais vu autant de mensonges que depuis 2007 : chez des gérants, analystes, agences de notations, patrons de banques et de sociétés de gestion, ministres aussi, etc. La bourse actuelle ne veut plus rien dire. En 2007/2008 (avant Lehmann) j’étais invité à déjeuner par des gérants qui me disaient qu’il « fallait y aller », « que c’était le moment ». Et parce que je démolissais leurs arguments de vente, je les voyais se décomposer et me dire à la fin du repas, pour ne pas paraître trop incompétents : « Tu sais, Jean-Pierre, à titre personnel, j’ai tout vendu ! ». Il aurait fallu que je vende un marché à mes clients (et eux aux leurs) auquel eux-mêmes ne croyaient plus. Combien de banquiers ont-ils donné instructions aux conseillers des guichets pressés de campagne de vente de produits pour les faire simplement alléger les portefeuilles ? Oui, les banquiers (je ne parle pas de mes anciens collègues de terrain) se conduisent actuellement comme des voyous et avec eux beaucoup des intervenants en Finance. Heureusement, il existe encore de bons professionnels souvent gérants et conseillers indépendants, mais aussi des salariés de réseaux pour résister aux sollicitations." *Les propos rédigés par Jean-Pierre Rondeau ne sont pas nécessairement partagés par H24Finance. Ils n'engagent que leur auteur. »

Karel Lannoo, directeur général du CEPS (Centre for European Policy Studies), dans « La Tribune » du 15 juillet 2010 en page 20 :


Article intitulé : A l’avenir, la taille des banques sera un handicap.
« Nous assistons à un changement de paradigme. A l’avenir, la tailles sera un handicap car, avec les nouvelles règles, plus les banques seront grandes, plus elles devront disposer de capital. Au lieu d’achever l’assainissement de leurs bilans, les banques tentent de remettre les réformes à plus tard. Cette attitude collective crée une incertitude dans le marché, qui elle-même leur coûte très cher. Les banques sont prises à leur propre piège. Leur erreur leur a éclaté au visage avec la crise de la dette souveraine.»

Jean-Jacques Mevel dans « Le Figaro » du 12 juillet 2010 en page 25 :


Article intitulé : Mieux protéger les dépôts bancaires.
« Bruxelles veut garantir 100 000 euros en cas de faillite. Le régime pourrait s’appliquer dès 2012. »

Marc Fiorentino, stratège d’Allofinance.com, dans « La Tribune  » du 26 avril 2010 en page 10 :


Article intitulé : Régulation financière : paroles, paroles…
 « Dix-huit mois après la faillite de Lehman, elles gagnent (les banques) de l'argent, beaucoup d'argent, 3,3 milliards de dollars pour un Goldman Sachs qu'on dit en pleine tourmente, 1,3 milliard pour un Morgan Stanley qui était en perte, et plus de 4 milliards de dollars pour un Citigroup quasi nationalisé et en quasi-faillite il y a un an. Et cet argent, comment l'ont-elles gagné ? En "prêtant aux familles qui essaient d'acheter une maison ? Ou de financer des études ?" Non !!! En spéculant. SPÉ-CU-LANT. Sur le marché des changes, sur les marchés des obligations, grecques, portugaises ou autres pays en difficulté, ou sur le marché des actions sans oublier les fameux dérivés et produits structurés. Car depuis la faillite de Lehman Brothers, les politiques du monde entier n'ont rien fait. Rien. Que des paroles, rien que de mots. Les bonus ? Record absolu des rémunérations des traders en 2009 avec une petite manipulation des chiffres pour mettre une partie de la rémunération en salaires et un petit décalage du paiement du bonus de quelques mois pour que cela soit moins choquant. Les hedge funds ? Vous vous rappelez ? Le G20 devait les brider, les briser, les anéantir. Le chiffre est tombé cette semaine. Les actifs sous gestion dans les hedge funds ont littéralement explosé depuis quelques mois et sont, à 2% près, à leur record absolu de 2007. Les banques ? Les gouvernements les avaient averties : elles allaient voir ce qu'elles allaient voir si elles ne prêtaient pas aux particuliers et aux entreprises...
Aujourd'hui, les PME et les TPE du monde entier n'ont pas accès au crédit et les particuliers, sauf en Chine, encore moins parce que tout l'argent des banques va sur les marchés. Quant aux paradis fiscaux, un petit miracle les a blanchis miraculeusement en quelques semaines : la liste noire est devenue grise, puis blanche... Sur papier, il n'y a plus de paradis fiscaux...
Malgré tous ces échecs, les grands de ce monde n'ont pas peur du ridicule et continuent à jouer la même partition : régulation financière, taxe sur les banques, taxe sur les transactions financières. Sans aucune peur du ridicule, ils nous répètent à chaque G20 et à chaque discours, exactement, mot pour mot, ce qu'ils ont dit avant. »

Yves de Kerdrel dans « Le Figaro » du 27 avril 2010 en page 15 :


Article intitulé : Taxer les banques, c’est tuer la croissance.
 « Ce n’est pas parce qu’une absurdité est partagée par le plus grand nombre, qu’elle devient une vérité. Mais le fait d’être largement répandue dans l’opinion publique en fait un argument d’autant plus difficile à abattre, même avec les idées les plus simples. Prenons l’exemple de cette fameuse taxe que la plupart des gouvernements veulent imposer à leurs banquiers ou à certaines de leurs activités. D’autant qu’il n’y a pas un grand pays qui ne veuille pas réguler, codifier, ou mettre de l’ordre dans les professions financières, ne serait-ce que pour montrer – ou faire croire à leurs électeurs qu’ils ont retenu les leçons de l’automne 2008. En France, comme en Allemagne, et dans quelques autres pays, une certaine élite autoproclamée, des gens que l’on appelle les « sachants » car on n’ose même plus les appeler « experts », tant ils se sont trompés à de nombreuses reprises, ont estimé qu’en instaurant une taxe sur les profits des banques, cela permettrait de constituer une cagnotte pour leur venir en aide…lors de la prochaine crise. Sauf que cette taxe ira bien sûr dans le budget général de l’Etat, et servira à payer les fins de mois de la fonction publique ! Mais a-t-on pensé que chaque euro gagné par les banques permet de faire douze euros de crédit supplémentaire ? Si la France a enregistré, en 2009, une décélération moins forte que celle de la plupart des pays européens, ce n’est pas quoi qu’on en dise dans les milieux bien-pensants, à cause de « ce –modèle-social-que-le-monde-entier-nous-envie », mais parce que les banques ont augmenté en moyenne de 2,7% la distribution de crédit. »


Martin Wolf dans « Le Monde » du 27 avril 2010 en page 2 :
Article intitulé : Dire aux banquiers qu’il faut cesser de prendre des risques inconsidérés ne suffit pas. On doit faire en sorte qu’ils en aient peur. Stopper la machine infernale.
 « Plus nous prenons conscience des risques que fait courir à l’économie mondiale le fonctionnement de notre système financier, plus il apparaît évident que le radicalisme est l’option la plus sûre pour mener à bien une réforme de son fonctionnement. L’aspect le plus dangereux réside dans l’obligation faite aux autorités de laisser gonfler une nouvelle série de bulles de crédit afin d’enrayer l’impact dévastateur de l’implosion des précédentes. Engorgés comme il l’est, l’actuel système financier génère-t-il des gains qui justifient ces coûts pour l’économie réelle ? S’ils sont des serviteurs précieux de l’économie, les systèmes financiers font de biens piètres maîtres. Même l’argument souvent avancé selon lequel une plus grande liquidité du marché est préférable à une moindre liquidité n’est pas irréfutable, car cette liquidité exacerbe la « négligence rationnelle ». »

Dans « La Tribune » du 13 avril 2010 en page 24 :


Article intitulé : Les banques essayent déjà de contourner la future réglementation.
 " Plusieurs d’entre elles étudient la création de nouveaux produits financiers permettant d’éviter la levée de fonds propres additionnels dans le cadre des nouvelles réglementations, selon le « Financial Times ». Goldman Sachs, JPMorgan et Deutsche Bank notamment se concentre sur les crédits d’impôts. Elles pourraient créer des produits dérivés indexés sur ces crédits. " 

Elsa Conesa, chef adjoint du service « Finances » aux Echos, dans « Les Echos » du 25 mars 2010 en page 14 :
Article intitulé : Bâle III : ce qui fait vraiment peur aux banquiers.
«  Les banquiers n'y vont pas de main morte. Après avoir déclenché la crise, appelé les pouvoirs publics à l'aide, restreint le crédit pour les PME, surpayé leurs traders, voilà qu'ils menacent de ne plus financer l'économie. « On va dans le mur », répètent-ils d'une seule et même voix. A les entendre, les futures normes de solvabilité, dites de Bâle III, qui doivent éviter que les excès de la crise ne se reproduisent, sonnent la fin du financement bancaire.  Après la faillite de Lehman fin 2008, le monde a progressivement pris conscience de l'état des bilans des grands établissements et de l'ampleur de l'endettement auquel ils avaient eu recours pour chercher la rentabilité. Autrement dit, du très faible niveau de capital mis en face des actifs ou activités risqués. Résultat : des rentabilités stratosphériques, dépassant 100 % dans certains métiers. Et des recapitalisations massives par les Etats lorsque les défauts sont survenus. Les banques devront aussi rallonger leur refinancement, et ne plus financer des crédits à 15 ans avec de la dette à 3 mois. Mais voilà que l'industrie de la finance, qu'on attendait plus proactive, crie au scandale. Trop de fonds propres, trop de contraintes sur la liquidité, cela va peser sur la distribution du crédit, nous dit-on. Un raisonnement efficace, mais pas totalement honnête. En privé, certains banquiers divergent. La réalité, c'est que les banques européennes sont encore trop endettées, beaucoup plus que les banques américaines, même en tenant compte des différences de traitement comptable. Un an et demi après le déclenchement de la crise, leurs bilans valent encore plus de 40 fois leurs fonds propres. Trois fois trop. Si l'on s'en tient au bon vieux ratio de solvabilité qui imposait aux banques de détenir l'équivalent de 8 % de leurs actifs en fonds propres, le multiple ne devrait pas dépasser 12. Moralité, il faut réduire le levier, facteur redoutable d'amplification et de distribution du risque au reste du marché. Ce qui implique à la fois d'augmenter les fonds propres et de réduire le bilan des banques en cédant des actifs. Un ajustement qui ne doit pas se faire par la restriction du crédit, mais bel et bien là où est logé le risque : dans la banque d'investissement. Si l'on s'en tient aux fondamentaux de la banque, les crédits doivent pouvoir être financés par les dépôts des clients, le recours aux marchés devant rester marginal. C'est même la base du métier, la crise l'a rappelé. Critique émise par les professionnels, la création de « coussins contracycliques », ces réserves de fonds propres que les banques devront constituer en haut de cycle pour faire face aux crises, en réduisant la distribution aux actionnaires. En relevant le niveau général des fonds propres, ces coussins viendraient grever là encore la distribution du crédit. Pourtant, une étude de la Banque d'Angleterre montre que si les banques britanniques avaient réduit de 20 % la distribution du résultat à leurs actionnaires entre 2000 et 2008, elles auraient eu suffisamment de fonds propres pour traverser la crise sans avoir recours aux injections de l'Etat. La réalité, c'est aussi que, pour les banques, l'enjeu n'est pas celui du financement de l'économie, mais bien celui de la rentabilité. Le premier effet des nouvelles normes, c'est de réduire mécaniquement le rendement des fonds propres des banques, le sacro-saint « RoE ». Mais, c'est là encore une des leçons de la crise, on ne peut pas durablement afficher une rentabilité de 15 % quand la croissance mondiale est de 3 %. La rentabilité des banques doit baisser. »

Anne de Guigné dans « Le Figaro » du 19 mars 2010 en page 25 :
Article intitulé : Les grandes banques doivent pouvoir faire faillite.
« Le G20 a demandé aux banques de réfléchir à leurs propres plans de gestion de crise. Suivant une mesure britannique, il exige même que chaque banque présente d’ici à la fin de l’année un plan de liquidation. Pour l’instant, seule l’espagnole Santander s’est déclarée prête. »

Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie 2001, dans « Le Nouvel Observateur » du 4 mars 2010 en page 86 :
Article intitulé : L’écrasante responsabilité des banquiers.
 «  Les dettes extérieures et les déficits publics de la Grèce, du Portugal, de l’Espagne et de l’Italie sont le résultat du sauvetage des banques, dont les méfaits ont causé la crise. Et maintenant ces mêmes institutions financières font des fortunes en mordant la main de leurs sauveteurs ! On ne devrait cependant pas s’en étonner : on n’a changé ni les règles ni les motivations de ces établissements. On leur a donné de l’argent bon marché pour faire ce qu’ils voulaient sans contraintes, et ils l’utilisent pour maximiser leurs profits, sans se soucier des coûts sociaux induits ! Pis : ces financiers qui nous ont mis dans le pétrin réclament maintenant une aggravation de la situation. Car si on réduit les déficits publics l’économie replongera…C’est une excellente illustration de la myopie des marchés, et de l’urgence des réformes. Les financiers ont failli par incompétence et par cupidité. Bien sûr, les économistes ont aussi joué un rôle en légitimant l’idéologie de la dérégulation. L’idée de rejeter la faute sur une politique monétaire laxiste est absurde : prendriez-vous au sérieux un industriel qui vous expliquerait qu’il perd de l’argent parce que sa main-d’œuvre est trop bon marché ? L’argument est stupide ! Il est tout aussi malhonnête de rejeter la faute sur les politiques d’accès à la propriété : ayant fait partie de l’administration Clinton, je peux vous assurer qu’on n’a jamais recommandé de vendre des palaces à des pauvres. »


P. DE G. (à New York) et G. M. dans « Les Echos » du 15 février 2010 en page 28 :
Article intitulé : Goldman Sachs mis en cause pour son rôle dans la crise grecque.
« Après le « Spiegel », c’est au tour du « New York Times » de mettre en cause le rôle de Goldman Sachs dans la présentation « créative » des comptes de la Grèce qui aurait contribué à « camoufler » l’ampleur de sa dette. Selon le « New York Times », un montage élaboré par Goldman Sachs en 2001, à travers des swaps de devises, aurait notamment permis au gouvernement grec, juste après l’adhésion d’Athènes à l’Union monétaire, d’emprunter plusieurs milliards en « dissimulant la transaction aux yeux du public ». Ce schéma aurait aidé la Grèce à respecter les règles imposées par Bruxelles en matière de déficit tout en continuant de vivre au-dessus de ses moyens. Le gouvernement grec soupçonne désormais Goldman Sachs d’avoir massivement investi en « crédit default swaps » (CDS), en pariant sur un défaut de paiement d’Athènes. »


Philippe Boulet-Gercourt et service économie dans « Le Nouvel Observateur » du 11 février 2010 en page 61 :
Article intitulé : Une crise pour rien ?
« L’autorégulation pour régler tous les problèmes, c’est fini. Le laisser-faire, c’est fini (…) Si l’on veut reconstruire un système financier viable, la moralisation du capitalisme financier demeure la priorité » Olivier Besancenot ? Joseph Stiglitz ? Non : Nicolas Sarkozy, à Toulon le 25 septembre 2008 ! Et le président de poursuivre : « Comment admettre que tant d’opérateurs financiers s’en tirent à bon compte alors que pendant des années ils se sont enrichis, emmenant tout le système financier à la faillite ? L’impunité serait immorale. On ne peut pas se contenter de faire payer les actionnaires,les clients et les salariés les plus modestes, en exonérant les principaux responsables. Qui pourrait accepter une telle injustice ? » Un beau discours, vraiment… « Les banques ne jouent pas le jeu, juge Muriel Nahmias, du cabinet de conseil Bfinance. Le crédit est ainsi en train de diminuer dans le financement des groupes. Pour Pernod Ricard ou Lafarge, il constituera moins de la moitié des financements. » Les citoyens ordinaires ne sont pas mieux lotis. « Les banques font payer à leurs clients leurs erreurs et les pertes enregistrées pendant la crise, explique Serge Maître, secrétaire général de l’Afub (Association française des Usagers des Banques). Elles cherchent à reconstituer leurs marges sur le dos des consommateurs. » »


Yves Denoyelle dans "Le Figaro" du 5 février 2010 page 21 :
Article intitulé : Supervision : les banques françaises inquiètent.

« « Pas indispensable », « extraordinairement sévère », « excessif », « une soupe qu’on ne peut avaler ». Ariane Obolensky, la directrice générale de la Fédération bancaire française (FBF) ne mâche pas ses mots. Les Européens déplorent de plus une situation de concurrence déloyale : les Américains n’adopteront pas, du moins dans un proche avenir, le nouveau corpus réglementaire. Les régulateurs ont pris brutalement conscience de l’ampleur des dégâts provoqués par le système anglo-saxon, déplore Pierre de Lauzun, directeur général adjoint de la FBF. »

François Vidal dans son éditorial paru dans « Les Echos » du 12 janvier 2010 :
Editorial intitulé : Rappel à l’ordre.
« Jean-Claude Trichet a appelé hier les banquiers commerciaux à améliorer significativement la gestion de leurs risques. Depuis plus d’un an maintenant, nombre de voix s’élèvent pour que les banques limitent leur prise de risque. Pour quel résultat ? Pas grand-chose de concret jusqu’ici. Car il ne faut pas s’y tromper, les profits engrangés par les banques en 2009, dont certains ont atteint des sommets, ne sont pas la preuve que ces dernières ont appris à gérer correctement leurs risques. Ils résultent pour une bonne part de l’exploitation d’une situation exceptionnelle dans laquelle les liquidités sont abondantes et la courbe des taux très pentue. En 2010, on le sait, les taux d’intérêt repartiront à la hausse et les mesures non conventionnelles, mises en place en urgence au cœur de la crise, seront remisées dans la boîte à outils des banquiers centraux. Ce qui signifie la fin de l’argent gratuit pour les investisseurs en général et les banques en particulier. Les banques pourraient se trouver confrontées à l’éclatement de bulles formées par l’inflation actuelle de certains actifs (matières premières, actifs de pays émergents..). »

Bertille Bayart dans « Le Figaro » du 18 décembre 2009 en page 25 :
« Nouvelles normes qui encadreront à l’avenir le métier bancaire commenceront à être mise en œuvre à la fin de 2012. Un axe essentiel guide la réflexion : la nécessité pour les établissements financiers de constituer leur capital avec les fonds propres les plus « purs » possibles, dont les pourvoyeurs ont donc le moins de recours possible. Pour schématiser, les actions ordinaires sont les plus éligibles à cette définition, dont les instruments « hybrides » - entre dette et capital – s’éloignent en revanche. » «  Les nouvelles normes consacreront un meilleur équilibre entre l’innovation financière et une croissance durable. »

Joseph E. Stiglitz, prix Nobel d’économie, est professeur à Columbia University dans « Les Echos » du 14 décembre 2009 en page 15 :
« Les régulateurs, chargés en principe d’empêcher toute action pouvant entraîner un risque systémique, ont échoué. Nombre d’entre eux n’ont pas compris le rôle de la réglementation et nombre d’entre eux sont devenus « otages » de ceux-là mêmes qu’ils étaient supposés réguler. Laisser de telles banques continuer à se livrer à des transactions pour leur propre compte dénature les marchés financiers. Pourquoi seraient-elles autorisées à faire des paris, alors que ce sont les contribuables qui assumeront leurs pertes ? Soit ils (les banquiers) ont trompé leurs actionnaires et les investisseurs, soit ils n’ont pas compris la nature des risques et des profits. Probablement les deux. De toute façon, c’est décourageant. Le manque de compréhension des risques par les investisseurs et les défaillances de la gouvernance ont encouragé les banquiers à ne pas concevoir des bonnes structures d’incitation. Il est crucial de corriger ces défauts. Plus la banque est importante en taille, et plus les risques qu’elle est autorisée à prendre sont importants, plus est grande la menace qu’elle constitue pour nos économies et nos sociétés. »

Nicolas Barré dans « Les Echos » du 2 décembre 2009 page 28 :
Propos de Lord Turner, président de la Financial Services Authority (FSA), l’autorité de surveillance des marchés britanniques : « Nous baignons toujours dans l’aveuglement collectif. C’est hallucinant, nous n’avons retenu aucune leçon ! Si on avait tenu compte du marché des CDS pour évaluer les risques du système financier, on en aurait conclu au printemps 2007 que le monde avait atteint une niveau de risque historiquement bas. Or on sait aujourd’hui que la fragilité du système était au contraire maximale !... Analyse, il est vrai édifiante, du Fonds monétaire international en avril 2006 à propos des bienfaits de l’innovation financière, en l’occurrence des « subprimes » : « la dispersion du risque de crédit par les banques en direction d’un groupe plus large et plus diversifié d’investisseurs a permis aux banques, plutôt que de conserver ces risques dans leur bilan, de rendre le système financier plus résistant. » Le FMI en concluait que « les banques commerciales sont désormais moins vulnérables aux chocs économiques et de crédit ». Lord Turner avait horrifié la City en juin dernier en évoquant un secteur financier « hypertrophié ». Toutes les activités de « trading » ont-elles une justification économique ou comportent-elles une part de « rente » prélevée sur l’économie réelle ? « Depuis la crise, cette question n’est plus considérée comme illégitime » Constate-t-il. La valeur des dérivés de crédit a été multipliée par 20 depuis 1995, passant de 18.000 à 400.000 milliards de dollars alors que la valeur du PIB mondial a été multipliée par 3. Les transactions de change représentent 50 fois les échanges mondiaux. »

Gaël Giraud, jésuite, Ceras, Ecole d’économie de Paris dans « La Croix » du 1er décembre 2009 page 23 :
« En 2009, beaucoup de banques d’investissement occidentales semblent avoir renoué avec la bonne santé financière. BNP Paribas aurait ainsi provisionné un milliard d’euros pour récompenser ses traders en février prochain. Goldman Sachs, 11,4 milliards de dollars. Pourtant, une large part des bénéfices affichés par les banques est fictive. Elle résulte d’une opération comptable qui masque l’étendue du désastre provoqué par le krach des subprimes. A l’automne 2008, en effet, le régulateur a consenti aux banques prises de panique une dérogation les autorisant à ne plus comptabiliser leurs « actifs toxiques » sur la base de leur valeur de marché – laquelle était devenue nulle. Ce régime d’exception constitue une entorse aux normes comptables internationales européennes IFRS destinées à éviter la répétition de 1929. Les bénéfices bancaires reposent donc sur des bilans largement suspects où beaucoup d’actifs toxiques sont valorisés d’une manière qui échappe à la « vérité du marché ». Quant à la partie non fictive des profits bancaires, elle provient de l’octroi de prêts à taux élevés d’un argent que les banques empruntent à bas taux aux banques centrales : une stratégie dont l’économie réelle est la perdante comme en témoigne la croissance du chômage »

Hélène Rey dans « Les Echos » du 25 novembre 2009 page 15 :
« Les banquiers centraux et certaines autorités budgétaires ont été de bons docteurs pendant la crise. En revanche, en matière de prévention, banquiers centraux, régulateurs et autres responsables de politiques économiques méritent un zéro pointé. On aurait pu penser que la crise avait amplement démontré les abus du système bancaire et l’incompétence ou l’impuissance des régulateurs et des agences de notation. Or que voyons-nous ? Les banques font une campagne de lobbying impressionnante pour freiner les réformes. Les liquidités massives injectées par les banques centrales ne trouvent pas souvent le chemin des entreprises. Elles servent à acheter des obligations et des actions garantissant aux banques qui les détiennent un rendement peu risqué alors que le coût du financement est quasiment nul. Soyons clairs. Les profits des banques, à l’heure actuelle, viennent en grande partie de rentes monopolistiques, de la garantie implicite de l’Etat qui n’est pas facturée, contrairement à tout autre police d’assurance, et du coût très bas de la liquidité. Ainsi les profits des banques dépendent directement des distorsions du marché engendrées par la crise. Ces profits sont dus en grande part à l’aide publique. Pendant ce temps, gonflées par la marée mondiale de liquidités, les bulles financières enflent dans nombre de pays émergents. »

Paul Jorion, anthropologue et économiste, dans « Le Monde économie» du 3 novembre 2009 page 5 :
« Quel que soit le niveau auquel la finance tombe, elle repart ensuite dans une dynamique de bulle, car rien n’a été fait pour changer le mécanisme qui préside aux mouvements spéculatifs. Il serait naïf de croire que la vraie réponse à la crise se trouve dans la science économique. Il faut la trouver ailleurs…Toutes les pertes n’ont pas été encaissées. Elles (les banques) ont pu falsifier leurs comptes en obtenant de valoriser leurs actifs non plus aux prix du marché (marked to market) mais au moyen d’un modèle (marked to model). C’est une hérésie. Ce changement de méthode ne fait que reculer le moment de vérité. »

Valérie Second, grand reporter, dans « La Tribune » du 22 octobre 2009  en page 9 :
« Si, dans la banque, les bonus sont trop gros, c’est parce que les profits sont devenus exorbitants. Inaudible il y a peu, ce constat a gagné en respectabilité lorsque lord Turner, le patron du régulateur britannique dénonça haut et fort les « profits indécents d’un secteur hypertrophié ». Une rentabilité moyenne des capitaux engagés de 23% selon l’agence de notation Standard & Poor’s, et jusqu’à 40% à 50% dans certaines d’entre elles, contre un timide 10% dans les entreprises commerciales. Leur position de force n’a fait que s’accroître avec la fantastique concentration du secteur. Ce qui a fini par créer un véritable oligopole, en particulier sur les produits financiers les plus juteux, comme par exemple les produits dérivés. Et, au nom de la compétitivité de la place et grâce à un copinage entre gens issus des mêmes écoles, les champions nationaux ont imposé leur loi aux régulateurs bancaires nationaux. Même encore aujourd’hui, peu de personnes osent évoquer l’existence d’un lien entre cette situation et la crise. En juin dernier, l’OCDE concluait sans sourciller que la crise résultait « d’un défaut de réglementation du marché des capitaux et non d’une défaillance de la concurrence ». Noël Diricq, conseiller maître à la cour des comptes, tente aujourd’hui une analyse plus subtile : « L’aveuglement du système financier est bien lié à la puissance de sa rente, tout comme la force de l’aléa moral dans ce secteur et la captation des régulateurs qui a abouti à l’inhibition pure et simple des mécanismes de sanction ».

Olivier Pastré, professeur à l’université Paris-VII et producteur à France-Culture, dans « Le Nouvel Observateur » du 22 octobre 2009 :
« Les banques ont aujourd’hui le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière. Le beurre : les banques ont une garantie totale d’intervention des pouvoirs publics, elles n’encourent donc aucun risque de faillite. L’argent du beurre : elles ont -et c’est très bien- relevé leurs marges sur les crédits. Et le sourire de la crémière : elles considèrent que, sur les marchés, on est revenu à une situation de business as usual.. »

Joseph E. Stiglitz, prix Nobel d’économie et professeur d’économie à l’université de Columbia, dans « Les Echos » du 19 octobre 2009 :
« Concernant les opérateurs financiers « Leurs innovations ont consisté à contourner des règles comptables et financières qui visaient à assurer plus de transparence et de stabilité, et à empêcher l’exploitation des personnes les plus vulnérables. Les banquiers ont pu emporter dans leurs valises des centaines de millions de dollars alors que tout le reste de la société – actionnaires, créanciers, contribuables, propriétaires fonciers, travailleurs – a souffert »

Baudouin Prot, directeur général de la BNP Paribas et président de la fédération bancaire française, dans « Challenges » du 1 octobre 2009 :
« Nos banques n’ont rien coûté au contribuable ». et « Je ne connais pas d’autre système bancaire dans le monde qui a contribué autant aux finances de l’Etat ».
 « Le Monde » du 13 octobre 2009 : « BNP Paribas quitte le Panama, le Costa Rica et l’Uruguay mais elle reste en Malaise et à Singapour ». Et la palme du faux cul dans ce même article, BNP Paribas rétorque «  Panama n’a encore signé aucun accord d’échange fiscal, ce n’est pas acceptable. » …
Et le jour de rédaction de cet article, le lundi 19 octobre « Les Echos » en page 28 titre BNP Paribas Japon de nouveau dans les filets du gendarme boursier. Tout cela vient s’ajouter à une injonction adressée par la FSA en novembre 2008, à la suite d’irrégularités dans un placement privé d’obligations convertibles en actions pour le compte du promoteur immobilier Urban, qui a fait faillite depuis. »

 



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