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Pascal Salin, professeur émérite à l’université de Paris-Dauphine, dans « La Tribune » du 10 mars 2010 en page 12 :
Article intitulé : Faut-il craindre la désindustrialisation ?
« La désindustrialisation semble être un fait bien établi : ainsi de 1997 à 2007, la part de l’industrie dans le PIB est passée de 18,4% à 12,1% et les emplois industriels ont diminué de 2 millions en trente ans. Mais un autre fait mérite d’être souligné : au cours de la période 1997-2007, la production industrielle en volume est restée à peu près constante, à un niveau d’environ 17%. Comment interpréter ces faits ? Ils signifient que l’industrie française produit maintenant la même quantité de biens en employant moins de personnes, c’est-à-dire qu’il y a eu gains de productivité importants. Pour cette raison, les prix de vente des produits industriels ont pu baisser par rapport aux autres biens, ce qui se traduit par une baisse de la part de la production industrielle dans le PIB en valeur. On devrait donc se réjouir de cette évolution, puisqu’elle signifie que le progrès technique a été important dans l’industrie et qu’on a pu ainsi économiser un facteur de production précieux entre tous, la main-d’œuvre ! Il n’existe aucun moyen de justifier rationnellement l’idée que l’industrie française devrait représenter tel ou tel pourcentage de l’ensemble des activités. Il y a une erreur de perspective que l’on commet chaque fois que l’on prend pour critère des décisions le nombre d’emplois créés ou détruits. Il convient en effet d’adopter une vision dynamique et de voir que le progrès de l’humanité est venu du fait que l’on a constamment accepté le destruction d’emplois dans les activités devenues obsolètes et la création d’emplois dans d’autres activités. C’est ainsi que les sociétés modernes sont passées de l’agriculture et de l’industrie aux services. Fort heureusement, on ne s’est pas trop préoccupé de la « désagriculturation » de la France, des progrès considérables dans la productivité agricole ayant permis de libérer de la main-d’œuvre pour les autres secteurs. Si le chômage est important en France, ce n’est pas parce que certaines activités détruisent des emplois, mais parce qu’il ne se crée pas suffisamment d’emplois par ailleurs, du fait des excès de prélèvements obligatoires et de réglementations. »