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Luc Ferry dans « Le Figaro » du 15 juillet 2010 en page 23 :
Article intitulé : Le peuple plus moral que ses élites ?
« Il fallait bien que les valeurs traditionnelles fussent déconstruites pour que nos enfants puissent entrer de plain-pied dans l’ère de la consommation universelle. Si nos petits avaient les valeurs de nos arrière-grands-mères, ils n’achèteraient pas trois téléphones portables par an (ou l’équivalent en gadgets numériques divers et variés). Rien ne freine davantage la logique addictive de la consommation frénétique que le fait de posséder des principes éthiques ou spirituels forts. Que l’érosion des valeurs traditionnelles ait eu lieu au XXe siècle et en Occident ne fut donc pas un accident de parcours, mais une impérative nécessité du développement du capitalisme moderne. Plus de sept millions de nos concitoyens vivent avec moins de 800 euros par mois, tandis que deux millions et demi d’entre eux sont payés sur la base du smic (autour de 1 055 euros net), on comprendra aisément que la situation devient explosive. »
François D’Alançon, propos de Massimo D’Alena, ancien premier ministre italien, dans « La Croix » du 9 juillet 2010 en page 11 :
Article intitulé : Le projet européen comme antidote à politique de la peur.
« Il serait paradoxal d’abandonner notre modèle social européen au moment où la Chine l’étudie pour l’appliquer chez elle. Les Chinois sont en train d’introduire la retraite sociale pour les paysans dans les campagnes, d’augmenter les salaires, de renforcer leur système de santé publique. Les Etats –Unis ont adopté une réforme de l’assurance-maladie d’inspiration européenne. Le modèle social européen est un atout à défendre en le transformant et en le réformant pour tenir compte du changement dans la structure démographique et sur le marché du travail. »
Commentaire : Et si nous allions vers une socio-économie mondiale ?
Bertrand Badie, professeur des universités à l’IEP de Paris dans « Les Echos » du 6 juillet 2010 en page 13 :
Article intitulé : Le multilatéralisme de demain sera social ou ne sera pas.
« La mondialisation nous a projetés dans un monde d'interdépendance : l'acte politique ne vaut désormais que s'il est concerté et relayé au-dehors, et s'il s'insère dans l'altérité ; rares sont les politiques publiques qui puissent être pensées comme nationales, tandis que la sécurité, concept fétiche s'il en est pour le destin des nations, se reconstruit dans le global. La sécurité d'un Etat ne s'oppose plus à celle de l'autre : elle en dépend. Les biens les plus nécessaires ne sont plus nationaux, mais communs à l'ensemble de l'humanité : la question environnementale le démontre tous les jours.
Dans cette ambiance, le social l'emporte sur le politique. Dans un monde pour la première fois élargi à la planète entière, les décalages sociaux prennent des proportions aussi énormes que visibles, faisant des contrastes de bien-être et des défauts d'intégration sociale internationale l'enjeu majeur de notre nouveau millénaire. Quand la faim fait, toutes les trois heures, autant de victimes que l'attaque de septembre 2001 sur le World Trade Center, le centre de gravité de la régulation internationale change évidemment de localisation. On est déjà hors du temps du diplomate et du soldat.
Le XX e siècle avait cru inventer la solution multilatérale. Deux écoles rivalisaient sur ce projet, au début du dernier siècle : libérale et solidariste. La première l'a emporté, pensant avec Woodrow Wilson qu'il suffisait, pour amener la paix, de construire des institutions capables de soutenir l'échange généralisé. Peut-être eût-on été mieux inspiré d'écouter davantage les autres, ceux qui, autour de Léon Bourgeois ou d'Albert Thomas, comprenaient que la paix se construirait sur la satisfaction au moins minimale des besoins sociaux issus de cette gigantesque humanité. »
Commentaire : Comme expliqué lors des conférences SOCIOECOPOFI, la Charte de l’Atlantique est l’élément politique de base de la mondialisation. Aujourd’hui, après l’ « économie politique » et la « politique économique », nous préparons la mise en place de la « socio-économie ».
Gaël Giraud, jésuite, est membre du CNRS, de l’Ecole d’économie de Paris et du CERAS, dans « Les Echos » du 14 mai 2010 en page 17 :
Article intitulé : Monétiser les dettes publiques, c’est bien, augmenter le pouvoir d’achat, c’est mieux.
« Le problème posé par la crise des dettes souveraines et de l'euro est-il résolu ? Loin s'en faut. Le traité de Lisbonne interdit de monétiser les dettes publiques des Etats par crainte de l'inflation. Pourquoi avons-nous été si réticents à courir ce risque pour sauver un Etat, alors que nous l'avons abondamment fait pour les dettes bancaires en 2008 ? Un Etat vaudrait-il moins qu'une banque ? Ensuite, l'inflation n'est elle-même tenue pour le plus odieux des crimes que parce que nous sommes enlisés, depuis trois décennies, dans une déflation salariale qui rendrait toute flambée des prix intolérable. Aujourd'hui les salaires réels des ménages français et allemands sont inférieurs à leur productivité parce que nous faisons le pari de la compétitivité à l'égard des pays du Sud. Or ce pari, qui coûte si cher aux salariés allemands et qui explique leur réticence à « payer pour la Grèce », est d'ores et déjà perdu : les pays émergents substituent déjà leurs produits domestiques aux importations européennes.
L'explosion du prix du pétrole dans moins de quinze ans (qui rendra le transport de marchandises extrêmement coûteux) et les contraintes climatiques rendent illusoire l'espoir de concurrencer le dumping salarial du Sud en inondant le marché chinois avec nos produits afin d'ouvrir un nouveau sentier de croissance européenne. Celle-ci dépend de notre demande interne, donc de la hausse du pouvoir d'achat des classes moyennes européennes -tout le contraire du plan d'austérité exorbitant imposé à Athènes, avant que la France et l'Allemagne, à présent, ne l'exigent de l'ensemble de la zone euro, dans l'espoir de « rassurer » des marchés pris de panique. De tels plans aggravent la déflation salariale, dont l'impact déprimant sur le pouvoir d'achat avait motivé un recours massif au crédit à la consommation dont nous savons, désormais, la toxicité. Revaloriser le pouvoir d'achat des classes moyennes provoquera de l'inflation : Olivier Blanchard, l'économiste en chef du Fonds monétaire international, ne vient-il pas d'inviter l'Europe à consentir à une inflation annuelle de 4 % ? Elle permettrait justement d'alléger la charge des dettes publiques.
Si la monétisation des dettes publiques ne sert pas à gonfler la demande des ménages, elle viendra gonfler le bilan des banques et créera, elle aussi, de l'inflation, mais pour rien. »
Patrick Saint-Paul, correspondant à Berlin, dans « Le Figaro » du 10 février 2010 en page 20 :
Article intitulé : L’Allemagne devra relever ses aides sociales.
« Les juges de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe qui veille à la protection des droits fondamentaux ont estimé d’un un jugement quasi « révolutionnaire » que le système Hartz IV d’allocations sociales aux plus démunis était insuffisant. Le système en vigueur « est incompatible avec l’article 1, paragraphe 1, de la Loi fondamentale » qui garantit « le droit à une existence digne », a déclaré le président de la Cour, Hans-Jürgen Papier. C’est pourquoi « les règles en vigueur ne suffisent pas au regard de la Constitution. Ces règles sont inconstitutionnelles. » La cour de Karlsruhe a jugé qu’il incombe à l’Etat de garantir à chacun « un minimum de participation à la vie sociale et culturelle » du pays. »
Fernando Henrique Cardoso, ancien président du Brésil, Michel Rocard, ancien premier ministre français, Milan Kucan, ancien président de la Slovénie, Stéphane Hessel, ambassadeur de France, Edgar Morin, philosophe, René Passet, économiste, et Michael Doyle, professeur à Columbia University dans « La Croix » du 17 décembre en page 27 :
« Les menaces qui pèsent sur l’existence de la planète ne semblent pas prises au sérieux par l’ensemble des responsables politiques et économiques dont l’humanité dépend. Il y a aujourd’hui tous les signes de la persistance d’une économie ultra-spéculative, ultra-financiarisée et aveugle à l’humain mais toujours aucune mesure sérieuse de régulation mondiale contre ce fléau destructeur des équilibres sociaux, facteur de misère sociale croissante et de souffrance humaine. Aucun de nos Etats n’est plus aujourd’hui en mesure de faire respecter un ordre mondial et d’imposer les indispensables régulations globales. Le XIX fut le siècle des nations industrielles et de leurs guerres, le XXe fut celui du règne des masses et des guerres totales. Mettons-nous à l’écoute des courants souterrains de l’histoire : le XXIe sera le siècle de la gouvernance mondiale – ou bien nous ne sons plus. »
Michel Rocard et Thierry Jeantet dans « La Tribune» du 10 décembre 2009 page 9 :
« Il y a fort à parier que les correctifs apportés au système capitaliste dominant ne suffisent pas pour répondre aux attentes profondes d’humanisation de la mondialisation. C’est en prenant conscience de cette situation qu’il faut se tourner vers l’économie sociale. Cette forme d’économie inscrite dans le marché, à dimension éthique et solidaire, sera d’autant plus performante qu’elle restera fidèle à elle-même, c’est-à-dire citoyenne et créative. Y compris en cherchant à inventer dès aujourd’hui des véhicules financiers spécifiques mais adaptés à l’internationalisation des échanges. L’économie sociale doit imprimer sa vision plurielle de la croissance au service d’objectifs sociaux, civiques, environnementaux, économiques ou financiers pour prouver qu’elle n’est pas condamnée à n’être qu’une forme d’entreprise différente. Pour passer du laisser-faire au faire ensemble, de la mondialisation subie à la mondialisation civilisée, il est urgent de faire comprendre l’économie sociale et de l’inscrire au cœur des solutions. Aux politiques, aux syndicalistes et aux entrepreneurs d’en faire, dès maintenant, leur partenaire. »