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Raisonner en flux comptables ou en dynamique financière ?
8 décembre 2010
Et si l'évaluation des SICAV et FCP était fausse ?
Comprendre :
- la Mondialisation et l'Europe
- les cycles boursiers
- les cycles immobiliers
- l'économie et les cycles financiers
Les mardis de socioecopofi de 10h à 12h et à 19h tous
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Christian Stoffaës, professeur à l’université de paris II Panthéon-Assas dans « Les Echos » du 2 février 2012
Article intitulé : La dette sonne la fin du monétarisme.
« La dette publique atteint un niveau d’alerte rouge, analogue à celui des dettes de guerre – circonstances où les Etats dépensent toutes leurs ressources pour le salut de la nation : en 1918, en 1945 aussi, la dette dépassait le produit intérieur brut. En 2012, les Etats-Unis en sont à 100 % ; la France à 85 % ; les pays impécunieux d’Europe – les Gipsis (populations persécutées, appellation certes moins déshonorante que PIGS…) ; même la vertueuse Allemagne à 75 %. Pour imposer la stabilité des prix, le monétarisme imposa l’indépendance des banques centrales, mandatées pour soustraire la création de crédits aux pressions de la fatale spirale salaires-prix, du corporatisme revendicatif et des « politiciens » à leurs yeux nécessairement dépensiers, démagogiques, inflationnistes. La question est comment en est-on arrivé là puisque la politique monétariste avait précisément pour but de contrôler tout dérapage de la masse monétaire, c’est-à-dire de la création de crédits ? La crise n’est pas seule responsable. La fatale spirale s’est enclenchée bien avant que les « bailouts » bancaires, stimulus et autres plans de relance ne viennent gonfler la dette publique : + 25 points depuis le krach – mais déjà 30 % du PIB dans les années 1980 ; 60 % dans les années 1990. En 1981, après la grave récession des chocs pétroliers, la dette française n’atteignait que 20 %. Car le monétarisme a aussi engendré la dérégulation financière – c’est-à-dire la prohibition de toute intervention de l’Etat susceptible de déranger les équilibres du libre marché concurrentiel et globalisé. La théorie des « marchés efficients » portait en germe l’euphorie spéculative et la crise des « subprimes » : la projection sur les marchés de capitaux des immenses ressources des banques de dépôt, la titrisation ; la dissimulation du risque derrière les « innovations financières », les produits dérivés d’assurance – les CDS – qui en réalité n’assuraient rien et permettaient aux spéculateurs de faire semblant de croire qu’ils étaient assurés. C’est-à-dire l’« aléa moral » – formulé en termes simples : « ma dette c’est votre problème », l’encouragement à spéculer sans couverture : donc l’insolvabilité des banquiers devenus spéculateurs, l’inéluctable krach, le sauvetage des déposants au bord de la spoliation et de la panique, le mistigri de la dette privée transférée sur la dette publique. D’une certaine manière le monétarisme est victime d’avoir trop bien réussi, ayant maintenu des taux d’intérêt bas sur très longue période et engendré un esprit de facilité, en facteur commun de toutes les vagues spéculatives. La stabilité monétaire retrouvée a créé un climat favorable à l’endettement, faisant oublier qu’il faudrait rembourser : l’endettement des ménages et des banques a explosé au cours des années 2000 jusqu’à ce que le krach de 2008 engendre le désendettement accéléré et provoque la nécessité pour l’Etat de se substituer en laissant déraper la dette publique. Du côté de l’Europe c’est l’euphorie de l’euro facile, sans prix à payer qui a engendré la facilité, les flux de capitaux à bon marché vers les périphéries impécunieuses, la spéculation immobilière, le sentiment que la rigueur est d’un autre temps. On a confié aux banques centrales le mandat d’assurer la stabilité monétaire : on avait oublié que la stabilité financière fait aussi partie de leur mission historique : c’est la question du jour – prêteur en dernier ressort ; planche à billets ; dettes souveraines ; sauvetage de la Grèce (en attendant le Portugal, l’Espagne ?). »
Marie Bellan dans « Les Echos», du 1 février 2012
Article intitulé : Consommation : la fin d’un mythe
« Cette consommation a baissé l’an dernier pour la troisième fois en quatre ans. Et, comme elle constitue le moteur essentiel de la croissance, son recul condamnerait l’économie française aux enfers de la récession éternelle. Seule une bonne vieille relance budgétaire du pouvoir d’achat serait donc à même de nous sauver. En réalité, toutes les étapes de ce raisonnement sont fausses. D’abord, la baisse de 0,5 % en 2011 communiquée hier porte seulement sur la consommation des ménages en produits (alimentation, énergie, produits industriels). Même si l’Insee a doublé le champ de cet indicateur l’an dernier, un effort rarement souligné, il n’y a pas intégré les services, qui pèsent autant que les biens. Au total, il est vraisemblable que les Français ont encore un peu accru leurs achats l’an dernier. Ensuite, la consommation a contribué à la moitié de la croissance française au cours du dernier demi-siècle. Si c’est bien le premier moteur de l’activité, ce n’est pas le seul. Et la hausse de la consommation de produits industriels profite de plus en plus aux industriels étrangers. Quand les Français ont un peu plus d’argent, ils se ruent sur les télévisions ou les téléphones mobiles et ce sont des usines coréennes ou chinoises qui en profitent. Enfin, une relance du pouvoir d’achat irait directement dans le bas de laine, car les Français sont profondément inquiets. D’une part, ils sentent la montée du chômage, qui frappe chaque jour 1.000 actifs de plus depuis maintenant quatre mois, avec une régularité terrifiante. D’autre part, ils ont des craintes sur les comptes publics. Dans la décennie qui a précédé la crise (1997-2007), la consommation a contribué non à la moitié de la croissance mais aux deux tiers, un alourdissement rendu possible par un endettement accru de l’Etat et, plus encore, des particuliers. Puis la crise financière a été amortie par une envolée de la dette publique. Il n’est désormais plus possible de continuer. »
Claire Gatinois, Clément Lacombe, propos de Paul Krugman, prix Nobel d’économie, dans « Le Monde » du 30 janvier 2012
Article intitulé : " L'inflation n'est pas le problème, c'est la solution "
« Si on met de côté les blocages politiques, oui, l'Europe a besoin d'une politique monétaire très agressive. Plus agressive encore que celle des Etats-Unis. Il n'y a pas d'autre moyen de faire les ajustements nécessaires. La BCE devrait racheter plus de dettes d'Etat mais aussi favoriser davantage l'expansion monétaire. L'inflation n'est pas le problème, c'est la solution. Pour restaurer la compétitivité en Europe, il faudrait que, disons d'ici les cinq prochaines années, les salaires baissent, dans les pays européens moins compétitifs, de 20 % par rapport à l'Allemagne. Avec un peu d'inflation, cet ajustement est plus facile à réaliser - en laissant filer les prix sans faire grimper les salaires en conséquence - . Au final, le problème est celui d'un déséquilibre des balances des paiements. Mais, si on prend l'exemple de l'Espagne, les salaires espagnols n'ont pas toujours été au-dessus de la moyenne. C'est un phénomène récent. Après la création de l'euro, il y a eu des afflux massifs de capitaux dans les pays dits à la périphérie de l'Europe qui ont provoqué une bulle du crédit. L'Allemagne croit que la rectitude et la discipline budgétaires sont la solution. Elle a tort. Leur histoire les pousse à proposer un mauvais remède. Les Allemands étaient en mauvaise posture à la fin des années 1990. Alors ils regardent ce qu'ils ont fait, comment ils sont parvenus à redresser leur économie et transformer des déficits en excédents commerciaux. Ils pensent appliquer leurs solutions à la zone euro. Mais, si tel était le cas, il faudrait trouver une autre planète pour exporter les produits de l'Europe ! Au regard de l'Histoire, les petits réflexes protectionnistes ne sont pas un problème majeur. On essaie parfois de faire un parallèle avec la Grande Dépression. Cela n'a rien à voir. Il n'y a pas de barrière importante érigée contre le libre commerce. »
Jacques Duchateau dans « L’Avenir », journal Belge, du 27 janvier 2012
Article intitulé : Spleen à Davos
« Nous avons échoué à retenir les leçons de la crise de 2009. Une transformation mondiale doit avoir lieu d’urgence et cela doit commencer en rétablissant une forme de responsabilité sociale », a déclaré Klaus Schwab, cette semaine. Pourtant, Klaus Schwab n’est autre que le fondateur et président du Forum économique de Davos, le même qui, en décembre dernier, avait proclamé : « Le monde est en état de burn out, en épuisement total » Un autre participant, l’Américain Rubenstein, directeur du fonds d’investissement Carlyle, n’a-t-il pas prédit « la mort du capitalisme occidental dans trois ou quatre ans, plombé par la dette et les déficits, si rien n’est entrepris pour redresser la barre » ? Bien que les organisations de défense des travailleurs et de tous les laissés-pour-compte n’aient pas le monopole de la critique. Mais ce qui est gênant, dans ce genre de propos, c’est le fait qu’ils émanent d’éminents responsables économiques et politiques ayant imposé la mondialisation et l’ultralibéralisme comme l’unique modèle performant, pour la terre entière, depuis deux décennies. Et, aussi, que ces dirigeants continuent à exiger la plus stricte orthodoxie financière, sans la moindre alternative, pour apurer des dettes qu’ils ont eux-mêmes engendrées. Mais en reconnaissant, malgré tout, qu’ils se sont royalement plantés » !
Commentaire : Nous retrouvons les cycles SOCIOECOPOFI. Reste à faire passer les idées SOCIOECOPOFI !
Jean-Louis Beffa, président d’honneur de Saint Gobain, propos recueillis par Nicolas Barré, Henri Gibier et Pascal Pogam, dans « La Tribune » du 25 janvier 2012
Article intitulé : « rien ne peut remplacer l’industrie »
« A la faveur de la mondialisation, et souvent poussées par la logique libérale, nombre d’entreprises se sont développées hors de leurs frontières et ont cessé de se préoccuper de leur pays d’origine. Elles ont beaucoup d’argent, mais elles n’y investissent pas. Parce que ce n’est pas ce qui leur assure la meilleure rentabilité. Ce décalage croissant entre les intérêts des entreprises et les intérêts nationaux crée inévitablement de l’incompréhension, parfois de la colère. On rejoint là, dans une certaine mesure, les messages véhiculés par le mouvement des « Indignés »… Car, à leur façon, les jeunes Espagnols réunis il y a quelques mois à Madrid ne disaient pas autre chose : « Nous avons de grandes entreprises, mais nous sommes au chômage ! » Peut-on dire qu’un tel système fonctionne ? Je pense que non. Il existe un système alternatif au modèle libéral-financier. Un modèle qui ne donne pas la priorité absolue à l’actionnariat et à la rentabilité immédiate, qui veille à ce que les intérêts des entreprises rejoignent ceux des travailleurs et du reste de la société : c’est le modèle « commercial-industriel », dans lequel l’Etat joue effectivement un rôle central, et qui se décline sous différentes formes en Allemagne, au Japon, en Chine et en Corée. Quelles en sont les caractéristiques ? On trouve pratiquement toujours derrière ce modèle industriel et commercial un pacte national et social, avec un point commun : un soutien absolu aux capacités exportatrices du pays. Quelles que soient les spécificités locales, la priorité reste la même : vendre plus au monde extérieur qu’on ne lui achète. Quelle place occupent les activités de services dans cette logique ? Les services n’ont pas d’effet fondamental sur le solde du commerce extérieur. Certains soutiennent que la désindustrialisation est un processus inéluctable, que, comme l’agriculture en son temps, l’industrie a amorcé son déclin et va être remplacée par les services. Je ne pense pas que ce soit la solution. Ce genre d’activités ne suffit jamais à résorber un déficit commercial. Même lorsque les services représentent une part de l’activité très importante – je pense à l’Inde, avec les services informatiques, aux Etats Unis, qui tirent pas mal de redevances de leur système d’innovation, à l’Angleterre, avec les services financiers. Les services créent des emplois. Mais l’expérience montre que ce sont souvent des emplois à faible valeur ajoutée. Lorsqu’une économie remplace des emplois industriels – qui, eux, produisent beaucoup de valeur ajoutée – par des emplois de services, cela entraîne mécaniquement une baisse de la richesse produite, pour un même niveau d’emploi. Donc une baisse du niveau de vie. Rien ne peut remplacer l’industrie. Comment se fait-il que les constructeurs allemands tiennent mieux les positions que nous ? Parviennent à préserver leurs usines en Allemagne ? La réponse a été à chaque fois la même : quand ont été discutées à Bruxelles les nouvelles normes environnementales appliquées au secteur, il y a eu deux attitudes : côté allemand, le gouvernement a dit d’emblée à ses industriels : « Maintenez vos usines sur le sol allemand, nous vous aiderons à les moderniser, et nous nous battrons de toutes nos forces pour que les spécificités de l’Allemagne, concernant les grosses voitures, notamment, soient défendues dans les négociations à venir » ; rien de comparable n’a été fait par le gouvernement français au moment du Grenelle ou avant, pour défendre les constructeurs nationaux. Quand je dis que cela reflète les travers du modèle libéral-financier, c’est que, en France, l’Etat n’est plus imprégné des intérêts de son industrie. Nos responsables écoutent les ONG, les autorités de régulation, parce que, politiquement, c’est plus sympathique. A trop se préoccuper du consommateur, l’Etat en a oublié les intérêts de ses producteurs.
Dans « Boursorama » du 24 janvier 2012
Article intitulé : Le problème des Européens selon la Banque mondiale : ils travaillent trop peu
« La Banque mondiale a publié mardi une longue étude indiquant que l'un des principaux problèmes économiques des Européens était qu'ils travaillaient trop peu, ce qui leur pose des problèmes de compétitivité. "Le modèle du travail de l'Europe est marqué par une sécurité sans équivalent pour ceux qui ont un emploi, des prestations relativement généreuses pour ceux qui n'en ont pas, et la facilité à obtenir une retraite", a affirmé l'institution de Washington dans cette étude. " Ce modèle rend l'Europe non compétitive. Pour le régler le problème, la plupart des pays en Europe doivent augmenter le taux d'activité et rendre plus facile pour les jeunes d'obtenir un emploi", a-t-elle ajouté, dans cette étude intitulée "Restaurer le lustre du modèle économique européen". "Dans les années 1970, les Français avaient les plus longues heures de travail des pays développés. En 2000, ils travaillaient environ 300 heures de moins par an (un mois et demi) que les Américains", ont avancé les auteurs. Selon eux, "la vitesse à laquelle ont baissé les heures travaillées en France, en Italie et en Espagne depuis 1995 suscite des inquiétudes quand on la juxtapose aux gains modestes de productivité du facteur travail ces deux dernières décennies". Les chiffres montrent que les Européens ont eu notamment tendance à entrer sur le marché du travail de plus en plus tard et surtout prendre leur retraite de plus en plus tôt. La Banque mondiale a aussi critiqué la réforme des 35 heures en France, inefficace selon elle pour abaisser le chômage et sources de complications juridiques depuis qu'elle a été amendée. "L'Europe doit rendre sa population active plus productive et attirer des travailleurs plus productifs de l'étranger" au moment où elle "est en train de vieillir et sa population active de diminuer". Or aujourd'hui "les immigrants en Europe sont pour la plupart non qualifiés.»
Commentaire : Personnellement, je trouve cet écrit délirant et stupide. Comment un des organes internationaux de la Paix peut-il écrire cela ? Ils prônent ce qu’ils n’appliquent pas eux-mêmes ; Eux qui ont des statuts hyper privilégiés à tout point de vue. Il est écrit "Le modèle du travail de l'Europe est marqué par une sécurité sans équivalent pour ceux qui ont un emploi, des prestations relativement généreuses pour ceux qui n'en ont pas, et la facilité à obtenir une retraite", a affirmé l'institution de Washington dans cette étude. " Ce modèle rend l'Europe non compétitive ». Compétitive par rapport à qui, à quoi ? Non compétitive par rapport aux peuples du tiers monde qui, accédant petit à petit à la démocratique, se débattent avec des salaires « minables » afin de préserver les intérêts financiers de certains groupes, familles ou personnes. Non-compétitive par rapport aux Etats-Unis où les gens ne sont considérés que comme un moyen ? « Moyen » qui utilise l’endettement et/ou les poursuites juridiques comme un loto pour palier aux failles de leurs systèmes etc... Avec ce type de propos, comment éviter la violence future ? Que ces fonctionnaires se souviennent que la liberté qu’ils bafouent et qu’ils détournent, ils la doivent aux Peuples. Honte sur ces personnes. Le problème, c’est eux !
Jack Dion, à propos du livre d’Isabelle Pivert « La création de valeur pour l’actionnaire ou la destruction de l’idée démocratique », dans « Marianne » du 11 novembre 2011
Article intitulé : Un concept financier qui tient du hold-up
« La création de valeur pour l’actionnaire est une notion inventée par les banques d’affaires anglo-saxonnes, dans les années 80, afin de franchir un nouveau palier dans la course effrénée à la rentabilité financière. Ainsi aboutira-t-on à ces retours sur investissement financiers atteignant des taux déments de 15%, générateurs de prélèvements massifs sur la « valeur ajoutée » (la vraie, celle qui correspond à la richesse produite). D’où la crise. Plus rien n’échappe à la logique de ce que l’auteur appelle l’ « emprise totalitaire d’un concept financier ». Désormais, l’entreprise est conçue uniquement comme un instrument destiné à produire du cash au profit de l’élite des affaires. »
André Orléan, économiste « atterré » propos recueillis par Frédéric Joignot, dans « Le Monde » du 21 janvier 2012
Article intitulé : Le marché gouverne "
« La politique ne se fait pas à la corbeille ", lançait le général de Gaulle le 28 octobre 1966 quand la Bourse plongeait, après avoir exagérément monté, en 1962. L'économiste André Orléan, directeur de recherche au CNRS, rappelle cette formule pour montrer, dans un entretien au Monde, que le pouvoir politique est aujourd'hui assujetti aux décisions des marchés financiers. Qui gouverne en Europe ? Dans la zone euro, c'est le marché. Le pouvoir politique se conforme à ses priorités et craint ses évaluations. Historiquement, la primauté du politique, c'est-à-dire sa capacité à encadrer les intérêts financiers, a eu comme instrument essentiel la banque centrale. Il ne faut pas perdre de vue cette réalité : c'est par le biais de la puissance monétaire qu'il a été possible de faire prévaloir l'intérêt collectif. Mais cela suppose que la banque centrale soit placée sous l'autorité du pouvoir politique. C'est ce qu'on constate dans les grandes démocraties. Cependant cette architecture, qui a fait ses preuves, n'a pas été adoptée par la zone euro. Une Banque centrale européenne (BCE) coupée du politique est une très mauvaise chose. Elle est, en elle-même, l'expression d'une crise très profonde de la démocratie européenne, de son impuissance congénitale. D'ailleurs, il serait plus exact de dire que l'autonomie radicale de la banque centrale, plus que le résultat d'une doctrine, est la conséquence du fait qu'il n'existe pas de facto de souveraineté européenne. Quand on entend que " les marchés imposent leurs vues ", de quels marchés est-il question ? Quand on dit " les marchés ", on ne dit pas l'économie de marché, ni les marchés de biens. On parle des marchés financiers. On en parle comme s'ils résumaient toute l'économie, et qu'ils étaient rationnels et stables. S'ils étaient aptes à produire des estimations correctes des valeurs et des prix, leur rôle serait utile. Le problème vient du fait qu'il n'en est rien. Ils sont, de ce point de vue, très différents des marchés de biens. Ceux-ci traitent de marchandises réelles, ayant une utilité que les consommateurs peuvent juger, alors que les marchés financiers reposent sur des paris subjectifs, spéculatifs. Ce sont des marchés de promesses. On y vend et achète des anticipations. Leur logique est d'une nature mimétique : chaque investisseur se positionne en fonction de ce que les autres vont faire. Ils ressemblent fortement à ces médias qui cherchent à découvrir non les informations importantes mais celles susceptibles d'être appréciées par le public. Or la théorie libérale veut nous faire croire que les marchés financiers donnent des valeurs pertinentes, des prix objectifs, et qu'au final l'autorégulation va l'emporter. C'est ainsi que la financiarisation a été vendue aux populations. Cette construction a été démentie par les crises qui se succèdent, depuis 1987 jusqu'au tsunami financier de 2007 et à la crise d'aujourd'hui. On ne peut se fier aux prix financiers, que ce soit un taux d'intérêt, un taux de change ou le prix d'une action. Dans les capitalismes qui l'ont précédée, qu'ils soient " fordien ", " rhénan ", " managérial " ou autre, le contrôle des entreprises était soit dans les mains de leur propriétaire, soit, lorsque le capital était trop dilué, dans les mains des directions d'entreprise. Il s'ensuivait une forte diversité des points de vue et des évaluations. Dans ces capitalismes, seul le " flottant " était laissé au marché, le reste était géré au sein d'institutions spécifiques, que ce soient des familles, des banques, à la manière du capitalisme rhénan, ou l'Etat, comme dans le cas français. A partir des années 1980, on a liquidé progressivement les blocs de contrôle, jugés trop coûteux, et parce que les jeux du marché faisaient apparaître de fortes opportunités de profit. Ce faisant a émergé une forme nouvelle de capitalisme, financiarisée, où la diversité des points de vue est bien moins marquée car le marché y constitue le coeur des évaluations économiques. La BCE a les moyens d'intervenir pour racheter de la dette. Mais dès qu'il s'agit de soutenir les Etats en difficulté, nos dirigeants et économistes protestent : " Cela va faire de l'inflation, nous allons plomber les actifs de la BCE. " Lorsqu'il s'agit des banques, on ne parle plus des risques inflationnistes ou de solvabilité... On met les Etats endettés entre les mains des marchés financiers, qui vont fixer à leur guise le prix de leur aide : actuellement, pour dix ans, 6,5 % pour l'Italie et 5 % pour l'Espagne. Les pays du Sud européen sont condamnés à consacrer une part considérable de leurs recettes budgétaires au remboursement de leur dette, produisant une réduction drastique des dépenses publiques, dramatique pour leur population. On confond crise de solvabilité et crise de liquidités. L'Italie a des dettes importantes mais elle reste solvable. Il est stupide et dangereux de laisser ce pays payer des intérêts élevés. Si la BCE rachetait de la dette publique, les taux d'intérêt se détendraient immédiatement. On pourrait alors aborder les questions fondamentales, sociales, écologiques, sans oublier la croissance. Mais nous sommes paralysés par l'intransigeance allemande. Nous sommes dans une situation proche de l'entre-deux-guerres, quand déjà les pays européens menaient des politiques déflationnistes, ce qui a conduit au chômage de masse. Il en est ainsi parce que l'Europe reste très marquée par son adhésion au capitalisme financiarisé. »
Philippe Escande dans « Les Echos » du 18 janvier 2012
Article intitulé : Free ou les deux règles d’or du low cost
« Quand la bombe éclatera, c’est-à-dire si Free parvient en peu de temps à séduire 3, 5 voire 10 millions de clients, les conséquences promettent d’être dévastatrices. Un analyste du courtier Raymond James en dresse la liste : des revenus en chute de 30 % d’ici à 2015 chez tous les concurrents, une chute des profits qui pourrait atteindre les 40 %, des plans de restructuration en cascade, un abandon des subventions aux mobiles, voire une reprise des grandes fusions, du type France Télécom-Deutsche Telekom et pourquoi pas un éclatement de Vivendi ! L’équation se résumerait ainsi : je vends deux fois moins cher car je suis deux fois plus productif. C’est ce que l’on appelle, de façon un peu rapide, l’effet low cost. Et puis les compagnies aériennes connaissent par cœur le phénomène. La grande restructuration annoncée la semaine dernière par Air France est aussi en bonne partie la conséquence de l’attaque de ses concurrents easyJet et Ryanair sur son trafic européen. Et, curieusement, les ratios sont proches. Le chiffre d’affaires par employé d’easyJet (7.360 personnes, 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires) est environ deux fois plus élevé que celui d’Air France KLM (100.000 personnes, 24 milliards de chiffre d’affaires). Derniers arrivés sur leurs marchés, ils jouent sur les deux atouts clefs que leur apporte leur jeunesse : une offre totalement repensée et une organisation bien plus efficace. Tous surfent donc sur la banalisation d’un objet de consommation au moment même où il cesse d’être un produit de luxe pour devenir un produit de masse. L’organisation est naturellement un cadeau de la jeunesse. Elle consiste à se concentrer sur les emplois en relation directe avec le produit et à réduire au maximum les hiérarchies et le formalisme. Les services support et marketing sont extrêmement réduits. Côté commercial, l’usage de l’Internet est généralisé. L’avantage compétitif des low cost va-t-il s’émousser dans le temps, à la faveur de leur embourgeoisement progressif et de leur expansion ? Ce sera le cas pour certains, tant la bureaucratie est une tendance naturelle des organisations humaines. Plus elles grandissent, plus elles se protègent, délaissent le client au profit des luttes internes. Pourtant, la culture Southwest demeure, quarante ans après, en dépit de sa taille (numéro un en trafic aux Etats-Unis), et l’entreprise est régulièrement honorée par la presse anglo-saxonne pour être celle« où il fait bon travailler ».Peut-on en dire autant de France Télécom ? Les low cost sont donc des agents de changement, de bouleversements darwiniens. Ils le sont d’autant plus qu’ils sont vite imités et parfois dépassés par de plus jeunes. Condamnés à innover en permanence s’ils veulent survivre et prospérer dans le monde instable qu’ils ont contribué à créer. »
Commentaire : Comment bâtir une économie globale viable sociologiquement (humainement) si le principe low cost se généralise à tous les biens et services ? Le low cost n’existe que sur les failles des systèmes anciens, systèmes anciens qui « assuraient » une certaine « redistribution ». A contrario, je pense que les low cost assurent une concentration des profits au détriment de la redistribution. Les low cost relèvent du principe économique de la main invisible (ce qui est normal puisque nous sommes dans ce cycle). Mais ne va-t-on pas vers un capitalisme qui s’autodétruit par ses excès à l’heure où nous entrons avec 2012 dans le cycle de surchauffe (cycle de Marx) ?
Kenneth Rogoff, ancien économiste en chef du FMI, dans « Les Echos » du 16 janvier 2012
Article intitulé : Repenser les buts de la croissance
« Est-il raisonnable de considérer la croissance économique comme l’objectif principal des sociétés ? Les plus critiques ont proposé des mesures plus larges du bien-être national comme l’indice de développement humain des Nations unies et plus récemment celui de la Commission sur la mesure de la performance économique et du progrès social en France, sous la direction de Joseph Stiglitz, Amartya Sen et Jean-Paul Fitoussi. Mais il y a un problème plus profond encore que l’étroitesse du champ couvert par l’analyse statistique : c’est l’échec de la théorie de la croissance à penser que l’être humain est une créature fondamentalement sociale. L’homme évalue son bien-être d’après ce qu’il voit autour de lui et non pas par rapport à une norme. L’économiste Richard Easterlin a fait remarquer que les enquêtes sur « le bonheur » révèlent étonnamment peu d’évolution dans les décennies suivant la Seconde Guerre mondiale, en dépit d’une croissance significative des revenus. Naturellement, les pays considèrent la croissance à long terme comme une partie intégrante de leur sécurité nationale et de leur statut mondial. Les pays fortement endettés, soit la plupart des économies avancées, ont besoin de la croissance pour s’en sortir. Mais à long terme se concentrer sur la croissance est insuffisant. Dans une période de grande incertitude économique, il peut sembler inadéquat de remettre en cause l’impératif de croissance. Mais, d’un autre côté, peut-être qu’une crise est exactement l’occasion de repenser les buts à plus long terme de la politique économique mondiale. »
Bradford Delong dans « Les Echos » du 9 janvier 2012
Article intitulé : Trop de finance tue la croissance
« En 1950, selon le ministère américain du Commerce, le secteur de la finance et de l'assurance représentait 2,8 % du PIB des Etats-Unis. Par la suite, ce secteur s'est développé pour atteindre 3,8 % du PIB en 1960 et 6 % du PIB en 1990. Aujourd'hui, il en est à 8,4 % et la tendance n'est pas sur le point de s'inverser. Selon Justin Lahart, du « Wall Street Journal », sa part a dépassé en 2010 le pic précédent de 2006. Il estime que la place prise par ce secteur « n'est sûrement pas une mauvaise chose... Le déploiement du capital là où il peut être utilisé au mieux favorise la croissance économique... ». Avec un taux d'intérêt réel standard de 5 % par an pour les flux de trésorerie à risque, détourner une aussi grande part des ressources des biens et services directement utiles n'a de sens que si cela se traduit par une augmentation du taux de croissance de 0,3 % par an ou de 6 % au bout de vingt-cinq ans. Mais à considérer l'expérience des investisseurs en Bourse et dans l'immobilier au cours des vingt dernières années, comment croire que le secteur finance-assurance américain répartit véritablement mieux les risques ? »
Jean-Marc Vittori dans « Enjeux Les Echos » janvier 2012
Article intitulé : La démocratie accro à la dette
« Comme le choc des plaques européennes et adriatique provoqua la formation des Alpes, la rencontre d’une récession brutale et d’intervention massives des Etats a soulevé une montagne de dettes publiques. En France, cet endettement a pratiquement progressé d’un tiers en à peine quatre ans pour atteindre un niveau record en temps de paix. Cette prodigieuse surrection n’aurait jamais eu lieu sans une accumulation de dettes privées qui a généré la secousse tellurique. Difficile de résister à cette offre de crédit abondante et pas chère…Poussés par des politiques incitatives, les Américains ont acheté des maisons par millions. Les prix de l’immobilier ont suivi en Espagne, en Irlande, en France. Dans les années 2000 comme dans les années 20, l’accroissement des inégalités a joué un rôle majeur. « Pour les pauvres et la classe moyenne, le seul moyen de maintenir une consommation élevée avec un revenu stable a été d’emprunter. » « Investisseurs, banquiers, traders ou intermédiaires mais aussi fonctionnaires ne peuvent plus se situer par rapport au temps. Ils deviennent collectivement aveugles sur la survenance d’événements autres que ceux que leurs modèles simplistes leur indiquent. » Les élus sont dans des les mains des groupes de pression qui forgent un climat favorable à leurs intérêts, voire dictent des lois diminuant les recettes de l’Etat ou augmentant ses dépenses. Du côté des recettes, le lobbying des contribuables le plus aisés s’est par exemple révélé d’une redoutable efficacité. En France, le nombre de niches fiscales, qui bénéficient surtout au plus favorisés, a explosé pour atteindre le demi-millier. L’impact de ces allègements sur la croissance n’a pas été prouvé ce jour. En revanche, leur effet négatif sur les comptes de l’Etat n’est pas douteux. La Cour des comptes relève que, « au cours des années 1997 à 2008, les prélèvements obligatoires ont été réduits de 3 points de PIB, alors que les dépenses publiques augmentaient à peu près comme le PIB ». Sans ces décisions politiques, le déficit public serait donc cette année de l’ordre de 1,5% du PIB, un niveau qui n’aurait jamais inquiété les investisseurs… »
Commentaire : Sans adaptation du système de cotation des titres, la prochaine secousse tellurique sera boursière. Là, nous connaitrons un véritable krach boursier.
Emmanuel Todd, démographe, anthropologue, historien, politologue, propos recueillis par Elisabeth Lévy, dans « Le Point » du 13 décembre 2011
Article intitulé : L’État est au service d’une oligarchie liée aux marchés, assure Todd, le “prophète certifié”.
« Ne soyons pas dupes de ces concepts mystificateurs, Bruxelles, les marchés, les banques, les agences de notation américaines : ces faux nez camouflent la prise du pouvoir politique, à l’échelle mondiale, par les plus riches. Sous couvert de protéger l’argent des petits épargnants, les marchés, ce sont tout simplement les plus riches jouant avec les États. Les riches ne se battent pas contre les États, ils se battent pour les contrôler encore mieux (voir “L’État prédateur”, de James Galbraith). Il suffit d’observer les parcours de certains individus entre la haute administration, les firmes américaines, Bruxelles et, désormais, les gouvernements pour comprendre qu’ils y parviennent. Si une même caste contrôle les marchés et les États, l’opposition entre les uns et les autres n’a plus aucun sens. La baisse, ou la stagnation, des revenus des gens ordinaires est allée de pair avec la hausse des revenus des 1 % les plus riches et, à l’intérieur de ce petit groupe, des 0,01 % les plus riches. Quant à l’État, il faut reconnaître son ambivalence et s’appuyer sur la partie raisonnable du marxisme pour comprendre ce qui se passe. L’État est à la fois l’incarnation de l’intérêt général et l’expression de la classe dominante. L’État social d’après-guerre, l’État gaulliste, et quoi qu’en ait dit le Parti communiste, agissait surtout au nom de l’intérêt général, il gérait une croissance pour tous. Aujourd’hui, l’État est prioritairement un État de classe. Le capitalisme financier contrôle à nouveau les États. La spécificité de l’oligarchie française, c’est sa proximité avec la haute administration. Ses membres ont souvent étudié dans de grandes écoles – sans forcément être des héritiers -, parlent en général très mal l’anglais, sont incroyablement français dans leurs moeurs et n’en finissent pas de se faire rouler par les vrais patrons, l’oligarchie américaine. La soumission à Standard & Poor’s et Moody’s est une soumission à l’oligarchie américaine. Quant à l’oligarchie allemande, nouvelle venue dans le système de domination, elle s’habitue ces jours-ci à traiter les Français comme de simples vassaux. Le charme singulier de l’oligarchie chinoise est son étroite intrication avec le Parti communiste. On analyse la dette publique à partir du point de vue d’un emprunteur qui serait coupable d’avoir dépensé sans compter. Les peuples doivent payer parce qu’ils ont vécu à crédit. Or ce ne sont pas les emprunteurs qui sont, fondamentalement, à l’origine de la dette, mais les prêteurs, qui veulent placer leurs excédents financiers. Marx l’avait très bien vu dans “Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte”, les riches adorent la dette publique ! Un État qui s’endette est un État qui, grâce au monopole de la contrainte légale, permet aux riches d’obtenir une sécurité maximale pour leur argent. François Chesnais montre bien comment, en France, les ultrariches ont bénéficié d’une baisse de leurs impôts qui leur permet de prêter à l’État les ressources dont il s’est lui-même privé. Sans oublier l’auto-interdiction pour l’État de fabriquer de la monnaie, établie par la loi Pompidou dès 1973, mais rendue idéologiquement formidable par le mythe supplémentaire d’une Banque centrale européenne à Francfort, supposée être hors de portée de l’État français. Chaque année, les Français se voient ainsi ponctionner, à travers la TVA et les impôts directs, 250 milliards d’euros, dont près de 50 milliards d’intérêts, qui vont à des gens qui ont déjà trop d’argent. Les deux tiers sont d’ailleurs étrangers, parce que la fête est mondiale, les riches Français pouvant en contrepartie se gaver de la soumission des États et des peuples. Je ne peux que me répéter : on a poussé les Grecs à s’endetter afin de pouvoir mieux les étrangler. Regardez votre téléviseur : sans cesse des publicités nous incitent à emprunter. Les banques, pardon, les riches, aiment prêter. Et les usuriers aiment saisir les biens si l’on ne peut rembourser. Privatiser les biens de l’État grec, par exemple. Le monde de l’oligarchie est un monde de pouvoir et de complots. En aidant l’État grec à trafiquer ses comptes, Goldman Sachs s’est comporté en usurier. Maintenant, ce qu’on appelle “aider” les Grecs, c’est les maintenir en état d’être rançonnés. La crise de la zone euro n’a pas été fondamentalement créée par la nonchalance des débiteurs, mais par l’agressivité des prêteurs. Le point de départ de la crise de 2008, c’est l’accaparement par la Chine et d’autres, grâce à leurs bas salaires, d’une part croissante de la production mondiale, qui entraîne, dans les pays riches, une compression des revenus, donc une insuffisance de la demande. Le résultat, c’est que les salaires évoluent à la baisse, alors que le volume de la production mondiale augmente. C’est dans ce contexte que les États-Unis, puissance monétairement dominante, découvrent le mécanisme fou du crédit hypothécaire. Les ménages américains ne s’endettent pas seulement pour acheter une plus grande maison, mais pour continuer à consommer des produits chinois. À l’arrivée, le fameux “retour de l’État” n’est rien d’autre que l’instauration d’un socialisme des riches. L’État doit sauver les riches, nom de code : “les banques”, parce que les banques, qui contrôlent aussi les moyens de paiement des citoyens, comme l’a très bien dit Frédéric Lordon, ont pris l’État en otage pour le compte de leurs riches actionnaires. Si on avait opté pour leur nationalisation, on aurait pu garantir les économies des gens ordinaires, indemniser les petits actionnaires et sanctionner les coupables. La vérité de cette période n’est pas que l’État est impuissant, mais qu’il est au service de l’oligarchie. Les gouvernements ont fini par comprendre que les politiques de relance ne relançaient que l’économie de la Chine et des pays émergents. Mais ils refusent toujours la moindre mesure de protectionnisme national, sectoriel ou européen. Voilà la triste vérité, nous sommes gouvernés par des imbéciles. Les gens qui sont aux commandes doivent être tenus pour responsables de leurs actes. L’Allemagne a mené une stratégie parfaitement égoïste d’adaptation au libre-échange, en délocalisant hors de la zone euro une partie de la fabrication de ses composants industriels, en pratiquant contre la France, l’Italie et l’Espagne la désinflation compétitive, puis en utilisant la zone euro comme un marché captif où elle a pu dégager ses excédents commerciaux. Cette stratégie commerciale est la poursuite d’une tradition autoritaire et inégalitaire par d’autres moyens. »
Valérie Segond, propos d’André Orléan, dans « La Tribune » du 21 décembre 2011
Article intitulé : Le monde d'après, selon... André Orléan
« Alors, si l'on en croit votre ouvrage « l'Empire de la valeur », les prix, sur lesquels reposent les marchés financiers, sont tronqués, en ce qu'ils ne reflètent pas la réalité économique ? En fait, si l'idée de l'efficacité des prix est très ancienne, Adam Smith et David Ricardo ne considéraient, quant à eux, que les prix sur les marchés de biens ordinaires, résultant de l'offre et de la demande. Le problème est d'avoir étendu cette analyse aux marchés financiers, en considérant qu'ils sont efficients, et qu'à ce titre ils s'autorégulent parfaitement. Cette croyance, qui ne date que des années 1970 et qui s'est répandue avec la financiarisation de l'économie, est fausse. Car en vérité, marchés de biens et marchés financiers fonctionnent de façon radicalement différente : sur les premiers, l'équilibre des prix dépend de la rareté objective des biens ; sur les seconds, les prix évoluent avec l'anticipation des revenus futurs, et les investisseurs sont à la fois acheteurs et vendeurs d'actifs financiers en fonction des anticipations qu'ils ont de leur rendement futur. Résultat : quand le prix d'un actif financier monte, la demande ne baisse pas nécessairement, car les investisseurs peuvent anticiper que le prix de cet actif continuera à grimper. Dans ce cas, ils spéculent. Voilà pourquoi les marchés financiers sont si volatils qu'il se forme des bulles sans lien avec la valeur sous-jacente des titres, et que cela est très déstabilisant pour l'économie réelle. Les prix seraient donc non seulement faux, dans leur représentation, mais aussi dangereux quand ils jouent un rôle trop important ? Tout à fait. Cette crise de la dette démontre chaque jour l'inefficience des marchés, et leur totale déconnexion avec l'économie réelle. Donner tant de poids à des grandeurs aussi volatiles dans la régulation de nos économies, c'est nous empêcher de construire une croissance durable. Mais peut-on encore s'en affranchir, alors que les valeurs financières constituent aujourd'hui l'étalon de mesure premier de nos sociétés ? On a oublié que ce capitalisme financiarisé n'est qu'un très court moment de l'histoire du capitalisme. À mon sens, il faut sortir de cette situation : il faut définanciariser nos économies. Mais la seule façon de mettre fin à cette dépendance vis-à-vis des marchés financiers n'est-elle pas de réduire notre train de vie collectif au niveau de nos recettes ? Non, le problème de notre dette publique est d'abord un problème politique. Il suffirait que la BCE rachète de la dette publique pour que les taux d'intérêt sur les emprunts publics se détendent immédiatement et que cesse la crise de crédibilité de la zone euro. C'est ce que montre sans ambiguïté l'exemple des États-Unis, de la Grande-Bretagne et du Japon. Tous ces pays sont plus endettés que nous mais bénéficient de taux d'intérêt plus bas du fait des politiques actives de rachat qu'ils pratiquent. En Europe, nous sommes paralysés parce que les Allemands ne veulent pas toucher au dogme de l'indépendance de la BCE. Nous sommes aujourd'hui dans une situation proche de l'entre-deux-guerres quand les pays menaient des politiques déflationnistes pour sauver leurs stocks d'or et leur parité, ce qui a conduit au chômage de masse. Comment l'éviter ? Il faut que les peuples européens se ressaisissent de leur souveraineté pour échapper à l'étouffement auquel nous conduit une croyance monétaire inadéquate. Et qu'ils reconstruisent un vrai projet de croissance durable. Mais la transition sera difficile à négocier, car nous n'avons plus les outils politiques pour produire du consensus et mener pacifiquement une telle transformation. La financiarisation a intoxiqué nos institutions. Au vu de vos recommandations, quelle lecture faites-vous de l'accord européen du 9 décembre, et de la refonte prévue des traités ? Le talon d'Achille de l'Europe, c'est sa faiblesse politique, et ce traité n'y changera rien. D'ailleurs, les agences de notation ne s'y sont pas trompées, qui prennent pour un handicap majeur l'impuissance politique au sein de l'Union monétaire. Le contrôle accru des budgets par des instances technocratiques fait à nouveau l'impasse sur la démocratie. Cependant, l'émergence d'une souveraineté européenne ne se décrète pas. Elle ne se réduit en rien à l'adoption de règles électorales et à la convocation d'un Parlement européen. La démocratie est d'abord le résultat d'une histoire en commun qui forge une identité partagée et des valeurs collectives. Autrement dit, pour qu'il existe un souverain européen, il faudrait qu'il existe un peuple européen et non pas la juxtaposition de 27 peuples aux destins séparés. L'impuissance de la politique européenne est tout entière dans son incapacité à faire vibrer à l'unisson le corps social européen. »
Commentaire : Pour ceux qui ne connaissent pas André Orléan, André Orléan est tout sauf un hurluberlu. Il est Directeur d'études à l'EHESS, membre du comité de direction de la revue Annales. Histoire, Sciences Sociales, membre du Conseil Scientifique de l'Autorité des Marchés Financiers. Nous vivons bien une crise de valorisation comptable. Seul problème, cette crise est fabriquée par les régulateurs eux-mêmes qui sont « guidés », notamment, par les « big fours ». Souvenez-vous du commentaire d’hier : « Les mêmes acteurs qui ont créé la crise actuelle recommencent en rajoutant de nouvelles strates. Il est parlé de l’échec IASB. Pour rappel, l’IASB qui est cité dans cet article est constituée comme le rappelle Monsieur Villepelet dans « Les Echos » du 12 août 2009, par les régulateurs boursiers mondiaux. En synthèse, les systèmes comptables qui fabriquent « artificiellement » les cours et la volatilité boursière (impératifs aux produits dérivés et autres) et déstabilisent les marchés boursiers sont sous la tutelle, via un trustee, des personnes censées réguler ces mêmes marchés boursiers. Cherchez l’erreur ! »
Eric Benhamou dans « La Tribune» du 21 décembre 2011
Article intitulé : « Le système capitaliste s'est laissé piéger par sa propre complexité »
« Le capitalisme a toujours été un système instable, car générant sans cesse une concentration du patrimoine qui finit par empêcher la machine de tourner. Le capitalisme ne se nourrit pas de ses crises, comme on l'entend souvent dire, mais il est à chaque crise sauvé par une mobilisation de toutes les énergies et, en premier lieu par l'État, qui a permis jusqu'ici de le remettre à flot. Les économistes y voient des «cycles» alors que le système ne survit qu'à grand renfort de plans de sauvetage successifs. Il y a eu en 2008 une vraie prise de conscience de la gravité de la situation et une fenêtre d'opportunité pour agir. C'était le temps de la «refondation du capitalisme», comme le prônait alors Nicolas Sarkozy à Toulon. Et puis... rien. La machine était en panne et l'on a tenté de la réparer avec du sparadrap. Et aujourd'hui, la machine est arrêtée car son coeur financier a entièrement fondu. Et pourtant, on continue d'inonder le système financier de liquidités ou d'appliquer de vieilles recettes, comme l'austérité, qui risquent d'aggraver les choses et d'accélérer le délitement du système. Comme au Moyen Âge, on pratique la saignée, quitte à tuer le malade ! La titrisation est morte et le «high frequency trading» est en train de tuer la Bourse en raison de la trop grande efficacité des robots qui y ont été lâchés. Les produits financiers complexes ont généré un risque systémique non maîtrisable. On clame qu'il est urgent de réduire le risque systémique mais aucune mesure n'est prise en ce sens : on se contente de prôner la constitution de réserves plus importantes, autrement dit, on entérine l'hypothèse qu'on ne comprend rien aux mécanismes de contagion du risque et que la seule chose qu'on puisse faire, c'est de rehausser les digues. La faillite spectaculaire de MF Global est typique de ce climat : elle ne relève pas de l'escroquerie mais bien du fonctionnement ordinaire du système. Et on justifie, au nom de ces mêmes principes, la nomination de technocrates à la tête de la Grèce ou de l'Italie alors qu'ils ont eux-mêmes une large part de responsabilité dans la crise actuelle. Les politiques n'ont plus aucune marge de manoeuvre devant ce système qui se délite. La seule chose qu'ils fassent, quel que soit leur parti, c'est de faire semblant d'être aux commandes. Le salut viendra nécessairement de gens qui comprennent la réalité du problème. Et paradoxalement, les seuls qui puissent véritablement lancer un appel en faveur de la constitution d'un nouveau cadre, les seuls qui puissent exiger de vraies réformes, ce sont les financiers eux-mêmes. Eux seuls savent dans quel état se trouve la machine, une réalité bien éloignée de ce que les politiques racontent au public. Ils bougeront peut-être lorsqu'il n'existera plus d'autre alternative. Mais ne tablons pas trop là-dessus non plus : élaborons un véritable projet de notre côté. »
Laurent Cappelletti, professeur titulaire au CNAM, dans « Les Echos » du 19 décembre 2011
Article intitulé : La macroéconomie et l’« imposture
« Depuis la fin du XIXe siècle,« chaque fois que les économistes ont convergé vers des principes et des modèles, une effroyable crise a tout démoli ». Les faits obligent à considérer les leviers macroéconomiques – monnaie, taux d’intérêt, fiscalité, etc. – comme des variables de contexte qu’il faut certes tenter de maîtriser, mais pas comme les clefs de la prospérité durable. Aujourd’hui, le célèbre théoricien Henry Mintzberg place les causes de la crise dans la façon dont les organisations sont managées et moins dans les facteurs économiques. Pour Henri Savall, professeur émérite à l’université de Lyon, le seul facteur actif de création de valeur se situe dans le management des organisations, qu’elles soient de niveau micro (les entreprises, les collectivités locales…) ou macro (les conglomérats, les territoires, les Etats…). D’autre part, ce serait reconnaître l’importance du management des hommes – entrepreneurs, salariés, fonctionnaires, élus… – au détriment des prescriptions macroéconomiques sur lesquelles beaucoup, politiques et intellectuels, ont fait leur nid »
Guy Sorman dans « Le Monde » du 16 décembre 2011
Article intitulé : Il faut réaliser une fusion économique
« Les menaces sur l'euro ne sont pas comparables aux armées de Joseph Staline et d'Adolf Hitler ? Certes, mais les temps ont changé : ce qui, hier, se conquérait par les armes s'obtient aujourd'hui par l'économie, qui réduit les nations mal gérées à la décadence matérielle et au désespoir existentiel. L'économie n'a pour finalité que le progrès, pas l'équilibre : la croissance européenne est lente uniquement parce que le crédit est incertain et le marché privé asséché par la dette publique. »
Jacques Rosselin dans « La Tribune » du 16 décembre 2011
Article intitulé : Le spectre des années 30
« La crise financière majeure de 2011 fait sentir son impact sur l'économie réelle. Les chiffres de l'Insee viennent de le confirmer : la France, en récession depuis deux trimestres, le sera encore au premier semestre 2012. Le spectre de la crise de la fin des années 20 et des années 30 plane. Les pays riches, contraints à l'époque par l'alignement de leur monnaie sur l'étalon or, donc dans l'impossibilité de dévaluer pour relancer leurs exportations, ont subi le double effet d'une politique monétaire et d'une politique budgétaires strictes. Ils n'avaient pas la possibilité d'aller se ressourcer auprès d'un prêteur en dernier ressort, ce qui devait provoquer l'évasion de capitaux des pays en difficulté, incapables de rassurer les investisseurs. Un paysage familier et inquiétant. Même le très libéral « The Economist », pessimiste, engage les gouvernements européens à ne pas refaire les erreurs d'avant-guerre et à agir énergiquement sur les leviers budgétaire et monétaire, comme l'a fait Obama en 2009 et 2010. Mais pour cela, il faut une vision politique et un accès à ces leviers. Les dirigeants européens n'ont ni l'un ni l'autre. Eux qui n'hésitent pas à invoquer le bon sens de la ménagère ou du chef d'entreprise lorsqu'ils parlent de politique des États semblent avoir du mal à comprendre un raisonnement simple : l'austérité fait fondre la consommation et grimper le chômage, ce qui nuit aux rentrées fiscales et creuse le déficit, ce qui entraîne la perte de confiance des marchés et la hausse des taux d'intérêt, donc plus de déficit et de récession. Nous sommes condamnés à ce cercle vicieux ou à l'inventivité et la volonté politique : création d'euro-obligations, activation d'un fonds de soutien massif, prêteur en dernier ressort, augmentation des salaires, plans de relance. La Grande Dépression a conduit à la guerre et à la fin de l'étalon or. Cela devrait nous inciter à agir pour sortir rapidement d'un pilotage automatique basé sur l'équilibre budgétaire et l'impuissance monétaire. »
Commentaire : Contrairement à 1920, aujourd’hui, nous faisons bien la distinction entre économie réelle et virtuelle. Indépendamment, de l’aveuglement « politique » lobbyisé et dogmatisé aux règles comptables stupides, il y a le fait « financier » qui en prônant la concurrence à outrance a ouvert la porte à tous les excès et à la création d’une économie virtuelle dévoreuse de capitaux (retirés à l’économie réelle), parieuse et prêteuse sur gage en mettant en garantie les biens de l’économie réelle. Bien que l’écrit ci-dessous énonce des vérités, je ne pense pas qu’il faille y voir un risque de guerre. Raison gardée.
David Bensoussan dans « Challenges » du 15 décembre 2011
Article intitulé : L'étonnante idée de Claude Bébéar pour mettre fin à la dictature des marchés
"On accorde une confiance aveugle aux marchés, alors qu’ils ont toujours tort à court-terme." Face aux menaces des agences de notation et des fonds étrangers qui détiennent les deux tiers de notre dette, Claude Bébéar en appelle aux Français pour mettre fin à la dictature des marchés. Pour rembourser sa dette, la France emprunte plus de 180 milliards d’euros par an, et la fragilité de son AAA risque de faire grimper les taux d’intérêts. D’où l’intérêt de faire appel à une épargne nationale abondante, qui absorbe 16 % du revenu des ménages. "Les Français mettent leur argent dans des sicav monétaires alors qu’ils pourraient financer les besoins à long terme de l’Etat", peste Bébéar. »
Commentaire : La richesse des Français est soit valorisée sur des biens immobiliers au plus haut, soit sur de l’épargne dont le taux de productivité économique est proche de zéro, soit sur de l’économie virtuelle qui à tout moment peut ni plus ni moins que disparaître. Cherchez l’erreur ! Solution : Humanity Invest et le fonds objectif 2016 (ou fonds de stabilisation boursier) pièces jointes
Pierre de Gasquet dans « Les Echos » du 15 décembre 2011
Article intitulé : Le chef économiste du FMI juge l’accord européen « insuffisant » face à l’ampleur de la crise
« Si l’Europe ne surmonte pas cette crise, le reste du monde sera affecté de manière sensible. Même si on trouve une solution pour éviter la catastrophe, l’année 2012 ne va pas être très facile en Europe », a souligné hier Olivier Blanchard. « Le niveau de croissance est bas, la consolidation budgétaire va être très marquée et la poursuite du ’’deleveraging’’ des banques va constituer un frein en Europe. »Pour lui, le « deleveraging » en cours du secteur bancaire comporte une« énorme ambiguïté », car la pression politique va inciter les banques à se délester d’actifs dans d’autres pays, ce qui pourrait se traduire par de« graves difficultés pour les pays émergents d’Europe ». « Clairement, les banques européennes doivent aujourd’hui renforcer leur capital. La bonne manière est d’augmenter leurs fonds propres plutôt qu’à travers un ’’deleveraging’’ massif », a insisté Olivier Blanchard, trois mois après l’appel de Christine Lagarde en faveur d’une recapitalisation urgente des banques européenne à hauteur de 200 milliards d’euros. Parallèlement, le chef économiste du FMI a mis en garde les Etats européens contre la tentation d’une cure d’austérité trop brutale. « Nous devons avoir un ajustement budgétaire, mais cela doit être un long processus d’ajustement à moyen terme. » Pour le chef économiste du FMI, les gouvernements européens doivent résister à la pression des marchés en faveur d’une cure d’austérité trop brutale.« Les marchés sont schizophréniques : ils veulent une consolidation budgétaire mais ils se préoccupent aussi de croissance. » Il estime que revenir à un objectif de dette de 60 % du PIB prendra sans doute dix à vingt ans dans la plupart des pays. Le faire trop vite entraînerait une croissance négative et serait« très risqué ».
Commentaire : A la différence de nos politiques, Monsieur Blanchard n’est pas soumis aux pressions des lobbies et des partis. Notre crise est bien une crise créée par les politiques pour des raisons politiciennes. A force de noircir les choses pour justifier certains dogmes comptables (et de marché), l’on créé des crises SOCIOlogique, ECOnomique, POlitique et FInancière.
Kenneth Rogoff dans « Les Echos » du 12 décembre 2011
Article intitulé : Le capitalisme n’est pas mort
« La crise actuelle marque-t-elle le début de la fin du capitalisme dans sa version moderne ? Le capitalisme moderne a connu un extraordinaire développement depuis le début de la révolution industrielle il y a deux siècles, en faisant sortir de la misère des milliards de gens ordinaires. Le marxisme et le socialisme autoritaire ont en comparaison un bilan désastreux. Mais alors que l’industrialisation et les progrès technologiques s’étendent vers l’Asie (et maintenant vers l’Afrique), un jour la lutte pour la subsistance ne sera plus un impératif primordial et les nombreux défauts du capitalisme contemporain pourront peser plus lourd. De plus, tout en produisant d’énormes richesses, le capitalisme a créé d’extraordinaires inégalités. Un troisième problème touche la santé et l’accès aux soins avec un risque d’une augmentation des dépenses au fur et à mesure de l’enrichissement et du vieillissement de la population. Il est paradoxal que les sociétés capitalistes modernes s’engagent dans des campagnes publiques pour inciter les personnes à être attentives à leur santé, tout en favorisant un écosystème économique qui pousse de nombreux consommateurs à adopter un régime alimentaire malsain. De toute évidence, la croissance économique, impliquant une consommation toujours plus forte, ne peut pas être une fin en soi. Quatrièmement, les systèmes capitalistes d’aujourd’hui sous-évaluent grandement le bien-être des générations futures. Mais au final, et même s’il risque d’être de plus en plus contesté à l’avenir, le capitalisme lui-même ne devrait pas disparaître de sitôt. »
Alain-Gérard Slama dans « Le Figaro » du 7 septembre 2011
Article intitulé : La crise, l'irréversible et l'irréparable
« La pire conséquence du principe de précaution est d'avoir semé dans les esprits une confusion dangereuse entre l'irréversible et l'irréparable. Pour prendre l'exemple le plus saisissant, les dégâts provoqués au Japon par la catastrophe nucléaire de Fukushima sont sans doute, sur place, irréversibles. Il ne s'ensuit pas que les défaillances techniques qui ont rendu possible la fusion de la centrale soient, pour autant, irréparables. Elles le sont d'autant plus que les erreurs de conception de la centrale, compte tenu du caractère spécifique de sa localisation, sont désormais connues et qu'il apparaît, après coup, qu'elles étaient évitables. La décision allemande prise, par «principe», de renoncer à la ressource de l'énergie nucléaire est une faute qui risque, pour le coup, d'être longtemps irréparable. Le même raisonnement peut être conduit à propos de la crise de l'euro. Le frappant, dans cette crise, est que les fautes qui l'ont rendue possible ont été analysées et quasiment balisées par ses principaux acteurs au moins depuis la mise en place de l'euro au début de ce siècle. Si l'on a mis en vedette les «prophéties» de quelques habiles virtuoses de la finance, tels que Nouriel Roubini, on a superbement ignoré les inquiétudes d'un certain nombre d'économistes, de financiers, voire de ministres et d'élus, depuis l'Américain Ben Bernanke, le patron de la Fed, jusqu'à Jean-Claude Trichet, l'ancien gouverneur de la BCE, en passant par Alain Juppé, qui ont multiplié les mises en garde à l'adresse des responsables politiques européens; ces derniers ont eux-mêmes déploré la complexité, le flou des règles de fonctionnement de l'Union qui ont multiplié les entraves à l'harmonisation économique de l'espace européen. »
Commentaire : Au risque de me répéter (et de lasser), nous les professionnels, ne devrions-nous pas, via nos associations professionnelles, travailler à éviter l’irréversible (krach de liquidité des OPCVM) pour éviter l’irréparable ? Les solutions sont simples…mais il est vrai qu’elles ne sont pas à la mode. Connaîtrons-nous les mêmes conséquences que l’aveuglement décrit ci-dessus ? Eviterons-nous que l’on écrive un jour à notre sujet « Le frappant, dans cette crise, est que les fautes qui l'ont rendue possible ont été analysées et quasiment balisées par ses principaux acteurs ? » ?
Bruno Palier, directeur de recherche du CNRS dans « Le Monde » du 7 septembre 2011
Article intitulé : Les dépenses sociales n'ont pas causé la crise
« L'erreur est humaine, mais persévérer ne l'est pas. Depuis 2010, les plans d'austérité se multiplient en Europe pour faire face à la crise de la dette des Etats, et pour rassurer les marchés. Les mesures adoptées par les différents gouvernements européens, ainsi que les recommandations émises par les instances européennes, sont principalement de trois types : réformes de la protection sociale, privatisations, gel du salaire des fonctionnaires et réduction de leur nombre. Des coupes sont prévues dans les dépenses sociales, des réformes structurelles sont imposées : augmentation de l'âge de départ à la retraite, flexibilisation accrue du marché du travail, baisse des prestations chômage pour rendre le travail plus attractif, heures de travail obligatoire pour les bénéficiaires de l'assistance, compétition renforcée dans le domaine des services sanitaires et sociaux. Prises dans leur ensemble, ces mesures ne sont pas originales, si ce n'est par leur ampleur et leur soudaineté. Elles sont directement inspirées par une pensée économique devenue dominante au cours des années 1980. Les politiques sociales y sont conçues comme un poids pour l'économie, elles sont supposées empêcher les investissements et la création d'emplois, et être trop généreuses pour inciter les chômeurs à rechercher une nouvelle activité. Si l'on continue d'appliquer les recettes en vogue depuis près de trente ans, c'est que l'on estime que cette pensée continue d'être valide. Mais est-ce bien la protection sociale qui est la cause des difficultés économiques européennes et de la situation actuelle de surendettement de certains Etats ? Depuis au moins deux décennies, la stratégie pour créer des emplois et retrouver la croissance repose sur une politique de libération de l'offre qui se serait trouvée contrainte et inhibée par l'expansion de l'Etat-providence. Baisser les charges et les rigidités pour restaurer les profits devait générer une croissance des investissements qui devait déboucher sur la création de nombreux emplois (le fameux théorème d'Helmut Schmidt énoncé en 1974). Les politiques menées ont effectivement restauré les profits et permis aux plus riches de s'enrichir plus encore, mais ni les investissements ni les emplois n'ont suivi. Une étude récente de l'Organisation internationale du travail (" Making Markets Work for Jobs ") souligne que, dans les pays développés, les profits ont augmenté de 83 % entre 2000 et 2009, mais que le niveau des investissements a stagné au cours de la même période. Les profits dégagés se sont de plus en plus traduits en dividendes pour les actionnaires (de 29 % des profits en 2000 à 36 % en 2009), et en investissements financiers plutôt qu'en investissements productifs (les investissements financiers des entreprises non financières sont passés de 81,2 % du PIB des pays développés en 1995 à 132,2 % en 2007). L'erreur a été de croire que les marchés sauraient transformer les profits en investissements productifs. Les immenses revenus générés ont en fait surtout été employés pour alimenter la spéculation, tandis que les classes moyennes devaient emprunter pour maintenir leur niveau de vie, générant par là la dette privée à l'origine de la crise financière de 2007-2008. En outre, les stratégies menées par les entreprises pour restaurer leurs marges se sont le plus souvent faites contre l'emploi de qualité. Pour réduire leurs coûts de production, de nombreuses entreprises ont multiplié les plans de réduction des effectifs, et ont développé la sous-traitance pour ce qui n'était pas leur coeur de métier, ce qui a conduit au développement de plus en plus d'emplois atypiques. Au total, la stratégie ne crée pas de croissance et les emplois générés sont de mauvaise qualité et faiblement rémunérés. Etant souvent subventionnés, ils coûtent à l'Etat plus qu'ils ne lui rapportent. Cette stratégie est en fait une stratégie de dumping social et d'appauvrissement des salariés et des Etats, qui explique en grande partie les difficultés budgétaires des pays européens qui l'ont suivie. Comme le montre l'atonie économique européenne en 2011 et 2012, ces mêmes politiques ne permettent pas à l'économie de redémarrer. Il est étrange de persister à mettre en oeuvre des politiques qui ont fait la preuve de leurs échecs, et sont à l'origine de la crise actuelle. Il convient plutôt de construire un nouveau modèle économique et social qui repose sur les investissements nécessaires pour préparer l'avenir. Les pays qui souffrent le plus aujourd'hui sont ceux qui n'ont pas effectué les investissements nécessaires hier. Il faut investir dans le capital humain, dans l'accueil et les capacités des jeunes enfants, dans l'éducation et la formation tout au long de la vie, dans les politiques permettant une meilleure conciliation entre vie familiale et vie professionnelle. De nombreuses dépenses sont attachées aux politiques passées : baisse des taux supérieurs d'imposition, exonération des cotisations sociales pour financer de mauvais emplois, aides aux secteurs en déclin qui reposent pour leur survie sur l'hyperproductivisme, la sous-traitance et les délocalisations. Les sommes ici dépensées - gâchées - seraient mieux employées aux dépenses d'investissement social. »
Commentaire : Article à lire et à relire
Henri Lachmann, président du conseil de surveillance de Schneider Electric, dans « La Tribune » du 30 novembre 2011
Article intitulé : Les entreprises ont besoin d’actionnaires de long terme
« Depuis plusieurs années, nous sommes quelques chefs d’entreprise à militer contre la dictature court-termiste des marchés financiers. Ce combat n’a jamais été autant d’actualité. Comme les clients, les collaborateurs, les fournisseurs, l’actionnaire est un partenaire vital pour l’entreprise. Il lui confie son épargne, il est en droit d’en attendre un retour sur investissement. Mais celui-ci ne peut pas se construire en un trimestre ou en un semestre. C’est à travers une vision de moyen et long terme que la relation entre l’entreprise et ses actionnaires doit se bâtir. Les entreprises ne doivent pas se laisser imposer la dictature court-termiste des marchés financiers, dont l’horizon n’est absolument pas celui des entreprises. Certes, les résultats semestriels sont de vrais rendez-vous avec les actionnaires, mais ils doivent être placés dans une perspective durable, car ils sont le fruit d’une stratégie mise en place sur plusieurs années. La définition de cette stratégie et la capacité de résister à la pression court-termiste des marchés financiers sont de la responsabilité des dirigeants d’entreprise. Ils doivent résister à la financiarisation de l’économie et à celle des entreprises devenues beaucoup trop importante. Ces entreprises ont besoin de l’épargne durable des actionnaires pour continuer à croître sur le long terme. Ce type d’actionnariat stable doit être favorisé, y compris au travers d’incitations fiscales. De même, si les entreprises ont besoin d’actionnaires de long terme, ceux-ci doivent être exigeants vis-à-vis des groupes dans lesquels ils investissent. Ils sont en droit d’attendre une vision stratégique claire, une transparence concernant les comptes de leur entreprise et la rémunération de leurs dirigeants. On ne peut pas faire de capitalisme sans capital et sans actionnaires stables. »
Commentaire : « Les entreprises ne doivent pas se laisser imposer la dictature court-termiste des marchés financiers, dont l’horizon n’est absolument pas celui des entreprises » En fait, les entreprises sont sous la dépendance d’une information qui relève de l’escroquerie. Comment imaginer que l’on puisse continuer à développer l’économie et nos entreprises alors qu’on l’on fait croire aux actionnaires que la valorisation comptable et/ou boursière est réelle et réalisable pour tous à tout instant alors qu’elle est fictive ? C’est bien parce que les autorités ont mis en place un système qui relève de l’escroquerie intellectuelle et financière que nos entreprises sont malades. Changeons les règles comptables et fiscales et quantité de problèmes seront résolus. Les hommes ne seront plus la variable d’ajustement de la réalisation d’objectifs comptables (à qui on n’impose pas d’être réalisables) qui, trop souvent, n’ont pour objet que d’assurer une chaîne de rémunération aux professions du chiffre, du contrôle, des normes etc... La devise pourrait être : « Fabriquons des chiffres, des règles comptables et de contrôle pour assurer nos commissions et notre emprise sur les entreprises ». Ce jeu est pour l’instant gagnant à tous les coups. En effet, lorsque les chiffres comptables se voient décrédibilisés par les crises qu’ils ont créées, les mêmes acteurs faisant partie du « gotha » et bien souvent des autorités de contrôle se voient chargé, à très grands frais, de réfléchir et de proposer de nouvelles normes pour que les catastrophes qu’ils ont créées ne se réalisent plus. Dans l’entreprise, il y a aura bientôt plus de conseillers, de contrôleurs de normes diverses et variées, d’intermédiaires comptables et autres professions de même acabit que d’éléments réellement producteurs. Il n’y a pas de dictature du court termisme. Il y a la fumisterie des normes comptables et financières.
Jean-Marc Vittori dans « Les Echos » du 29 novembre 2011
Article intitulé : De la peur de 2008 à la récession de 2012
« Du jour au lendemain, cette fluidité a disparu. Les responsables d’entreprise en ont tiré une leçon immédiate : il faut à nouveau garder beaucoup d’argent en caisse. C’est ainsi qu’a débuté la plus fantastique course au cash de l’histoire, entraînant la plus forte récession depuis la dernière guerre. Aujourd’hui, le marteau s’approche à nouveau. La menace de faillite bancaire rôde sur l’Europe. Pour des raisons réglementaires, toutes les grandes banques du Vieux Continent sont bourrées d’obligations publiques à la solidité désormais remise en question, comme le rappelait hier encore l’agence de notation Moody’s. Pour l’instant, les banquiers continuent de prêter. En France, ils ont accru leurs prêts aux entreprises de 5,5 % depuis un an (chiffre d’octobre). Mais ça ralentit. les premiers signes d’un « credit crunch », un étranglement du crédit, apparaissent. De leur côté, les chefs d’entreprise se méfient, traumatisés qu’ils ont été par le choc de 2008. Depuis, ils ont certes complètement revu leur gestion financière. Ils ont accru d’un tiers leurs emprunts directs sur les marchés (un moyen réservé pour l’instant à des firmes d’une certaine taille). Ils limitent leurs stocks. Ils ont aussi sensiblement accru leurs dépôts bancaires, plus que les Allemands ou les Italiens. Ils ont donc un épais coussin de cash, contrairement à 2008. Mais, à la vue du marteau qui tournoie autour de leur tête, ils vont tout faire pour le préserver. D’abord en limitant les embauches – ce n’est pas un hasard s’ils ont quasiment stoppé les recrutements à l’été après en avoir fait plus de 100.000 pendant la première moitié de l’année. Ensuite, et surtout, en taillant à la hache dans les projets d’investissement. C’est le moment idéal pour le faire, car on détermine les budgets pour l’an prochain. Or l’investissement avait été le moteur de la croissance le plus dynamique ces derniers trimestres. L’activité risque donc de reculer cette fin d’année puis début 2012. »
Bernard Spitz, président FFSA, dans « Les Echos » du 25 novembre 2011
Article intitulé : L’économie du désendettement
« Nous entrons dans un cycle économique inédit et périlleux : celui de l’économie du désendettement. L’endettement non maîtrisé est le fil rouge de toutes les crises depuis quatre ans. Mais, aujourd’hui, ce sont les Etats qui sont menacés de faillite. Il leur faut réduire les déficits publics et l’endettement privé. Cela s’appelle l’économie du désendettement. nSi l’on veut éviter qu’elle ne dégénère en récession, il faut la maîtriser, ce qui nécessitera pendant plusieurs années une discipline de guerre en temps de paix. Dans cette période, un mot est avancé comme une formule magique : « régulation ». Mais celle qui se met en place à l’échelle mondiale n’est pas la bonne : notre abandon de souveraineté sur les normes comptables il y a une décennie a érigé en dogme une prétendue « fair value » qui consiste à retenir la seule valeur de marché dans les comptes des entreprises. En d’autres termes, on règle l’économie mondiale sur le court terme. Quant aux règles du jeu édictées, elles ne s’appliquent pas partout : les ventes à terme ne sont interdites qu’en Europe, Solvancy II ne pèse que sur les assureurs européens, seules les banques européennes appliquent les règles du Comité de Bâle… La supervision est confiée à des généraux vaincus, impuissants devant la crise précédente et se préparant à la prochaine, campés sur leur ligne Maginot. Que signifie le primat du court terme, sinon un frein général à l’investissement, une incitation à la spéculation et un effet dépressif sur l’économie ? On favorise un crédit plus rare et plus cher ; des plans de restructuration dans les entreprises ; un recul de la recherche et des projets d’avenir, la méfiance à l’égard des marchés actions et, à l’arrivée, une contraction de la croissance et de l’emploi. Un cercle vicieux fatal. Le fait que les ménages puisent dans leur épargne pour maintenir leur consommation – un phénomène qui impacte déjà l’assurance-vie en France – ou que les établissements financiers soient contraints de stériliser des capitaux est une double mauvaise nouvelle : pour la capacité des entreprises à investir, comme pour le taux de couverture domestique de notre dette. Ce désendettement doit intervenir dans la durée et suppose un minimum de croissance de notre économie pour en absorber les chocs. Nous n’aurons d’autre choix que d’économiser, innover, produire mieux et davantage. Au G20, à Cannes, les partenaires sociaux ont fait leur job, en signant la première déclaration commune sur l’emploi, la protection sociale et les droits au travail entre employeurs et syndicats. Mais, pour inverser cette spirale court-termiste et maîtriser le cycle du désendettement, il faudra la force, la dynamique, la qualité de réflexion, le sens de l’intérêt général et du long terme qui ont prévalu à Bretton Woods. Ses acteurs s’appelaient Keynes, White, Mendès France, Kojève. Où sont leurs successeurs ? »
Commentaire : Il est totalement faux d’écrire « Etats qui sont menacés de faillite ». Les Etats sont très endettés mais restent très riches. Ce n’est pas parce qu’une grande partie des ressources est affectée au remboursement d’emprunts qu’il faut oublier le patrimoine détenu. Il y a des limites à ne pas franchir. Par contre, je ne peux qu’applaudir quand des responsables commencent à admettre que la situation actuelle soit issue du dogme comptable (qu’ils ont eux-mêmes mis en place) de la « fair value » lorsqu’il est écrit « notre abandon de souveraineté sur les normes comptables il y a une décennie a érigé en dogme une prétendue « fair value » qui consiste à retenir la seule valeur de marché dans les comptes des entreprises. En d’autres termes, on règle l’économie mondiale sur le court terme. ». En fait avec cette norme qui en ne prenant pas en compte les volumes échangés*, augmente artificiellement l’ampleur des variations boursières et les valorisations, on ne règle pas l’économie sur le court terme, contrairement à ce qui est écrit, mais on s’en sert pour « justifier » une chaîne d’honoraires et de rémunérations qui relève de « l’abus de confiance et de l’escroquerie ». Abus de confiance et escroquerie certifié par les commissaires aux comptes qui « touchent » et qui pour certains « balancent ». D’autre part, ces normes comptables qui amplifient les variations boursières de près de 90% « fabriquent » la volatilité des marchés impérative aux marchés dérivés spéculatifs et à la financiarisation. Il est écrit « La supervision est confiée à des généraux vaincus, impuissants devant la crise précédente et se préparant à la prochaine, campés sur leur ligne Maginot ». Ce fait a été confirmé à de nombreuses reprises par Monsieur Jouyet, président de l’AMF. Cependant, il faut noter qu’à partir de juin 2011, l’AMF a décidé de « replacer la protection des épargnants au cœur de son action. » Article de Cécile Prudhomme et Marie de Vergès dans « Le Monde » du 9 juin 2011 Article intitulé : Jean-Pierre Jouyet : " L'AMF a retrouvé sa crédibilité "
« Plus visible, l'institution a retrouvé de sa crédibilité. Elle avait été atteinte par l'affaire EADS - en 2009, cette affaire de délit d'initiés avait été classée sans suite par la Commission des sanctions contre l'avis des enquêteurs de l'AMF - . Enfin nous avons replacé la protection des épargnants au coeur de notre action, en créant une direction des relations avec l'épargnant.» Il est dommage que Monsieur Jouyet ne réponde toujours à pas mes courriers alors qu’il est de plus en plus obligé de reconnaître le rôle de son institution dans le système qui a abusé et escroqué les porteurs de parts. Cela dit, l’AMF qui parle beaucoup dans tous les sens devra tôt ou tard pratiquer les vertus qu’elle demande aux autres, à savoir l’éthique, la gouvernance, la transparence (là ce sera chaud !) etc… Naturellement, Monsieur Jouyet est en copie de cette revue de presse. Mes propos concernant Monsieur Jouyet sont à prendre, non à titre personnel, mais au titre de l’institution qu’il dirige. A titre personnel, je ne peux que reconnaître le courage de ses propos, même si je ne les partage pas tous. Courage, qui tranche avec la lâcheté, l’incompétence (à priori passée) de l’institution dont-il a repris la direction et aux comportements nazis de cette dernière. Comment appeler autrement une institution française qui se vante de « s en prendre à la réputation et au portefeuille » des personnes tout en devant avouer ses incompétences et ses malhonnêtetés. Le passé serait-il déjà oublié ?
Edito de Philippe Weber dans « Boursorama » du 19 novembre 2011
Article intitulé : La valse des milliards : un « twist » très « rock'n'roll
« Il y a encore une trentaine d’années, chaque banque centrale ou presque avait ses propres instruments, parfois très originaux, pour piloter le taux d’intérêt.. Puis est venue la crise, commencée en 2007 et entrée dans sa phase aiguë en 2008. Les banques centrales, pour y faire face, ont abaissé rapidement et fortement les taux d’intérêt, parfois jusqu’à zéro ou presque, et prêté beaucoup plus de liquidités aux banques qu’en temps normal. Cela n’a pas suffi. Ainsi, la Réserve fédérale des Etats-Unis a utilisé jusqu’à une vingtaine de méthodes différentes pour prêter au système financier, au lieu des trois ou quatre en vigueur avant la crise. Et cela n’a pas suffi... il a fallu faire preuve d’encore plus d’imagination. Tout d’abord, la Réserve fédérale a recouru à « l’expansion quantitative » (QE), c’est-à-dire qu’elle a accru la taille de son bilan en achetant des obligations d’Etat ou hypothécaires, achats financés par création monétaire. De ce fait, d’une part le portefeuille de titres de la banque centrale a plus que triplé, d’autre part le compte courant des banques commerciales à la banque centrale, les « réserves », est passé de 10 à presque 3 000 milliards. Un des dirigeants de la Réserve fédérale souhaite un assouplissement immédiat, tandis que son président, M. Bernanke, répète qu’il fera tout pour éviter une déflation et pour faire baisser le chômage, actuellement à un niveau inacceptable. Si la crise s’aggravait encore, si l’emploi ne se redressait pas, la banque centrale repasserait à l’action. M. Bernanke, au fil des ans, a énuméré quelques-unes des méthodes possibles et encore inutilisées. Il pourrait acheter des titres non seulement américains, mais étrangers, ce qui ferait baisser (encore plus...) le dollar ; il pourrait financer l’achat d’actions par le Trésor ou par un organisme ad hoc (c’est tellement hétérodoxe que la Réserve fédérale n’a pas le droit de le faire directement) ; il pourrait enfin, d’une façon ou d’une autre, tolérer ou susciter un peu plus d’inflation : ce serait là, il est vrai, la négation des efforts de toutes les banques centrales depuis trente ans, mais la plupart d’entre elles conviennent que la déflation est un phénomène encore plus dangereux - économiquement, socialement, politiquement - que l’inflation.»
Commentaire : Enfin, les raisonnements ne sont plus seulement comptables et financiers. Et pour cause, nous découvrons leurs horreurs ! Aujourd’hui, la prise de conscience est ECOSOPOFI (ECOnomique, SOciologique, POlitique et FInancière) ; demain, elle sera SOCIOECOPOFI (SOCIOlogique, ECOnomique, POlitique et FInancier) en remettant l’Homme au centre des réflexions et des actions Nous passerons, enfin, de l’économie politique (avant 1984) et de la politique économique (1984/2016) à la socio-économie. La socio-économie nous imposera une répartition du travail la plus large possible en favorisant le pouvoir d’achat du plus grand nombre possible. Le moteur de l’économie n’est pas financier, il est Humain. La finance n’est qu’une résultante et l’économie, économie qui est l’ensemble des deux ( Humain et finance).
Anne Drif dans « Les Echos » du 21 novembre 2011
Article intitulé : Les établissements bancaires profitent de l’illiquidité de leur dette pour se renflouer
« Les tensions sur la liquidité bancaire tournent au conflit avec les investisseurs. Ironie de la situation, les banques retournent à leur avantage la relative illiquidité de leurs titres de dette. Depuis quelques semaines, elles multiplient en effet les opérations de rachat de leur dette subordonnée, soit sous forme de remboursement sec avec une décote pour renforcer leur capital, soit sous forme d’échange contre de la dette senior, qu’elles sont dans l’incapacité aujourd’hui d’émettre via des émissions nouvelles. Au total, quelque 30 milliards de dollars de transactions sont en cours, selon Bloomberg. Mais loin d’être des arbitres, les investisseurs, de crainte de se retrouver « collés » avec des titres invendables, acceptent de souscrire à ces opérations malgré les fortes décotes offertes. Ils sont pris en tenaille entre des banques qui n’ont plus d’intérêt à détenir de titres subordonnés, sous la pression des régulateurs et des analystes qui se concentrent sur le capital le plus pur, et un marché secondaire où ces titres sont fortement dévalués.
Commentaire : Voilà ce qui arrivera tôt ou tard aux OPCVM illiquides. Lorsque cela arrivera, nous ne pourrons pas nous défendre au juridique en expliquant que nous ne savions pas.
Sur le site de « Pascal Roussel », analyste au sein de la banque Européenne d’Investissement, du 20 novembre 2011
Article intitulé : Dernières nouvelles du front financier
« On lit souvent que le problème viendrait du fait que certains pays comme la Grèce ou l’Italie ne seraient plus capables de rembourser leurs dettes. Mais aucun pays ne peut rembourser sa dette, il n’a jamais été question de cela. D’ailleurs comme une banque centrale crée l’argent à partir des dettes souveraines, si les pays devaient rembourser leurs dettes, l’argent disparaitrait ! Il ne faut pas perdre de vue que, comme souvent, la psychologie joue un rôle dominant et ce qui importe n’est pas le fait en lui-même mais sa perception par les acteurs. C’est particulièrement vrai dans des situations de guerre. Est-ce que la situation économique de l’Italie s’est tellement dégradée ces deux derniers mois ? Est-ce que l’on a appris que l’Italie a camouflé sa dette réelle ? Bien entendu que la situation n’est pas brillante mais c’est surtout la perception du marché de cette situation qui amplifie le problème. La psychologie joue un grand rôle. Les craintes d’une flambée des taux poussent les détenteurs à vendre, ce qui fait grimper les taux. Ainsi les peurs « s’auto réalisent » et l’accroissement des taux poussent les agences à dégrader la note de crédit du pays ce qui renforce encore les craintes et c’est ainsi que s’amorce une spirale sans fin. Mais plus fondamentalement où se situe le véritable problème ? Il s’agit de la survie des banques. N’importe qui peut facilement comprendre le principe de fonctionnement d’une entreprise commerciale traditionnelle: elle achète des matières premières, les transforme pour en faire un produit qu’elle vend. Son bénéfice vient de la différence entre ses coûts de production et son prix de vente. Mais une banque opère de manière tout à fait différente et l’homme de la rue est souvent incapable de bien comprendre d’où viennent les bénéfices et les pertes des banques. Il est vrai que c’est parfois paradoxal. Reprenons l’exemple souvent cité: selon les normes comptables IFRS applicables, un groupe bancaire peut valoriser ses propres dettes selon leur valeur de marché. Une banque émet une dette de 100. Quelques temps plus tard, le marché estime que cette banque est plus risquée et que la valeur marchande de cette dette (prix de l’obligation émise) tombe à 80. En théorie la banque pourrait racheter sa propre dette et empocher la différence de 20. La banque peut donc inscrire dans son bilan un profit de 20 simplement parce que le marché estime que cette banque est devenue plus risquée. Cet exemple classique montre bien à quel point une banque est éloignée du schéma traditionnel. Ce mécanisme est très simple à comprendre et il existe pour une banque, bien d’autres moyens de donner l’illusion que tout va bien. Mon but n’est pas de rentrer dans des détails complexes. Il n’est pas possible de tout expliquer simplement mais je l’ai souvent écrit, une banque est intrinsèquement fragile et sa survie repose intégralement sur la confiance. C’est la seule clef pour comprendre la crise : le monde financier est incapable de survivre à la peur. Lorsque la presse titre « le marché craint ceci … », c’est un signe très clair que la crise s’aggrave. Or la confiance cela se mérite et se gagne et ne peut pas se décréter ou être imposée. D’où l’impuissance des politiciens. »
Commentaire : Les clefs de la confiance sont, en grande partie, basées sur les marchés, les marchés varient en fonction de la confiance et la confiance varie en fonction des marchés. Organisons la hausse des marchés pour retrouver la confiance régénératrice qui viendra à son tour alimenter la hausse des marchés et la reprise de la consommation. A cette occasion, lorsque la surchauffe de consommation sera inflationniste, nous pourrons la combattre par une nouvelle utilisation de la fiscalité : la régulation. L’Etat doit prendre en mains, momentanément, l’évolution des marchés financiers via une intervention sur les marchés afin de limiter la volatilité de ces derniers et de redonner confiance. Comment ne pas faire peur aux investisseurs qui sont, aujourd’hui, les éléments clé de l’économie en termes SOciologiques, ECOnomique, POlitique et FInancier, lorsque l’on annonce des cours boursiers aussi volatils et aussi incohérents qu’actuellement ? C’est pour réaliser ce vœu que je propose en fin de document le fonds « Objectif 2016 »
Muriel Motte dans « Les Echos » du 21 novembre 2011
Article intitulé : Un conte pour l’Europe
« L’Europe menace le reste du monde, d’où l’idée, parmi d’autres, de voir la Fed entrer en scène, son président ayant déjà fait la preuve de son audace face à la crise. Le stratégiste américain Ed Yardeni l’imagine superviser la mise en place d’une sorte de banque centrale mondiale, la « Global Liquidity Facility » (GLF). La GLF recevrait des dépôts de grands instituts d’émission, dont la Fed et la BCE bien sûr, dépôts affectés à l’achat des dettes souveraines les plus stressées. Les pays concernés, autrement dit la zone euro, pourraient ainsi s’affranchir de la contrainte des marchés, le temps de réaliser leurs réformes structurelles. Mais ils devraient en contrepartie se soumettre à la stricte supervision du FMI, dont la GLF serait le bras financier. »
Jean-Paul Fitoussi, directeur de recherche à l’OFCE, propos recueillis par Ivan Best, dans « Les Echos » du 21 novembre 2011
Article intitulé : La récession sera implacable et durable
« Par quel miracle l'austérité généralisée pourrait-elle soutenir l'activité économique ? C'est évidemment le contraire qui se produit. Quand je vois les demandes faites à l'Italie, à la fois de baisser la dette publique à court terme et de pratiquer une politique de croissance... C'est surréaliste. La situation actuelle fait penser à celle des années 1930... »
Michel Aglietta, professeur d’économie, propos recueillis par Valérie Segond, dans « La Tribune » du 18 novembre 2011
Article intitulé : Il faut agir comme les États-Unis l'ont fait avec leurs dettes de guerre en 1945
« Comment lisez-vous l'élargissement des spreads sur la dette française, mais aussi néerlandaise et finlandaise ? La Finlande étant un des États les moins endettés d'Europe, cela signifie que le doute des marchés ne porte plus seulement sur la capacité des États à rembourser leurs dettes, mais aussi et surtout sur la capacité de l'Europe à résoudre la crise de son fonctionnement. Dans une zone euro qui, prise globalement, a une balance courante équilibrée et un taux d'endettement tout à fait supportable pour la taille de son économie, les dettes publiques d'un État membre ne devraient pas poser problème s'il existait une solidarité entre les pays membres. Mais, dans les règles actuelles, le fait de faire financer son économie par des non-résidents pose problème. Si le Japon, qui supporte un endettement public de 220 % de son PIB, parvient encore à se financer avec des taux très bas, c'est parce que l'État se finance à 95 % avec les résidents. Mais quand l'Union européenne impose à tous les pays attaqués par les marchés une effrayante cure d'austérité, d'où peut venir le salut ? Il est clair que l'austérité n'est la solution que si une demande extérieure forte fait plus que compenser la chute de la demande intérieure. Dans des pays qui n'ont plus la capacité de dévaluer la monnaie, la demande ne peut venir que de l'intérieur de la zone. Ainsi, soit l'Allemagne qui accumule des excédents courants de 5,5 % de son PIB se montre enfin coopérative en relançant sa demande intérieure pour tirer le reste de l'Europe, soit l'Europe se réveille enfin et lance un grand programme d'investissement à l'échelle de l'Union. On a besoin d'interconnexions dans les transports routiers et ferroviaires, ainsi que dans l'énergie. On devrait investir pour être à la pointe des innovations climatiques, où on avait de l'avance. Or rien de tout cela ne se fait. Bruxelles ne réalise pas à quel point la sortie de crise par l'austérité commence à menacer sérieusement l'équilibre social et politique de la zone. Mais comment sortir de cette énorme dette qui écrase tous les pays développés ? En 1945, les États-Unis avaient des dettes publiques qui s'élevaient à 130 % de leur PIB et le Royaume-Uni à 260 % ! Il s'agit de maintenir des taux d'intérêt réels très bas, à un niveau inférieur au taux de croissance de l'économie. C'est cet écart qui réduit mécaniquement et régulièrement le poids de la dette, même avec un déficit public primaire. C'est une stratégie qui repose sur deux piliers, comme l'ont fait les Américains : ils ont d'abord suspendu l'indépendance de la Fed, entre 1945 et 1951, pour qu'elle s'efforce de maintenir les taux longs le plus bas possible. Ils ont ensuite fait un plan de dépenses publiques massives pour aider l'investissement privé : le plan Marshall. C'est la seule sortie vers le haut, mais elle ne peut se faire sans la coopération des gouvernements qui doivent se mettre d'accord pour que la BCE joue pleinement son rôle de prêteur en dernier ressort des États ; ce qui est la condition même de l'intégrité du système bancaire européen. Et surtout, il faut se laisser du temps, et ne pas essayer de rétablir l'équilibre budgétaire en trois ans. C'est très précisément ce que font les États-Unis aujourd'hui : ils maintiennent les taux à zéro et laissent filer l'inflation au-dessus de 3 %. La crédibilité de cette politique dépend d'une programmation budgétaire à long terme, associée à une politique industrielle européenne. L'Europe pourrait-elle faire de même ? Pas sans un véritable fédéralisme budgétaire, pas sans accord politique pour modifier les statuts de la BCE et lancer une politique de relance commune. Or aujourd'hui, les conceptions de l'Europe sont antagoniques : chacun fait reporter la responsabilité de la crise sur les autres. Cette propension à stigmatiser son voisin, qui s'étend sur l'Europe, est très inquiétante et pourrait prendre un fort mauvais tour. La crise est désormais à la fois tout aussi économique que politique. »
Commentaire : Je vote pour Michel Aglietta. Seul problème, pour l’instant, les politiques se sont mis sous « dépendances » normatives et dogmatiques pour corriger leurs aveuglements coupables passés qui étaient tout aussi normatifs et dogmatiques…mais dans l’autre sens.
Jean-Paul Gauzès, eurodéputé, propos recueilli par F.A dans « La Tribune » du 16 novembre 2011
Article intitulé : « La France n'est déjà plus traitée comme un créancier AAA »
« Il faut, dans la zone euro, une réglementation sui generis pour la dette souveraine. L'union monétaire est une union sans budget fédéral, il faut donc créer un régime communautaire indiquant comment procéder en cas de cessation de paiements d'un État. Cela va au-delà de la suspension de la notation, cela passe par un traitement adapté des droits des créanciers. C'est la seule façon d'avoir une faillite ordonnée. Or, aujourd'hui, nous sommes dans un régime de non-droit où l'on ne connaît même pas tous les créanciers. Que vous inspire la bévue de Standard & Poor's ? C'est ahurissant. Cela indique que c'était fait et que le papier était prêt. Cela mérite en effet une inspection. D'ailleurs, la France n'est déjà plus traitée comme un créancier AAA. »
Commentaire : Comment ne pas être sidéré lorsque l’on trouve normal de parler de la faillite d’un Etat ? Un Etat n’est-il plus qu’une « simple » entreprise ? Et lorsque tous les Etats ne seront plus que des entreprises, qui gèrera le holding des états/entreprises ? Et l’Etre Humain ? Et si, sous l’impulsion des Peuples, les Etats reprenaient leur liberté financière et envoyaient paître les institutions internationales ? Pour rappel : « L’Argentine en rompant avec le FMI et la politique néolibérale, en refusant de rembourser ses dettes a renoué avec la prospérité. » « L’Islande, au plus fort de la crise de 2009 a envoyé bouler FMI et banques privées. De ce « Titanic » financier est né un vrai sursaut démocratique, assorti de décisions exemplaires », « Brésil : Pour sortir de la crise : augmenter les salaires. Hausse des revenus des plus défavorisés, pari sur la consommation intérieure, protection de l’industrie du pays. Sous l’impulsion de Lula, le Brésil est devenu la sixième puissance du monde ; et a réduit les inégalités. Cinquante millions de personnes sont sorties de la pauvreté, c’est l’équivalent d’une Espagne. Marcello Neri. » lu dans « Marianne » numéro du 12 au 18 novembre 2011.
Philippe Askenasy, directeur de recherche au CNRS, propos recueilli par Ivan Best, dans « La Tribune » du 16 novembre 2011
Article intitulé : « Les solutions inégalitaires à la crise de la dette déstabilisent encore plus les économies »
« Vous dites que non seulement, la crise contribue à creuser les inégalités, mais que ces inégalités accentuent la crise. De quelle manière ? Il s'est produit une forte accélération des inégalités, depuis le milieu des années 90, jusqu'en, 2007, au niveau mondial. Comment ce phénomène a-t-il pu être accepté ? Deux récits, sans doute complémentaires, peuvent être produits. Certains ont mis en avant la théorie du « ruissellement ». La population accepte un accroissement des inégalités, en espérant que, par ruissellement, la richesse de certains profite à tous, via les dépenses des riches. L'autre histoire, ce serait celle d'une nouvelle phase de la mondialisation. Depuis la chute du Mur, le capitalisme n'a plus d'adversaires, donc il peut se laisser aller. Auparavant, les gouvernements ne pouvaient tolérer la présence d'indignés, le risque était trop élevé d'une remise en cause brutale du système. Le « ruissellement » n'a pas si bien fonctionné. Des États-Unis à la France, une bonne moitié de la population, de 50 à 70 % des consommateurs, ont subi une stagnation de leurs revenus. Or, pour être dans la société, il faut consommer, posséder un téléphone, un ordinateur, être propriétaire de sa maison... Ces ménages sans pouvoir d'achat ont donc tout fait pour continuer de consommer : si les inégalités de revenus et de patrimoine ont explosé, ce n'est pas le cas des inégalités de consommation. Les achats ont bien évidemment été financés par le crédit. D'où un endettement croissant... Pour cette grande masse, emprunter était d'autant plus facile que les gagnants de la nouvelle mondialisation avaient, eux, de l'argent à placer, et exigeaient des rendements élevés. Les subprimes en sont l'illustration. Voilà comment les inégalités ont déstabilisé le système économique. Une déstabilisation chronique, car, au lieu de réduire ces inégalités, on les accroît, avec des plans de rigueur à répétition de la Grèce au Portugal. Cela va provoquer un phénomène de sous-consommation et une explosion, pour le coup, des inégalités de consommation. Ainsi, les « solutions » à la crise de la dette renforcent les fondamentaux de la déstabilisation. Comment en sortir ? Je vois trois approches différentes. Taxer les riches. Redonner du pouvoir à la masse des travailleurs, conditionner les aides aux entreprises. La troisième voie, c'est celle d'une politique de croissance à l'échelle européenne, faisant fi des marchés. »
Adèle Smith dans « Le Figaro » du 16 novembre 2011
Article intitulé : La police a évacué les militants d’occupy Wall Street qui campaient depuis deux mois.
« Les protestataires d’occupy Wall Street n’avaient rien vu venir. Pris par surprise en pleine nuit, mardi à New York, ils ont été évacués par la police en quelques heures. Des centaines de forces de l’ordre lourdement armées ont débarqué vers une heure du matin à Zuccotti Park, lieu de naissance du mouvement le 17 septembre dernier, intimant aux occupants de quitter immédiatement les lieux. Vers 5 heures du matin, il n’y avait plus un seul manifestant sur place et la forêt de tentes avait entièrement disparu, détruite par la police. Même la bibliothèque de quelque 5 000 ouvrages a fini dans une benne à ordures. Les manifestants devaient être autorisés à revenir plus tard, mais sans tente ni sacs de couchage et soumis désormais à un couvre-feu à 22 heures. Pendant les premières heures du raid, les stations de métro aux alentours ont été fermées, et de nombreux journalistes empêchés d’accéder au parc complètement barricadé. Même l’hélicoptère toujours en alerte de la chaîne NBC a été interdit de survol de la zone. »
Commentaire : "Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d'abord par l'inflation, ensuite par la récession, jusqu'au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquis » Thomas Jefferson (1802) Hier, des guerres issues des politiques étatiques ; demain, des guerres issues des politiques économiques ?
Michel Pébereau, propos recueilli par Henri Gibier, dans « Le Figaro » du 16 novembre 2011
Article intitulé : Michel Pébereau : Sortir de l’illusion du « tout-marché »
« Pour la deuxième édition du Grand Prix de l’économie, le jury réuni par « Les Echos » et « Radio Classique », en partenariat avec le cabinet Freshfields Bruckhaus Deringer, a choisi de primer, après le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, le président de BNP Paribas, Michel Pébereau. Le jury a aussi voulu récompenser en lui ce libéral qui même dans le privé est resté fidèle à sa vocation initiale de grand commis de l’Etat. Parce qu’il se fait une haute idée de ce dernier, il peut se montrer sévère à son égard. Ce qui l’a amené à sonner l’alarme, un des premiers, devant la dérive de l’endettement public. La puissance de conviction du professeur d’économie qu’il est aussi n’a pas suffi à inverser la tendance. Dommage que cet homme d’influence ait, pour une fois, été trop peu entendu. »
Commentaire : Pour rappel, revue de presse du 1er novembre 2011 :
Dans « L’Agefi » du 1 novembre 2011
Article intitulé : Diplomatie comptable
« Les matières comptables, on le sait, opposent depuis des années les deux côtés de l’Atlantique, la France prônant, en la matière, une approche aussi cohérente que minoritaire. Elle n’est notamment pas partagée sur des points essentiels par l’IASB, l’instance chargée de mettre au point les normes en principe applicables à tous. Or les divergences sont telles que ses principaux dirigeants ont carrément menacé de se retirer d’un colloque sur le sujet organisé récemment à Paris si le président de BNP Paribas Michel Pébereau, notoirement hostile à la notion de « juste valeur » telle que l’entend l’IASB, venait à y prendre la parole ! Il a fallu tous les talents de diplomate de Yves-Thibault de Silguy, trustee de l’IFRS Foundation et organisateur du colloque, pour que celui-ci se tienne comme prévu, sans la participation du banquier français !»
Commentaire : Qui a dit démocratie ? Le système de « juste valeur » est un système pourri. C’est bien ce système qui est à la base de l’abus de confiance, de l’escroquerie voire du vol des porteurs de parts…sans parler des famines. Du fait de son passé Monsieur Pébereau qui gêne par ses réflexions est, pour l’instant, à l’abri du « s’en prendre à la réputation et au portefeuille »…mais pour combien de temps encore ? Attention, cette crise comptable étatique organisée n’a pas eu, pour l’instant, directement d’effet sur la « liquidité » des relevés de comptes. Si par la suite cela devait dégénérer en crise de liquidité en mettant au jour la différence entre la valorisation comptable, la valeur et le prix, cela toucherait les relevés de comptes mondiaux provoquant des ventes massives et donc un choc systémique de liquidité (syndrome Chinois) Il est grand temps d’en prendre conscience et de travailler, dès maintenant, à éviter ce schéma. Pourquoi l’IFRS passe par le statut d’un trustee ?
Jérôme Haas, Président de l’Autorité des Normes Comptables (ANC) dans « La Tribune » du 16 septembre 2011 : Est-ce une bonne pratique comptable que de se contenter d’enregistrer la volatilité des prix, donc des pertes et des profits purement artificiels, pendant qu’aucun titre n’est acheté ni vendu ? Quelle est l’« utilité sociale » des comptes, s’ils sont un reflet mécanique d’opinions de marché, dont la volatilité se diffuse à toute l’économie de façon « procyclique », au lieu de représenter la stratégie et la performance économiques de chaque entreprise ?
Claude Bébéar et Edouard Tétreau dans « Le Figaro » du 12 août 2011 : « Nous avons laissé se mettre en place un système dont bénéficie une poignée de profiteurs de crise : les traders, les marchands de volatilité, les spéculateurs. Un système qui, dans le même temps, décourage l’investissement de long terme, industriel et non financier, seul garant de la prospérité durable pour le plus grand nombre. Ce n’est pas à un aréopage de lobbys de décider de nos normes comptables et prudentielles, mais aux États se concertant entre eux. L’IASB, l’ISDA (lobby professionnel du marché des dérivés), et les comités Théodule de Bâle et de Solvency 2, ont produit des normes et des réalités de marché trop dangereuses pour nos économies et nos sociétés.
Jean-Paul Gaudal, directeur du département supervision bancaire et comptable à la Fédération Bancaire Française, dans « Confrontation Europe » de juillet/septembre 2010 : « Le concept de « fair value », la « juste valeur » sonne a priori équitable : il correspond à la question ancienne de la valorisation correcte des actifs financiers. Mais en valorisant ces actifs au prix du marché au détriment d’autres méthodes, il a contraint les investisseurs à afficher, en période hausses comme de baisses des cours, des gains ou des pertes comptables injustifiés par rapport aux fondamentaux économiques, ce qui a contribué à accroître la volatilité et à bouleverser le paysage financier. Dès lors que les marchés deviennent illiquides, les évaluations ne font que refléter le pessimisme ou l’optimisme des rares participants, dont le comportement ressort alors de phénomènes de hordes, déclenchant de brutales variations de valeur des actifs, à la hausse comme à la baisse. »
De « Olivier Berruyer » source « Youphil » du 15 novembre 2011
Article intitulé : L'austérité ne marchera pas, par Joseph Stiglitz
« En 2007, l’économie avait une maladie qui a été masquée par la bulle immobilière qui a permis aux gens de consommer au-delà de leurs moyens. Si on n’avait pas eu cette bulle, on aurait eu un déficit en demande agrégée et l’économie aurait été faible. Revenir à un système bancaire réparé nous laisse donc quand même avec les problèmes d’une économie faible. Renflouer les banques était nécessaire, mais pas suffisant. Et c’est là que le gouvernement d’Obama et ceux qui étaient proches du système bancaire se sont trompés. Les banques se sont très mal comportées et elles ont aggravé la crise. En passant beaucoup de temps à s’occuper des banques, on en a oublié les problèmes de fonds.
Ceux qui ont causé la bulle. Il faut comprendre pourquoi nous avons eu besoin de diminuer les taux d’intérêts à ce point. C’est dû, entre autres, à la compétition avec les marchés émergents, la productivité croissante dans l’industrie qui se serait traduite par plus de chômage, le système monétaire international qui a amené les pays à épargner de plus en plus, les prix élevés de l’énergie qui transfèrent l’argent aux pays producteurs de pétrole. Voici certaines de ces causes auxquelles nous n’avons pas fait face. Vous parlez souvent de fétichisme du déficit. Qu’est-ce donc? C’est cette idée que la plus importante chose que nous devons faire est de se débarrasser du déficit et que, si nous ne faisons que cela, l’économie sera saine. C’est évidemment incorrect. En ce moment, diminuer le déficit affaiblira l’économie. L’austérité n’est pas la solution ; cela aggravera nos problèmes. Vraiment, ce que nous devons faire est trouver comment remettre les Etats-Unis au travail. Or cela requerra plus de dépenses et une augmentation du déficit. Cela demandera des dépenses publiques. Pour le moment, nous sommes en train de couper les dépenses publiques aux Etats-Unis. Ce faisant, le gouvernement est en fait en train de contribuer au problème du chômage plutôt que de compenser les faiblesses du secteur privé. Nous avons besoin d’énormes efforts d’investissements en infrastructure, en technologie et en éducation. Il faut donc un programme d’investissement créateur d’emplois, qui aide l’économie à restructurer sa dépendance par rapport aux secteurs qui doivent être affaiblis (l’immobilier, l’industrie, la finance) et à aller vers des secteurs qui doivent être intensifiés (les services, la santé, l’éducation) Que peut-on faire par rapport à la crise de l’euro? Une partie de la réponse repose sur la solidarité européenne et l’engagement à aider les pays en difficulté. Cela peut prendre différentes formes: une euro-obligation, un cadre physique commun avec des taxes communes pour soutenir l’activité économique européenne, une stratégie de croissance, reconnaître que la Grèce ne résoudra pas ses problèmes par l’austérité et qu’elle doit se concentrer sur la croissance. Il y a beaucoup de possibilités, mais ce qui ne marchera pas c’est l’austérité. Qu’en est-il du problème de l’inégalité croissante? Sur le court terme, il faut renforcer la taxation progressive, les filets de sécurité et la protection sociale. Sur le long terme, le plus important est de s’assurer que tout le monde ait accès à l’éducation qu’il mérite. Penser aussi à la manière dont les politiques industrielles peuvent augmenter la demande de main d’oeuvre au bas de l’échelle. Jusqu’à présent, le secteur privé a mis l’accent sur des innovations qui créent du chômage, au lieu d’innovations qui protègent notre environnement par exemple. Si on rééquilibre ces innovations, notre économie sera plus saine. Une de mes inquiétudes est que les taux d’intérêts de plus en plus bas encouragent les entreprises à choisir des robots qui remplaceront la main d’œuvre. Nous sommes en fait en train de créer les fondements d’une économie sans emploi. Vous étiez à Occupy Wall Street le 2 octobre. Qu’en pensez-vous? J’étais un peu surpris que ça ait mis autant de temps à se faire! C’est tout à fait compréhensible que les Américains soient furieux. On leur a dit: “si on donne 800 millions de dollars aux banques, elle recouvreront leur santé. Ne mettons pas de contraintes et les prêts seront restaurés et l’économie se rétablira.” Et c’était faux. A la place, on a vu le gouvernement donner de l’argent aux banques, les banques donner de l’argent à leurs cadres, payer les dividendes et les gros bonus. Les banques se sont rétablies mais les prêts aux petites et moyennes entreprises n’ont pas été rétablis. L’Américain moyen souffre, les banques continuent de l’expulser de chez lui, les saisies continuent avec la même violence, les abus des banques sous la forme de prêts prédateurs ou de cartes de crédits aussi, alors même que ce sont les contribuables américains qui ont renfloué les banques. »
De « Olivier Berruyer » source « Youphil » du 15 novembre 2011
Article intitulé : L'austérité ne marchera pas, par Joseph Stiglitz
« En 2007, l’économie avait une maladie qui a été masquée par la bulle immobilière qui a permis aux gens de consommer au-delà de leurs moyens. Si on n’avait pas eu cette bulle, on aurait eu un déficit en demande agrégée et l’économie aurait été faible. Revenir à un système bancaire réparé nous laisse donc quand même avec les problèmes d’une économie faible. Renflouer les banques était nécessaire, mais pas suffisant. Et c’est là que le gouvernement d’Obama et ceux qui étaient proches du système bancaire se sont trompés. Les banques se sont très mal comportées et elles ont aggravé la crise. En passant beaucoup de temps à s’occuper des banques, on en a oublié les problèmes de fonds.
Ceux qui ont causé la bulle. Il faut comprendre pourquoi nous avons eu besoin de diminuer les taux d’intérêts à ce point. C’est dû, entre autres, à la compétition avec les marchés émergents, la productivité croissante dans l’industrie qui se serait traduite par plus de chômage, le système monétaire international qui a amené les pays à épargner de plus en plus, les prix élevés de l’énergie qui transfèrent l’argent aux pays producteurs de pétrole. Voici certaines de ces causes auxquelles nous n’avons pas fait face. Vous parlez souvent de fétichisme du déficit. Qu’est-ce donc? C’est cette idée que la plus importante chose que nous devons faire est de se débarrasser du déficit et que, si nous ne faisons que cela, l’économie sera saine. C’est évidemment incorrect. En ce moment, diminuer le déficit affaiblira l’économie. L’austérité n’est pas la solution ; cela aggravera nos problèmes. Vraiment, ce que nous devons faire est trouver comment remettre les Etats-Unis au travail. Or cela requerra plus de dépenses et une augmentation du déficit. Cela demandera des dépenses publiques. Pour le moment, nous sommes en train de couper les dépenses publiques aux Etats-Unis. Ce faisant, le gouvernement est en fait en train de contribuer au problème du chômage plutôt que de compenser les faiblesses du secteur privé. Nous avons besoin d’énormes efforts d’investissements en infrastructure, en technologie et en éducation. Il faut donc un programme d’investissement créateur d’emplois, qui aide l’économie à restructurer sa dépendance par rapport aux secteurs qui doivent être affaiblis (l’immobilier, l’industrie, la finance) et à aller vers des secteurs qui doivent être intensifiés (les services, la santé, l’éducation) Que peut-on faire par rapport à la crise de l’euro? Une partie de la réponse repose sur la solidarité européenne et l’engagement à aider les pays en difficulté. Cela peut prendre différentes formes: une euro-obligation, un cadre physique commun avec des taxes communes pour soutenir l’activité économique européenne, une stratégie de croissance, reconnaître que la Grèce ne résoudra pas ses problèmes par l’austérité et qu’elle doit se concentrer sur la croissance. Il y a beaucoup de possibilités, mais ce qui ne marchera pas c’est l’austérité. Qu’en est-il du problème de l’inégalité croissante? Sur le court terme, il faut renforcer la taxation progressive, les filets de sécurité et la protection sociale. Sur le long terme, le plus important est de s’assurer que tout le monde ait accès à l’éducation qu’il mérite. Penser aussi à la manière dont les politiques industrielles peuvent augmenter la demande de main d’oeuvre au bas de l’échelle. Jusqu’à présent, le secteur privé a mis l’accent sur des innovations qui créent du chômage, au lieu d’innovations qui protègent notre environnement par exemple. Si on rééquilibre ces innovations, notre économie sera plus saine. Une de mes inquiétudes est que les taux d’intérêts de plus en plus bas encouragent les entreprises à choisir des robots qui remplaceront la main d’œuvre. Nous sommes en fait en train de créer les fondements d’une économie sans emploi. Vous étiez à Occupy Wall Street le 2 octobre. Qu’en pensez-vous? J’étais un peu surpris que ça ait mis autant de temps à se faire! C’est tout à fait compréhensible que les Américains soient furieux. On leur a dit: “si on donne 800 millions de dollars aux banques, elle recouvreront leur santé. Ne mettons pas de contraintes et les prêts seront restaurés et l’économie se rétablira.” Et c’était faux. A la place, on a vu le gouvernement donner de l’argent aux banques, les banques donner de l’argent à leurs cadres, payer les dividendes et les gros bonus. Les banques se sont rétablies mais les prêts aux petites et moyennes entreprises n’ont pas été rétablis. L’Américain moyen souffre, les banques continuent de l’expulser de chez lui, les saisies continuent avec la même violence, les abus des banques sous la forme de prêts prédateurs ou de cartes de crédits aussi, alors même que ce sont les contribuables américains qui ont renfloué les banques. »
Dans « Les Echos » du 14 novembre 2011
Article intitulé : Asie-Pacifique : vers une vaste zone de libre-échange
« Ce devrait être la plus grande zone de libre-échange au monde, loin devant l’Union européenne. A Honolulu, sa ville natale, Barack Obama a annoncé samedi les grandes lignes d’un accord créant un « partenariat transpacifique » (TPP) entre 10 des 21 membres de l’Apec (Forum de coopération économique Asie-Pacifique), au premier jour de son sommet régional. Ensemble, l’Australie, le Brunei, le Chili, les Etats-Unis, le Japon, la Malaisie, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour et le Vietnam représenteraient 600 millions de consommateurs et 35 % du PIB mondial, largement plus que l’Union européenne, actuelle première zone de libre-échange du monde, mais avec 26 % du PIB de la planète. Un projet visiblement cher au président américain, qui voit dans le Pacifique le moteur de la croissance mondiale au moment où l’Europe se débat dans la crise de la dette, et qui cherche à ancrer l’influence des Etats-Unis dans la région. Les Etats-Unis ont ainsi entamé des négociations en 2008 sur la mise en place du TPP, qui aboutirait à l’élimination des droits de douane et autres barrières au commerce entre les pays membres, et prévoient de négocier des accords en matière de règles sociales et écologiques. Onze pays de l’Apec – et notamment la Chine – restent donc à l’écart d’un projet qui insiste sur l’adoption de critères sociaux et environnementaux difficiles à respecter par les pays en développement. Ce lancement d’une zone de libre-échange entre 10 pays riverains du Pacifique sonne par ailleurs comme un échec pour l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui tente depuis exactement dix ans de parvenir à un accord mondial de libéralisation des échanges. »
Jean-Claude Guillebaud dans « Le Nouvel Observateur » du 10 novembre 2011
Article intitulé : Le mythe de la « gouvernance »
« Un jour l’euro est sauvé, le lendemain il est au fond du trou, le surlendemain un « accord décisif » est conclu, mais dès la semaine suivante la panique repart. L’intelligence démocratique se trouve ainsi indexée sur les tressautements de la Bourse et l’humeur anxiogène des marchés. Et chaque jour, un flot de gloses savantes s’abat sur la tête des citoyens, autant d’ « explication » qui se révèlent plus périssables qu’une salade fraîche . »
Dans « www.domainepublic.ch » du 4 novembre 2011
Article intitulé : Crise : la part de responsabilité de la Suisse
« Répercutant une étude du Greenlining Institute de Berkeley, le quotidien Tages Anzeiger (15.10) révèle que deux tiers des bénéfices engrangés à l’étranger par les entreprises américaines sont déposés dans sept paradis fiscaux. Au total 2 260 milliards de dollars, dont 296 en Suisse, qui se place au quatrième rang, derrière les Iles Cayman, le Luxembourg et l’Irlande (situation en 2004). Et lorsqu’en 2004 les Etats-Unis décident d’une amnistie fiscale, ces entreprises rapatrient leurs profits qui sont alors taxé à un taux de 5,3%, économisant au passage 92 milliards par rapport au taux d’imposition « normal » ; un an plus tard, elles ont à nouveau déplacé leurs avoirs à l’étranger. »
Lénaïg Bredoux, propos de Pierre Larrouturou dans « Médiapart Cap 21 » du 10 novembre 2011
Article intitulé : Les fous ont pris le contrôle de l’asile
« Si on l'avait fait (taxe Tobin) en 2008, même à une petite échelle, on aurait eu entre 250 et 600 milliards dans les caisses. Au lieu de demander un effort aux peuples européens, le problème grec aurait pu être géré en quinze jours. L'absence d'Europe conduit à tout laisser pourrir. En 2009, on cherchait 50 milliards d'euros pour la Grèce, maintenant on a besoin de 110... Avec la taxe Tobin, on aurait 250 milliards au minimum! A certains moments de l'histoire, il faut passer à l'action. Comme Mitterrand et Kohl au moment de la chute du mur de Berlin. Comme Roosevelt quand il arrive en pouvoir: les Etats-Unis sont alors ravagés par la crise et, en trois mois, il prend quinze réformes radicales sur les banques et la fiscalité. Cela a donné cinquante ans de stabilité aux Etats-Unis. Mais quand vous parlez de mettre en œuvre l'accord européen du mois dernier, cela signifie-t-il qu'il faut appliquer les plans austérité pour les Grecs? Non. Ce n'est pas aux citoyens de payer l'addition. En 2008, tout le monde, y compris Sarkozy dans son discours de Toulon, disait qu'il s'agissait d'une crise du capitalisme et qu'il fallait rétablir la justice sociale, et mettre en place de vraies régulations. Trois ans plus tard, avec la Grèce, on assiste à un retournement intellectuel dramatique. C'est l'Etat providence qui est sur le banc des accusés alors que tous les chiffres montrent que partout, sauf en Grèce où l'Etat ou plutôt le non-Etat porte aussi une responsabilité, la crise vient des inégalités dans le secteur privé. Si on est d'accord avec ce diagnostic, mettre en place des plans d'austérité, c'est humainement scandaleux et économiquement stupide. Puisque cela va aggraver le problème. En trente ans, la part des salaires dans les pays occidentaux est passée de 67% du PIB (produit intérieur brut) à 57%. C'est 10% du PIB qui vont aux actionnaires au lieu d'aller aux salariés. Au total, en trente ans, c'est 150% du PIB qui auraient dû aller aux salariés et qui sont partis vers les marchés financiers. Sans que cela profite à la recherche et l'investissement des PME. Donc oui, il y a un vrai problème de dette publique: en France, elle est à 86% du PIB. On a aujourd'hui perdu la souveraineté en Europe parce qu'il faut l'unanimité des 27 chefs d'Etat pour prendre une décision en matière de fiscalité! Cette organisation laisse la place pour les lobbys et entraîne une paralysie face à des marchés qui vont très vite. Comme le disait Joschka Fischer en 2000, il faut élaguer: l'Europe ne doit pas s'occuper de tout. Mais là où on a besoin d'elle, sur la diplomatie, la défense, la monnaie, la recherche, pour retrouver une souveraineté plus forte, il faut mettre en place un régime parlementaire où, tous les cinq ans, les citoyens votent. Une équipe gagne la majorité au Parlement européen et met en place un gouvernement européen. Je veux une Europe sociale et fédérale: aujourd'hui un pays tout seul, même la France ou l'Allemagne, n'a pas la masse critique pour peser face à la Chine. L'Europe est la première puissance économique mondiale, le niveau d'endettement de la Chine et des Etats-Unis est encore plus important que le nôtre... Six millions d'Allemands ont basculé dans la classe défavorisée à cause de Hartz IV (les vastes réformes de la protection sociale engagées par le gouvernement de Gerhard Schröder): s'ils gagnent 700 euros par mois, on comprend qu'ils n'aient pas envie de faire un effort financier pour des Grecs qu'ils ne connaissent pas bien. On n'a jamais été aussi interdépendants et dans des systèmes aussi fragiles. Les marchés financiers se sont goinfrés depuis trente ans: quand ils baissent, cela ne m'empêche pas de dormir. Mais ce qui m'empêche de dormir, ce sont les gens qui font les poubelles des supermarchés ou qui dorment dans la rue. En France, près de 200.000 personnes tombent en fin de droits tous les mois. Trente ans de déraison ne peuvent se régler en trois mois. Mais en trois mois, on peut séparer les banques de dépôt et d'investissement; on peut créer une taxe Tobin, un impôt européen sur les bénéfices. Il faut sortir de l'hystérie qui devient insupportable au niveau européen. A Bretton Woods, il y avait eu trois semaines de travail, alors qu'à Séoul, pour le G20, Sarkozy a passé trois heures avec les autres chefs d'Etat! Le monde a changé depuis 1944 mais le besoin de temps, de sérénité et de volonté politique est toujours valable. »
Nicolas Barré dans « Les Echos » du 10 novembre 2011
Article intitulé : Changer la BCE
« Cette fois, nous y sommes. La crise de la zone euro est en train d’emporter l’Italie, septième économie mondiale et troisième emprunteur souverain de la planète. Ses créanciers lui tournent le dos les uns après les autres. Ils mettent l’Etat transalpin à genoux après avoir obtenu la tête du Premier ministre, Silvio Berlusconi. La tournure dramatique des événements doit nous ouvrir les yeux : la crise ne peut plus être gérée à l’intérieur du cadre contraint des traités européens actuels. Tant que l’incendie ne touchait que les pays dits « périphériques », les maîtres à courte vue de l’Europe ont voulu croire qu’il était possible de le circonscrire par un cocktail de mesures de rigueur, d’interventions habiles de la BCE sur le marché de la dette et par la mise en place d’un fonds de stabilité financière. Tout cela n’était qu’illusion et n’a servi qu’à gagner du temps. Nul ne voulait admettre qu’en repoussant le problème, nous ne faisions qu’augmenter la facture finale. Si nous avions reconnu il y a un an et demi que la Grèce n’était pas capable de faire face à sa dette – l’évidence même ! – son sauvetage eût été infiniment moins onéreux. Pourquoi le Royaume-Uni, dont les finances publiques sont encore plus mal en point, peut-il s’endetter à 2,2 % à 10 ans alors que l’Italie doit payer 7,4 % ? La différence entre ces deux pays ne tient pas seulement à la crédibilité de leur Premier ministre, même si la détermination néochurchillienne du Britannique tranche avec la frivolité du Néron italien. Elle tient aussi au rôle de la banque centrale. Au Royaume-Uni, comme dans tous les grands Etats, son rôle de prêteur en dernier ressort garantit aux détenteurs de bons du Trésor qu’elle leur fournira toujours des livres sterling. Le patron de la Fed, Ben Bernanke, a enrayé la panique financière de 2008 lorsqu’il a rappelé que la banque centrale américaine jouerait son rôle de prêteur en dernier ressort en dollars. La zone euro s’embrase parce que la BCE n’assume pas un tel rôle. Elle doit changer. C’est possible sans verser dans le laxisme absolu, ni perdre toute crédibilité, les autres grandes banques centrales en apportent la preuve. L’Union européenne ne peut tolérer qu’un de ses six pays fondateurs soit étranglé par un dogme. »
François Roche dans « La Tribune » du 10 novembre 2011
Article intitulé : Le feu à la maison
« L'Union européenne est en train de jouer avec le feu. Plus les heures passent en sommets, réunions et conciliabules et moins son plan de sauvetage de l'euro apparaît crédible. Poussons le scénario jusqu'au bout : dans quelques jours, l'Italie ne pourra plus emprunter sur les marchés. Elle devra négocier une restructuration de sa dette, dont les effets seront incomparablement plus nocifs que celle de la dette grecque, en particulier sur les banques françaises, les plus exposées d'Europe au risque italien. Puis ce sera donc le tour de la France dont les OAT feront l'objet d'une prime de risque de plus en plus forte, entraînant du même coup la perte de sa notation triple A... Ainsi, une moitié sud de l'Europe ne pourra plus se financer qu'au prix fort et plongera encore plus dans la crise tandis que la partie nord continuera de bénéficier de conditions privilégiées. Cette division nord/sud d'un nouveau genre accentuera encore les déséquilibres au sein de la zone euro, déséquilibres que les gouvernements européens affirment par ailleurs vouloir corriger. C'en sera alors fini de l'euro. Tout cela est absurde. Les marchés ne croient pas au FESF ni à ses « véhicules spéciaux » parce qu'ils sont le fruit non d'une conviction mais d'un compromis et qu'ils ne constituent qu'une machine à fabriquer de la dette pour rembourser de la dette. Les pays émergents ne veulent pas y participer, à l'image de la Russie dont les dirigeants avouent sans ambages « ne rien comprendre à ce mécanisme ». Dans les salles de marché le FESF et ses vaisseaux escortes sont assimilés à des « dindes incapables de voler ». Il appartient donc aux dirigeants européens de sortir de ce marasme au plus vite. Il ne suffit plus d'exhorter les Grecs à former un nouveau gouvernement ou d'encourager les Italiens à se débarrasser de Berlusconi. Le problème est plus grave. Le pire serait de croire au miracle. Dans un contexte où la signature souveraine de certains pays de la zone euro est contestée, voire ridiculisée, seule une réaction massive de l'Europe peut rétablir sa crédibilité vis-à-vis de ses grands partenaires économiques qui, comme les États-Unis ou la Chine, observent avec effarement les premiers craquements d'une construction à laquelle ils ont cru autant que nous. »
Commentaire : On ne peut pratiquer l’austérité que sur la prospérité. Pratiquer l’austérité sur la « paupérité » est contre productif et suicidaire. Afin de rétablir des chiffres comptables l’on est en train de créer une crise économique et financière. Paradoxalement, pour rétablir des chiffres comptables à la dérive, on détruit les possibilités socio-économiques de développement en favorisant la prise d’aspirine pour améliorer la situation au risque de faire n’importe quoi. Exemple : Pour rétablir une certaine orthodoxie des comptes italiens, on est arrivé à la situation délirante d’un pays qui doit emprunter à un taux très élevé alors qu’il n’a qu’une faible croissance. On saborde l’Italie…qui est en meilleure situation économique que la France. Cherchez l’erreur ! Nous luttons contre un incendie en combattant uniquement les flammes et laissons les braises à la merci des vents. Les vents dans la situation actuelle ne sont ni plus ni moins que les modes de pensées du jour. Pas de réflexion, juste des réactions épidermiques variant de minute en minute le tout, attisé par les médias. Dans un premier temps, il faut accepter des chiffres comptables négatifs afin de recréer les conditions financières d’une reprise économique. Ce qui a fauté ces dernières années, ce n’est pas tant la politique qui a libéré des montants financiers colossaux que l’utilisation (le détournement) qui a été faite de ces montants. La finance est la résultante de la socio-économie, pensez que nuire à la socio-économie peut améliorer le financier est une erreur. Cela ne pourra aboutir qu’à des manifestations et des rébellions. Il faut relancer la prospérité économique, quoi qu’il en coûte, pour pouvoir pratiquer l’austérité sur une dynamique socio-économique positive. Dans ce cas, l’austérité s’appelle régulation des prix et de l’inflation. L’éco financière ne fonctionne pas, pas plus que la finance économique, le moteur n’est ni économique ni financier, il est sociologique. La fiscalité ne doit plus être réparatrice, elle doit devenir l’outil principal de la régulation et de la création économique… en phase de surchauffe.
Dans « L’Agefi Suisse » du 1er novembre 2011
Article intitulé : Trop d’épargne tue la croissance
« Politiques de relance et déficits budgétaires ont permis aux Etats-Unis et à de nombreux pays européens d’assurer la croissance de l’économie mondiale et le maintien d’un niveau d’emploi acceptable. Durant des décennies, ces politiques sont parvenues à compenser l’excédent d’épargne des entreprises, des particuliers, des fonds de pension et des Etats à balance des paiements excédentaire – Chine, pays du Golfe notamment, mais également la Suisse et ses quelque 800 milliards de francs du 2ème pilier ainsi que sa balance positive en quasi permanence. La confiance dans la solidité du dollar et de l’euro et dans la solvabilité des économies occidentales a brutalement été remise en question après la crise de 2008, comme si l’on avait tout à coup découvert le niveau d’endettement de certains pays et ses risques pour les créanciers et surtout les banques. Dans un système financier international devenu totalement opaque, proche des jeux de casino, cette perte de confiance a suffi à priver de fonds les pays les plus endettés et surtout les banques qui les financent. Comment réorienter ces capitaux vers des investissements productifs? Comment les Etats peuvent-ils continuer d’investir s’ils n’arrivent plus à emprunter? L’Europe se mobilise certes en garantissant les emprunts de ses membres les plus endettés pour rassurer les créanciers et, comme les Etats-Unis, en faisant fonctionner la planche à billets. Et les pays créanciers, à commencer par la Chine, ont compris qu’une crise mondiale les frapperait directement et sont prêts à soutenir les Occidentaux. Mais le prix à payer pour regagner la confiance des marchés passe par la réduction des dépenses publiques, avec des conséquences dramatiques sur les revenus et l’emploi. Dans ces conditions, il est impossible de conduire une politique de croissance économique et d’espérer un retour à l’équilibre budgétaire. Cet excédent d’épargne résulte en partie d’une répartition trop inégale des revenus. Au bas de l’échelle des salaires, on est obligé de restreindre sa consommation; alors que les très hauts revenus, ayant atteint le seuil de satiété, épargnent et font fructifier le surplus dans des opérations financières économiquement improductives. Voilà qui justifie une harmonisation fiscale, sans laquelle on ne peut taxer équitablement les riches et les multinationales et fournir aux Etats les moyens de leur action. Par ailleurs la lutte contre la spéculation inciterait les détenteurs de capitaux à investir à nouveau dans la production. L’adaptation des taux de change, qui permettrait aux Etats-Unis et à l’Europe de rééquilibrer leur balance des paiements, ne peut venir que des pays excédentaires. Ceux-ci doivent ainsi rendre leurs produits moins compétitifs et accroître leurs importations. Pour la Suisse, les marchés s’en sont chargés. Pour la Chine, c’est l’objet d’âpres négociations. Faute d’une gouvernance mondiale capable d’organiser une meilleure répartition des richesses, ce sont les marchés qui imposeront une diminution de l’épargne. En effet, la chute de la bourse, le défaut de paiement de dettes souveraines, les pertes des spéculateurs sur les instruments financiers, les matières premières, les monnaies et l’or vont faire fondre les actifs de nombreux épargnants et des caisses de pensions basées, comme notre deuxième pilier, sur la capitalisation. Keynes nous a appris que l’épargne ne doit pas dépasser l’investissement si l’on veut maintenir la croissance et le plein emploi. En d’autres termes, il faut que l’ensemble des revenus soient consommés ou investis. Tel n’est plus le cas depuis longtemps, d’où l’obligation pour les Etats de soutenir la conjoncture en augmentant leurs dépenses. A ce jeu, ils se sont surendettés. Il faut donc aujourd’hui amener ceux qui épargnent à davantage consommer ou investir: c’est une question de survie. »
Dans « Domaine public.ch » du 1er novembre 2011
Article intitulé : Réduire la trop inégale répartition des richesses pour combattre la crise
« Comment le capitalisme est en train de s’autodétruire ? Les entreprises américaines disposent d’un cash flow de 2000 (deux mille) milliards de dollars. Les firmes cotées en bourse engrangent des bénéfices record. Et leurs dirigeants ont retrouvé les bonus d’avant la crise financière de 2008-2009. Dans le même temps, les caisses publiques sont au régime sec, le chômage persiste ou croît et le revenu disponible des salariés stagne quand il ne baisse pas. Le capitalisme actuel, obsédé par le profit à court terme, n’a plus de projets, n’investit plus pour préparer l’avenir: il est en voie de s’autodétruire. Binswanger rappelle que les Trente glorieuses de l’après-guerre ont sévèrement démenti la prévision marxienne de la paupérisation des salariés. Les revenus de ces derniers ont au contraire fortement progressé et rendu possible la consommation de masse. Mais une nouvelle ère s’est ouverte, celle de la déréglementation, tout d’abord dans les années 80 dans les pays anglo-saxons, puis une décennie plus tard en Europe continentale. Alors que la croissance économique continue de créer de la richesse, une pression à la baisse s’exerce sur les revenus les plus bas et ceux de la classe moyenne stagnent, voire même diminuent. Le déséquilibre de la répartition de la richesse entre le capital et le travail et entre les bas et les hauts salaires s’accroît. Pour la doxa néolibérale, ce déséquilibre n’est que temporaire; cette concentration de la richesse doit finalement profiter à tous par le biais des investissements et de la création d’emplois. La réalité n’a pas confirmé cette théorie. L’oligarchie financière, obnubilée par les gains à court terme, a couru de bulle en bulle spéculative. Sa répulsion à l’égard des interventions publiques ne l’empêche pas de solliciter l’aide de l’Etat en cas de besoin. Et de repartir aussitôt dans sa stratégie de casino. Les Etats ont cru s’en tirer en jouant le jeu de la sous-enchère fiscale pour attirer les entreprises et les contribuables aisés. Au final ils accumulent les déficits – il faut bien amortir socialement les échecs du marché – et les dettes. Et ils appliquent des politiques d’austérité qui ne font qu’aggraver le mal. Si le creusement des inégalités de revenu traduit l’échec d’un marché insuffisamment régulé, il met aussi en péril la cohésion sociale et mine les conditions d’un fonctionnement démocratique, ouvrant la voie aux aventures populistes. La réglementation du système bancaire et une discipline budgétaire sont certes indispensables pour surmonter la crise actuelle. Mais ce redressement passe aussi par une distribution plus équilibrée de la richesse produite. Le temps est venu de réhabiliter la fiscalité pour donner aux collectivités publiques les moyens d’accomplir leurs tâches. Une fiscalité qui respecte le principe de la capacité contributive, mis à mal par deux décennies de dégradation de la progressivité de l’impôt et d’augmentation des taxes, cotisations et tarifs des services publics qui frappent indistinctement tous les niveaux de revenu. Le temps est venu également pour les entreprises de comprendre que la masse salariale n’est pas seulement un coût à compresser continuellement. Elle est aussi l’oxygène indispensable au fonctionnement de l’économie, ce qu’un Henry Ford avait saisi au début du siècle passé. Binswanger interroge également ce modèle de développement qui privilégie les exportations, la balance commerciale positive des uns engendrant le déficit commercial des autres: «Celui qui pousse ses clients à la faillite a un problème avec son modèle d’affaires». »
Alfred Galichon, professeur d’économie à l’Ecole polytechnique, dans « Les Echos » du 29 octobre 2011
Article intitulé : Le véritable enjeu de la « règle d’or »
« Le débat sur la politique fiscale en France prend en considération, à juste titre, l’équité sociale. Or une autre dimension fondamentale de l’équité est absente du débat : l’équité entre générations. Rappelons qu’avant d’être un principe de finances publiques, la « règle d’or » est le principe de l’éthique de réciprocité : traitons autrui comme nous souhaiterions être traités. En découle un principe directeur pour la politique fiscale : ne laissons pas à nos enfants la charge de rembourser nos crédits à la consommation, pas plus que nous n’aimerions avoir à rembourser ceux que nos parents ont contractés. La seule dette qu’il est acceptable de transmettre est celle qui a servi à financer des investissements car les générations ultérieures en profiteront. Faire de ce principe une règle est l’ambition de la règle d’or des finances publiques, désormais actée par le récent sommet européen pour 2012. L’équité intergénérationnelle se mesure : il s’agit de faire, classe d’âge par classe d’âge, une analyse complète de la contribution fiscale, nette des subventions et consommation de biens publics, tout au long de la vie des individus. Cette méthodologie existe sous le nom de « comptabilité générationnelle » et fut développée à la suite des travaux des économistes Auerbach et Kotlikoff dans les années 1990. La conclusion de ces travaux est robuste : dans la quasi-totalité des pays occidentaux étudiés, un transfert s’opère systématiquement en faveur des générations actuelles au détriment des générations postérieures. En France, la difficile réforme des retraites de 2010 a eu le mérite de mettre en évidence que les jeunes actifs d’aujourd’hui seront bien loin d’avoir, une fois à la retraite, le niveau de vie qu’avaient leurs aînés baby-boomers. Et avant même leur retraite, ils seront, comparés à ces derniers, plus nombreux à être frappés par le chômage, connaîtront plus souvent la précarité, travailleront plus longtemps, auront plus de difficulté à se loger, l’accès aux soins leur sera plus coûteux, etc. Il est frappant qu’aucun effort n’ait été demandé aux retraités actuels, alors que la charge de financement des retraites pèsera de plus en plus lourdement sur les générations suivantes. Et l’histoire nous enseigne que les populations taxées et non représentées finissent par se soulever. Les manifestations en Grèce et les revendications des Indignés en Espagne sont principalement générationnelles : les jeunes Européens savent qu’il leur sera demandé des sacrifices que n’ont pas connus leurs aînés, et seront sans doute de moins en moins prêts à accepter le « traité de Versailles générationnel » qui leur est imposé. »
Guillaume Gourbet dans « La Croix » du 26 octobre 2011
Article intitulé : Deux rythmes
« La difficulté que rencontrent les responsables politiques pour endiguer la crise financière tient largement à un décalage entre deux rythmes, celui de la démocratie et celui des marchés financiers. Jean-Marc Daniel, économiste, « Jusqu’au XIX siècle, l’homme et l’argent voyageaient à la même vitesse, celui du cheval. Aujourd’hui, l’homme ne peut pas aller plus vite qu’en prenant l’avion, tandis que l’argent se déplace à la vitesse de la lumière. » Les capitaux ne cessent de bouger à tout instant à travers la planète afin de rechercher le profit maximal. »
Jacques Bichot, Professeur émérite à l’université Lyon 3, vice-président de l’Association des économistes catholiques, dans « La Croix » du 26 octobre 2011
Article intitulé : Dépensons !
« Nous devons prêter une oreille attentive à l’appel que Keynes lançait à ses concitoyens, durant la Grande Dépression, en leur disant en substance : « Précipitez-vous dans les magasins ! Il y a de bonnes affaires à réaliser ! Et en prime vous aurez la satisfaction d’avoir redonné du travail aux ouvriers de Manchester et de Liverpool qui en manquent cruellement. » Pas de dépense, pas de production, et donc pas d’emploi, c’est une vérité économique incontournable. Si tout le monde veut se protéger égoïstement en thésaurisant, ce sera la catastrophe pour tous. Autrement dit, nous sommes dans une situation où l’excès de prudence provoque le sinistre redouté, alors qu’une prise de risque raisonnable, si elle est le fait du grand nombre, est le meilleur moyen d’éviter la récession et les faillites en chaîne. Y aurait-il une autre voie ? L’alternative est simple et cruelle. L’Etat pourrait confisquer 10% ou 20% de ces avoirs dont la contrepartie réelle est très insuffisante, parce qu’ils correspondent en partie non à des investissements mais aux déficits publics cumulés : il aurait alors les moyens de procéder à une relance par la dépense publique. »
Jean-Philippe Robé, avocat aux barreaux de Paris et de New-York, propos recueillis par Antoine Reverchon, dans « Le Monde » du 25 octobre 2011
Article intitulé : " La finance grise doit être mise à contribution pour solder la dette des Etats "
« On estime qu'actuellement plus de 10 000 milliards de dollars sont détenus dans ces " pays à fiscalité privilégiée " via 400 banques, les deux tiers des 2 000 fonds spéculatifs (hedge funds) et deux millions de sociétés écrans installées - de façon très virtuelle - dans ces Etats. Et ce stock augmenterait de 1 200 milliards de dollars par an. Ce sont autant de capitaux qui, pour l'essentiel, échappent à la fiscalité des Etats classiques, qui ont des besoins budgétaires à satisfaire. La crise de la dette n'est pas qu'une crise de la dépense publique ; c'est aussi une crise de la recette, et les stratégies prédatrices des paradis fiscaux, en érodant la base fiscale des Etats, créent un problème fondamental. Mais comment le traiter, sachant qu'on se heurte à la souveraineté des Etats ? La crise de la dette nous donne l'opportunité de contourner ce problème. Le traitement d'un problème de solvabilité tel qu'il se pose aujourd'hui est d'une simplicité brutale : tous les créanciers ne sont pas remboursés de la totalité de leurs créances. La question qui se pose est de déterminer qui va supporter la charge du non-remboursement, et dans quelle proportion ? Il y a pourtant une alternative simple dans son principe : décider par traité que ne seront payées dans leur intégralité que les créances dont les détenteurs finaux, personnes physiques, seront identifiés. Seulement, les individus bénéficiaires de droits de créance auront le choix : soit ne pas se faire connaître, et ils ne toucheront rien ; soit se faire connaître et, éventuellement, devoir rendre des comptes...Un certain nombre d'entre eux préférera le premier choix ; mais qui viendra les plaindre ? Ce faisant, on aura réglé au moins en partie le problème d'un stock de dettes excessif ; on aura en partie purgé l'économie mondiale des circuits de recyclage des fonds accumulés grâce à la fraude, aux trafics ou aux crimes. »
Commentaire : Génial.
Pierre Larrouturou, diplômé de l’Agro et de Science Po dans « Le Monde » du 25 octobre 2011
Article intitulé : Pourquoi les " indignés " ont raison
« La question de la dette des Etats est très importante (entre 80 % et 90 % du PIB en France et en Allemagne), mais au lieu de bloquer les retraites et de couper dans le financement de la santé ou de l'éducation, ne faut-il pas utiliser tous les leviers fiscaux possibles pour récupérer une bonne part de la " dette des marchés ", ces 150 % du PIB que les 0,2 % les plus riches doivent aux peuples de nos pays, si on considère que le partage entre salariés et actionnaires était juste et efficace dans les années 1970 ? Les " indignés " ont raison : " Ceci n'est pas une crise, c'est une arnaque ! " Si le diagnostic est faux, il n'y a aucune chance qu'on parvienne à vaincre le mal. Le 19 octobre à Francfort, la chancelière Angela Merkel affirmait qu'il fallait " attaquer la crise à la racine " au lieu de s'attaquer seulement aux symptômes. Elle a parfaitement raison ! Et les racines de la crise, c'est trente ans de chômage et de précarité. C'est à cause du chômage de masse que la part des salaires a tant diminué. C'est à cause du chômage, des petits boulots et des petits salaires que nos économies ont besoin de toujours plus de dette. Le chômage n'est pas seulement une des conséquences de la crise. Il en est l'une des causes premières. Pour sortir de notre dépendance à la dette, il faut réguler les marchés et taxer les plus hauts revenus mais il faut surtout s'attaquer au chômage : c'est seulement en donnant au plus grand nombre un vrai emploi et une vraie capacité de négociation sur les salaires qu'on sortira durablement de la crise. En 1944, avant de convoquer le sommet de Bretton-Woods qui allait reconstruire le système financier, Franklin Roosevelt organisait le sommet de Philadelphie, qui adoptait comme priorité absolue le respect d'un certain nombre de règles sociales : " Il n'y aura pas de paix durable sans justice sociale ", affirmaient Franklin Roosevelt et les autres chefs d'Etat avant de définir des règles sur les salaires, le temps de travail et le partage entre salaires et dividendes... Des règles très concrètes, à respecter dans chaque pays comme dans le commerce mondial. Avant que les néolibéraux ne les démantèlent, ces règles ont permis trente ans de prospérité sans dette. Bonne nouvelle ! Si ce sont des décisions politiques qui nous ont amenés à la crise, d'autres décisions politiques peuvent nous en sortir. La justice sociale n'est pas un luxe auquel il faudrait renoncer à cause de la crise. Au contraire ! Reconstruire la justice sociale est la priorité absolue, le seul moyen de sortir de notre dépendance à la dette. Allons-nous attendre qu'il soit trop tard pour agir ? Quand Franklin Roosevelt arrive au pouvoir, en 1933, il succède à Herbert Hoover, dont le surnom était " Do Nothing " (" ne fait rien "). Le but de Roosevelt n'est pas de " rassurer les marchés financiers " mais de les dompter ! Il lui suffit de trois mois pour mettre en oeuvre quinze réformes majeures. Les actionnaires sont furieux et s'opposent de toutes leurs forces à la loi qui sépare les banques de dépôt et les banques d'affaires, comme ils s'opposent aux taxes sur les plus hauts revenus, mais le président Roosevelt tient bon. Les catastrophes annoncées par les financiers ne se sont pas produites. Et l'économie américaine a vécu avec ces règles pendant un demi-siècle. " We must act ! " répétait Roosevelt. Nous devons agir ! Hélas, depuis 2008, nos dirigeants font preuve d'une inertie aux conséquences dramatiques. Si l'Europe avait créé une taxe Tobin fin 2008, au plus fort de la première crise financière, elle aurait déjà rapporté entre 200 et 600 milliards d'euros, selon les différents scénarios en débat à Bruxelles. Avec une telle cagnotte, le Parlement européen aurait réglé la crise grecque en quelques semaines sans demander le moindre effort aux citoyens et sans attendre le feu vert de seize Parlements nationaux. Et ce qui n'était qu'un problème modeste à l'origine (coût estimé à 50 milliards d'euros en 2009 et 110 milliards aujourd'hui) n'aurait jamais pris les proportions que la crise grecque a prises depuis quelques semaines. Le principe d'une taxe Tobin a été adopté par le Parlement européen, droite et gauche confondues, mais il est toujours " en discussion " dans les méandres du Conseil européen, et les lobbies financiers font tout pour ralentir son adoption définitive... Nos dirigeants discutent encore quand les spéculateurs agissent avec toujours plus de rapidité et d'efficacité. Qu'attendons-nous pour créer enfin cette taxe et rassurer le peuple allemand et les autres peuples d'Europe ? Le G20 va-t-il enfin déclarer la guerre à la spéculation et à l'injustice sociale ? Ce G20 va-t-il retrouver l'esprit de Philadelphie et être à l'origine d'un sursaut de coopération et de justice sociale, ou restera-t-il dans l'histoire comme un sommet de mensonges et de lâcheté, comme les accords de Munich à l'automne 1938 ? Le G20 va-t-il vouloir encore " rassurer les marchés financiers " ou va-t-il enfin décider de les remettre à leur place ? »
Commentaire : Rappel très intéressant. Cela dit, il ne faut pas oublier que les lobbies sont aujourd’hui très structurés et qu’ils font partie intégrante du processus de décision quand ce n’est pas être LE processus de décision. On s’aperçoit bien à la lecture de cet article que certaines crises ont été créées volontairement pour être le support de stratégies « politiciennes » en tout point. Comme toujours lorsque le politique n’est plus que le reflet de l’affairisme ou du carriérisme, nous retrouvons des sommets faits de « de mensonges et de lâchetés ». L’histoire a montré que dans ce cas-là, seule l’action des Peuples pouvait faire changer les choses. C’est bien en monopolisant les capitaux vers la création de l’Avenir, que les Peuples pourront mettre fin à ce cycle. L’Avenir ne se fera pas en retirant les capitaux des marchés, l’Avenir ne se fera pas en achetant de l’immobilier à des prix délirants, l’Avenir ne se fera pas en fermant les yeux sur les valorisations fictives des OPCVM, l’Avenir ne se créera pas en acceptant les compromissions ou les « mollesses » de comportement etc… ; l’Avenir se fera en regardant la réalité en face et en investissant à contre cycle de certains sentiments (crainte, peur, panique, euphorie). Pour cela, il faut que les professionnels organisent, en toute indépendance, leur propre média national d’information et de formation ainsi que des conférences nationales expliquant aux citoyens les marchés ainsi que l’importance de leurs investissements. C’est bien dans ce rôle que les prestataires financiers gagneront leurs lettres de noblesses et par ce fait qu’ils s’imposeront face aux politiciens. Les politiciens sont en train de tuer la concurrence financière par la mise en place de normes qui n’ont comme seul but (à moins que les rédacteurs soient totalement incompétents) d’organiser une concentration sur quelques « copains » ou « lobbies ». Que les politiciens s’appliquent à eux des normes de transparence, de compétence et d’honnêteté. Qu’ils apprennent à payer leurs erreurs et leurs mensonges en devant quitter leur poste et retourner à la vie « civile » sans salaire à vie et autre avantage, sans droit au chômage, comme un chef d’entreprise. Pour l’instant, ils parlent, ils votent et ils donnent des leçons à un monde qu’ils ne connaissent pas, mais qui les fait vivre eux et leur famille et qui paye les pots cassés de leurs erreurs et/ou compromissions. A quand la fin des avantages fiscaux des fonctionnaires européens pour affecter ces montants au remboursement des médicaments des plus nécessiteux qui, aujourd’hui, se voient au nom de l’austérité (issue des erreurs des politiciens) moins remboursés? Il faut que les politiciens mettent fin eux-mêmes à leur impunité, s’ils veulent un jour redevenir crédibles.
Joseph Stiglits, propos recueillis par Guillaume Maujean et François Vidal dans « Les Echos » du 24 octobre 2011
Article intitulé : Trop de règles contre la démocratie, pas assez contre Wall Street »
« Quand je suis allé rendre visite au mouvement « Occupy Wall Street », j’ai voulu prendre la parole. Or, les policiers m’ont interdit d’utiliser un mégaphone ! Alors que c’était un dimanche et que personne n’habite là ! Il y a trop de régulation contre la démocratie, mais pas assez contre Wall Street. Aux Etats-Unis, nous avons voté une loi, la loi Dodd-Frank, pour mieux réguler la finance. Mais on n’a toujours pas de transparence sur un pan énorme de la finance, les dérivés de crédit, notamment ceux qui sont échangés de gré à gré. On ne sait toujours pas ce que recouvre exactement ce marché. Cette absence de transparence a fait beaucoup pour accroître la volatilité des marchés car on ne connaît toujours pas l’exposition réelle des banques dans ce domaine. Ce qu’elles se doivent les unes aux autres. Je constate en outre que les deux plus grandes banques américaines ont encore grossi depuis 2008. Pour résoudre la crise, le président Obama a nommé des gens qui ont été responsables de la dérégulation de la finance et qui, à ce titre, ont joué un rôle actif dans la création de la crise. Il était donc normal qu’ils minorent l’ampleur du problème. Ils n’ont pas compris que l’économie était malade bien avant 2007. Pour sortir de la crise actuelle, il faut stimuler l’économie par des investissements de long terme. De cette manière, on réglera la faiblesse de la conjoncture à court terme tout en préparant l’avenir. Et puis, il faut imposer aux banques de mieux remplir leur mission de base, c’est-à-dire soutenir l’activité économique. On a laissé les banques prendre trop de risques et abuser de l’effet de levier. Faut-il recapitaliser les banques européennes ? Je ne crois pas que le problème principal soit la recapitalisation des banques. On l’a bien vu après la faillite de Lehman Brothers. Le tout n’est pas de savoir quelle banque a un problème de solvabilité mais quelle banque a un problème de liquidité… La preuve, c’est que Dexia et les banques irlandaises ont passé les « stress tests » menés en Europe. L’Europe a les ressources pour régler le cas grec, qui représente une toute petite fraction de son PIB. Mais ma plus grande inquiétude, c’est que les politiques d’austérité ne fassent qu’empirer les choses. Cela risque d’entretenir le chômage, de brider la demande et d’ancrer tous les problèmes actuels. Je suis assez pessimiste en fait. Cela fait quatre ans maintenant que l’on est dans la crise : c’est très long. Il faut tout mettre en œuvre pour changer la dynamique actuelle et pour relancer la croissance. Sans solidarité, l’Europe ne survivra pas. Les dirigeants politiques en sont convaincus, mais certains peuples ne le sont pas. Toutes nos ressources sont monopolisées pour traiter des sujets de court terme liés à la crise financière, pendant ce temps les problèmes de long terme, c’est-à-dire le changement climatique, la sécurité alimentaire ou le développement, restent en jachère, alors même qu’ils se posent dès aujourd’hui. L’émergence des fonds souverains, ce n’est pas seulement l’arrivée de nouveaux acteurs aux poches très profondes. C’est un changement dans le capitalisme. Ils disposent de moyens très importants, se préoccupent du long terme et ont une responsabilité sociale car ils sont contrôlés par des peuples. Il faut voir qu’au XIXe siècle, le modèle du capitalisme était un individu qui détient sa firme. Au XXe siècle, les choses ont changé, on a séparé la détention du capital et le management, et les investisseurs ont commencé à investir pour le compte des épargnants. Nous réfléchissons maintenant à ce que pourrait être le capitalisme au XXIe siècle. »
Nouriel Roubini, professur Stern Scholl of Business dans « Les Echos » en collaboration avec Project Syndicate du 24 octobre 2011
Article intitulé : L’inégalité, source de l’instabilité !
« Printemps arabe, émeutes de Londres, manifestations en Israël, protestation étudiante au Chili, voitures de luxe incendiées en Allemagne, mouvement contre la corruption en Inde, mécontentement en Chine et aujourd’hui le mouvement « Occupons Wall Street » : cette vague d’agitation dans le monde n’a pas de thème unificateur, mais toutes ces manifestations expriment, chacune à sa façon, les inquiétudes des classes moyennes et des ouvriers face à la concentration croissante du pouvoir entre les mains des élites économiques, financières et politiques. Les raisons en sont claires : un chômage élevé, une éducation inadaptée dans un monde globalisé, une colère face à la corruption et à une aggravation de l’écart de richesses. Une faible croissance des revenus pour tout le monde sauf pour les plus riches au cours des dernières décennies a généré une tension entre moyens financiers et envies de consommation. En Europe, les ressources fiscales ne permettant plus de financer suffisamment les services publics, les autorités ont creusé le déficit public et la dette. Dans les pays avancés, les entreprises ont supprimé des emplois en raison d’une demande finale insuffisante. La suppression d’emplois diminue encore la demande finale, car elle réduit les revenus du travail et accroît les inégalités. Ce problème n’a rien de neuf. Karl Marx a exagéré les mérites du socialisme, mais il avait raison de dire que la mondialisation, le capitalisme effréné et la redistribution des revenus et des richesses issus du travail au profit du capital pouvaient conduire le capitalisme à s’autodétruire. Même avant la Grande Dépression, les classes « bourgeoises » éclairées européennes reconnaissaient que pour éviter une révolution il était nécessaire de protéger les droits des salariés, d’augmenter leurs revenus et d’améliorer leurs conditions de travail, de redistribuer les richesses et de financer les services publics. Ainsi, l’avènement de l’Etat-providence a été une stratégie pour éviter une révolution populaire, le socialisme et le communisme. Trois décennies de calme relatif du point de vue social et économique ont suivi. Une période durant laquelle le revenu médian a augmenté rapidement et les inégalités se sont fortement réduites, mais qui n’a pas eu que des effets positifs : elle s’est aussi traduite par de gros déficits budgétaires, un excès de réglementation et un manque de dynamisme économique qui a conduit à une croissance anémique. Un modèle économique qui ne corrige pas les inégalités est condamné à une crise de légitimité. Si l’on ne réexamine pas les rôles économiques respectifs du marché et de l’Etat, les manifestations redoubleront d’intensité. »
Muriel Motte dans « Les Echos » du 24 octobre 2011
Article intitulé : Voir loin
« L’imprévisible bouscule notre quotidien, mais que nous réserve l’avenir ? Le 31 octobre, ce n’est pas très loin, la planète portera 7 milliards de Terriens et sans doute 10 milliards en 2100, selon l’Ined. Et, puisque chaque semaine 1 million de personnes quittent la campagne pour les zones urbaines, dès 2050, plus de 73 % des Chinois, 66 % des Indonésiens et 59 % des Vietnamiens vivront en ville, estime l’ONU. Plus près de nous, en 2030, les pays développés ne pèseront plus que 41 % de la richesse du monde (63 % l’an dernier, selon le FMI) et 45 % de sa capitalisation boursière (69 % en 2010, précise Goldman Sachs). Enfin, demain, c’est-à-dire en 2015, 93 % de la classe moyenne mondiale se situera dans les pays émergents (56 % en 2000, chiffres Citigroup). Cette prospérité asiatique va largement contribuer à l’enrichissement de 50 % des habitants de la planète d’ici à cinq ans annoncé par Credit Suisse, qui précise qu’en 2016 le patrimoine estimé des Japonais (31.000 milliards de dollars) sera inférieur à celui des Chinois (36.000 milliards). De grands pays sont en train de bâtir leur capacité de croissance domestique. Le plus grand fonds de pension au monde, le Government Pension Investment Fund japonais (1.500 milliards de dollars sous gestion) a donc sauté le pas : d’ici à la fin de l’année, il commencera à investir en actions émergentes. »
Clément Lacombe dans « Le Monde » du 19 octobre 2011
Article intitulé : Une note dégradée ne rime pas avec emprunt plus cher
« Vendredi 14 octobre, Standard & Poor's (S&P) - l'une des trois principales sociétés, avec Moody's et Fitch, évaluant la capacité d'un Etat ou d'une entreprise à rembourser sa dette - a dégradé la note de l'Espagne. L'impact sur les marchés ? Aucun, les rendements des emprunts d'Etat espagnols se situant sensiblement au même niveau que la veille. Même chose à la Bourse de Madrid, l'indice IBEX ayant fini en hausse la séance de vendredi. Privés, depuis août, de leur note AAA par S&P, les Etats-Unis ont pu continuer à emprunter sur les marchés sans payer plus cher, les taux qui leur sont appliqués restant extrêmement bas et se situant même... encore plus bas qu'avant la dégradation du pays. " Les agences sont presque toujours en retard sur les marchés. Il n'y a que peu d'exemples récents où elles ont accentué la défiance vis-à-vis d'un Etat, estime Nicolas Véron, de l'institut bruxellois Bruegel. Dans la zone euro, les politiques ont beaucoup plus fait bouger les marchés ces douze derniers mois que les agences de notation, même si les investisseurs ne les ignorent pas. " " Comme les agences travaillent sur des données publiques, elles sont de toute façon forcément en retard sur les marchés ", appuie René Defossez, stratège chez Natixis.»
Muriel Motte dans « Les Echos » du 19 octobre 2011
Article intitulé : De santé fragile
« La Chine ralentit et l’Europe inquiète, mais les Etats-Unis vont mieux. Tel est le message des stratégistes américains, qui justifient par quelques bons chiffres la tenue de Wall Street la semaine dernière – le Nasdaq a regagné 7,6 %, le Dow Jones 4,9 % et le S&P 500 quelque 6 % – avant que les soucis de la zone euro viennent à nouveau polluer le paysage. Les économistes de Barclays Capital viennent de remonter de 2 % à 2,5 % leur prévision de croissance aux Etats-Unis au troisième trimestre, encouragés par le rebond de 1,1 % des ventes de détail en septembre (révisées en hausse pour juillet et août). Elles augurent bien des dépenses de consommation qui contribueront à la hausse de 5 % du S&P 500 attendue par Barclays d’ici à la fin de l’année. Bob Doll, le chef stratégiste de BlackRock, insiste, lui, sur la bonne saison des comptes des entreprises, avec un bénéfice par action du S&P 500 bien parti pour établir un record absolu ce trimestre. De quoi rasséréner les foules après le choc subi fin juillet lorsque le Bureau of Economic Analysis (BEA) a indiqué que, contrairement aux premières estimations, les Etats-Unis n’avaient pas encore effacé la récession. En dépit d’un plan de relance de 700 milliards de dollars, d’un triplement du bilan de la banque centrale et de taux d’intérêt ramenés à quasi zéro depuis trois ans, la richesse du pays mesurée par son produit intérieur brut reste inférieure à son niveau de début 2008. Le S&P 500 a certes rebondi de 78 % par rapport à son plancher de 2009, contre un gain de 27 % pour l’euroStoxx 50, mais Barack Obama, son secrétaire au Trésor, Tim Geithner, et le patron de la Fed ont des raisons d’être inquiets, car l’Amérique n’a toujours pas les reins assez solides pour contrecarrer une poussée de récession venue d’Europe. »
Pascale-Marie Deschamps dans « Enjeux Les Echos » de septembre 2011
Article intitulé :
« Pendant plus de trente ans, le dogme de la création de valeur pour l’actionnaire s’est imposé aux entreprises. Mais la crise a ébranlé les certitudes. Des économistes et des patrons mettent aujourd’hui en avant la valeur partenaire, plus respectueuse des salariés et du développement durable. Elle participe de la remise en cause plus large d’un postulat érigé en dogme au fil du temps. Celui de l’actionnaire-roi. A savoir que tout excédent de trésorerie que l’entreprise ne trouve pas à réinvestir dans des projets rapportant plus que le coût du capital doit être reversé aux actionnaires (fonds de pension, fonds d’investissement, etc.) qui seront mieux à même de les réallouer dans des activités plus profitables. Jack Welch brûle ce qu’il a adoré trente ans plus tôt dans sa filiale financière GE Capital « Franchement, c’est l’idée la plus idiote qui soit, déclare-t-il au Financial Times en mars 2009, au plus fort de la crise économique et financière. La valeur pour l’actionnaire doit être un résultat, pas une stratégie. » Comme le rappelle Michel Aglietta, avant les années 80, « le contrôle des entreprises était jusque-là détenu par des banques commerciales et de grands actionnaires intéressés à la stabilité de l’entreprise, une organisation hors marché boursier - les actionnaires conservaient leurs titres - mais en lien avec les marchés du travail, des biens, des fournisseurs dont elle devait concilier les intérêts. Ils savaient que son développement à long terme créait de la valeur sur la durée. C’était en quelque sorte un modèle de valeur partenariale. » Les années 80. Paul Volcker, le président de la Fed, remonte les taux d’intérêt pour casser l’inflation. Ce renchérissement du loyer de l’argent impose aux entreprises endettées des restructurations drastiques. Elles se désengagent des banques pour se financer directement sur les marchés financiers qui se développent pour les accueillir. Celle-ci est désormais vue comme une collection d’actifs à composer et à recomposer pour en maximiser la valeur boursière. Dès lors, les actionnaires n’ont plus besoin de liens organiques avec elle (l’entreprise), puisqu’ils peuvent mieux valoriser leurs capitaux en les allouant et en les réallouant via les marchés plutôt qu’en les immobilisant dans l’entreprise. »
François Modoux dans « Le Temps » (Suisse) du 13 octobre 2011
Article intitulé : Futurs
« La crise des dettes publiques est d’abord une crise politique. Pouvait-on l’anticiper? Une étude prospective sur l’avenir de l’Europe avait établi, en 1999, que la faiblesse politique de l’Union était un facteur de risque majeur. La Suisse aussi peine à anticiper l’avenir, elle qui a même démantelé son organe de prospective quand celui-ci lui paraissait si exotique. Aujourd’hui on remobilise des compétences qui étaient en sommeil. Au milieu des années 90, la Commission européenne estime nécessaire de lancer une réflexion sans tabou sur l’avenir de l’Europe. Deux ans plus tard, au tournant du millénaire, sont publiés cinq scénarios pour l’Europe en 2010. Aucun ne pronostique que l’Europe plongera, en 2010, précisément là où elle est aujourd’hui. Mais ce n’était pas le but premier de l’exercice. Il a en revanche parfaitement mis en évidence ce qui menaçait de fragiliser l’Europe: sa faiblesse politique. Ce fil rouge traverse les cinq scénarios et conduit à la débâcle qui nous tient en haleine depuis 2008. Or c’est bien la faiblesse des gouvernements qui, en creusant l’endettement et en favorisant une croissance à crédit, a fini par entraîner la débâcle financière. »
Commentaire : Cette faiblesse qui, en « creusant l’endettement et en favorisant une croissance à crédit, a fini par entraîner la débâcle financière » sera à l’origine, si l’on y prend garde, « des conséquences de la faiblesse actuelle qui en injectant des montants colossaux finira par entraîner, avec la surchauffe des marchés, une nouvelle débâcle financière ». 92/96 tout comme 2008/2012 débâcle du crédit ; 1996/2000 sera-t-elle suivie de 2012/2016 comme débâcle de la surchauffe boursière. Avec les montants injectés, la surchauffe boursière qui s’annonce, si l’on ne change rien, atteindra des sommets jamais atteints et peut-être jamais envisagés.
Dans « La Croix » du 11 octobre 2011
Article intitulé : Le mistigri des dettes sans collatéraux
« Lors du déclenchement de la crise des subprimes, il aurait dû être évident que le temps de John-Maynard Keynes était dépassé et qu’il fallait revenir à Irvin Fisher. Le premier s’intéresse aux flux de revenus, le second aux bilans. Le premier nous dit « : « Injectez de l’argent, il en restera toujours quelque chose », le second : « Restaurez les bilans et vous retrouverez les conditions de la croissance ». On a, de fait, injecté des masses d’argent en détériorant les bilans, d’abord des Etats ensuite des banques qui leur prêtent. La magie de la dépense, c’est qu’elle est gagée, par son remboursement, sur la croissance future. Les choses commencent à mal tourner lorsque ces sommes mises en circulation sont utilisées pour restaurer les bilans, c’est-à-dire diminuer l’endettement. Une relecture de quelques faits majeurs de la crise sous cet angle devrait permettre de comprendre que l’essentiel des politiques publiques a consisté à transférer les pertes d’actifs d’un agent économique à l’autre mais que, aujourd’hui, un second tour n’est plus possible. Les banques achètent les dettes des Etats en faisant semblant de croire qu’elles sont sans risque ; une fois le risque avéré, les Etats achètent les dettes des banques, c’est-à-dire leurs propres dettes ! »
Commentaire : Je pense que l’on peut tirer comme enseignement de cet article que lorsque l’on injecte de l’argent (Keynes, flux de revenus) avec pour but de relancer la consommation mais que cet argent est « détourné » de cet objectif pour restaurer, en premier lieu, les bilans, on n’a pas favorisé la reprise économique. L’histoire montrera que c’est bien la reprise économique, donc la consommation, qui doit dégager les ressources pour assainir la situation des Etats et des bilans. L’inverse, à savoir, favoriser en premier lieu les bilans ne fonctionne pas. Les politiques en cédant aux dogmatismes comptables et financiers se sont trompés. Et pour cause, ce n’est pas en diminuant le pouvoir d’achat, carburant de la consommation donc de la répartition des richesses et de la perception des impôts, que l’on va assainir la situation. Bien au contraire, de beaux bilans comptables, s’ils sont créés en défaveur de l’économie ne seront que l’instigateur de grèves, de révoltes qui finiront pas des Etats et des bilans encore plus déstructurés qu’auparavant. La dernière crise est là pour nous rappeler cette évidence. La seule réalité opérationnelle est la réalité humaine. L’Humain est à la fois le moteur (production) et le carburant (consommation) de l’économie. La comptabilité et le financier ne sont que des résultantes de l’économie Humaine c’est-à-dire la Socio-Economie. Comme nous le rappelaient nos professeurs Hollandais : « Ce n’est pas le port qui fait le commerce mais le commerce qui fait le port » La notion de « travail » doit évoluer. Hier, n’était considéré comme travail que la production. Quelle différence y a-t-il entre conduire une voiture pendant mon temps dit « libre » et fabriquer une voiture pendant mon temps dit « de travail » ? Dans les deux cas mes membres bougent. La grande différence est que dans un cas j’utilise mes membres pour consommer (temps de consommation) donc maintenir du travail à autrui (temps de production) et dans l’autre, j’utilise mes membres pour produire (temps de production) en réponse à une consommation d’autrui (temps de consommation). Le temps de consommation tout comme le temps production doit être considéré comme un temps économique à part entière. Dorénavant, ce facteur de temps de consommation doit être pris en compte comme un facteur économique essentiel. Accepter qu’il y ait une monopolisation du temps de production sur une partie de la population obère le temps de consommation, tant de ceux qui ont du « temps de travail » que de ceux qui n’en n’ont pas. Cette réalité déstabilise l’économie, la comptabilité et le financier. Nous connaissons la masse de biens et services à fournir et le nombre de personnes sur le marché de la production, pourquoi ne pas répartir le temps de production et de consommation sur le plus grand nombre pour que ce plus grand nombre puisse assurer la pérennité du circuit économique et une situation comptable et financière stable ?
Michel Henochsberg, professeur d’économie, dans « Les Echos » du 10 octobre 2011
Article intitulé : Seule la solidarité européenne vaincra l’idéologie des marchés
« Peut-on enrayer la menace d’un effondrement européen du système bancaire et monétaire ? La réponse est évidemment politique, mais les gouvernements, à l’image de l’Allemagne, se complaisent dans des atermoiements coupables. Face à ces hésitations, les opérateurs mondiaux de la finance poursuivent leur imperturbable logique du gain rapide. Les Etats européens, aux marges de manœuvre rétrécies, s’angoissent, alors que les marchés croient désormais à une grande crise. Comment en serait-il autrement, puisque les remèdes de l’austérité contrainte annoncent une croissance famélique, une compétitivité entamée. Le ressaisissement espéré continue à se faire attendre. Or ce ressaisissement requiert non seulement une conscience européenne solidaire, mais aussi une remise en cause de l’idéologie économique, aujourd’hui soumises à la logique libérale anglo-saxonne qui conditionne et guide les marchés et les agences de notation. Le constat est simple : l’aréopage de ces deux entités parvient à imposer analyse et gouvernance économiques au monde entier. Une idéologie règne, totalitaire. « Les marchés pensent que », « les agences de notation estiment que », et leur sentence tombe, radicale. Tel pays est dégradé, tel secteur est condamné, telle banque est soupçonnée. Le verdict s’impose à tous, y compris aux Etats, aux banques centrales, au FMI. L’aréopage s’exprime et règne, ce n’est pas un groupe d’intérêt mais une « idéologie-qui-parle ».Wall Street et la City la traduisent. « Le Financial Times » et le « Wall Street Journal » exposent son crédo et ses analyses. Mme Merkel s’est arrimée à l’orthodoxie monétaire et budgétaire propre à la tradition allemande, dont la rigidité avait déjà déclenché le retentissant krach d’octobre 1987.Cette rengaine, reprise aujourd’hui par tous (y compris les gauches européennes), est tragique. Car elle méconnaît ce qu’est l’économie. Et cette ignorance, dans les circonstances actuelles, touche au drame, dans la mesure où il faut recouvrer élan et confiance. Toute relance digne de cette volonté appelle du crédit, du déficit et, d’une manière plus générale, n’oublions jamais que le capitalisme est une économie d’endettement. Montrons-nous dociles pour avoir raison de l’imbécillité fascisante de l’aréopage. Il n’y a plus d’autre choix. Et pour dessiner cette sortie par le haut qui fait urgence, les acteurs européens seraient avisés de se rappeler l’épisode de Dubaï, si instructif pour s’émanciper des pressions des marchés et agences. Du fait de ses projets mégalomaniaques, l’émirat était aux abois et en très grand péril. Il appela au secours son voisin et cousin d’Abu Dhabi, qui tranquillement réussit à garantir, vis-à-vis de la finance mondiale, le trop entreprenant voisin qui aujourd’hui a déjà retrouvé une partie de sa superbe. La leçon des émirats vaut pour nos pays. L’euro a été créé aussi pour cela, l’Europe ressemble à des émirats unis : on ne questionne pas tout l’ensemble sous prétexte que quelques unités secondaires sont devenues vacillantes, chacune de leur propre faute. Ensemble, on guérit, on répare, on repeint : restauré, l’archipel change de physionomie, pour mieux repartir vers le haut. »
Eric Le Boucher dans « Les Echos » du 7 octobre 2011
Article intitulé : La crise mondiale est avant tout politique
« Voici l’enchaînement des faits : la crise financière a débouché sur une crise économique qui a engendré la crise des dettes, laquelle aboutit à une crise politique. Voici l’enchaînement des causes, il est inverse : c’est la faiblesse des gouvernements des pays démocratiques qui a creusé l’endettement, lequel a construit une croissance à crédit qui a fini par s’effondrer dans une débâcle financière. La crise que nous traversons depuis 2008 est d’abord d’essence politique. Les puissances émergentes ont un défi différent et plus simple : le rattrapage économique en s’appuyant sur leurs forces démographiques et sur la copie adaptée des techniques de l’Ouest. Un jour, plus tôt qu’on l’imagine, ces pays auront à faire face à leur tour au problème de la démocratie. Les révolutions arabes ont montré que l’aspiration des peuples pour les libertés était universelle. Le pouvoir chinois est le premier à le savoir. La question est partout la même: comment recoller les morceaux de la politique et de l’économie ? Comment réinventer une politique qui réponde aux besoins neufs ? Comment faire comprendre que l’Etat social protecteur des ouvriers d’hier doit devenir un Etat social inventeur de l’emploi de leurs enfants ? La politique est trop petite face à l’économie mondialisée. »
Commentaire : Après être passé de l’économie politique (avant 1984) à la politique économique, je pense qu’après la crise de surchauffe qui est en place (tôt ou tard la masse énorme de liquidité va faire FLAMBER les marchés), nous assisterons à l’émergence de la Socio-économie.
Eric le Boucher dans « Les Echos » de septembre 2011
Article intitulé : Dites la vérité aux peuples !
La crise est d’abord une crise politique. Les dirigeants occidentaux ne sont pas à la hauteur du gigantesque mouvement des plaques de la prospérité d’ouest en est, d’Europe et d’Amérique vers les BRICS. Ils sont incapables de voir, d’expliquer et de présenter aux peuples les efforts d’adaptation nécessaires. Ils tergiversent, ils croient encore sauver l’ordre ancien ou pis : ils se réfugient dans la nostalgie plus lointaine de l’identité et de la nation. Beaucoup se trompent ; quelques-uns sont cyniques : la dure vérité n’est jamais bonne à dire… En voici deux exemples, à vingt-quatre heures d’intervalle : la rigueur en France, l’Europe fédérale en Allemagne.Le budget 2012 en France a donné, mercredi, le spectacle du parfait double discours. Voyez mes ailes messieurs les marchés financiers : je fais de l’austérité pour conserver mon triple A. Ma détermination est entière. Français, voyez mes pattes : je ne m’appelle pas austérité. Ne croyez surtout pas que le président Sarkozy, le candidat du pouvoir d’achat, soit l’homme d’un revirement. Les autres pays font de l’austérité, la France non. Elle coupe 150.000 postes de fonctionnaires, elle économise 45 milliards sur 2011-2012, dont 50 % par des réductions de dépenses, mais non, ce n’est pas de la rigueur. Enfin, ça l’est pour les marchés, ça ne l’est pas pour les Français. Quand les gouvernements cesseront-ils de raconter des sornettes ? Tout comme le responsable de la France devrait cesser de mentir sur une rigueur honteuse aux Français, les responsables européens devraient cesser d’avancer dans un fédéralisme de travers. Il faut sauver la zone euro, il faut que la Grèce y reste, il le faut face à la Chine : une grande majorité d’Européens se rallie à cette idée. Ce sauvetage passe par le FESF et par plus de fédéralisme. Mais la façon cachée dont les gouvernements avancent dans cette direction risque de monter une nouvelle fois les peuples contre l’Europe. Il y a omission et tromperie, on le voit. Il y a aussi incohérence : les gouvernants croient possible un fédéralisme interétatique, oxymore démocratiquement dangereux. Il faut en revenir au départ : si l’Europe est en crise, si l’Union monétaire est menacée de se défaire, c’est qu’à Maastricht a été refusée l’union politique. Aujourd’hui, il faut avancer dans cette voie. Croire qu’on peut le faire de biais et en préservant l’interétatisme est une erreur. C’est l’Europe des Etats-nations qui est en échec. Une union désormais fédérale est indispensable : il faut le dire aux peuples et leur demander leur avis. Sinon la crise reviendra vite. » Eric Le Boucher est directeur de la rédaction d’« Enjeux Les Echos ».
Commentaire : Petit à petit la réalité apparaît. Initialement, point de crise financière ni économique uniquement une crise politique. Crise politique qui a pris une portée économique et financière avec le système de valorisation comptable boursier. Nous retrouvons également dans cet article, la notion de peuples en remplacement de la « nostalgie de l’identité et de la nation »
Guy Schuller, propos recueilli par Michel Waintrop,dans « La Croix » du 26 septembre 2011
Article intitulé : « La confiance, un pilier essentiel de l’économie »
« Michel Camdessus a écrit qu’ « une économie sans confiance est une économie en risque d’implosion ». Au XXe siècle, les économistes pensaient que l’essentiel en économie se basait sur des comportements d’acteurs (producteurs, clients, banquiers, consommateurs…) rationnels et libres de leurs choix. Récemment, on s’est rendu compte que l’économie fonctionne dans une société où il existe une interdépendance entre acteurs. La psychologie, les émotions ont leur place à côté du rationnel. La confiance est l’un des piliers de l’économie, presque un facteur économique en soi, même s’il ne peut se contractualiser de manière formelle. Il suffit des malversations d’un trader ou de faux chiffres communiqués par un Etat, en l’occurrence la Grèce, pour que cette confiance s’effondre et déclenche une spirale de conséquences néfastes pour l’économie. La crise de confiance ne fait pas s’effondrer directement les fondamentaux de l’économie réelle, mais a d’importants effets indirects en affectant les processus de croissance. Il suffit de peu de chose pour que la défiance s’installe, la confiance, elle, a besoin de beaucoup de temps pour se remettre en place. »
Commentaire : Cet article qui a l’air anodin est assez étonnant et détonnant. Il marque bien les limites des perceptions que l’on peut avoir de la « science économique ». En effet, il parle du XXe siècle et de ses erreurs de visions économiques comme s’il parlait du 18e ou du 19e siècle. Je dois dire que cet article m’a donné un sacré coup de « vieux ». Si l’on fait la synthèse, nous sommes passés du XXe siècle qui avait un raisonnement d’économie mathématique basé sur « des comportements d’acteurs (producteurs, clients, banquiers, consommateurs…) rationnels et libres de leurs choix. » à une physique économique du XXIe siècle faite d’interactions « où il existe une interdépendance entre acteurs » dont la confiance devient « l’un des piliers presque un facteur économique en soi ». Cette évolution doit nous faire revoir tous nos concepts et préceptes de pensée. Le chiffre « du jour » ne doit plus être l’élément principal de notre réflexion et de nos actions (sauf à réagir sur des craintes, des peurs ou des euphories) car il n’est que la résultante du passé…et d’un système comptable obsolète. Nous devons dorénavant avoir une vision des cycles et analyser l’évolution de cette vision en fonction des comportements humains quotidiens. Notre vision des cycles s’appelle SOCIOECOPOFI (SOCIOlogie, ECOnomie, POlitique, FInance) et est le thème de conférences. Le XXIe siècle est bel et bien le siècle de la socio-économie. Et dire que quantité d’articles commentent (voire « utilisent ») des théories datant de plus d’un siècle.
Dans « Boursorama » du 23 septembre 2011
Article intitulé : L'OMC vise désormais une croissance du commerce de 5,8% contre 6,5% pour 2011 :
« L'Organisation mondiale du commerce (OMC) a revu à la baisse vendredi ses prévisions de croissance du commerce pour 2011, s'attendant à une progression des échanges mondiaux de 5,8% contre 6,5% prévus jusqu'à présent, indique-t-elle sur son site internet. "Les Membres (de l'OMC, ndlr) doivent rester vigilants. Ce n’est pas le moment de faire cavalier seul. C’est le moment de renforcer et de préserver le système commercial mondial pour qu’il continue à remplir cette fonction cruciale dans l’avenir", a déclaré le directeur général de l'organisation Pascal Lamy. »
Jacques Delors, propos recueillis par Françoise Fressoz, Frédéric Haziza, Sylvie Maligorne et Marie-Eve Malouines dans « Les Echos » du 16 septembre 2011
Article intitulé : Jacques Delors : " La "règle d'or", c'est un piège à cons "
« L'Union économique et monétaire était fondée sur l'équilibre entre le pouvoir monétaire et le pouvoir économique. Il impliquait qu'à côté de l'indépendance de la Banque centrale européenne (BCE) il y ait un pôle économique qui, compte tenu du contrat et de l'esprit du traité, ne pouvait prendre qu'une forme : la coopération. Cette coopération n'a pas eu lieu. Comment voulez-vous que les investisseurs, je ne parle pas simplement des spéculateurs, s'y retrouvent ? Jean-Claude Trichet a résisté à l'hyper-rigidité de certains Allemands. Il est intervenu raisonnablement pour soutenir le marché des obligations souveraines grecques, portugaises, espagnoles, italiennes. Il fournit la liquidité aux banques, et c'est sa fermeté qui a poussé des dirigeants hésitants à prendre des mesures. Il a été le plus européen de tous. La Grèce peut-elle quitter l'euro ? Si elle le fait, ce sera l'effet domino. Les marchés s'intéresseront davantage à l'Espagne ou à l'Italie. Donc sauver le soldat grec, c'est sauver l'euro. Pardonnez ma grossièreté, mais la " règle d'or ", c'est un piège à cons pour l'opposition. Christine Lagarde a commis une grosse erreur politique en estimant que les banques européennes avaient un besoin urgent d'être recapitalisées. Les mauvaises langues de son camp disent que " ce perroquet savant n'est plus cadré par M. Musca, le secrétaire général de l'Elysée ". En réalité, les banques ont accru leurs fonds propres depuis 2008 et elles sont en mesure aujourd'hui de faire face à un défaut ou à une diminution de la valeur de leurs créances. Il suffirait que les gouvernements le disent. »
Raphaël Gutmann, professeur à l’ESG Management School, dans « Le Figaro » du 16 septembre 2011
Article intitulé : Ne pas négliger le rôle de la doctrine Bush dans les révoltes arabes
« Depuis plusieurs mois, les observateurs politiques tentent d’identifier les racines de la contestation qui bouleverse le monde arabe. L’ampleur et la force de ce mouvement ont été, pour la majorité d’entre nous, inattendues et imprévisibles. Face à cette incompréhension, de nombreux analystes se sont sentis obligés de trouver un détonateur à ces événements historiques. Les plus pressés ont cru le trouver avec l’immolation d’un jeune homme dans une ville obscure de province tunisienne, en décembre 2010. Le mécanisme menant à ces révoltes a été mis en marche plusieurs années auparavant dans une autre région de l’aire culturelle arabe. Il s’agit de la seconde guerre d’Irak, qui a abouti à l’éviction de l’archétype du dictateur arabe : Saddam Hussein. Or cette hypothèse nous amène à réévaluer le legs de l’intervention lancée en 2003 par les États-Unis. Toutefois, la guerre en Irak avait un autre objectif clairement énoncé, mais que la plupart des commentateurs pensaient n’être que de façade : le renversement des dictatures et la démocratisation d’un ensemble de pays, regroupé sous le nom de « Grand Moyen-Orient ». Lors de son discours prononcé le 26 février 2003 devant l’American Enterprise Institute, le président américain appelait ainsi à un remodelage politique de cette région afin de lutter contre la tyrannie, synonyme de menace terroriste et de déstabilisation. George W. Bush maniait un argument de poids, selon lequel les démocraties ont comme avantage de ne jamais se faire la guerre. Un Moyen-Orient démocratisé cesserait donc d’être un foyer de violences et de tensions, notamment en Israël et dans les « territoires », où les groupes radicaux palestiniens reçoivent le soutien financier, voire logistique, de plusieurs régimes autoritaires voisins. G.W. Bush et ses conseillers néoconservateurs soutenaient que la chute d’un tyran local enclencherait un « effet domino », en servant d’exemple pour que les autres peuples arabes se débarrassent à leur tour, et sans intervention directe étrangère, de leur dictateur respectif. L’éviction de Saddam Hussein devait jouer ce rôle de déclencheur. Avec du recul, cette stratégie a porté ses fruits. L’onde de choc aura, en fait, pris plus de sept ans pour se propager du centre irakien au reste de la région. Avant la guerre de 2003, les peuples arabes ne pouvaient imaginer se défaire des despotes qui les asservissaient. Mais le sort infligé à un dirigeant, que l’on croyait inamovible et inatteignable, a transformé de manière profonde, et dans la durée, le cadre mental de ces nations. »
Commentaire : Rendre à César… Il est très rare de lire des articles qui prennent de la « hauteur ». Trop souvent, les articles ne font que traiter le sujet du moment, dans le « sens du vent » du moment sans accepter ou sans pouvoir réfléchir en dehors du « bien penser ». Faire un article sur ce thème, aujourd’hui, est preuve de qualité.
Paul Sérieys dans « L’Agefi » du 15 septembre 2011
Article intitulé : Niveau record pour l'épargne financière des ménages dans le monde
« A fin 2010, l'épargne financière brute des ménages dans le monde s'est accrue de 6,2 % pour atteindre 95.264 milliards d'euros, ce qui est supérieur au record historique de 2007, selon la dernière livraison du Global Wealth Report d'Allianz *. Sur les dix dernières années, la hausse moyenne a été de 4,1 % et même de seulement 3,2 % sur une base par tête. L'augmentation de l'épargne financière brute dans les pays industrialisés a été inférieure à celle enregistrée à l'échelon mondial, de sorte que le stock à fin 2010 était encore légèrement inférieur au niveau d'avant la crise. En revanche l'épargne financière brute des pays émergents d'Asie, d'Amérique latine et d'Europe orientale a enregistré des taux de croissance à deux chiffres sur la dernière décennie, et dans les deux premières régions, même la crise financière n'a pas fait baisser l'épargne financière. Dans les pays les plus pauvres, l'épargne financière par tête se situe déjà à un niveau supérieur de plus de 50 % à celui d'avant la crise. En termes nets, les statistiques d'Allianz font ressortir que le pays où l'épargne financière par tête est la plus élevée est la Suisse (135.558 euros), devant le Japon (84.267 euros) et les Etats-Unis (79.165 euros). Le Royaume-Uni se classe huitième (52.719 euros), la France, onzième (41.550 euros) et l'Allemagne, treizième (41.402 euros). »
Charles Gave dans « Le Figaro » du 15 septembre 2011
Article intitulé : Crise du capitalisme ? Non, crise des États !
« Nous sommes donc en face non pas d’une crise économique mais bien d’une crise d’un dévoiement de nos systèmes politiques, capturés par une technocratie à la fois triomphante et incompétente, ce que chacun peut constater tous les jours. Le capitalisme, quant à lui, se porte comme un charme, non seulement en Asie ou en Amérique latine mais encore dans nombre de nos pays tels la Suède, le Canada, l’Australie, la Finlande, l’Autriche, le Danemark, tous pays où la population est soignée, éduquée, bien nourrie et prend sa retraite sans aucun souci. Tout ceci parce que le capitalisme y règne et que les États, contrôlés par les peuples, y font leur métier convenablement. Leur caractéristique commune est d’avoir remis de l’ordre dans leur État depuis un grand moment (citons la Suède en 1992 ou le Canada à partir de 1994 par exemple). »
Jean-Jacques Ohana dans « La Tribune » du 15 septembre 2011
Article intitulé : Apprendre à penser l'improbable
« L'actualité financière récente montre une fois de plus que c'est bien le hasard « sauvage », et non le hasard « bénin », qui gouverne les marchés. Or, l'étude des mouvements de marché extrêmes sur un historique long montre leur nature souvent endogène. Dans la majorité des cas, plusieurs signes précurseurs permettaient de prévoir la possibilité d'une catastrophe imminente. Le premier signe est celui d'un comportement excessivement moutonnier des investisseurs (la « bulle financière »). Quand de nombreux investisseurs ne se positionnent sur un actif que dans une logique d'imitation, un système extrêmement instable se construit : les investisseurs financent à crédit l'achat d'un actif déjà surévalué, renforçant par-là même sa surévaluation. Quand les mauvaises nouvelles arrivent, la musique s'arrête brutalement et tout le monde se précipite vers la sortie, provoquant une rupture instantanée de la liquidité et un krach. Le deuxième signe précurseur, à plus court terme, est la présence d'une spirale baissière sur un actif. Quand un actif financier enclenche une longue phase baissière, plusieurs mécanismes autoamplificateurs du mouvement se mettent en oeuvre. En premier lieu, des investisseurs qui l'ont acheté à crédit sont obligés de le liquider rapidement faute de pouvoir le refinancer, accélérant sa chute et mettant en défaut d'autres acheteurs. En deuxième lieu, les participants du marché convergent spontanément vers une vue baissière sur cet actif : chacun des participants pensant que les autres pensent qu'il va baisser, le prix baisse effectivement et les croyances baissières se cristallisent. Comme Georges Soros l'a bien décrit, les marchés financiers et l'économie réelle sont « réflexifs »... ...: ce sont les marchés financiers qui écrivent leur propre histoire et façonnent parfois l'économie réelle. Le troisième signe avant- coureur, lui aussi de court terme, est la dégradation des conditions de liquidité. La liquidité représente la facilité avec laquelle les acteurs peuvent emprunter pour financer un actif. Mais elle traduit aussi la facilité avec laquelle une position peut être liquidée. Or, il existe des indicateurs instantanés pour mesurer ces deux facettes de la liquidité : ce sont les compensations, encore appelées « primes de risque », que les investisseurs exigent en contrepartie des risques de marché ou de crédit. Quand la liquidité est abondante, les coûts du risque sont durablement faibles et, par conséquent, les investisseurs se prêtent aisément. À l'inverse, quand la liquidité se tarit, les coûts du risque augmentent, les investisseurs ne se prêtent plus et des liquidations forcées de positions se produisent, provoquant des effets de contagion entre acteurs et classes d'actifs. »
Commentaire : Trop souvent, la notion de prime de risque est confondue avec la liquidité réelle. Je suis surpris que dans quantité de raisonnements (ou de produits) le fait d’avoir intégré une prime de risque sur la liquidité devienne garant de liquidité. Dans notre type d « économie », la liquidité est synonyme de crédibilité, son absence de débilité. Prime de risque ou prime de débilité ?
Anne-Marie Rocco dans « Challenges » du 1 septembre 2011
Article intitulé : Paisible été pour « l’économie réelle »
« Preuve de la sérénité des dirigeants : peu ont modifié leurs vacances. Dès les semestriels publiés, chacun a filé vers sa destination préférée, laissant les marchés ruminer leur déception, malgré des résultats souvent bons. « La crise n’est pas économique mais financière », répète à l’envi Jean-Louis Chaussade, directeur général de Suez Environnement. Le problème est de savoir si elle ne risque pas de le devenir à très court terme »
Commentaire : En fait, la crise n’est ni économique, ni financière mais comptable.
Marc Fiorentino dans « La Tribune » du 5 septembre 2011
Article intitulé : Été meurtrier : c'est la même crise
« Il n'y a pas DES crises. Mais UNE seule crise. Une crise qui a débuté aux États-Unis en 2007 et qui se propage dans le monde entier depuis quatre ans en provoquant des séismes de moins en moins espacés, de plus en plus violents et de plus en plus « systémiques ». L'été meurtrier 2011, un été, où l'indice parisien, entre autres, a perdu près de 20 %, n'est qu'un des épisodes douloureux de cette crise qui n'en finit pas et qui n'est pas près de s'arrêter tant les réponses tant politiques que monétaires sont inadaptées. On connaît parfaitement le mécanisme du cercle vicieux dans lequel on est entraîné : crise de l'immobilier américain, puis crise des banques, puis crise des États qui se sont substitués aux banques. Sur ce cercle vicieux qu'on pourrait qualifier de « financier » et qu'on nomme de plus en plus souvent la « crise de la dette », s'est greffé un enchaînement économique encore plus inquiétant. Les politiques courent après les marchés mais ils ne comprennent pas le message que les marchés leur adressent. Quand les investisseurs s'attaquent à la dette française, ce n'est pas pour que le gouvernement fasse du triple A « un trésor national » à défendre à tout prix, avec des solutions de rafistolages anecdotiques qui transformeront cette défense en ligne Maginot. Non. Les investisseurs préféreront deux A avec un projet et une vision, au troisième A d'Aveuglement. Pour régler le problème de la dette, je ne vois aucune autre solution qu'une restructuration mondiale des dettes souveraines des pays surendettés. Il faudra également trouver le « business model » de l'avenir pour des pays comme les États-Unis ou la France qui se sont toujours reposés sur le moteur de la consommation, une consommation alimentée par le surendettement aux États-Unis. Ce modèle est mort. Il faut inventer le modèle de demain. »
Albert Merlin, vice-président de l’institut Présage, dans « Le Figaro » du 31 août 2011
Article intitulé : Crise : la faute aux marchés ?
« On n’en croit pas ses oreilles. Ni ses yeux. Qu’il y ait des spéculateurs peu scrupuleux, c’est indéniable. Mais ceux-ci ne font qu’amplifier les mouvements. Ce qui compte, c’est la tendance de fond : les marchés reflètent l’offre et la demande, expriment l’ambiance du moment et le degré de crédibilité des politiques économiques, avérées ou imminentes. Ne serait-il pas « juste et bon », au lieu de s’attaquer aux apparences, de s’interroger sur le rôle des politiques ? Qui peut nier que le déclenchement du tsunami américain est né du laxisme de Washington ? Aujourd’hui, qui osera prétendre que les tergiversations des gouvernants européens, soufflant tour à tour le chaud et le froid, affirmant leur grand amour devant l’opinion pour mieux reculer au dernier moment, ne sont pas responsables de la nasse actuelle ? Mais, dira-t-on, c’est nous qui les avons élus. Certes, mais leur capacité à naviguer par gros temps se révèle étonnamment faible. Où est la faille ? Doit-on s’interroger sur les hommes qui sont aux manettes ou bien sur les manettes elles-mêmes ? D’où vient cet art consommé de la procrastination pratiqué par tant d’hommes politiques ? Résultat : entre le monde économique et le monde politique, la discordance des temps est de plus en plus flagrante. C’est supportable par temps calme. Pas au milieu de turbulences comme celles que nous connaissons actuellement. Mais passer à la phase thérapeutique n’est pas une mince affaire : il s’agit, tout simplement, de réconcilier les processus de décision politique avec les réalités économiques ! Il est évidemment plus facile d’accuser les marchés… »
Commentaire : Crise économique ou crise politique ?
Mathieu Plane, économiste à l’OFCE, propos recueilli par Aglaé de Chalus, dans « La Croix » du 29 août 2011
Article intitulé : La faible croissance est-elle la seule explication à la hausse du chômage ?
« La faible croissance est la principale raison de la baisse des créations d’emplois, mais elle n’est pas suffisante pour expliquer le phénomène de hausse du chômage que l’on observe depuis quatre mois. Premier point, nous remarquons en France une dynamique à la hausse de la population active parce que nous bénéficions d’une démographie forte, contrairement à l’Allemagne par exemple où la population est vieillissante. 90 000 entrants par an Il faut donc créer 90 000 emplois pour les absorber. L’effet réforme des retraites a commencé en juillet. Avant la réforme, environ 20% d’une génération partait en retraite chaque année, soit 160 000 personnes. Aujourd’hui 50 000 personnes ne partent pas parce que leur départ est reporté. Pour réussir à créer 140 000 emplois par an et ainsi absorber cette augmentation, il faudrait une croissance d’au moins 2%. »
Commentaire : Je pense qu’il serait opportun d’imposer à certaines entreprises qui reçoivent des subsides de l’Etat de favoriser les emplois de personnel en défaveur d’une certaine automatisation. Ex : Les péages autoroutiers etc... Nous devons revenir à une intégration de l’emploi dans nos décisionnels.
François Rachline, professeur à Science Po, dans « Le Monde » du 25 août 2011
Article intitulé : Face à la crise, il faut créer une banque centrale mondiale
« Si le présent appartient aux pompiers, l'avenir a besoin d'architectes. Il leur incombe de promouvoir un projet d'ensemble qui permette à la croissance, via le développement durable, de repartir. Elle seule permettra de casser la spirale des déficits et de la récession à laquelle une grande partie de la planète est aujourd'hui condamnée. A condition de suivre la prescription de l'historien chinois Seu-ma-Ts'ien (145-86 av. J.-C.) : " Celui qui veut bâtir sa maison s'occupe d'abord d'une solide charpente. " Autrement dit, voir grand. Comment réguler - ou gérer - les liquidités mondiales, c'est-à-dire tout à la fois leur émission, leur diffusion et leur affectation ? Quelle pourrait être la " solide charpente " qui la conditionnerait ? Une banque centrale mondiale (BCM). Envisagée, en 1941, par Keynes dans ses Propositions pour une Union monétaire internationale, cette institution constituerait un instrument-clé au service d'une régulation globale ; elle s'inscrirait dans une perspective historique. Les déflagrations monétaires du passé - crise de la livre sterling dans les années 1930, effondrement du mark en 1923, défiance à l'égard du dollar dans les années 1960 et 1970 - ont amplement montré quelles conséquences elles entraînaient, économiques, politiques autant que sociales. Depuis la chute, en 1973-1976, du système instauré à Bretton Woods en 1944, le monde vit dans une sorte de non-système dominé par le dollar. Cela signifie que l'alimentation monétaire de la planète dépend presque exclusivement des déficits américains. Il est donc étrange et vain de réclamer aux Etats-Unis un retour à l'équilibre, notamment budgétaire, sans se préoccuper des moyens de paiement qui pourraient se substituer au billet vert. La difficulté n'est pas nouvelle, seulement plus aiguë aujourd'hui. Chacun voit aisément que le changement de nationalité de la monnaie internationale ne modifierait pas la nature du problème. Il faut désormais passer au niveau mondial. Le temps est venu d'achever la fusée monétaire et financière en lui ajoutant le dernier étage que réclame la logique et qu'exige la stabilité du monde. Si du moins le bon sens pouvait cesser d'être jugé utopique. »
Catherine Chatignoux dans « Les Echos » du 22 août 2011
Article intitulé : Les perspectives économiques plombées par les craintes de rechute
« De fait, l’économie a connu des jours plus flamboyants… Au deuxième trimestre, l’Union européenne a renoué avec une quasi-stagnation après un premier trimestre prometteur. Tous les analystes ne sont pas aussi pessimistes.« Les marchés ont cru que la reprise serait forte et durable, explique Cédric Thellier, économiste chez Natixis, oubliant trop vite les nombreuses hypothèses de sortie de crise en W évoquées à l’époque, intégrant des risques de rechute. Ils sont donc logiquement surpris par le ralentissement actuel, qui n’a rien d’étonnant : les plans de relance de l’activité lancés en 2008 et 2009 ont été retirés et dans la plupart des pays concernés ils ont été remplacés par des plans de consolidation budgétaire exigeants. » Les tours de vis supplémentaires décidés en Italie, en Espagne et bientôt en France assombrissent encore l’horizon et font douter de la capacité de l’Europe à sortir par le haut de son endettement excessif. Pour éviter une escalade de la méfiance et rassurer les marchés sur leur détermination à gérer solidairement cette sortie de crise, la balle est dans le camp des gouvernements. »
Commentaire : Où quand les politicards créent eux-mêmes les crises ! Dogmatismes stupides, égo électoraliste, lobbies… ? Vive la Politique, mais pour cela il faut des Hommes Politiques.
Dans « Boursorama » du 16 août 2011
Article intitulé : Amélioration de la balance commerciale en zone euro en juin :
« La zone euro a enregistré un excédent commercial de 900 millions d'euros en juin, après un excédent de 200 millions en mai, selon des données publiées mardi par l'office européen des statistiques Eurostat. En juin, par rapport à mai, les exportations ont diminué de 4,7% et les importations de 4,1%, en données corrigées des variations saisonnières. L'ensemble de l'Union européenne a enregistré un déficit commercial de 12,2 milliards d'euros en juin, à peine moins élevé qu'en mai (déficit de 12,3 milliards d'euros). Sur les cinq premiers mois l'année, le déficit de l'UE s'est creusé dans le domaine de l'énergie (-154,7 milliards d'euros en janvier-mai 2011 contre -119,3 milliards en janvier-mai 2010), tandis que l'excédent pour les produits manufacturés s'est notablement accru (+91,3 milliards contre +62,6 milliards). Les échanges de l'UE avec tous ses principaux partenaires ont augmenté sur la période janvier-mai par rapport à la même période de 2010, à l'exception des importations en provenance de Corée du Sud (-1%). »
Jean-Louis Guigou, économiste, dans « Le Monde » du 18 août 2011
Article intitulé : La révolte des abeilles contre les frelons. Il faut en finir avec la finance improductive
« Dans le monde des insectes, les abeilles travaillent et produisent du miel, tandis que les frelons, grands prédateurs, leur sucent le miel et les détruisent. En économie, depuis la nuit des temps, les hommes n'ont trouvé que deux façons d'acquérir des ressources : prendre, comme le fait le frelon, ou créer, comme le fait l'abeille. En économie, les abeilles sont celles qui produisent de la richesse et de la valeur ajoutée : agriculteurs, monde de l'industrie et des services à la production, finance dédiée à l'investissement productif. Les frelons, en revanche, sont des prédateurs. Les plus connus, ce sont les rentiers qui exploitent et spéculent sur les richesses naturelles ou qui bénéficient de monopoles par les importations, la construction, etc. Dans les pays arabes et africains, ces prédateurs sont encore très nombreux. Mais s'ajoutent, en Occident, des prédateurs nouveaux, très virulents, qui opèrent soit dans la manipulation de l'information, soit à travers la dérégulation financière. Au Sud, comme au Nord, les frelons prédateurs tirent leurs revenus exorbitants non pas de la production-création-innovation, mais de leur proximité avec les pouvoirs politiques, par la corruption, en prenant directement dans les caisses de l'Etat, comme de nombreux dictateurs arabes et africains. L'économie financière qui a infléchi à son avantage les règles du jeu plonge le monde occidental dans la crise, la ruine et le déclin. Dans les pays émergents prévalent les abeilles. Ce sont elles les grandes gagnantes de la mondialisation, de par leur appétit pour l'industrie, tandis que l'Occident, depuis trente ans, n'a fait qu'accumuler de la richesse virtuelle, qui peut partir en fumée en une nuit de panique boursière. Deux exemples : pour 1 % de " banques abeilles " qui financent encore l'activité de production de richesses existent 99 % de " banques frelons " qui capturent les politiques pour déréguler la finance et nous vendre des produits dérivés inutiles - des milliards de produits toxiques - et de la spéculation instantanée. Autre exemple, " l'esprit frelon " envahit même nos grandes écoles, puisque plus de la moitié des élèves de Polytechnique se destinent aux métiers de la finance. Partout dans le monde, les abeilles travailleuses se révoltent contre les frelons prédateurs qui les exploitent. Un lien très fort de parenté unit les " printemps arabes ", les " indignés " de Madrid, les révoltés d'Athènes, les insurgés de Tel-Aviv, et même les casseurs de Londres. Tous veulent vivre de leur travail et retrouver leur dignité. Partout dans le monde, les abeilles, agriculteurs, artisans, taxis, jeunes diplômés, artistes, chefs d'entreprise, ouvriers, clercs, etc. osent affronter dans la rue le monde des frelons prédateurs : les dictateurs, le monde de la finance, les rentiers en tout genre, les privilégiés, les oisifs, tous ceux qui vivent assis devant leur " péage " (" gate keeper business ") à attendre que les ressources des abonnés à tous les services possibles leur envoient le prix de leur abonnement où de l'accès au service. En finir avec les dictateurs des pays arabes, en finir avec les politiciens grecs corrompus, en finir avec les spéculateurs immobiliers espagnols, en finir avec le gouvernement israélien, qui privilégie inutilement la guerre, en finir avec les prédateurs qui se réfugient à Wall Street et dans la City ; partout, et dans tous les pays, c'est la même lutte : contre la dictature politique, au Sud, et contre la dictature financière, au Nord. Ce que la crise en Occident met à nu, c'est un système dévié, bâti sur le virtuel, loin des grandes innovations. Emerge un désir de nouveau modèle économique et social, avec plus de production de biens, d'ingénieurs, d'industrie, d'agriculture et de vision à long terme, plus de travail pour les jeunes et les moins jeunes. Il est encore temps pour la France et l'Europe de redresser le cap. Il serait injuste de demander aux abeilles de travailler plus pour réparer des dégâts occasionnés par les frelons du système financier qui ont réussi à imposer le maintien du système (produits dérégulés, agences financières impériales, dettes souveraines à leur merci...) aux politiques, qui plient devant ces nouveaux monstres qu'il faut sans cesse " rassurer ". Mais qui s'occupe de rassurer les chômeurs, les ouvriers, les industriels ? Une solution : traquer tous les faux métiers que les frelons ont investis, toutes les niches proches des pouvoirs politiques où ils prospèrent, et taxer tous ces acteurs improductifs. Mais aussi regrouper toutes les abeilles et rejoindre leur révolte contre les frelons.
Commentaire : Un homme en colère. Et si l’ampleur de cette colère se concrétisait à la rentrée en regroupant « toutes les abeilles contre les frelons » ?
Harald Hau, enseignant à l’université de genève et au Schweizer Finanzinstitut (SFI) dans « Le Monde » du 16 août 2011
Article intitulé : Une Europe qui fait cadeau de 200 milliards à ses riches
« Les commentaires de Nicolas Sarkozy, qui a vu dans l'accord décroché à Bruxelles le premier pas vers un gouvernement économique européen, étonnent si l'on considère un volet politique de l'accord particulièrement déshonorant : les aides publiques en faveur de la Grèce - dont le montant total pourrait s'élever à 200 milliards d'euros - tomberont pour l'essentiel dans l'escarcelle des 5 % de familles les plus fortunées du pays (on sait qu'aux Etats-Unis comme partout dans le monde, les 5 % de familles les plus argentées possèdent quelque 70 % des capitaux financiers). La socialisation de la dette grecque équivaut donc à un généreux transfert au profit des nantis. En principe, les gouvernements sont en position de force pour négocier avec les investisseurs privés. Contrairement à une entreprise, un Etat ne peut pas être mis en liquidation. En cas d'insolvabilité de ce dernier, le créancier privé se retrouve donc généralement en position d'infériorité. Dès lors on se demande pourquoi ce sont les créanciers privés qui sont épargnés dans le processus de restructuration de la dette grecque ? Lorenzo Bini Smaghi, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), est allé jusqu'à déclarer qu'une participation financière du secteur privé se révélerait au bout du compte plus coûteuse pour le contribuable. Certes, l'insuffisance de capitaux propres des banques européennes induit un risque en cas de remise drastique de la dette grecque. Mais ce problème peut être réglé de manière bien plus directe et salutaire par le biais d'une recapitalisation (forcée) des banques. La dernière crise financière a prouvé que les gouvernements étaient capables d'empêcher les crises du secteur bancaire en prenant des mesures énergiques. En contrepartie de son aide financière, l'Etat peut obtenir des banques de nouveaux titres grâce auxquels le contribuable pourrait même être gagnant sur le long terme. Pourquoi cette solution, pourtant nettement plus pérenne, n'a-t-elle pas été évoquée une seule fois ? La raison est politique : une telle option serait contraire aux intérêts supérieurs des grandes banques, même si la crise actuelle résulte de la négligence de ces dernières en matière de politique de crédit. Les responsables politiques souffrent d'un double handicap dans leurs négociations avec le secteur privé : pour commencer, en raison de compétences insuffisantes et d'informations lacunaires, les ministères des finances ont beaucoup de mal à mettre au point des plans de sauvetage, et la volonté politique s'enlise face à la culture du secret d'un secteur bancaire peu enclin à coopérer. Ensuite, il ne faut pas non plus sous-estimer le lobbying des banques, qui dissuade un grand nombre de responsables politiques de prendre des risques qui soient favorables au contribuable. Alors même que la gestion - pour partie désastreuse - des risques pendant la crise financière devrait discréditer de nombreux banquiers dans leur rôle de conseillers, leur influence politique demeure intacte. Demandez à des grenouilles quelle est à leurs yeux la meilleure méthode pour assécher leur mare, elles vous répondront qu'il faut rajouter de l'eau. Dans la même veine, c'est le patron de la Deutsche Bank, Josef Ackermann, et l'Institut de la finance internationale qui ont été chargés de mettre au point le plan de sauvetage de la Grèce. Comme si l'on avait placé le ministère de la santé sous tutelle de l'industrie du tabac. L'Europe devra malheureusement affronter la prochaine vague de la crise sans avoir accompli de réels progrès en matière d'économie politique. »
Commentaire : Force est de constater que, sauf à remettre en cause l’indépendance et la compétence de Monsieur Harald Hau, la situation de nos politiques est plus une situation de dépendance et de valet que celle de dirigeant. Que l’on ne s’y trompe pas, si certaines de mes critiques sont acerbes, c’est parce que je suis pour un Etat fort et une Europe forte. Vœux qui ne peuvent être réalisés qu’avec des Hommes politiques et non des valets politiques et des institutions « sous dépendances ». Madame Lucie Aubrac : « Sachez dire non pour être digne de votre liberté. Ne jamais accepter de devenir, petit à petit, de façon insidieuse le terreau fertile de l’asservissement et de l’acceptation de l’inacceptable. »
Alexandre Adler dans « Le Figaro » du 13 août 2011
Article intitulé : La guerre de récession a-t-elle cessé ? Rien n’est moins sûr
« Depuis que la grande guerre a été bannie des instruments de la politique, c’est la crise, essentiellement économique, qui prend sa place. C’est elle, en effet, qui apporte les grandes scansions du temps historique, qui pousse les hommes aux extrémités de la lucidité et du courage pour les uns, de la stupidité et de la couardise pour les autres, c’est elle qui affaiblit les trônes, promeut les nouveaux venus et périme les anciennes sagesses universellement admises. Nous y sommes, dans cet été meurtrier de 2011. Cette fois-ci, à la différence de 2007-2008, le séisme semble affecter simultanément les deux grands pôles de la civilisation occidentale, l’Amérique et l’Europe. Les causes de cette simultanéité n’ont rien de mystérieux : si l’ébranlement de 2008 fut le résultat des politiques financières dangereuses et irresponsables du seul capitalisme américain, leur contrecoup se fit néanmoins sentir avec une intensité égale sur les deux rives de l’Atlantique. Simplement, la destruction faramineuse de richesse par le système financier mondial ne put être obviée dans l’immédiat que par la croissance exponentielle du crédit et de la dette publics. La crise actuelle de la monnaie unique européenne n’est donc que la traduction en clair par les marchés de la déconvergence rapide des économies européennes, qui contraste avec le mouvement inverse que l’on avait atteint dès 1996-1997. Mais, comme Jean-Claude Trichet n’a cessé de le répéter à qui ne voulait malheureusement pas l’entendre, l’état macro-économique de l’Euroland n’est pas en lui-même catastrophique. En revanche, la situation est complètement différente en Amérique, où la crise ne peut que se développer de manière endogène. Autrement dit, s’il y a simultanéité de la crise, il n’y a pas de parallélisme entre la sortie de crise européenne et la sortie de crise américaine.»
Commentaire : Il est écrit « la destruction faramineuse de richesse par le système financier », je rappelle qu’il y a une très grande différence entre la valeur qui est économique car elle résulte à la fois d’un (ou des) chiffre(s) et d’une prise de risque sur le futur, le prix qui est financier car il résulte d’un échange matérialisé par un mouvement financier et la valorisation qui est comptable. Le problème actuel est que la valorisation n’a plus aucun lien avec la valeur, ni le prix. Pour rappel, quelques titres échangés à la hausse ou à la baisse et l’on annonce des euphories ou des catastrophes du simple fait que cette variation est extrapolée à tous les titres (en dehors de toute réalisation possible en terme de prix) et « officialisée » par les normes comptables comme une valorisation. Il n’y a pas de destruction de richesse, il y a simplement retour vers une logique de prix et donc une certaine réalité. Cessons de transposer un prix réalisé sur un échange limité à l’ensemble des titres et nous aurons fait un grand pas vers la sagesse.
Claire Gatinois dans « Le Monde » du 13 août 2011
Article intitulé : La spéculation accusée de faire chuter les actions des banques
« Et si l'interminable dérapage des marchés financiers n'était que le fruit de spéculateurs malveillants... Depuis la fin du mois de juillet et la glissade des indices boursiers aux Etats-Unis et en Europe (le CAC 40 a chuté de près de 20 % entre le 22 juillet et le 11 août), les opérateurs et régulateurs sont intrigués par l'ampleur de la baisse, la volatilité, et certaines incohérences du marché. Le plongeon frénétique de l'action Société générale de plus de 20 % en séance, mercredi 10 août à Paris, de BNP Paribas ou d'UniCredit à Milan, sur fond de rumeurs insensées, laisse peu de doutes : les spéculateurs sont aux commandes, assurent les professionnels. Ces financiers vendraient à découvert les titres des banques pour empocher des petites fortunes. Leur technique : promettre à un acheteur de se délester tel jour à tel prix d'un titre que l'on emprunte mais ne possède pas encore. Le jour J, si le titre a baissé, le pari est gagné : il suffit de racheter l'action et d'empocher la différence de valeur constatée sur l'intervalle. Autrement dit, ces fonds ont tout intérêt à ce qu'une action s'effondre. Quitte à faire courir des bruits affolants sur la santé d'un établissement ? L'AMF enquête. En interdisant ces ventes - "short selling" dans le jargon des marchés -, les régulateurs ont en tout cas supprimé un outil essentiel à d'éventuels financiers diaboliques. Car cette tactique serait l'option privilégiée par ceux qui misent sur la déconfiture d'un Etat surendetté de la zone euro. Timothy Griskey, directeur du fonds d'investissement Solaris AM à New York : "Les spéculateurs rendent les marchés plus violents." A l'écouter, le système serait vérolé par des investisseurs de court terme et sans vergogne et par les "high frequency traders". Derrière ces "traders à haute fréquence" se cachent en fait des machines. Des logiciels programmés pour passer des ordres à la microseconde ou moins. Leur objectif consiste à s'immiscer avant "les humains" pour passer un ordre et grappiller ainsi un cent de dollar, raconte un courtier. Apparus il y a une dizaine d'années avec le développement des échanges électroniques, ils se sont peu à peu imposés. Or, pour ces "robots traders", un bain de sang sur les marchés est une aubaine car synonyme de forte volatilité. Et plus les variations brutales de cours liées à la nervosité sont élevées, plus ils peuvent devenir riches. Le Wall Street Journal rapporte d'ailleurs que les opérations de trading à haute fréquence de la société Tradeworx ont enregistré des résultats records ces derniers jours... Le problème est que ces automates ajoutent au trouble. D'autant qu'à cela se greffe le phénomène des logiciels dits "quantitatifs" - leurs algorithmes accentuent les mouvements à la hausse et à la baisse en déclenchant des ordres automatiques. Pour les experts, la présence de ces machines infernales est évidente, à observer les volumes spectaculaires des ordres en Bourse en plein mois d'août. Reste que si la spéculation a un rôle, elle ne déclenche pas, à elle seule, un krach. "Il ne peut y avoir de spéculation sans réelles inquiétudes", rappelle Gilles Moëc, économiste chez Deutsche Bank. »
Commentaire : En prolongement de mon commentaire ci-dessus, le résultat de cette spéculation (prix) étant officialisé par la comptabilité comme valorisation (effet démultiplicateur) fait plus de dégâts que les spéculateurs eux-mêmes ! Et si la solution était d’intégrer dans la valorisation le volume échangé ? Intégrer les volumes échangés dans la valorisation, indépendamment d’être plus honnête, diminuerait très fortement la volatilité (moins de fortes hausses et baisses) et donc limiterait très fortement la spéculation « mathématique ». Spéculation qui ne vit que de cette volatilité virtuelle. Il est vrai que ce faisant, elle limiterait les ressources des banques et des gérants qui en détournant les actifs gérés vers l’économie « virtuelle » mettent à leurs services les capitaux qui en temps normal devraient être au service et à la disposition des Etats. Dans le cas présent, les Etats et les citoyens sont spoliés (spoliation sous contrôle, officialisée et certifiée par les commissaires aux comptes, les régulateurs et les agences de régulation) et, comble de la situation, les Etats sont obligés d’emprunter les capitaux qui normalement devraient être à leur service. Avec, situation exceptionnelle, un chantage fait aux Etats de se désendetter très fortement sous un an par les mêmes personnes qui ont pillé le système. Je ne parlerai pas du nombre de morts « financiers » (famine, guerre etc…) qui dépasse largement celui de l’ignominie de la dernière guerre. Fermer les yeux, ne pas entendre, ne pas parler…oui, mais jusqu’où et jusqu’à quand ?
Emmanuel Egloff dans « Le Figaro » du 11 août 2011
Article intitulé : CAC 40 : bons résultats au premier semestre
« Les trois quarts des groupes du CAC 40 ont désormais publié leurs résultats pour les six premiers mois de l’année. Contrairement à ce que pourrait laisser croire la dégringolade du principal indice de la Bourse de Paris (-20 % en un mois), ils sont très solides. Au total, ces 30 sociétés cumulent près de 40 milliards d’euros de profits. Les mêmes engrangeaient à peine plus de 15 milliards d’euros au premier semestre 2009, il y a deux ans. Seul Veolia affiche une perte nette, et dix groupes sur trente voient leurs profits reculer par rapport au premier semestre de l’an passé. L’activité a également confirmé sa bonne tenue. Les trente groupes ont réalisé plus de 533 milliards d’euros de chiffre d’affaires au premier semestre, en hausse moyenne de 6,3 % sur un an.»
Dans « WanSquare » du 9 août 2011
Article intitulé : Alcatel-Lucent vaut bien moins que ses brevets
« Le groupe de télécoms, qui a perdu toute son avance de l'année depuis ses semestriels, capitalise 5,2 milliards d'euros, alors que seuls ses brevets en vaudraient 9 milliards. »
Commentaire : Les gérants qui disent gérer les fondamentaux des sociétés vont-ils acheter ?
Stephen S.Roach, professeur à l’université de Yale et président non exécutif de Morgan Stanley Asia, dans « La Tribune » du 10 août 2011
Article intitulé : Les Chinois disent enfin « non » aux États-Unis
« Les Chinois ont une admiration de longue date pour le dynamisme de l'Amérique. Pourtant, ils n'ont plus confiance dans le gouvernement américain. Survenant si rapidement après la crise des subprimes, le débat autour du plafond d'endettement et le déficit budgétaire ont été la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Les fonctionnaires supérieurs chinois sont abasourdis par la manière dont les États-Unis permettent que la politique pèse plus lourd que la stabilité financière. Un décideur politique de haut rang avait déclaré à la mi-juillet : « Ceci est véritablement choquant... Nous comprenons la politique, mais l'insouciance constante de votre gouvernement est ahurissante. » La Chine n'est pas un spectateur innocent : elle a amassé quelque 3.200 milliards de dollars de réserves de change et dont les deux tiers sont investis dans des actifs libellés en dollars, Afin de maintenir une relation étroite entre le renminbi et le dollar, la Chine devait recycler une part disproportionnée de ses réserves de change en actifs libellés en dollars. Ces jours sont révolus. La Chine reconnaît qu'il n'y a plus de sens à garder sa stratégie de croissance actuelle, fondée sur une combinaison d'exportations et d'un stock massif de réserves en dollars. Un rééquilibrage par la consommation solutionne la plupart des tensions. Il déplace la croissance économique d'une dangereuse dépendance à la demande étrangère vers un support à la demande intérieure insatisfaite. De plus, il relâche la pression sur une monnaie sous-évaluée destinée à soutenir la croissance des exportations, donnant à la Chine une grande latitude pour intensifier le rythme des réformes monétaires. Mais, en augmentant la consommation, la Chine absorbera une grande partie de son épargne excédentaire. Ceci pourrait amener son compte courant à l'équilibre d'ici à 2015. Et réduire fortement le rythme de l'accumulation de réserves de change, ainsi que la demande infinie de la Chine pour des actifs libellés en dollars. Ainsi, l'acheteur étranger le plus important de titres du gouvernement américain, dira bientôt « assez ». Un nouvel accord budgétaire inepte, conjugué à une croissance de l'économie américaine plus faible qu'anticipé annonce une période prolongée de déficits gouvernementaux démesurés. Cela pose la plus grande question de toutes : sans la demande chinoise pour ses bons du Trésor, comment les États-Unis à court d'épargne pourront-ils financer leur économie ? »
Jean-Jacques et Steve Ohana dans « Le Figaro » du 9 août 2011
Article intitulé : Crise de la zone euro : l'heure des choix
« Les écarts de taux entre les pays du cœur de la zone euro sont à des niveaux difficilement soutenables pour une zone monétaire. L'Italie paie 3,10% de plus que l'Allemagne pour refinancer sa dette, alors que la France se finance avec un écart de près de 0,7%, augmentant semaine après semaine. Tant que les politiques laissent le choix entre des dettes sûres (notamment celles de l'Allemagne, des Pays-Bas et de la Finlande) et des dettes risquées (celles de l'Espagne, de l'Italie et, demain, de la France), ces disparités vont inévitablement accroître les déficits des pays les plus endettés et creuser les écarts de croissance entre les pays créditeurs et débiteurs de la zone. Contrairement à ce que semblent penser les politiques, les banquiers et les assureurs, le temps n'a jamais joué en faveur de la zone euro. Plus il passe, plus la croissance s'affaisse et plus l'endettement s'accroît en proportion du PIB. Les dirigeants européens considèrent comme un problème de liquidité ce qui est en réalité une crise de solvabilité. Ils ont fait le pari qu'en garantissant les dettes de la Grèce, ils allaient stopper le processus de contagion. Après tout, ce pari avait fonctionné pendant la crise financière de 2008: les 25 milliards d'euros prêtés aux banques françaises en 2009 avaient été remboursés rubis sur l'ongle par ces dernières en 2010. Sauf que, dans le cas des dettes souveraines, les pays ainsi «sauvés» ne sont pas solvables. La Grèce ne remboursera pas l'intégralité de sa dette, le Portugal et l'Irlande probablement pas non plus. La France a déjà engagé 55 milliards d'euros dans les deux plans de sauvetage de la Grèce et dans ceux de l'Irlande et du Portugal. Les plans d'austérité imposés par les pays encore solvables aux États les plus fragiles en échange de la provision de liquidités ne font qu'aggraver le problème d'insolvabilité des États périphériques et accroître le fossé entre le citoyen européen et les technocrates de Bruxelles. »
Cyrille Lachèvre et Emmanuel Egloff dans « Le Figaro » du 9 août 2011
Article intitulé : Les sept clés de la crise
« 1. Avec quel argent la BCE rachète-t-elle la dette des États ?
En théorie, ce n'est pas un problème : la BCE ayant le pouvoir de battre monnaie, elle crée autant d'argent qu'elle le veut et ses moyens sont illimités. Mais créer de la monnaie - même virtuelle - aboutit à accroître les liquidités sur le marché et provoque, à terme, de l'inflation. Or, le mandat de la BCE est exclusivement de lutter contre l'inflation. Pour ne pas en générer, la banque centrale de Francfort «stérilise» ses achats de dette. Concrètement, si elle donne de l'argent à un investisseur pour lui racheter une obligation d'État, elle propose ensuite à ce même investisseur, ou à sa banque, de placer cet argent qu'il a perçu en dépôt chez elle, en échange d'une rémunération attractive. Cela aboutit au final à ne pas augmenter la masse monétaire en circulation. Le danger, toutefois, est qu'en achetant de la dette d'États en difficulté à un prix élevé, la BCE ne fasse une mauvaise affaire, lorsqu'elle la revendra, ce qui l'amènera à enregistrer des pertes financières. Mais ces pertes, elles aussi, seront «virtuelles».
2. Combien l'aide aux États en difficulté va-t-elle coûter aux Français ?
Rien ! À condition que les États à qui l'on prête de l'argent ne fassent pas faillite et remboursent leurs dettes… Les aides sont de plusieurs natures. Dans le cadre d'une première tranche de soutien à la Grèce, la France s'est engagée à prêter directement 16,8 milliards sur trois ans. En pratique, cela creuse les déficits, mais lorsque Athènes nous remboursera, le déficit en sera réduit à due proportion. D'autant que la France devrait empocher les intérêts correspondant à la différence entre le taux auquel elle prête à la Grèce (4,2 %) et celui auquel elle emprunte (aux alentours de 3,30 % en ce moment). L'aide à l'Irlande et au Portugal tout comme le deuxième plan d'aide à la Grèce décidé le 21 juillet sont d'une nature différente. Ces pays seront financés par le Fonds européen de stabilité financière (FESF) auquel la France apporte sa garantie : elle garantit 20 % des 440 milliards dont est doté le fonds, ce qui représente 89,6 milliards. C'est un risque potentiel, si jamais le FESF est obligé de tout prêter et n'est pas remboursé. Chaque fois que le FESF prête à un État la garantie est activée et la dette de la France augmente donc à hauteur de 20 % de la somme prêtée. Pour le moment, la France n'inscrira comptablement que 15 milliards de dette supplémentaire pour la Grèce. »
Christine Lejoux dans « La Tribune » du 4 août 2011
Article intitulé : Que vont faire les géants de la high-tech de leurs montagnes de cash ?
« «Je ne sais pas ce qu'Apple projette de racheter, si ce n'est un pays européen », s'amusait récemment Roger Kay, président du cabinet d'études Endpoint Technologies. Le géant américain de l'électronique venait de publier ses comptes trimestriels, lesquels faisaient ressortir une trésorerie colossale de 76 milliards de dollars à la fin juin. Apple est plus riche que le gouvernement américain, dont la trésorerie s'élève à 73,8 milliards de dollars. La firme de Steve Jobs n'est pas la seule multimilliardaire de la high-tech américaine : les huit poids lourds du secteur, parmi lesquels Microsoft, Cisco ou Google (voir infographie), disposent ensemble de 276 milliards de dollars de cash. Soit peu ou prou l'encours des prêts accordés dans le monde par le Fonds monétaire international (280 milliards de dollars) ! Et aucun de ces Crésus n'a moins de 10 milliards en caisse, alors que le mastodonte européen des logiciels SAP est assis sur un matelas de 6,2 milliards de dollars « seulement » »
Cercle des économistes dans « La Tribune » du 3 août 2011
Article intitulé : Le regard de... André Cartapanis
« Hyman Minsky (1919-1996) a été professeur d'économie à Brown University, à l'University of California, Berkeley, à la Washington University de Saint Louis, avant de terminer sa carrière au sein du cénacle post-keynésien du Levy Economics Institute of Bard College. Ses travaux, longtemps méconnus, et n'ayant malheureusement pas fait l'objet d'une traduction en français, proposent de poursuivre l'oeuvre de Keynes en soulignant les sources endogènes d'instabilité financière et le rôle central des banques dans la montée des fragilités financières. La crise financière de 2007-2008 a pourtant réhabilité ses analyses et beaucoup aujourd'hui, notamment parmi les banquiers centraux, s'y réfèrent. Car cette crise est une crise financière classique, au coeur des interactions entre cycle du crédit et prix des actifs qui fondent la dynamique de l'instabilité financière, dont la compréhension doit beaucoup à Minsky : lorsque l'état de confiance s'étend et que les taux d'intérêt restent inférieurs aux taux de profit espérés, les innovations financières se multiplient, le crédit alimente la croissance sans que les banques puissent toujours évaluer correctement la solvabilité des emprunteurs. L'emballement du crédit encourage à l'excès la spéculation, puis la hausse des prix d'actifs, ce qui alimente à nouveau le processus cumulatif. Car le risque (non-recouvrement des créances bancaires, effondrement des prix d'actifs) se trouve sous-estimé pendant les phases de boom et d'euphorie, ce dont témoignent, parmi les banques, la faiblesse des spreads, la croissance excessive des encours, l'inflation artificielle des collatéraux et la réduction des provisions. À l'inverse, ce risque se trouve surestimé dans les phases de ralentissement ou de retournement de l'activité économique. C'est en ce sens que les systèmes financiers peuvent engendrer, tout à la fois, des effets procycliques sur la production et une accentuation de l'instabilité financière, occasionnant quelquefois une prolongation des phases d'expansion mais aussi une augmentation de la sévérité et de la durée des retournements. Cette lecture à la Minsky de l'instabilité financière s'applique parfaitement au scénario de la crise systémique qui se déclenche au cours de l'été 2007. Mais sa gestation remonte au début de la décennie 2000 et s'explique par le processus de surendettement, pourtant insoutenable, que les banques et les innovations financières ont rendu possible. »
Commentaire : L’avant 2007 est parfaitement expliqué « lorsque l'état de confiance s'étend et que les taux d'intérêt restent inférieurs aux taux de profit espérés, les innovations financières se multiplient, le crédit alimente la croissance sans que les banques puissent toujours évaluer correctement la solvabilité des emprunteurs », et l’après 2008, ce que nous vivons actuellement, l’est tout autant « ce risque se trouve surestimé dans les phases de ralentissement ou de retournement de l'activité économique occasionnant une augmentation de la sévérité et de la durée des retournements » Et le futur ? Le futur, après les peurs excessives actuelles (peurs fabriquées), verra une euphorie boursière type celle de 96/2000 qui débouchera sur une crise de surchauffe des cotations financières. En fait, nous passons d’une crise de crédit à une crise de surchauffe de la cotation financière et entre les deux, des phases (cycles) de reprise.
Jean Leonetti dans « Le Figaro » du 3 août 2011
Article intitulé : Gouvernement économique de l’Europe : ne pas rester au milieu du gué !
« Au-delà du plan d’aide à la Grèce, équilibré et de grande ampleur, les décisions prises le 21 juillet jettent les bases d’un « Fonds monétaire européen » capable de réagir de façon rapide et préventive. Nous avons fait l’euro. Nous ne devons pas oublier les avantages que nous en retirons concrètement : le pouvoir d’achat est défendu grâce à une inflation modérée, les taux d’intérêt historiquement faibles favorisent les investissements et nos entreprises bénéficient d’un accès facilité au marché intérieur, car le risque de change a disparu. La nécessité d’un gouvernement économique de la zone euro est désormais reconnue par tous. »
Commentaire : La dernière phase de la création de la Fédération Européenne est en place.
Michel Rocard dans « Les Echos » du 2 août 2011
Article intitulé : Une nouvelle tempête approche sur les marchés financiers
« Rien ne borne, toujours, le champ illimité des marchés « virtuels », c’est-à-dire des marchés de produits dérivés déconnectés de tous contrats d’économie réelle, et rien n’est fait non plus pour limiter la propension des grandes banques, surtout la Fed américaine, à inonder le monde d’un volume hallucinant de liquidités créées pour la spéculation et totalement étrangères à toute orientation vers l’investissement. Il n’y a donc aucun frein à ce que se reproduisent des bulles financières de même nature que celle qui explosa en 2007-2008. Les paradis fiscaux n’ont guère perdu de leur ampleur ni naturellement de leur anarchique volatilité. Le léger renforcement des autorités de contrôle ou de régulation bancaires qui est tout de même intervenu n’est en rien à la hauteur des enjeux. On a en 2008 empêché la mutation d’un krach boursier en récession grâce à la transformation partielle de la dette privée menacée en dette publique. Ce coup génial a réussi, et il est en partie à l’origine de la nouvelle crise qui menace, celle de la dette publique. Depuis plus de vingt ans, la dominance nouvelle du capitalisme financier sur les économies contemporaines a mis les Etats en situation de devoir emprunter massivement. Une des règles du nouveau jeu établie un peu partout dès les décennies 1970 et 1980 fut l’interdiction faite aux banques centrales d’émettre la monnaie. Cette idée dangereuse, émise en France par Jacques Rueff dès 1958, généralisée en Europe dans les vingt ans qui suivirent, avait pour objet de limiter la propension des économies capitalistes à pratiquer l’inflation dès qu’elles étaient en plein-emploi. Mais elle eut surtout ce résultat terrifiant d’obliger les Etats à emprunter aux taux du marché de la monnaie émise par les banques privées pour assurer leur trésorerie, créant ainsi un puissant freinage à l’investissement public, un énorme flot de dépense publique nouvelle et irrépressible et une gigantesque rente de situation pour l’appareil bancaire privé. C’est ainsi qu’on est arrivés, avant la crise de 2008, à une dette publique comprise entre 50 et 100 % du PIB en Europe et dépassant 100 % aux Etats-Unis. Le traitement de la crise de 2008 a tout aggravé. En outre, 17 pays d’Europe se sont donné une monnaie commune, l’euro. Ils ne peuvent donc plus dévaluer chacun de leur côté. C’est un progrès collectif important, mais qui suppose que l’euro soit géré comme une vraie monnaie commune, c’est-à-dire avec une totale solidarité. Imagine-t-on, avant l’euro, que la France ait pu renvoyer la Seine-Saint-Denis ou la Corse devant les marchés financiers pour solder leur dette internationale ? Il est encore possible de parer à tout cela. Les techniques financières sont brutales mais connues. Mais il n’est plus possible de le faire dans le respect des exigences nationales souveraines de chacun. Les Etats-Unis devront renoncer à l’impérialisme du dollar, l’Allemagne doit renoncer au rêve de voir l’euro géré comme si les 16 autres pays de la zone avaient la même histoire et la même culture qu’elle. La tempête qui s’annonce comportera de grands bouleversements. »
Anthony Gribe dans « Le Figaro » du 29 juillet 2011
Article intitulé : Dette américaine : Obama 2011, le retour de Clinton 1995 ?
« Les négociations en cours sur le plafond de l’endettement public aux États-Unis entrent dans une semaine cruciale. Ce sujet d’importance est aujourd’hui au coeur du jeu politique américain et des ambitions présidentielles de ses principaux acteurs pour les élections de 2012 mais aussi pour celles de 2016. La tension actuelle qui règne au sein des milieux politiques américains au sujet du plafond de la dette rappelle la situation à laquelle fut confrontée Bill Clinton en 1995 lorsque la majorité républicaine au Congrès refusa de voter le budget fédéral. Comme Clinton, Obama a perdu les élections de mi-mandat qui ont porté au pouvoir une vague républicaine fortement idéologisée. Comme en 1995, ces républicains se sont saisis du thème de la réduction des impôts pour bloquer l’administration fédérale. Et comme Bill Clinton, Obama est en train de gagner sa réélection en se positionnant comme un centriste modéré face à des républicains dépeints comme des extrémistes et des irresponsables. »
Commentaire : Nous retrouvons les cycles SOCIOECOPOFI : 95 = 2011, 2000 = 2016 !
Dans « Le Soir » du 27 juillet 2011
Article intitulé : Des « indignés » espagnols marchent vers Bruxelles
« Un groupe d’une cinquantaine « d’indignés » espagnols a quitté mardi Madrid à pied pour Bruxelles, soit un parcours d’environ 1.500 kilomètres, pour faire entendre leur message à travers l’Europe. La plupart des manifestants étaient arrivés ce week-end à Madrid, déjà à pied après avoir parcouru plusieurs centaines de kilomètres depuis différentes régions d’Espagne. Le groupe a l’intention de parcourir 24 kilomètres par jour en moyenne, de traverser la France et d’arriver à Bruxelles le 8 octobre. »
Commentaire : Voilà ce que j’écrivais en 2009 « Réflexions Et si les décisions politiques étaient à la base d’une très grande partie de la délinquance ?
Allons-nous encore tolérer longtemps des enfants et des adultes mal-logés ou SDF ?
Et si tous ceux qui souffrent de la faim ne se « contentaient » plus d’aller aux Restos du coeur, à la Soupe populaire….mais se présentaient devant les cantines administratives de l’Etat et demandaient à faire appliquer les droits de l’Homme ?
Et si tous les mal-logés et les SDF de France montaient sur Paris ?
Pour rappel, ils sont plusieurs millions en France. Et si tous les mal-logés et les SDF Européens montaient à Bruxelles ? Non………. impossible Bruxelles serait trop petit. Et si tous les mal-logés et les SDF Européens « envahissaient » la Belgique ? La misère vécue seule a cela d’acceptable pour les autres qu’elle est silencieuse et « invisible ». Rendons la visible et les autres devront la rendre inacceptable. Gandhi a lancé la marche du sel…..qui lancera la marche européenne du « logement décent » vers Bruxelles ?
En ce qui me concerne, je pense que cette marche pourrait être le déclencheur de quantité de choses positives. Notamment de l’entraide de ceux qui en ont assez (c’est-à-dire de quasiment tout le monde) ce qui donnera aux hommes politiques européens la légitimité pour accélérer leurs actions. Actuellement, l’Europe a les pieds et poings liés par les réalités personnelles et nationales des politiciens. Cela quel que soit le pays. Seule la pression des peuples à Bruxelles donnera rapidement la légitimité à l’Europe de changer les choses » dans l’article http://www.socioecopofi.com/pages/comprendre-notre-economie/divers/immobilier.php
Robert Shiller, professeur d’économie à l’Université de Yale, dans « L’Echos (Belgique)» du 23 juillet 2011
Article intitulé : Dette et illusion
« On entend souvent dire, parfois dans une même phrase, que la dette de la Grèce équivaut à 153% de son PIB annuel et que la Grèce est insolvable. Ajoutez à ces déclarations les derniers reportages télévisés montrant les émeutes dans les rues grecques. Quel est l’effet produit ? Est-il possible qu’un pays devienne insolvable parce que sa dette dépasse 100% du PIB ? Bien sûr que non. Après tout, la dette (qui est mesurée en unités monétaires) et le PIB (qui est mesuré en unités monétaires par unité de temps) produisent un rapport en unités de temps pur. Il n’y a pas de raison particulière à utiliser une année comme unité. Une année est le temps dont la terre a besoin pour faire le tour du soleil. Excepté pour les industries saisonnières comme l’agriculture, cela ne présente aucune signification économique particulière. Nous devrions nous souvenir des cours de sciences de l’école secondaire : il faut toujours faire attention aux unités de mesures. Si l’on se trompe d’unité, on peut tirer des conclusions complètement faussées. Si les économistes ne suivaient pas la règle générale consistant à annualiser les données trimestrielles du PIB et multiplier le PIB trimestriel par quatre, le rapport dette sur PIB de la Grèce serait quatre fois plus élevé que ce qu’il n’est actuellement. Par contre, s’ils exprimaient le PIB en terme décennal, multipliant le PIB trimestriel par 40 au lieu de quatre, le poids de la dette grecque serait de 15%. Du point de vue de la capacité de remboursement de la Grèce, de telles unités seraient plus pertinentes, puisque le pays ne doit pas rembourser l’entièreté de sa dette en un an (sauf si la crise rend impossible de refinancer la dette actuelle). D’ailleurs, une partie de la dette nationale de la Grèce est une dette envers ses propres citoyens. En tant que tel, le poids de la dette sous-estime terriblement les obligations que les Grecs détiennent l’un envers l’autre (surtout sous la forme d’obligations familiales). A tout point de l’histoire, le rapport dette sur PIB annuel (y compris les dettes informelles) excéderait largement 100%. La plupart des gens ne pensent jamais à ça lorsqu’ils réagissent aux chiffres d’endettement publiés dans la presse. Sont-ils vraiment assez stupides pour se laisser embrouiller par ces chiffres ? Selon mon expérience personnelle, je dois dire qu’ils le peuvent, en effet, car même moi, un économiste professionnel, je dois parfois me contrôler pour ne pas faire exactement la même erreur. Les économistes qui adhèrent aux modèles d’attentes rationnelles ne l’admettront jamais, mais beaucoup d’évènements sur les marchés sont le reflet de pure stupidité – ou, plutôt, d’inattention, de désinformation à propos des fondamentaux et d’une trop grande insistance sur les histoires actuellement en circulation. Ce qui est véritablement en cours en Grèce est un mécanisme de réaction sociale. Quelque chose a fait en sorte que les investisseurs commencent à craindre que la dette grecque ait un risque de défaut à long terme légèrement plus élevé. La demande plus faible pour la dette grecque a causé la chute de son prix, ce qui a entrainé une augmentation de son rendement en terme des taux d’intérêt du marché. Les taux plus élevés ont renchéri le refinancement de la dette grecque, créant une crise fiscale qui a forcé le gouvernement à imposer des mesures d’austérité sévères. Ces mesures ont généré des troubles sociaux et un effondrement de l’économie, qui ont encouragé encore davantage de scepticisme chez les investisseurs quant à la capacité de la Grèce à honorer le service de sa dette. Cette réaction n’a rien à voir avec le fait que le rapport dette sur PIB annuel dépasse un certain seuil, sauf si les personnes qui contribuent à la réaction croient en ce rapport. Certainement, le rapport est un facteur qui nous aide à évaluer les risques de réactions négatives, car le gouvernement doit refinancer la dette de court terme plus rapidement et, si la crise élève les taux d’intérêts, les autorités devront faire face tôt ou tard à des pressions intenses en faveur d’une austérité fiscale. Mais le rapport d’endettement n’est pas la cause de la réaction. Il y a aussi un problème de causalité inversée. Les rapports dette sur PIB ont tendance à augmenter dans les pays qui connaissent des difficultés économiques. Si cela explique en partie pourquoi des rapports dette sur PIB plus élevés correspondent à une croissance économique plus faible, il y a moins de raisons de penser que les pays doivent éviter des rapports d’endettement élevés. Le problème fondamental auquel fait face une bonne partie du monde aujourd’hui est que les investisseurs réagissent de manière exagérée aux rapports d’endettement, craignant un quelconque seuil magique, et exigeant des programmes d’austérité fiscale trop rapidement. Ils demandent aux gouvernements de couper dans les dépenses alors que leurs économies sont encore trop vulnérables. Les ménages s’effraient, diminuant leurs dépenses à leur tour, et les entreprises sont dissuadées d’emprunter pour financer des dépenses de capital. La leçon est simple : nous devrions nous soucier moins des rapports d’endettement et des seuils, et plus de notre incapacité à voir ces indicateurs pour ce qu’ils sont : des constructions artificielles – et souvent non pertinentes. »
Commentaire : Pourquoi limiter les raisonnements d’endettement des Etats à un an ? Pourquoi, après avoir autorisé depuis plus de 30 ans d’endettement non régulé, imposer aujourd’hui des critères draconiens sur un an ? D’autant plus que ces dernières années, dans le privé, on trouvait normal d’augmenter la durée des crédits immobiliers (donc de plomber la consommation) afin de permettre à plus de personnes (et notamment les jeunes) d’acheter en pleine bulle immobilière. Article brillant et juste. Que dire d’autre ?
Philippe Escande dans « Les Echos » du 7 juillet 2011
Article intitulé : Naviguer dans les turbulences
« L’investissement repart dans le monde. Les usines sortent de terre comme champignons après la pluie. Près de 4.000 sur la planète, selon l’ONU. Automobile, chimie, biens d’équipement… Une forme de cercle vertueux s’engage qui pousse les grands acteurs industriels à dépenser leur argent en masse pour élever de nouvelles cathédrales industrielles. C’est évidemment une bonne nouvelle, et pas seulement pour les heureux pays d’accueil. Une telle reprise de l’investissement profite aussi aux innombrables fournisseurs de biens d’équipement, notamment européens, Allemagne en tête. Trois facteurs expliquent cette embellie, qui peut paraître surprenante pour un esprit européen plutôt enclin, en ce moment, à la neurasthénie. D’abord, la demande mondiale, portée par l’immense vague chinoise. Sa boulimie de matières premières, d’énergie et de biens de consommation attire comme un aimant tous les fournisseurs de la planète. Cette lame de fond pousse avec elle nombre de ses collègues émergents, comme le Brésil. Le fameux découplage entre économies occidentales et émergentes, longtemps considéré comme une chimère, est désormais une réalité tangible et quantifiable. Ensuite, les entreprises ont retenu la leçon des crises précédentes et réduit la voilure à une vitesse stupéfiante. La crise de trésorerie subie début 2009 a été tellement violente qu’elle a poussé les industriels à gonfler celle-ci et à réduire leurs capacités de production à grande vitesse. Enfin, les vents favorables sont réunis en ce moment pour pousser à la dépense : l’argent est bon marché et le coût de l’énergie s’est effondré aux Etats-Unis avec la découverte des gaz et pétrole de schiste. »
Jean Pisani-Ferry dans « Le Figaro » du 5 juillet 2011
Article intitulé : Alerte sur le déficit français
« Quelle est la limite à l’endettement public ? La dette n’est pas un mal en soi. Il est, par exemple, légitime de s’endetter pour financer son développement, pour éviter un effondrement de la demande, pour lisser les fluctuations, ou simplement pour étaler dans le temps la charge de dépenses d’avenir. Le tocsin s’est mis à sonner quand les marchés de la dette souveraine ont basculé de l’apathie à l’affolement. Pourtant, l’endettement de l’Espagne est de vingt points de produit intérieur brut (PIB) inférieur à celui du Royaume-Uni et les finances de l’Irlande sont à bien des égards en meilleur état que celles des Etats-Unis. Alors, panique ? Comportement moutonnier ? Pas seulement. Il y a une rationalité à ce traitement inégal parce qu’il ne leur est plus possible d’effacer leur dette par l’inflation, la participation à une union monétaire limite les capacités d’endettement des Etats. Oubliée pendant la première décennie de l’euro, cette contrainte est revenue en force. »
Paul Jorion, économiste et anthropologue, dans « Le Monde » du 5 juillet 2011
Article intitulé : Le risque systémique court toujours
« La faillite de la banque Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, et ses conséquences - les sommes injectées dans le système financier ont dépassé le " trillion " de dollars - ont attiré l'attention sur ces établissements too big to fail, trop gros pour que leur défaut n'entraîne pas automatiquement celui dudit système financier tout entier. Trois approches étaient envisageables vis-à-vis des banques systémiques : 1) les démanteler, jusqu'à ce que la taille des unités retenues soit telle que leur défaut n'entraîne plus d'effet domino ; 2) décourager ou interdire celles de leurs activités qui génèrent du risque systémique ; 3) accroître les réserves par rapport à leur niveau d'avant-crise, en espérant que le calcul soit cette fois fait correctement. A chaud, à l'automne 2008, seules les deux premières options furent retenues, la troisième fut écartée du fait de sa touchante naïveté. Et c'est pourtant celle que l'on vient d'adopter avec les normes Bâle 3 ! On est revenu à la gestion du risque " à l'ancienne ". Rien n'est fait pour maîtriser le risque systémique ; on s'efforce simplement d'évaluer les pertes éventuelles. Bâle 3 ne distingue pas les risques inévitables, dû à des impondérables, de ceux délibérément encourus. Au premier rang de ces derniers figurent les paris sur les fluctuations de prix : ceux-là mêmes qu'interdisait en France, jusqu'en 1885, l'article 421 du code pénal, date à laquelle il fut abrogé sous la pression des milieux d'affaires. Eliminer ces paris réduirait le risque global ; le provisionnement des banques se limiterait alors à la couverture du risque assurantiel actuariel et du risque de non-remboursement des crédits. Mais Bâle 3 se contente d'imposer - à partir de 2016, et progressivement jusqu'en 2019 - une augmentation des réserves. La prochaine crise - si elle a la patience d'attendre jusque-là - sera bien sûr pire que la précédente, et ces réserves se révéleront, " à la surprise générale ", insuffisantes. »
Commentaire : Nous retrouvons malheureusement les cycles SOCIOECOPOFI. J’espère que nous avons tort. Mais en attendant, il serait très dommageable de ne pas profiter de la situation boursière actuelle. Monsieur Jorion avait décrit la dernière crise avant qu’elle ne se produise.
Amartya Sen, traduction Julie Marcot, dans « Le Monde » du 3 juillet 2011
Article intitulé : L'euro fait tomber l'Europe
« Quand, en 1941, Altiero Spinelli, Eugenio Colorni et Ernesto Rossi signèrent le fameux Manifeste de Ventotene, ils appelaient à une " Europe libre et unie ". La déclaration de Milan qui suivit en 1943, fondant le Mouvement fédéraliste européen, réaffirma cet engagement pour une Europe unie et démocratique. C'est pourquoi il est très affligeant que l'on soit aussi peu inquiet du danger qui menace aujourd'hui le régime démocratique de l'Europe, lequel se manifeste insidieusement par la priorité accordée aux impératifs financiers. La tradition du débat public démocratique est sapée par le pouvoir incontrôlé que détiennent les agences de notation qui de facto dictent aux gouvernements démocratiques leurs programmes, souvent avec le soutien d'institutions financières internationales. Pour mémoire, le travail de certification des établissements financiers et des entreprises accomplis par ces agences avant la crise économique de 2008 était si lamentable que le Congrès américain a envisagé d'engager des poursuites contre elles. La noble morale du " sacrifice " a incontestablement des effets grisants. C'est la philosophie du corset " ajusté " : " Si madame est à l'aise dans celui-ci, c'est certainement qu'il faut à madame la taille en dessous. " Mais si les appels à la rigueur financière se traduisent trop mécaniquement par des compressions brutales et drastiques, on risque non seulement d'imposer plus de privations que nécessaire, mais aussi de tuer la poule aux oeufs d'or de la croissance. De nombreux pays affichaient à la fin de la seconde guerre mondiale une lourde et préoccupante dette publique ; mais une croissance économique soutenue a permis d'alléger rapidement ce fardeau. De même, les déficits colossaux que trouva Bill Clinton à son entrée en fonctions en 1992 fondirent sous sa présidence sous l'effet, en grande partie, de la rapidité de la croissance. La formidable idée d'une Europe unie et démocratique a changé au fil du temps et l'on a fait passer au second plan la politique démocratique pour promouvoir une fidélité absolue à un programme d'intégration financière incohérente. Dériver au gré des vents financiers que souffle une pensée économique obtuse et entachée de graves lacunes, souvent proférée par des agences affichant de piteux résultats en termes d'anticipation et de diagnostic, est bien la dernière chose dont l'Europe ait besoin. Il faut enrayer la marginalisation de la tradition démocratique européenne : c'est une nécessité impérieuse. On ne l'exagérera jamais assez. »
Marc Roche dans « Le Monde » du 3 juillet 2011
Article intitulé : La grande menace de la finance de l'ombre
« La nouvelle directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, est assise sur un véritable baril de poudre : le " shadow banking " ou la banque de l'ombre. Même le lobby bancaire traditionnel s'émeut de l'expansion sans entraves d'une nébuleuse qui avance masquée. De quoi s'agit-il ? Aujourd'hui, la finance peut être illustrée par deux cercles à la fois séparés et imbriqués l'un dans l'autre. Le premier représente le coeur du système bancaire, essentiellement la banque de dépôt et une partie de la banque d'affaires, soumis à un certain nombre de ratios prudentiels comme de contrôles. Ce pôle est mieux régulé ou en passe de l'être. Le second est le " shadow banking ", la finance de l'ombre qui accueille des flux financiers à l'abri des regards par le truchement de l'optimisation fiscale, des places offshore, du hors-bilan, des conflits d'intérêt et des connivences politiques. Par son intermédiaire, des risques qui se trouvaient dans le système " en clair " sont en train d'émigrer à l'insu de tous à la périphérie " obscure ". Dans cette sphère qui se joue des interdits figurent les constructions de style SPV (Special Purpose Vehicules), la titrisation sauvage, les marchés dérivés et les fonds de matières premières. Certains ajoutent à cette liste noire les hedge funds, les fonds d'investissement qui animent la spéculation internationale ou le secteur du capital-investissement qui collecte l'argent auprès des investisseurs institutionnels pour prendre part au capital des entreprises. D'autres incluent les activités spéculatives des banques d'affaires ou la gestion de fortune la plus sophistiquée. En résumé, ce label couvre toutes les institutions financières qui ne sont pas des banques de dépôt mais font du crédit ou ont recours à l'endettement. De nos jours, le " shadow banking " joue à armes égales, voire est plus fort que le secteur financier réglementé. Si les investisseurs y laissent leur chemise c'est leur problème. Reste qu'en raison de l'effet de levier (endettement) toujours excessif, de l'interconnexion des marchés et du comportement moutonnier des opérateurs, si ces acteurs font défaut en grand nombre au même moment, c'est l'ensemble du système qui est menacé. Pris isolément, les hedge funds ne constituent pas un péril. Mais " en groupe, en ligue, en procession ", comme disait Jean Ferrat, par des contreparties diverses et variées, l'effet domino peut se répandre aux banques prêteuses. La mondialisation et l'innovation technologique informatique accroissent le danger. Monté par une armée de complices - avocats, comptables, bureaux-conseils et communicants -, le dispositif permet de court-circuiter les contre-pouvoirs que sont les actionnaires minoritaires, les syndicats, les pouvoirs publics. Avec le recours massif aux procédés comptables du hors-bilan, l'opacité sur la réalité des risques s'accroît. Les paquets de titrisation de crédits à risques subprime faits par les banques américaines avant la crise financière, c'était du hors-bilan. Tout comme les scandales Worldcom, Tyco ou Enron... »
Commentaire : Cet article démontre bien comment les institutionnels participent à la déstabilisation des Etats. Nous retrouvons l’influence des « agents comptables » (Commissaire aux comptes etc…) La véritable délinquance est « comptable ». C’est parce que cette délinquance est autorisée, protégée et organisée par les organismes de régulation (qui sont censés protéger les épargnants) que nous sommes dans cette situation. Paradoxalement, aucun politique n’ose y toucher. Pour rappel, Monsieur Serge Villepelet, dans son article paru dans « Les Echos » du 12 août 2009 pose la question « Faut-il une organisation comptable mondiale ? ». A cette question, il répond, « Depuis 2008, on aurait pu croire que c’était chose faite ! Car les trustees, qui nomment les membres de l’IASB (Bureau des standards comptables internationaux), sont désormais chapeautés par un nouvel organisme, le Monitoring Group, constitué des régulateurs boursiers mondiaux »
Bruno Colmant, professeur à la Vlerick Management School et à l’UCL, dans « Trends » daté du 5 mai 2011 :
Article intitulé : Crise : notre bien-être sera plus cher
« Que s'est-il passé ? Où sont les jours heureux des conjonctures prometteuses et des lendemains qui chantent ? Et puis, à qui la faute ? Probablement plus à leurs gouvernants européens qu'aux banquiers d'affaires. En période d'euphorie conjoncturelle, de nombreux pays ont mis leur croissance et leur démographie futures en gage des transferts sociaux. Pour financer cet à-valoir sur l'avenir, ils ont fait appel à des banquiers et à des fonds souverains étrangers. Entre les années 1970 et 1990, la politique budgétaire a été charpentée sous le postulat d'une croissance qui autorisait l'endettement et le report de la charge fiscale sur les générations suivantes. Malheureusement, les courbes de natalité se sont disloquées et la croissance s'est érodée. Il en découle donc un gigantesque déséquilibre générationnel : les classes âgées de la population ont collectivement bénéficié d'un endettement public dont le remboursement par les filiations suivantes n'est pas assuré. Les déficits budgétaires et l'endettement public ont emprunté la croissance des prochaines générations. Aujourd'hui, l'étau se resserre sur les pays en déséquilibre. Les prêteurs complaisants sont devenus des créanciers exigeants. Le remboursement de cette dette sera prélevé au prix d'un risque de tensions sociales, dès lors que la vague du coût du vieillissement va submerger les finances publiques. Or rien ne dit que les générations suivantes voudront, ou même pourront, payer nos dettes. Le profond message de la crise financière et économique, c'est sans doute celui du questionnement de la prospérité des futures générations, dont les aînés ont emprunté la croissance. La récession nous immerge dans l'économie de marché. Cette dernière disciplinera nos gouvernants. Et finalement, le manifestant grec et le banquier anglo-saxon convoient le même message : la confrontation avec 30 années de déséquilibres budgétaires. Si les taux d'intérêt augmentent, c'est parce que le confort de l'avenir coûte plus cher. »
Olivier Lecomte, professeur de finance à Centrale Paris, dans « La Tribune » du 3 mai 2011 :
Article intitulé : Pourquoi la Fed n’est pas la BCE
« Ben, Bernanke ne se prive pas de rappeler dans sa déclaration que le mandat de la Fed vise à « permettre le plus haut niveau d’emploi possible et la stabilité des prix » - et on comprend par son insistance que c’est bien dans cet ordre qu’il entend – là où le mandat de la BCE donne la priorité à la lutte contre l’inflation. Les deux institutions ne divergent pas tant que cela sur les anticipations d’inflation. Constatant une poussée à court terme liée à la hausse des prix de l’énergie et des matières premières, elles n’y voient pour l’instant qu’un effet « de premier tour », autrement dit ponctuel, l’inflation, la vraie, dite de second tour, n’apparaissant que si s’enclenche une spirale de hausse des salaires/hausse des prix durable. Alors ? C’est précisément là que se situe l’explication. Fin février, Jean-Claude Trichet avait lancé un « augmenter les salaires serait la dernière bêtise à faire en Europe », qui avait fait grand bruit. Maladroit ou provocateur, le propos illustre en réalité la différence fondamentale de l’économie européenne avec celle des Etats-Unis : rigidité du marché du travail, complexité du système de gouvernance de l’Union, absence de coordination budgétaire, faiblesse de l’éducation et de la recherche, hétérogénéité entre pays et oubli récurrent d’une donnée économique de base, à savoir on ne peut distribuer, sous forme de hausse des salaires ou par tout autre moyen, que ce que l’on a crée, c’est-à-dire la croissance, ce qui signifie , plus fondamentalement encore, la hausse de la productivité. Mélangeant trop souvent deux problèmes de nature profondément différente, les conditions d’une croissance saine d’une part, la protection sociale et la répartition des richesses de l’autre, de nombreux pays de la zone euro accumulent des politiques économiques brouillonnes, un foisonnement d’aides sans cohérence qui créent plus de problèmes qu’elles ne résolvent et fortifient les rentes de toutes sortes. Cela mène à une compétitivité en berne, des finances publiques ravagées et un chômage toujours élevés. Alors deviennent tentantes les solutions de facilité, dont la forme pathologie la plus aiguë se trouve dans le programme des deux extrêmes, un « coup de pouce » par-ci, une réduction du temps de travail par-là, non compensés par des gains de productivité, avec un fort risque d’inflation à la clé. D’où le geste de la BCE.
Commentaire : Cet article met en avant le dilemme permanent entre :
- inflation et pouvoir d’achat. Comment maîtriser l’inflation tout en préservant le pouvoir d’achat du plus grand nombre ? Une des synthèses de cette problématique pourrait être :
Hausse des salaires = forte demande dans le court terme par un nombre important de personnes = hausse des prix = inflation = baisse du pouvoir d’achat = effet inverse à ce qui était recherché, à savoir une croissance économique récurrente et non auto destructrice. Croissance économique d’autant plus sujette à caution qu’elle aura été déstabilisée par la concentration d’une demande (qui théoriquement aurait dû être régulière dans la durée) sur un laps de temps très court. Ce fait engendre des investissements moyen/long terme de la part des entreprises pour répondre à une demande « boostée » court terme. Il est à noter que ces dernières années même si l’inflation apparaissait « maîtrisée » dans les faits, cela était contre dit par la hausse des prix immobiliers qui, bien que n’entrant pas dans le calcul de l’inflation, ont diminué très fortement le pouvoir d’achat des citoyens et cela sur de nombreuses années. Preuve encore qu’il est primordial de considérer avec la plus grande attention la hausse des prix de l’immobilier. L’immobilier est tout sauf un produit financier quelconque.
François Rachline, professeur à Sciences-po et conseiller spécial du président du Conseil économique, social et environnemental, dans « Les Echos» du 26 avril 2011 :
Article intitulé : Capitalisme contre capitalisme
« Le capitalisme fut commercial, dit-on, aux XVIIIe et XIXe siècles, industriel au XXe, financier depuis quelques décennies, voire même boursier. Dans le même temps, la nature des relations au sein des entreprises a profondément changé. Au XIXe siècle, l’« affectio societatis » est d’abord le fait des détenteurs de capitaux. Quelques personnes se réunissent pour lancer une activité, s’y consacrent entièrement, y croient sans désarmer. Il faut alors des lois sociales pour fixer la main-d’œuvre, pour convaincre aussi le journalier de petite culture de travailler en usine. Les ouvriers, s’ils sont attachés à leur outil, ne forment pas alors l’âme de l’entreprise (à quelques grandes exceptions près), laquelle reste l’apanage de ses créateurs. De nos jours, c’est quasiment le contraire. Une sorte de capitalisme sans capitalistes s’est peu à peu instauré tandis que les salariés sont devenus les premiers artisans de l’« affectio societatis ». Ce sont eux qui portent l’esprit de l’entreprise, ils y vivent, ils en vivent, la font vivre, l’aiment. Le capital, lui, provient de fonds de pension ou de fonds spéculatifs disséminés dans le monde. Ces investisseurs ne connaissent en général pas grand-chose d’une firme, ou très peu, et de fort loin. Elle peut n’être qu’un simple pourvoyeur de dividendes ou un sous-jacent à partir de quoi se créent des produits dérivés. Ces deux capitalismes sont entrés en conflit depuis un bon moment. Dès lors que s’opposent l’actionnaire et le salarié – parfois au détriment du premier des trois pôles que doit rester le client – comment trouver un équilibre de long terme ? Dit autrement, quel principe adopter pour la répartition de la valeur ajoutée ? C’est là une question fort ancienne en économie, au moins depuis les travaux de David Ricardo (1817). Il n’existe pas de logique établie pour trancher entre rémunération du capital et rémunération du travail, surtout au sein du village planétaire, où tout différentiel de réglementation – entre un pays et le reste du monde – peut entraîner des mouvements de capitaux incontrôlables. L’intéressement et la participation des salariés aux fruits de l’expansion représentent des solutions, très inégalement utilisées, dans notre pays comme à travers le monde. »
Gaël Vautrin dans « La Tribune » du 15 avril 2011 :
Article intitulé : Nourriture et emplois, questions d'urgence pour le FMI et la Banque mondiale :
« Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale sont allés au plus simple jeudi en demandant au G20, qui se retrouvait à Washington, de se concentrer sur deux questions d'urgence: nourrir le monde et créer des emplois. Ne comptez pas sur l'idée que la croissance sera suffisante. Nous avons besoin de plus que de la croissance, nous avons besoin de politiques actives", a déclaré M. Strauss-Kahn lors de sa conférence de presse. "Je ne suis pas sûr d'être d'accord [...] avec l'idée que nous sommes dans une période d'après-crise. Nous sommes toujours en crise. Et les retombées de cette crise sont toujours très fortes", a souligné le directeur du FMI. Après les révoltes qui ont éclaté dans les pays arabes depuis janvier, le FMI a beaucoup insisté sur la lutte contre le chômage et les inégalités, qui étaient une question qu'il traitait rarement. La Banque mondiale s'est fixé de son côté comme priorité de répondre à la hausse des prix de l'alimentation, proches aujourd'hui de leurs records de 2008. "Nous sommes dans la zone dangereuse, parce que les prix ont déjà augmenté, et que les stocks pour beaucoup de matières premières sont relativement bas", a expliqué son président Robert Zoellick. Selon son institution, 935 millions de personnes souffrent de malnutrition chronique. »
Alain Faujas dans « Le Monde » du 15 avril 2011 :
Article intitulé : Selon le FMI, les banques européennes menacent la stabilité financière mondiale
« Car il y a la partie émergée de l'iceberg, c'est-à-dire des risques mondiaux incontestablement en baisse, une liquidité en hausse et des profits bancaires qui explosent - à l'étonnement général, compte tenu de la responsabilité des banques dans la crise. Et il y a la partie immergée qu'a explorée le FMI sans aucune autocensure, notamment en Europe : le Fonds estime que la fragilité de son système bancaire menace la stabilité financière mondiale. José Vinals, directeur du département des marchés monétaires et de capitaux du FMI, a estimé que " 30 % des banques européennes, représentant un cinquième des actifs bancaires totaux, disposent d'un ratio de capital inférieur à 8 % ". Certes, elles appliquent les règles prudentielles, mais cela ne rassure pas les marchés. Qu'est-ce qui permettrait de restaurer en Europe la confiance des investisseurs ? Des tests de résistance " crédibles " pour les banques européennes au mois de juin, a dit M. Vinals, mais aussi " améliorer le capital des banques en quantité et en qualité ", comme ont commencé à le faire l'Allemagne et l'Espagne, car les marchés veulent l'application de règles prudentielles plus sévères et des " amortisseurs " plus solides en cas de crise. Les banques américaines, qui ont assaini leurs bilans plus vite que leurs consoeurs européennes, ne sont pas pour autant tirées d'affaire, souligne le FMI. Elles se trouvent à la tête d'un patrimoine immobilier important qu'elles ont fait saisir en raison de l'insolvabilité de leurs propriétaires et qu'elles ne peuvent vendre, sous peine de dégrader encore les prix de l'immobilier américain, actuellement en berne. Le Fonds estime que cette situation contribue à maintenir l'endettement des ménages américains à un niveau qui pèse indirectement sur la reprise de l'économie mondiale. Aussi a-t-il réalisé une étude pour savoir si les banques supporteraient une réduction significative de leurs créances hypothécaires à risque, ce qui aurait pour avantage de faire d'une pierre trois coups : nettoyer leur bilan, relancer la demande des ménages et assainir le marché immobilier. Oui, répond le Fonds, les quarante plus grandes banques du pays peuvent supporter le choc d'une dévalorisation de 15 % à 30 % du principal de leurs crédits hypothécaires. Pour maintenir leur ratio de capital au-dessus de 6 %, elles n'auraient besoin de trouver en cinq ans que 4,4 milliards de dollars de capitaux en renfort. »
Muriel Motte dans « Les Echos » du 14 avril 2011 :
Article intitulé : Principe de précaution
« Trente-cinq milliards de dollars, tel est le montant du plan Marshall pour le logement que vient de débloquer l’Algérie, secouée par le mécontentement social. C’est aussi l’enveloppe allouée par la Corée du Sud à son plan d’investissement à cinq ans dans les technologies vertes. Et c’est exactement le montant du cash stocké dans les comptes du moteur de recherche Google au 31 décembre dernier. Apple fait encore mieux, avec un trésor de guerre de 60 milliards. La crise a transformé les grandes entreprises en coffres-forts, en fourmis besogneuses, à l’image des groupes du S&P 500 qui ont généré l’an dernier un flux de trésorerie disponible de 495 milliards de dollars. Un montant record après les 302 milliards de 2009. Les géants de Wall Street ne sont pas les seuls à être obsédés par la liquidité de leur bilan. Depuis 2002, le poids du cash dans les comptes des 3.000 plus grandes capitalisations boursières mondiales a bondi, souligne une étude publiée par « La Lettre Vernimmen ». Les disponibilités et valeurs mobilières de placement, qui représentaient il y a moins de dix ans entre 3,5 % et 4 % du total de leurs actifs, atteignent aujourd’hui des taux compris entre 6 % (pour les groupes européens et japonais) et près de 9,5 % (reste du monde), les entreprises américaines affichant un ratio moyen d’environ 7,5 %. Rassurer les tiers – et soi-même – au lendemain d’une crise mondiale de liquidités, gérer au mieux son endettement, maîtriser le tempo de ses investissements, gâter ses actionnaires avec un dividende exceptionnel ou des rachats d’actions, amortir les aléas des flux de trésorerie dans les secteurs à forte intensité de recherche-développement (santé, technologie)… dans un monde de plus en plus instable, on trouve cent bonnes raisons d’accumuler des munitions. Et quelques belles occasions de les dépenser, sauf à négliger l’intérêt même de l’entreprise en s’accommodant trop longtemps de la très faible rentabilité du cash »
Commentaire : Cette situation est paradoxale. Les gouvernements ont dû s’endetter pour faire face à la crise financière bancaire tandis que les banques dégageaient des ressources fictives dues au système de cotation boursier et à des « manipulations comptables ». Les grands groupes qui travaillent dans le domaine économique ont fait, eux, des profits élevés qu’ils ne remettent pas sur le marché de peur de la situation financière globale ! Nous avons de nouveau une situation qui marque bien la différence entre la finance et l’économie. Tant que le système de valorisation ne sera pas adapté, ce décalage existera toujours et…s’amplifiera. Pour rappel, la valeur est économique, le prix est financier. Le lien entre la valeur et le prix est la valorisation comptable. Revoyons les normes comptables et l’on sera sur la voie de la sagesse. Pour rappel, est-il normal que l’on décide de la valeur économique d’une entreprise sur la base d’un échange financier de quelques titres en Bourse ? Est-il normal que ce prix financier de quelques titres en Bourse extrapole la valorisation d’une entreprise ? Quelques titres à la hausse génèrent une inflation, quelques titres à la baisse une déflation ? Qu’y-a-t-il de plus stupide ? Stupide, oui, mais cela permet aux marchés dérivés d’exister et donc de créer des commissions et honoraires divers fictifs mais colossaux pendant que les déstabilisations économiques et financières sont laissées à la charge de l’Etat donc aux citoyens. Et si le krach faisait revenir la valeur financière à une valeur économique ?
Fabien Piliu dans « Les Echos » daté du 6 avril 2011 :
Article intitulé : L'économie française a essentiellement besoin d'emplois peu qualifiés
« Passe ton bac d'abord ! La formule pourrait bientôt être désuète. Alors que le gouvernement tente de maintenir la France dans le peloton de tête des économies développées en stimulant l'innovation, l'essentiel de ses besoins de main d'oeuvre sont peu qualifiés. Selon l'enquête sur les besoins en main-d'oeuvre 2011 dévoilée par Pôle emploi et le Crédoc, l'essentiel des 1,542 million de projets de recrutements formulés par les 428.400 employeurs potentiels sont des postes peu qualifiés. Concrètement, les entreprises recherchent 74.632 ouvriers qualifiés dans l'industrie et 28.850 ingénieurs et cadres d'études. Mais l'économie a surtout besoin de 64.501 agents d'entretien de locaux, de 51.423 aides à domicile et aides ménagères, de 25.226 ouvriers non qualifiés dans l'emballage et la manutention... À elle seule, l'hôtellerie-restauration est le premier recruteur, avec 13 % des embauches envisagées. Problème, l'inadéquation entre l'offre et la demande est forte sur le marché du travail, ce qui explique les difficultés des entreprises à recruter, notamment dans la construction, et le nombre toujours élevé de chômeurs même si Pôle emploi table sur une légère reprise des embauches en 2011. Selon ses calculs, le nombre de demandeurs d'emploi en catégorie A, qui ne déclarent aucune activité, devrait diminuer de 55.000 en 2011 et de 71.000 en 2012. Pour mémoire, en 2009 et 2010, Pôle emploi a enregistré 497.000 chômeurs supplémentaires. Outre l'inadéquation du profil des candidats, l'enquête avance aussi sur leur manque d'expérience ou de diplôme pour expliquer ces difficultés. Un problème de motivation est aussi évoqué. Sachant que le taux d'accès d'une génération au baccalauréat s'est élevé à 65,5 % en 2010, que correspondre aux besoins du marché de l'emploi ne garantit pas l'obtention d'un emploi pérenne - 39 % des besoins sont liés à une activité saisonnière et 45,3 % seulement des projets à durée indéterminée - ce problème de motivation peut être facilement expliqué. Résultat, sept employeurs sur dix regrettent une pénurie de candidats. Ils n'étaient que quatre sur dix en 2010. Le véritable désastre de la crise de 1993 n'a pas été la chute de l'activité mais l'arrêt des embauches des jeunes diplômés entre 1994 et 1997 », rappelle-t-elle.
Commentaire : Nous retrouvons les cycles SOCIOECOPOFI. Désastre de 1993 (1993 = 2009) ; arrêt des embauches entre 1994 et 1997 soit entre 2010 et 2013.
lain Madelin dans « Le Figaro » du 28 mars 2011 :
Article intitulé : L'effet catastrophe : ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas
« Une ville détruite, c'est une ville à reconstruire. Il va falloir investir. Les constructions de logements, de bâtiments publics, vont faire travailler des entreprises, créer des emplois, entraîner la production d'autres biens dans de nombreux secteurs. Les ménages devront à nouveau s'équiper, racheter des réfrigérateurs, des téléviseurs, des automobiles, des machines à laver, des ordinateurs, ce qui relancera le secteur des biens de consommation durable ! Il y a là tout le début d'une célèbre page de l'économiste français Frédéric Bastiat (1801-1850) : "la Vitre cassée". Résumons. Un jeune vaurien brise une vitre. La foule s'amasse et se réjouit "à quelque chose malheur est bon, voilà qui va donner du travail au vitrier". Le vitrier touchera une certaine somme d'argent. Celle-ci sera dépensée chez quelques marchands qui la redépenseront chez d'autres et ainsi de suite. Certes, dit Bastiat, c'est là "ce qu'on voit". Mais conclure que casser une vitre est bon pour l'industrie ou pour l'emploi serait absurde. Car il y a aussi "ce qu'on ne voit pas". L'argent dépensé pour remplacer la vitre ne servira pas à autre chose comme, par exemple, acheter une paire de chaussures. Du point de vue de la richesse, à l'origine de l'histoire, le propriétaire avait une vitre. Il l'a maintenant à nouveau, mais il a perdu le prix d'une paire de chaussures. Ainsi les reconstructions d'après-catastrophes ne font que déplacer la demande. Et quand bien même pour diverses raisons (utilisation de capacités de production sous-employées, mobilisation patriotique...) y aurait-il un effet sur la croissance, celui-ci ne serait qu'illusion : un surplus de croissance ne signifie pas automatiquement un surcroît de richesse. Un pays où 10% des gens seraient rétribués à creuser des trous et 10% à les reboucher aurait le même PIB qu'un pays où 20% seraient payés à construire de nouvelles maisons. Avec cette "vitre cassée", Bastiat, pourra-t-on penser, ne fait qu'illustrer une évidence. Mais celle-ci est essentielle à une bonne compréhension de l'économie. "Entre un mauvais et un bon économiste, voilà toute la différence ; l'un s'en tient à l'effet visible ; l'autre tient compte et de l'effet qu'on voit et de ceux qu'il faut prévoir", dira Bastiat. »
Commentaire : Monsieur Madelin oublie les dynamiques créées par la reconstruction et les aspects SOCIOlogique, ECOnomique, POlitique et FInancier. Avant la catastrophe, des flux de capitaux poussifs et passifs ; après, des dynamiques de régénérescence. Attention, ceci n’est pas un aulne en faveur des destructions.
Jean-Pierre Robin dans « Le Figaro » du 28 mars 2011 :
Article intitulé : Nous traitons mieux les catastrophes naturelles que les crises financières
« Ainsi la Banque mondiale a-t-elle estimé la semaine dernière entre 122 et 235 milliards de dollars l’ampleur des destructions pour le Japon, soit l’équivalent de 2,5 % à 4 % d’une année de la production de richesses du pays (son PIB). Ce n’est certes pas rien, mais la facture paraît sans commune mesure avec les souffrances subies et même les dégâts matériels retransmis sur les écrans. Ivailo Izvorski, économiste principal de la Banque mondiale « Le ralentissement (économique) du fait du tremblement de terre et du tsunami sera temporaire et la croissance devrait reprendre à partir de la mi-2011 avec l’effort de construction. » John Start Mill, le grand économiste, penseur de la révolution industrielle britannique du XIXe siècle, avait déjà observé « l’extrême rapidité avec laquelle les pays se relèvent d’un état de dévastation et la disparition très rapide de toute trace des dégâts opérés par des tremblements de terre, les inondations, les ouragans et les ravages de la guerre ». C’est un fait : « Les catastrophes naturelles ont des coûts économiques habituellement bien moindres que ceux des grands chocs financiers », estime Julian Jessop, chief economist de Capital Economics, institut d’études indépendant. Deux exemples récents abondent dans ce sens. Le séisme de Kobe de 1995 au Japon n’a eu que des effets modestes comparés à la crise financière asiatique de 1997-1998. De même, l’économie japonaise avait chuté de plus de 10 % à l’hiver 2008-2009, comme la plupart des pays avancés, lors de la « grande récession » qui a suivi la faillite de la banque Lehman Brothers. Personne n’envisage aujourd’hui que l’industrie nipponne connaisse pareille dégringolade. »
Cyrille Lachevre dans « Le Figaro » du 25 mars 2011 :
Article intitulé : L’embellie se confirme pour l’industrie
« En dépit des crises internationales émaillant le début d’année, le moral des industriels français est au plus haut niveau depuis trois ans, selon l’Insee. Éric Besson y est allé de son commentaire : « Le moral des industriels s’est amélioré en mars (…), atteignant son plus haut niveau depuis fin 2007 ». Malgré la crise de l’euro, le séisme au Japon et l’envolée des prix du pétrole consécutive aux révolutions dans les pays arabes, le moral des industriels français s’est établi à 109 points ce mois-ci, soit 3 points de plus qu’en février. Après un trou d’air au troisième trimestre 2010, l’un et l’autre de ces indicateurs sont donc revenus à des niveaux proches de leurs plus hauts historiques. La France n’est pas une exception : « La production industrielle mondiale continue de progresser et, en janvier, elle a dépassé de près de 4 % son point haut observé début 2008 », relèvent le Groupe des fédérations industrielles (GFI) et COE Rexecode dans leur note de conjoncture industrielle du printemps. « L’investissement industriel pourrait rebondir de 14 % en 2011 », prédit COE Rexecode. D’autant que les capacités financières des sociétés se sont globalement améliorées, comme en témoigne le faible pourcentage (11 %) d’entreprises industrielles reconnaissant affronter aujourd’hui des difficultés de trésorerie. Elles étaient 25 % dans ce cas au plus fort de la crise. Globalement, « l’intensité de la reprise en France est comparable à celle de l’industrie américaine, mais moins forte qu’en Allemagne », résume Pierre Gattaz, le président du GFI, pour qui « ces perspectives positives devraient s’accompagner d’une stabilisation de l’emploi industriel »
Fabien Piliu dans « Le Figaro » du 25 mars 2011 :
Article intitulé : Les industriels se disent enfin prêts à réembaucher
« L'industrie pourrait recruter 150.000 personnes par an. Selon l'Insee, la nouvelle remontée de l'indice de confiance mesurant le climat des affaires a retrouvé le niveau affiché fin 2007. Autrement dit, la crise est effacée. Du point de vue du moral seulement. Alors que la production industrielle mondiale est supérieure de 10 % à celle observée avant la crise, l'industrie française n'a pas encore regagné le terrain perdu pendant la récession. « Malgré le rebond de l'export et la reprise de l'investissement, la production industrielle nationale est actuellement inférieure de 7 % à celle affichée à l'automne 2008 », explique Denis Ferrand au COE Rexecode. »
Anne Drif dans « Les Echos » du 25 mars 2011 :
Article intitulé : Les fonds d’investissement accélèrent les cessions et rachats d’entreprises
« Les cessions et acquisitions des sociétés d’investissement sont en très forte reprise depuis quelques semaines. Le fonds, qui doit partir en levée en 2012, est aussi en train de boucler la vente de la Compagnie Européenne de Prévoyance, qu’il souhaite visiblement finaliser avant la fin de la semaine prochaine. »
Marina Alcaraz dans « Les Echos » du 25 mars 2011 :
Article intitulé : Début d’année record pour les levées de fonds
« Nouveau record pour les levées de fonds. Toutes opérations confondues – augmentation de capital, introduction en Bourse, émission de titres convertibles, etc. –, les entreprises ont récolté plus de 183 milliards de dollars depuis le début de l’année, selon les données de Dealogic pour « Les Echos » au 23 mars. Un montant proche du record de 187 milliards de dollars du premier trimestre 2007 et qui témoigne d’un appétit renouvelé pour la prise de risque. »
Dans « Les Echos » du 24 mars 2011 :
Article intitulé : La rigueur et les marchés
« On sait, depuis le début de la crise de la zone euro, que les pays les plus fragiles font face à une logique implacable conduisant inéluctablement à une forme de défaut sur leur dette. La raison en est simple : aucun plan de rigueur, aussi sévère et courageux soit-il, ne peut rétablir la solvabilité d’un Etat perdant soudainement la confiance des marchés financiers. La rigueur ? Elle produit au mieux ses effets au bout de plusieurs mois, voire de quelques années. La confiance des investisseurs ? Elle s’envole comme des oiseaux au bruit d’un coup de feu, privant les Trésors publics de ressources à très court terme. Un Etat peut ainsi se trouver sans liquidités pour régler le salaire des fonctionnaires du mois en cours, sans pour autant que le pays soit insolvable. Les mécanismes d’aide de la zone euro et les éventuels prêts du FMI doivent permettre au pays de s’extraire provisoirement de la spirale dans laquelle il était aspiré, avec des taux d’intérêt de plus en plus élevés. Les remèdes doivent donc intégrer cette double dimension : de la rigueur, certes, mais s’accompagnant d’une restructuration de la dette afin d’en alléger le fardeau. Le bon sens plaide pourtant en faveur d’une rigueur partagée entre contribuables et investisseurs, seule manière d’éviter une révolte des premiers contre les seconds, révolte dont la crise politique portugaise constitue peut-être une illustration. »
Jean-Marc Vittori dans « Les Echos » du 24 mars 2011 :
Article intitulé : La vraie racine de la crise
« Pour l’ancien secrétaire au Travail de Bill Clinton, Robert Reich, qui est l’un des observateurs les plus pénétrants de l’économie moderne, la vraie racine de la crise est la montée des inégalités. Le raisonnement est simple… et dense ! « La production de masse doit être accompagnée d’une consommation de masse, et cette consommation de masse implique à son tour une distribution des richesses telle qu’elle assure aux hommes un pouvoir d’achat équivalent à la quantité de biens et services qu’offre l’appareil productif. Au lieu d’assurer une telle distribution, une gigantesque pompe aspirante avait confisqué une part croissante de la richesse produite au profit de quelques-uns. Ceux-ci avaient bien accumulé du capital. Mais en privant la masse des consommateurs d’un pouvoir d’achat suffisant, les épargnants avaient eux-mêmes tari la demande qui aurait justifié le réinvestissement de leur capital dans de nouvelles usines. Par conséquent, comme dans une partie de poker où les jetons seraient concentrés entre des joueurs de moins en moins nombreux, les autres ne pouvaient continuer la partie qu’en empruntant. Lorsque leur crédit s’épuisa, la partie cessa. » L’enclenchement fatal des années 1920 s’est reproduit dans les années 2000. Une part croissante du revenu est allée aux plus favorisés. « La part du revenu allant au 1 % des contribuables les plus riches atteint un sommet à la fois en 1928 et en 2007, avec plus de 23 % » contre moins de 9 % à la fin des années 1970. Or le drame des riches, c’est qu’ils ne parviennent pas à tout dépenser, malgré leurs efforts. Leur « propension à consommer », pour reprendre l’expression de John Maynard Keynes, est plus faible que celle des pauvres. Quand leur part du gâteau augmente, ça ampute la consommation, la demande et donc la croissance. A partir des années 1980, les classes moyennes américaines ont toutefois lutté contre « les effets dévastateurs et simultanés de la concurrence mondiale et de technologies capables de remplacer le travail humain », qui comprimaient leurs salaires. Ils ont employé trois moyens pour accroître leurs revenus. D’abord, les femmes sont entrées sur le marché du travail (en une génération, la proportion des jeunes mères ayant un emploi est passée de 20 % à 60 %). Ensuite, les actifs ont travaillé davantage (cinq à six heures de plus par semaine en trente ans ans). Enfin, les Américains ont emprunté massivement. Mais « lorsque leur crédit s’épuisa, la partie cessa » une nouvelle fois. Dans une note publiée le mois dernier, Patrick Artus, l’économiste en chef de la banque Natixis, affirme ainsi que, « avant d’être une crise bancaire et financière, la crise presque continuelle dans laquelle nous vivons est une crise du partage des revenus aux Etats-Unis, et donc de l’exigence de rentabilité du capital ».
Yves Drothier sur le site « Commentcamarche» du 18 mars 2011 :
Article intitulé : La Corée du Sud va profiter d'Internet à 1 Gbits/s
« Alors qu'en France on s'achemine tout doucement vers un accès Internet en fibre optique à 100 Mbits/s pour les zones urbaines, la Corée du Sud se prépare à étendre l'accès Internet à 1 Gbits/s sur l'ensemble du pays. Un projet pilote, qui regroupait 1500 domiciles, a déjà eu lieu et a été mené avec succès. Le déploiement de ce projet va coûter quelques 24,6 milliards de dollars, et l'Etat serait en mesure de favoriser sa mise en oeuvre à hauteur d'un milliard de dollars. Mieux, le coût moyen de cette connexion, par habitant, serait fixé à 30 000 wons, soit à peine 27 dollars par mois. Selon les données de l'OCDE, la Corée du Sud dispose déjà d'un des meilleurs réseaux Internet au Monde, avec une connexion moyenne dans le pays de 46 Mbits/s. Ce pays compte 50 millions d'habitants, mais dispose d'une densité de population bien supérieure à celle de la France, estimée à 480 habitants au kilomètre carré. Cette densité rend le déploiement d'un réseau fibre optique haut débit plus rentable qu'en France, où des zones très peu denses sont assez coûteuses à équiper. »
Alain Madellin dans « La Tribune » du 14 mars 2011 :
Article intitulé : La justice sociale ne se confond pas avec la redistribution
« La paupérisation des Français est bien réelle. 40 % d'entre eux gagnent moins de 1,3 Smic. 3.600.000 sont en dessous du seuil de pauvreté (657 euros par mois) et celui qui gagne 3.500 euros par mois avant impôts fait partie des 10 % des Français les plus riches. La part les dépenses contraintes ne cesse d'augmenter (du loyer à l'abonnement téléphonique en passant par le chauffage). Le « reste à vivre », c'est-à-dire la part d'argent que l'on peut librement affecter aux vacances, au restaurant, au cinéma, à des petits cadeaux, celle qui fait le bonheur de vivre, ne cesse de se réduire. En fait, la perception des inégalités et de l'injustice sociale est relative. Une forte croissance l'atténue, une faible l'exaspère. On connaît la bonne vieille règle de 72. Elle vous dit le nombre d'années nécessaires pour doubler votre épargne ou votre salaire. Il suffit de diviser 72 par le taux d'intérêt ou le taux de croissance. Avec une croissance de 7 %, les habitants des pays émergents voient leur revenu doubler tous les dix ans. Avec 1,2 % de croissance (hors inflation), il faut soixante ans pour doubler le revenu des Français ! À 1 %, ils ont le sentiment du surplace et les hauts revenus de ceux qui sont en tête du train apparaissent illégitimes et comme prélevés sur l'ensemble des voyageurs. Quand, au contraire, le revenu de tous double en dix ans, les inégalités qui séparent le gros des voyageurs de ceux qui sont en tête du train apparaissent comme des inégalités motrices dont tous tirent profit et elles sont dès lors plus facilement acceptées. C'est là l'idée forte d'un philosophe américain, John Rawls, auteur d'une célèbre « Théorie de la justice ». Son approche de la justice sociale se veut consensuelle. Pour illustrer cette théorie, imaginons une personne débarquant dans un pays inconnu où la place de chacun dans la société serait déterminée au moyen d'une grande loterie sociale. Dans une telle situation imaginaire dans laquelle chacun devrait prendre en compte du fait qu'il peut se voir attribuer la plus mauvaise place sociale, l'accord se fait alors naturellement sur un équilibre entre le maximum de libertés pour chacun et un état social qui maximise les chances des plus défavorisés. Ce qui conduit John Rawls à accepter les « inégalités fécondes », celles qui en assurant la récompense des créateurs de richesse tirent la croissance et permettent l'augmentation du pouvoir d'achat de tous. Aujourd'hui, le travail peu qualifié est abondant et le travail hautement qualifié est rare. À l'instar de ce qui s'est passé au xixe siècle lors de la révolution industrielle, les découvertes des opportunités de la mondialisation et des nouvelles technologies entraînent le creusement des inégalités et la formation de nouvelles fortunes. Du moins dans un premier temps. Car comme l'a montré le Prix Nobel, l'Américain Simon Kuznets, si dans un tel cycle de développement les inégalités s'accroissent mécaniquement au début, elles diminuent ensuite (selon une courbe de U inversé qui porte son nom). Il ne s’agit plus d’enrichir les pauvres en appauvrissant les riches mais de tirer le plus efficacement et le plus rapidement les revenus de tous vers le haut. Ajoutons que cette nouvelle croissance mondialisée intègre un autre mécanisme d'augmentation du pouvoir d'achat que celui de l'accroissement des salaires : la baisse des prix. Elle constitue une forme de redistribution des bénéfices de la compétitivité au profit des revenus les plus modestes. Pour lutter contre la paupérisation des Français, pour maintenir un haut niveau de protection sociale et de solidarité, nous avons besoin de croissance.»
Commentaire : Dans cet article, où plusieurs notions et raisonnements économiques sont présents, notons qu’il est fait mention du cycle vers lequel nous allons, à savoir : « tirer le plus efficacement et le plus rapidement les revenus de tous vers le haut. ». L’objet de cette revue de presse n’étant pas « politique » mais seulement « pédagogique », je ne peux m’empêcher de développer les mots suivants écrits par l’auteur « autre mécanisme d’augmentation du pouvoir d'achat que celui de l'accroissement des salaires : la baisse des prix ». Derrière ces quelques mots figure une réalité extraordinaire. En effet, la mondialisation fait que nous pouvons exporter notre inflation potentielle vers les pays émergents et que cette « exportation » d’inflation potentielle est le carburant économique et financier de l’accès à la démocratie pour des milliards d’Etres Humains. Ex : Lorsque l’on achète du textile produit dans un pays émergent à un prix inférieur à celui produit en France, on peut exprimer sa révolte en disant que d’un côté on licencie en France et que de l’autre on alimente l’exploitation de travailleurs étrangers. Cette vue est réelle. Mais, on peut aussi avoir une autre analyse. Cette dernière est de dire que le gain généré par les achats de textiles étrangers à bas prix va générer un pouvoir d’achat pour des millions d’européens qui vont acheter moins cher leur textile. Cela en diminuant petit à petit l’exploitation de la main d’œuvre des pays émergents du fait de la croissance des dynamiques sociologiques d’amélioration du niveau de vie (augmentation des salaires, des libertés…voire révoltes). En Europe, la déflation créatrice de pouvoir d’achat ; dans les pays émergents, « l’inflation » de pouvoir d’achat créatrice de liberté. Hier, nous collaborions en fermant les yeux sur les exploitations humaines (quand nous n’en profitions pas nous-mêmes voire y participions) ; aujourd’hui, nous coopérons à la libération de ces peuples tout en améliorant l’économie mondiale et la nôtre. Cette situation mériterait un développement plus approfondi mais ce n’est pas l’objet de la revue de presse. Cela dit, je reste à votre disposition pour répondre à vos questions.
Marc Landré dans « Le Figaro » du 11 mars 2011 :
Article intitulé : La France a renoué en 2010 avec la création d’emploi
« L’économie française, en créant entre 120000 et 160000 emplois en 2010, a rattrapé un tiers de ceux qu’elle avait détruits les deux années précédentes. Les niveaux ont beau différer selon l’organisme (les calculs de Pôle emploi, de l’Acoss ou de l’Insee ne portent pas sur les mêmes périmètres), la tendance est la même : elle montre une reprise de l’emploi grâce à l’intérim, en forte hausse pour le septième trimestre d’affilée mais à un niveau inférieur de 20% à son plus haut d’avril 2008. Selon Pôle emploi, l’intérim a ainsi représenté 98,5% des créations enregistrées en 2010. « On est loin des pertes enregistrées en 2009 » , fait remarquer Bernard Ernst, le « M. Statistiques » de Pôle emploi. Restent deux mystères qui atténuent la portée des fortes créations d’emploi enregistrées. Primo, 2010 aura aussi été marquée par une forte augmentation (+ 76 600) du nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi en catégorie A. Soit un écart de près de 200000 avec les chiffres de l’Acoss que n’explique pas la quasi-stagnation de la population active prévue par l’Insee en 2010. Deuxième mystère : le nombre de chômeurs a baissé de 93 000 selon le BIT, alors qu’il a augmenté de près de 80000 pour Pôle emploi. Un effet de ciseau inexpliqué qui trouve son origine chez les chômeurs de plus de 50 ans. « C’est un constat qu’on ne s’explique pas », reconnaît Bernard Ernst. »
Eric Le Boucher dans « Les Echos » du 11 mars 2011 :
Article intitulé : Les politiques sous la loi de la finance
« En janvier, devant les parlementaires, Bob Diamond, le PDG de Barclays, a dit que « l'époque des remords et des excuses » était finie. Pour l'année 2010, Diamond s'est fait octroyer un bonus de 6,5 millions de livres en plus d'une attribution d'actions pour une valeur actuelle de 14 millions. Les déclarations des politiques, de Sarkozy à Obama, contre « l'irresponsabilité honteuse » des banquiers qui se distribuent de tels bonus ne datent que d'un an. « Si nous décevons les marchés financiers, cela va nous coûter cher. » Olli Rehn, le commissaire européen aux Affaires économiques, ne pouvait pas mieux dire le vrai rapport de force aujourd'hui établi entre les gouvernements et les marchés financiers. Il parlait du sommet européen d'aujourd'hui, au cours duquel les gouvernements doivent décider d'une réponse à la crise des dettes souveraines européennes. Les politiques ont perdu leur bataille contre les marchés financiers. Ils l'ont perdue pour trois raisons : pécuniaire, intellectuelle et politique. Commençons par l'argent, on est obligé d'admettre que les forces d'expertise ne sont plus du côté des Etats, les banques seules ont la connaissance des techniques pointues de leurs métiers. La raison intellectuelle. Comment réguler ses opérateurs nationaux de marchés sans les affaiblir face à leurs concurrents ? Dans le contexte d'une régulation douce, la finance emploie les « meilleurs mathématiciens et juristes » qui sont payés des millions pour contourner, enjamber, ruser, détourner la réglementation. Venons-en à la principale faiblesse : la politique. L'impuissance des gouvernements européens à apporter une réponse satisfaisante aux interrogations des marchés sur l'existence et le type de solidarité au sein de l'eurozone fait peine à voir. Faute de disposer d'un grand discours europhile courageux, anticipateur et convaincant face à la crise des dettes, la classe politique européenne subit et les marchés financiers imposent leurs vues. Le retour à bonne fortune de la finance serait une bonne nouvelle si les excès d'hier étaient corrigés. Mais les milliards de bonus, les marchés parallèles, l'inventivité spéculative, les bulles sont repartis de plus belle. Les risques aussi. »
Anne Bodescot dans « Le Figaro » du 11 mars 2011 :
Article intitulé : Le Fonds de réserve des retraites parie sur les pays émergents
« Le FRR, change de stratégie. La réforme des retraites votée l’an dernier a modifié sa mission, et le contraint à se montrer plus prudent. Initialement, les capitaux qu’il gère (37,5 milliards d’euros aujourd’hui) devaient servir à venir en aide aux régimes de retraite par répartition à partir de 2020 et jusqu’en 2040. Un horizon de placement long qui autorisait une gestion largement tournée vers les actions (45 % du portefeuille en moyenne), dans l’espoir de doper la rentabilité. Mais les pouvoirs publics, attachés à réduire les déficits, ont décidé de le mettre à contribution plus tôt que prévu. Il doit désormais verser chaque année 2,1 milliards d’euros à la Cades, la Caisse d’amortissement de la dette sociale, jusqu’en 2024. Sans oublier le versement du reliquat à la Caisse nationale d’assurance-vieillesse en 2020. Pour pouvoir honorer ces engagements, même en cas de crise sur les marchés financiers, il a décidé de faire la part plus belle aux placements moins risqués. Comme beaucoup d’autres investisseurs institutionnels, il mise donc désormais davantage sur les obligations. Elles représenteront en moyenne 61,2 % de son portefeuille. Il s’agira, pour moitié, d’emprunts d’État français, pour un quart d’emprunts d’autres grands pays de l’OCDE et, pour le dernier quart, d’obligations d’entreprises de qualité. Mais le FRR croit toujours aux vertus de la diversification et des placements plus offensifs, même s’ils sont plus chahutés. En 2008, la crise financière s’était soldée, pour lui, par une perte de 24 %. L’an dernier, la gestion financière a rapporté 4,2 %, soit un gain net de 1,5 milliard d’euros. Depuis l’origine, la performance est de 3,1 % par an en moyenne, soit 1,6 % de plus que l’inflation. « Un résultat honorable compte tenu de la crise et de la durée plus limitée que prévu des investissements », ajoute Yves Chevalier. Le FRR consacrera donc encore 38,8 % de ses actifs (environ 15 milliards d’euros) à des placements risqués, mais en principe plus rentables. Mais, là aussi, il change de tactique, pour mettre le cap sur les actions et les obligations des pays émergents (Chine…). Il a déjà commencé à réduire le poids des valeurs européennes dans son portefeuille. »
Commentaire : 61,2% du portefeuille sur des obligations ! Je veux bien que l’Etat ait de nouveau changé « son fusil d’épaule » mais de là à paupériser le fonds à hauteur de 61,2% cela relève de l’absurde dans la situation actuelle des taux, de la situation économique, des marchés financiers, de l’objectif intermédiaire (verser chaque année 2,1 milliards d’euros à la Cades, sans oublier le versement du reliquat à la Caisse nationale d’assurance-vieillesse en 2020) et final de ce fonds. Enfin, le FRR choisit d’aller soutenir (profiter ou parier sur) la bulle des pays émergents. En ce qui me concerne, je pense que le FRR se trompe depuis le début. Quand nos capitaux vont-ils servir notre économie ? Quand nos capitaux vont-ils être gérés en dehors des dogmes passés, dogmes qui ont conduit nos pays dans des impasses intellectuelles ? J’écris bien des impasses intellectuelles car elles ne relèvent en rien d’impasses opérationnelles et/ou réelles.
Eric Benhamou dans « La Tribune » du 10 mars 2011 :
Article intitulé : Crise financière ? Non, crise sociale !
« « Sans réduction des inégalités, pas de sortie de crise ! », proclame l'ancien secrétaire d'État au Travail, Robert Reich, sous Clinton, un message qui s'adresse aux États-Unis mais qui résonne aussi de plus en plus fort en Europe. Pourtant, le diagnostic de la crise apparaît aujourd'hui comme une évidence : c'est la faute « d'un Américain trop dépensier et pas assez épargnant ». L'explication de Robert Reich est tout autre : la crise n'est ni financière ni bancaire; elle est sociale. Le problème, selon lui, est que les Américains achètent trop peu. Une thèse osée, alors que l'on ne cesse de répéter que l'Amérique vit au-dessus de ses moyens, entraînant des déséquilibres de toutes natures et un endettement sans limites. Mais il persiste et signe, c'est bien la stagnation voire la régression des salaires de la classe moyenne qui sont le frein à la croissance. Le remède consiste alors à donner davantage de pouvoir d'achat. Loin donc du tonitruant « augmenter les salaires, la dernière bêtise à faire » lancé récemment par Jean-Claude Trichet, président de la BCE. Mais Robert Reich plaide surtout pour une meilleure distribution des revenus. Il aurait pu fonder son plaidoyer sur des principes moraux. Il est en effet injuste que 1 % des Américains les plus riches concentrent 23 % du revenu national (comme en 1928 !) contre seulement 10 % pendant les années 1950-1970. Mais l'auteur préfère défendre un argument purement économique : une bonne redistribution des richesses est une condition préalable à la croissance. Il appelle, en appui de sa démonstration, Marriner Eccles, l'un des pères du New Deal et président de la Fed de 1934 à 1948. « La production de masse doit s'accompagner d'une consommation de masse et cette consommation de masse implique une distribution des richesses produites », expliquait-il. C'est ce qu'avait compris avant l'heure le constructeur automobile Henry Ford qui n'hésita pas à tripler le salaire moyen de ses ouvriers pour qu'ils puissent s'acheter des Ford T. Ce principe fonda la prospérité de l'Amérique de l'après-guerre, mais depuis les années 1980, la mondialisation et le progrès technique ont progressivement chassé l'ouvrier bien payé au profit de l'employé peu rémunéré. Le problème n'est donc pas tant l'emploi (qui a progressé) que les salaires (qui ont baissé). Une nouvelle division du travail est apparue entre des services à haute valeur ajoutée (finance, technologies de pointe, design), très bien rémunérés et réservés à une élite, et des services de proximité (bâtiment, restauration, santé...), certes abondants mais assurés par une main d'oeuvre bon marché, souvent issue de l'immigration. Mécaniquement, les écarts ne peuvent que croître. Or, les riches, aussi riches soient-ils, constituent une base trop étroite pour relancer l'économie. Parallèlement, la classe moyenne a gardé les mêmes aspirations. Pour combler sa perte de pouvoir d'achat, elle a eu recours tour à tour au travail des femmes, aux heures supplémentaires et, enfin, au crédit. En ce sens, la stagnation des salaires explique la bulle. Mais toutes ces bouées ont disparu avec la crise. Robert Reich propose un « nouveau New Deal » pour les classes moyennes avec, au coeur du dispositif, une refonte complète de la fiscalité. Il propose de relever le taux marginal d'imposition du travail et du capital à 55 % - ce qui paraît raisonnable sachant que ce taux était de 70 % entre 1936 et 1980 - et de créer un impôt « négatif » pour tous les revenus inférieurs à 50.000 dollars, financé en partie par une taxe carbone. L'intérêt du propos est cependant ailleurs : il pose clairement le débat de la résolution de la crise sur un terrain politique, et non plus technique. Il s'agit de rééquilibrer les rapports de force. Un enjeu de débat majeur pour les États-Unis comme pour les pays européens. »
(*) « Le Jour d'après », par Robert Reich, Éditions Vuibert.
Alain Madelin dans « La Tribune » du 7 mars 2011 :
Article intitulé : L’avenir est aux bons salaires, pas aux bas salaires
« Ce qui compte pour le chef d'entreprise, ce n'est pas le niveau des charges en soi mais le coût total du travail, charges comprises. Dans l'industrie, le coût du travail entre la France et l'Allemagne est quasi équivalent (légèrement supérieur outre-Rhin). En fait, la question de notre compétitivité est avant tout affaire de créativité, d'innovation, de qualification et d'investissement. Les politiques d'allégements de charges sociales sont largement illusoires, inefficaces et coûteuses. Elles sont aussi contre-productives. A dépenses sociales constantes, au niveau des pays, ces baisses ne sont en réalité que des transferts. Le gain des uns est la charge des autres. Et, de fait, le transfert s'effectue des entreprises les plus productives vers celles qui le sont moins. Ces baisses ont de multiples effets pervers. Destinées à soutenir les entreprises de main-d'oeuvre pour faire face à la concurrence, les politiques d'exonération de charges ont été plafonnées (aujourd'hui 1,6 Smic). Résultat, un effet de cliquet qui enferme aujourd'hui deux salariés sur trois dans une zone de 1 à 1,6 Smic et qui constitue une dangereuse « smicardisation de notre société ». Que penser d'ailleurs d'un État qui, ayant forcé le salaire minimum au-dessus de son niveau économique, compense cette augmentation artificielle par des baisses de charges pour les bas salaires et, constatant les effets désastreux d'une politique qui tire les salaires vers le bas, ajoute une prime pour l'emploi au profit des travailleurs pauvres ? Les baisses artificielles du coût du travail à coups de subventions publiques sont non seulement contre-productives mais aussi désespérantes socialement. Elles donnent le sentiment qu'avec la mondialisation l'avenir est au « salarié low-cost », épuisable et jetable. L'avenir est à la France des bons salaires, pas à celle des bas salaires ! Il est absurde, comme on le fait trop souvent, d'opposer le capital et le travail. C'est le capital investi qui fait les bons salaires de l'entreprise. Et c'est le niveau de capital productif qui fait le niveau général des salaires d'un pays. Le vrai secret de la compétitivité est ailleurs : dans la qualité, la créativité, la qualification, l'innovation, l'investissement. Sait-on qu'il y a trois fois plus de robots dans les usines allemandes que chez nous (240 pour 10.000 employés, 85 en France) ? »
Dans « La Tribune » du 1 mars 2011 :
Article intitulé : selon Nicolas Sarkozy
« Selon l’AFP, le chef de l’État s’est inquiété, mardi, lors du petit déjeuner hebdomadaire de la majorité, de la faible évolution des salaires comparée à celle des dividendes versées par les entreprises à leurs actionnaires. Le chef de l’État aurait souhaité une relance de la participation des salariés. Il aurait aussi préconisé de bloquer les dividendes versés au-delà d’un certain montant. Ces propos s’opposent à ceux du président de la banque centrale européenne (BCE), le Français Jean-Claude Trichet, qui a déclaré il y a peu qu’une hausse des salaires serait la « dernière bêtise à faire » en raison des risques d’inflation. »
Jean-Marc Vittori dans « Les Echos » du 1 mars 2011 :
Article intitulé : Printemps arabe et maladie hollandaise
« Les dictatures sont des constructions étranges. Vues de l’extérieur, elles paraissent indestructibles. Entre lâcheté, lassitude et nécessité, leurs voisins, leurs clients, leurs fournisseurs en viennent à composer avec ces blockhaus de béton armé. Et pourtant… elles pourrissent toujours de l’intérieur, comme le poisson pourrit toujours par la tête. Un beau jour de printemps ou d’hiver, elles s’effondrent, dans un effet domino plus ou moins étalé dans le temps. La chute provoque alors la stupeur. Prend les partenaires à contre-pied. Provoque des doutes sémantiques – tel chef d’Etat semble alors découvrir des régimes« autoritaires », tel journaliste parle de« villes libérées »alors qu’il n’avait jamais évoqué auparavant de villes « emprisonnées » ou « occupées ». Ce n’est pas la première fois que chutent des dictatures vermoulues. Il s’est passé la même chose en Amérique latine dans les années 1980 avec l’Argentine (1983), l’Uruguay (1984), le Brésil (1985) puis le Chili (1989). Puis dans l’est de l’Europe avec la chute du mur de Berlin en 1989 et l’implosion de l’URSS en 1991. Chacun de ces événements a été mal évalué au départ, d’autant plus qu’il est arrivé par surprise. Il avait été jugé impossible par les experts occidentaux des régions concernées. Rares sont ceux qui eurent la pertinence et l’impertinence d’un Emmanuel Todd, prédisant la dislocation de l’Union soviétique dès 1976 à partir de courbes démographiques inquiétantes sur l’espérance de vie (une démographie aussi présente sous les événements actuels : le nombre de jeunes âgés de vingt à trente ans a ainsi augmenté de 140 % en Egypte en trente ans contre 100 % pour la population totale). La chute des dictatures qui s’enclenche au Proche-Orient, avec la Tunisie et l’Egypte hier, la Libye aujourd’hui et des frémissements du Maroc au Yémen, se joue cependant dans un monde trois fois différent – ce sont les trois « i » du printemps arabe. Les deux premiers ont été largement commentés. C’est le « i » d’Internet, qui a joué un rôle d’accélérateur et d’amplificateur. Et le « i » d’islam, point commun des pays touchés. Point d’interrogation aussi, tant le champ des possibles semble large entre la laïcité turque et la théocratie iranienne. La troisième spécificité, le troisième « i », ce sont les institutions. Car à l’inverse des pays de l’Est de l’Europe ou de l’Amérique latine, les pays musulmans du Proche-Orient n’ont pas ou peu de tradition démocratique. Les colonisateurs avaient préféré s’appuyer sur des rois de pacotille plutôt que se risquer à organiser des élections. Leurs héritiers ont continué, comme le montraient les excellentes relations de Paris avec le régime Ben Ali en Tunisie ou celles de Rome avec Kadhafi en Libye. Les peuples qui ont renversé ces régimes avec un incroyable courage vont devoir créer leurs modèles, leurs institutions. Beaucoup d’entre eux ont ici un atout… qui est aussi un boulet : leur sol regorge de gaz ou de pétrole. Les économistes ont analysé depuis un demi-siècle la« maladie hollandaise »qui frappe les pays riches en ressources naturelles. L’accroissement de leurs exportations provoque une réévaluation de leurs devises qui freine leur développement industriel. Cette maladie n’est pas seulement économique, elle est aussi politique. Au Proche-Orient comme ailleurs, les pays bourrés de pétrole ont géré les problèmes par l’argent – ce que tente à nouveau Mouammar Kadhafi en Libye ou le roi Abdallah en Arabie saoudite. Ils n’ont pas constitué de cadre politique. Ils ont tous des institutions fragiles, de l’Arabie saoudite (20 % des réserves mondiales, selon BP) à la Libye (3 %) en passant par le Venezuela (13 %), l’Irak (9 %), le Koweït (8 %), les Emirats (7 %) et la Russie (6 %). L’un des plus grands défis du printemps arabe sera de trouver un vaccin contre le « dutch disease ». »
François Rachline, professeur à Sciences po et conseiller spécial du président du CESE, dans « Les Echos » du 1 mars 2011 :
Article intitulé : Pour une banque centrale mondiale
« L’histoire montre qu’il existe trois grands moyens pour alimenter l’économie en monnaie : la guerre, la nature, la banque. La première a permis de s’emparer des richesses d’autrui, jusqu’au moment où la rareté progressive des butins élève leur cherté relative : quand le coût des expéditions belliqueuses est inférieur au bénéfice attendu, il faut trouver d’autres sources d’approvisionnement. Les réserves naturelles en métaux précieux permirent, elles aussi, de nourrir le flux monétaire indispensable aux échanges. L’Europe, centre du développement commercial après l’an mille et de l’essor industriel un demi-siècle plus tard, presque totalement dépourvue d’or et d’argent, n’a cessé de rechercher de nouvelles mines, de la Bolivie (Potosi), au XVIe siècle, à la Californie ou à l’Afrique du Sud, au XIe siècle. Cependant, ni la nature ni la guerre, aux résultats trop aléatoires et trop irréguliers, n’ont pu suivre le rythme endiablé de la croissance des siècles derniers. La banque, invention tardive, les a peu à peu supplantées. Dès lors, c’est d’elle que provient le surplus d’argent nécessaire à l’activité. Devenues nombreuses, véritables pulsars à monnaie, il fallut les chapeauter, les organiser en systèmes afin de contrôler leur puissance créatrice. Cette fonction fut dévolue aux banques centrales. Nées au XVIIe siècle avec la Riksbank (1668) et la Banque d’Angleterre (1694), elles forment un ultime butoir, une garantie finale, un véritable substitut institutionnel à la nature. Pourquoi ce rappel historique ? Afin de restituer une logique à l’œuvre sur une longue période. De fait, l’étape suivante fut, à l’aube du XXIe siècle, l’apparition d’un nouveau type de banque centrale, agrégeant celles des membres de la zone euro. Le pool de souveraineté monétaire ainsi créé a établi, au-dessus des instituts d’émission nationaux, un organisme singulier qui n’exprime pas les antagonismes des différents pays partenaires, mais travaille à leur intérêt commun. L’expression « banque centrale » revêt dès lors tout son sens : il s’agit bien d’une banque, munie des prérogatives habituelles, mais c’est aussi un organe régulateur, ce que traduit l’adjectif « centrale ».Avec la Banque centrale européenne (BCE), tous les aspects de la coordination des politiques nationales ne sont pas réglés, tant s’en faut, mais il est devenu possible au sein de la zone euro de réguler le volume de monnaie en circulation et d’adopter une stratégie de change unique, au nom des désormais 17 parties prenantes.. Avec du recul, il est possible de dire que les banques centrales nationales et la BCE forment les deux premiers étages de la pyramide monétaire mondiale. Il en manque un troisième pour dépasser la contradiction actuelle : des crises de plus en plus globales, des réactions surtout nationales. Une banque centrale mondiale ne réglerait pas tout, mais elle bouclerait la boucle. Cette institution supranationale aurait pour tâche de stabiliser les changes, de réguler la quantité de monnaie, d’alimenter en liquidités la planète si nécessaire. Un FMI refondu pourrait jouer ce rôle. A condition que le bon sens ne soit pas jugé utopique. »
Dans « H 24 » du 1 mars 2011 :
Article intitulé : L'analyse de Lombard Odier.
« Si l’environnement actuel est marqué par des problèmes structurels d’excès de dette qui appellent à la prudence lorsqu’il s’agit de construire des portefeuilles sur le long terme, il est également important de prendre en compte la dynamique du cycle. Dans les années 50/60, les cycles industriels étaient liés aux stocks, dans les années 80/90, ils dépendaient du crédit tandis qu’aujourd’hui, nous pensons que les cycles sont tributaires de la liquidité, en particulier celle des banques centrales. La liquidité des banques centrales constitue une source importante de financement pour l’économie : des flux de liquidités sont injectés dans de nouveaux projets et refinancent des actifs, dopant leurs prix, tandis que la contraction des liquidités porte atteinte à la valeur des actifs et à la dynamique de l’économie réelle. La taille du bilan de la Réserve fédérale américaine (Fed) et le rendement du S&P500 ont été étroitement liés ces dernières années (graphique du haut) avec une solide performance des actions lorsque la Banque centrale applique une politique accommodante et des replis lorsque la Banque centrale resserre les rênes, ou réduit l’expansion monétaire. La première phase du cycle de liquidité actuel (2009-2010) a été marquée par une expansion monétaire importante et des conditions particulièrement souples à l’échelle mondiale. Une expansion monétaire massive dans les pays émergents (prêts bancaires accordés en Chine) et dans les économies développées (1er et 2e programmes d’assouplissement quantitatif aux Etats-Unis, QE1 et QE2), associée à des taux réels faibles voire négatifs dans la plupart des pays (graphique du bas), en particulier dans les marchés émergents malgré une croissance très forte, s’est traduite par une importante relance économique et financière. Durant cette période, les liquidités ont afflué dans toutes les classes d’actifs, profitant tour à tour aux emprunts d’Etat, à l’or, au crédit, aux matières premières, aux actions et à l’immobilier pour enfin s’étendre à l’économie réelle par le biais d’une hausse des prix alimentaires. Nous amorçons actuellement une deuxième étape, un cheminement typique lorsque le cycle de liquidité arrive à maturité. Les pays émergents durcissent les conditions monétaires afin de contrer l’inflation des prix alimentaires nourrie par la hausse des matières premières. La Banque d’Angleterre est également confrontée au problème de la lutte contre les tensions inflationnistes importées, imputables notamment à la dépréciation de la livre sterling, ce qui risque d’étouffer la croissance. Qui plus est, le second programme d'assouplissement quantitatif aux Etats-Unis prendra fin en juin, ce qui entraînera une contraction des liquidités à moins que la Fed n'adopte un nouveau programme de politique expansionniste (QE3). Il convient de s’interroger sur la solidité de la composante privée de l’économie mondiale, tant dans les économies développées qu’émergentes : suffira-t-elle à compenser des conditions monétaires moins accommodantes ? Pour l’heure, la résurgence du débat sur le risque de récession à double creux de l’année dernière au terme du QE1 et la fragilité actuelle des actions des pays émergents nous laissent sceptiques. »
Francine Aizicovici et Bertrand Bissuel dans « Le Monde » du 26 février 2011 :
Article intitulé : Les tensions salariales se réveillent dans les entreprises
« Dans de nombreuses entreprises, les syndicats font parler la poudre pour arracher quelques euros supplémentaires sur le bulletin de paie. De nombreuses entreprises, soucieuses de reconstituer leurs marges pour investir, défendent une politique de sobriété salariale pourtant difficile à imposer lorsque les prix de certains biens courants s'emballent. Dans un " rapport d'information " publié en janvier, les sénateurs Joël Bourdin (UMP, Eure) et Patricia Schillinger (PS, Haut-Rhin) rappellent que " le pouvoir d'achat des salaires individuels augmente de moins en moins ". Il avait doublé en quinze ans (1959-1974) avant de ralentir très nettement. " Son niveau en 2007 ne représente que 1,2 fois celui de 1983 ". L'accélération a aussi été très nette en 2010 pour " les dépenses courantes de logement " (loyers, consommation d'énergie et charges) : + 4,2 % l'an passé, contre + 1,8 % en 2009, selon le Commissariat général au développement durable. Même si le risque d'une spirale prix-salaires est faible, la Banque centrale européenne (BCE) surveille attentivement la montée de ces doléances. Son président, Jean-Claude Trichet, juge que relever les salaires " serait la dernière des bêtises à faire ". Un discours que le gouvernement ne reprend pas à son compte. Les déclarations de M. Trichet sont " très curieuses ", a estimé, le 21 février, le ministre du budget, François Baroin. " Notre objectif ", a-t-il poursuivi, est de parvenir à une augmentation des salaires " à terme ". »
Jean-Pierre Robin dans « Le Figaro » du 28 février 2011 :
Article intitulé : Nous avons de plus en plus de mal à maîtriser nos « extraordinaires succès »
« Au lendemain de la seconde guerre mondiale, nous avons créé des institutions d’aide au développement, telle la Banque mondiale, pour que les pays les plus pauvres puissent nous rattraper, rappelle Jean-Claude Trichet. Après des décennies de faux départs, le train est désormais en marche. Une croissance au rythme de 10% l’an comme la Chine vient de connaître depuis 1980 signifie un doublement du PIB tous les sept ans, soit une multiplication par huit en une seule génération. L’Organisation internationale du travail (OIT) observe qu’alors que le nombre de chômeurs a augmenté de 27,6 millions dans le monde depuis 2007, « 55% de la hausse totale du chômage mondial entre 2007 et 2010 sont survenus dans la région des économies développées et de l’Union européenne, alors que cette région ne compte que pour 15% de la population active mondiale.» Goethe : « C’est assez désagréable…de ne pouvoir plus rien apprendre pour la vie ! Nos aïeux s’en tenaient aux enseignements qu’ils avaient reçus dans la jeunesse, mais nous, il nous faut recommencer tous les cinq ans, si nous ne voulons pas être complètement démodés. C’était il y a tout juste deux siècles, l’économie européenne, en pleine révolution industrielle, s’apprêtait à dépasser la Chine. »
Commentaire : Nous retrouvons l’explication SOCIOECOPOFI. C’est bien parce que politiquement on a voulu mondialiser la Paix à partir de 1945 qu’aujourd’hui nous vivions les effets sociologiques, économiques et financiers de cette mondialisation. Non, nous ne vivons pas la mondialisation économique ou financière ; oui, nous vivons bien la mondialisation de la Paix avec ses effets SOCIOlogiques, ECOnomiques, POlitiques et FInanciers.
Eric Heyer, économiste à l’OFCE, propos recueillis par Sara Sampaio dans « La Tribune » du 24 février 2011 :
Article intitulé : Le succès des heures supplémentaires retarde les créations d'emplois
« L'incitation aux heures supplémentaires avait un sens en 2007, lorsque le dispositif a été pensé, parce que le chômage baissait. Aujourd'hui, le succès des heures supplémentaires pose problème, car il faudrait qu'elles diminuent fortement, afin de laisser de la place aux personnes sans emploi. La durée du travail doit augmenter en période de chômage faible et diminuer en période de chômage de masse. La défiscalisation des heures supplémentaires (loi Tepa) a-t-elle permis aux salariés de retrouver du pouvoir d'achat ? Si elle a amélioré le pouvoir d'achat des salariés, elle a détérioré celui des chômeurs. Or la proportion marginale à consommer est supérieure chez les personnes sans emploi que chez les personnes qui ont un emploi. Ainsi, rien n'indique que ces milliards aient été profitables à l'économie, même s'ils l'ont été aux salariés. On paie actuellement les conséquences de l'entêtement à maintenir une mesure qui n'est plus intéressante, parce que le chômage est élevé.»
Denis Cosnard et Arielle Gonsalvez, propos de Jean-Claude Volot, médiateur des relations interentreprises industrielles et de la sous-traitance, dans « Les Echos » du 24 février 2011 :
Article intitulé : Les acheteurs des grands groupes pillent les PMI
« Leurs dirigeants me racontent la façon dont les grands groupes leur imposent des pratiques tout à fait illégales. Et, dans le même temps, ils me disent : « Surtout, ne donnez pas notre nom, sinon nous sommes morts ! » On se croirait en Sicile ou en Corse. Oui, la situation est très grave. Les acheteurs des grands groupes pillent les PMI. Ils récupèrent à leur profit la plus grande partie de la marge et empêchent ainsi les entreprises intermédiaires de se développer. Chaque jour, il y a des milliers d'actes illégaux. On est de plus en plus dans le non-droit. Sur les 129 signataires de la charte des bonnes pratiques instituée il y a un an, pas un seul n'avait des conditions générales d'achat conformes à la loi ! Regardez le « quick saving », une pratique qui s'est développée avec la crise. Imaginez : vous êtes une PME. Un acheteur d'un grand groupe vient vous voir et vous dit : « Nous vous avons choisi, nous allons vous acheter tant de pièces. » Bonne nouvelle ! Mais il ajoute : « Pour ce contrat de 1 million d'euros, il faut d'abord me faire un chèque de 200.000 euros. » C'est une sorte de chantage, qui permet au donneur d'ordre de récupérer de la trésorerie et d'améliorer sa marge. Le pire, c'est quand l'acheteur précise : « Nous avons besoin de cet argent pour financer l'achat d'une entreprise à l'étranger... » On l'a notamment vu dans l'automobile, entre des équipementiers au contact direct des constructeurs et des sous-traitants. Même des entreprises qui ont profité du Fonds de modernisation des équipementiers automobiles mis en place par le gouvernement font ce genre de choses inacceptables ! Prenez un industriel qui veut lancer un nouveau produit. Il consulte 10 fournisseurs possibles, en leur demandant des efforts d'imagination. Il reçoit 10 réponses, établit une « short list » de 4 sociétés, auxquelles il transmet les réponses des 6 qui ont été éliminées. Et, à la fin, il retient un seul fournisseur, en lui donnant les réponses des trois autres. Neuf sociétés auront ainsi planché sur un projet, parfois en fournissant des échantillons, gratuitement, et se seront fait piller... Avez-vous saisi la justice ? Non, je préfère parler haut et fort, prévenir les entreprises en amont. J'incite les fournisseurs à ne plus avoir peur et à se lancer dans des médiations collectives, comme nous le faisons actuellement avec les fondeurs, car les problèmes touchent souvent des secteurs entiers. J'ai tout de même transmis un dossier aux services de la répression des fraudes et à la Commission de Bruxelles. Les pouvoirs publics m'écoutent. Mais ils sont un peu paralysés par le problème. Non, il y a réponse à tout ou presque dans la législation. Le tout est de la faire appliquer. L'interview audio de Jean-Claude Volot sur lesechos.fr/auto »
Commentaire : Dans cet article, nous retrouvons de nouveau : la peur, le chantage, l’absence d’application de la loi, la mafia … Et pour ceux qui veulent se battre, la volonté d’éviter « la justice » nationale en faveur des instances Européennes. Le malheur, c’est que pour avoir accès à la justice européenne, il faut passer par tous les stades du juridique national. Nous retrouvons dans le domaine de la grande distribution les mêmes ingrédients que dans le commentaire ci-dessus : même cursus, même compagnons d’investissement, même famille, même cercle d’amis etc… La technique nationale est de s’en prendre à la réputation et au portefeuille (technique déjà éprouvée) ce qui oblige soit à baisser la tête, soit à se battre. La Tunisie et l’Egypte ne sont pas loin. Pas de place pour des relations normales. Relations normales que l’on nomme éthiques. Ethique dont se targuent les plus grandes crapules en s’engageant à respecter certaines normes…qu’ils n’appliquent pas.
Cyril Temin, associé d’EuroLand Finance dans « La Tribune » du 23 février 2011 :
Article intitulé : Comment Internet a créé un monde de « déflanet »
« Aux États-Unis, on la nomme « D World ». Et c'est la pire crainte de tous les pays. La déflation (baisse générale des prix) entraîne l'économie dans un cercle vicieux dont il est difficile de sortir. Les causes de la déflation sont connues mais les économistes semblent en avoir oublié une dans leurs analyses : l'Internet, comme machine infernale de destruction de valeur. L'internaute a été également habitué à ne rien payer pour tout avoir, qu'il en devient impossible de lui faire payer un peu pour avoir beaucoup. Il y a cinq ans, un internaute français payait 45 euros par mois pour une connexion bas débit à durée de consommation limitée. Aujourd'hui, il paie au plus 30 euros par mois pour une consommation illimitée, un très haut débit, le téléphone sans limite et une offre TV. Une baisse de plus de 50 % en cinq ans, cela ressemble à de la déflation. On constate un transfert des marchés de l'économie traditionnelle vers l'économie numérique, dans quasiment tous les domaines d'activités. Ce transfert se réalise très vite, avec de nouveaux acteurs et sur des business modèles souvent gratuits et rarement bénéficiaires. Ce système de ventes privées entraîne une baisse sensible des prix des produits et réduit considérablement les marges brutes des fabricants et des créateurs. Cette baisse des prix n'est pas conservée par les distributeurs on line au profit de leur marge mais au contraire, elle est quasi intégralement transférée aux consommateurs. De ce fait, les sites de ventes privées ne dégagent pas une marge brute assez forte pour couvrir leurs coûts d'acquisition « clients », leurs frais marketing, la logistique et les coûts technologiques, d'où leurs difficultés pour atteindre le seuil de rentabilité. Cdiscount, soutenu par Casino, réputé pour être le « casseur de prix », frôle le milliard d'euros de chiffre d'affaires sans pour autant être rentable. Le secteur est dans une course à la part de marché sans être capable encore de devenir structurellement bénéficiaire et ne fait qu'imposer son modèle économique aux conséquences déflationnistes. Internet a également rendu possible un nouveau mode de distribution et de consommation : l'achat-vente entre particuliers, le fameux C to C (consumer to consumer). Les conséquences économiques sont dramatiques pour les industriels puisque ces sites favorisent le recyclage de produits existants au lieu de stimuler la production et dévalorisent de fait les produits neufs. Ces nouveaux modèles économiques créent les conditions idéales pour l'arrivée d'une déflation durable. Cette industrie draine, certes, un trafic d'internautes gigantesque, crée des emplois, permet le développement de technologies mais ne dégage que très rarement des bénéfices. Internet entraîne son écosystème et l'économie dans une spirale de baisse de prix pour plus de compétitivité que l'on pourrait nommer « déflanet » !
Eric le Boucher dans « Enjeux les Echos » de février 2011 :
Article intitulé : Le choix de l’avenir
« La France ne s’est jamais remise de la fin de l’ère dorée des Trente Glorieuses. Le souvenir en est mythifié. Les conditions sociales étaient en réalités dures, les bidonvilles nombreux, les femmes discriminées, l’espérance de vie de onze ans plus courte, la durée du travail hebdomadaire effective plus longue de dix heures. Mais la mémoire est sélective et l’histoire embellie. A partir de 1975 et les crises du pétrole, s’est ouverte l’ère que certains appellent les « Trente Pleureuses » : inflation puis chômage de masse »
Commentaire : Il était bon de faire ce rappel. Et si nous étions heureux ?
Alain Faujas dans « Le Monde » du 16 février 2011 :
Article intitulé : Le système monétaire au centre des travaux du G20
« Personne parmi les experts des vingt pays qui représentent 85 % de la richesse mondiale ne conteste que l'économie mondiale soit déséquilibrée. Mme Lagarde a elle-même souligné quelques symptômes : l'accumulation de réserves colossales, soit 9 247 milliards de dollars (6 851 milliards d'euros) - un chiffre en hausse de 162 % par rapport à 2004 - dont 32 % détenus par la Chine ; la volatilité excessive qui s'est traduite par 27 épisodes d'arrêts brutaux de flux de capitaux entre 2007 et 2008. En revanche, les moyens de rétablir les équilibres macroéconomiques et monétaires sont loin de faire l'unanimité. Tim Geithner, le secrétaire américain au Trésor, avait proposé lors du sommet du G20 de Séoul, en novembre 2010, de mesurer les dangers avec un indicateur du déficit ou de l'excédent de la balance courante qui ne devait pas dépasser 4 % du produit intérieur brut (PIB) des pays. Tollé chez les exportateurs qui accumulent des devises comme la Chine, l'Allemagne et l'Arabie saoudite, cette dernière demandant même si elle devait suspendre ses exportations de pétrole pour contribuer à l'équilibre économique mondial. Même difficulté avec la stabilisation des cours des matières premières. Nul ne se réjouit que le prix du blé ait augmenté de 44 % depuis juin 2010 ou que celui du coton ait bondi de 13 % en une semaine. Mais ne parlez pas aux Brésiliens ou aux Australiens d'une " limitation des abus du marché par une régulation qui s'étende à l'ensemble des marchés " : ils y voient une manoeuvre pour les priver de leurs recettes d'exportations. Quant à la taxe sur les transactions financières qui permettrait de financer les 100 milliards de dollars dont l'Afrique a besoin pour s'équiper en routes et en lignes électriques nécessaires à son décollage, les Etats-Unis, le Japon ou le Canada sont contre. »
Commentaire : Dans cet article, nous retrouvons les cycles SOCIOECOPOFI. Il est navrant de constater que les égoïsmes nationaux prennent encore le dessus sur l’intérêt Humain. Dans cet article, il est mentionné la volatilité excessive. Pour rappel, dans bien des cas, la volatilité des marchés est une volatilité comptable (système comptable inadapté). De l’utilisation de cette volatilité naissent des commissions et honoraires pour l’ensemble des intervenants financiers et comptables...et des krachs réguliers à la charge du contribuable.
Eric Chol et François Lenglet, propos recueillis de Niall Ferguson, professeur d’histoire à l’université de Harvard, dans « La Tribune » du 15 février 2011 :
Article intitulé : La crise a accéléré le transfert de pouvoir de l'Ouest vers l'Est
« Le monde a dû faire face à une grande dépression. Heureusement, des mesures fiscales et monétaires massives ont permis d'en atténuer les effets. Et aujourd'hui, nous avons la gueule de bois. Celle-ci prend la forme d'une crise de dette souveraine, qui s'étend chaque fois qu'un pays est attaqué par les marchés financiers parce qu'il est trop endetté. Est-ce que cet enchaînement va aller au-delà de la zone euro et traverser l'Atlantique ou prendre la direction du Japon ? J'en suis convaincu, parce que les déficits ou l'endettement de ces pays n'ont rien à envier à ceux des Pigs, je veux parler du Portugal, de la Grèce, de l'Irlande ou de l'Espagne. Sur un plan historique, la crise financière est un épiphénomène qui intervient dans le contexte d'un déplacement massif du pouvoir économique de l'Occident vers l'Orient. Il y a un siècle, on a connu un phénomène comparable, lorsque les États-Unis et l'Allemagne ont pris le pas sur la Grande-Bretagne dans le palmarès des puissances industrielles. Dans le premier cas, ce changement s'est fait en douceur, les États-Unis doublant la Grande-Bretagne dans les années 1870, et cette dernière acceptant très bien sa relégation graduelle d'un statut de senior à celui de junior dans le cadre d'un partenariat anglo-américain. En revanche, dans le cas de l'Allemagne, même si ce pays avait des affinités culturelles avec la Grande-Bretagne, le résultat a été un conflit désastreux. Si l'on considère l'importance de la demande chinoise en matières premières, demande qui va aller en s'amplifiant, et l'offre mondiale de ces ressources minières ou naturelles, il est évident qu'une rivalité va s'instaurer entre les puissances occidentales et la Chine. Ce ne serait pas surprenant, dans la mesure où la plupart des grands conflits de l'ère moderne ont eu pour enjeu des matières premières. Aux XVIe et XVIIe siècles, on s'est battu pour l'or et l'argent, au XVIIIe pour le sucre et les épices, au XIXe pour le charbon, au XXe pour le pétrole... Voilà pourquoi je ne serais pas surpris de voir le partenariat sino-américain, qui date de 1972, prendre fin. Nous assistons actuellement à sa désintégration. Parallèlement, vu de Berlin, l'euro est un mal nécessaire parce que, sans lui, les Allemands auraient les mêmes problèmes que la Suisse avec une monnaie trop forte. Le meilleur argument pour la survie de la zone euro est qu'elle sert très efficacement les intérêts de l'industrie allemande. La zone euro est au départ un accord donnant aux pays excessivement endettés comme la Belgique ou l'Italie les taux d'intérêt bas allemands, l'Allemagne bénéficiant en retour d'un taux de change plus faible. Le problème aujourd'hui est que, en l'absence de transferts du centre vers la périphérie et sans intégration du marché du travail, le seul moyen de maintenir la zone euro dans sa forme actuelle passe par la déflation dans les pays périphériques. Mais demander aux Grecs ou aux Irlandais de transformer leur déficit de 10 % du PIB en un excédent de 5 % du PIB, c'est impossible ! »
Philippe Brossard, président de Macrorama, dans « La Tribune » du 11 février 2011 :
Article intitulé : Mondialisation et inflation : le yin et le yang
« La mondialisation touche presque à sa fin. La déflation des produits finis ne permet plus de compenser la hausse des produits de base. Et la hausse des salaires dans les pays émergents va revenir en boomerang dans les pays avancés. En 1990, les pays émergents représentaient 20 % de la valeur ajoutée industrielle mondiale, pour atteindre 45 % en 2010, selon nos estimations. Dans le même temps, le poids des pays émergents dans le PIB mondial est passé de 20 % à 33 %. Les pays émergents se sont surindustrialisés : l'industrie y a crû plus vite que leur PIB, plus vite donc que leurs revenus. Ils ont produit de plus en plus de choses qu'ils ne pouvaient s'acheter. Vue du côté des pays avancés, cette surindustrialisation s'appelle délocalisation : une part de l'industrie a été détournée des pays avancés vers les pays émergents pour livrer néanmoins les pays avancés. Dans une première phase, le yin, (1994-2006), les pays émergents ont eu un rôle modérateur sur l'inflation mondiale, en faisant baisser le coût salarial industriel mondial incorporé aux produits finis. Cette délocalisation engendrant un sous-emploi industriel chronique dans les pays avancés, elle faisait aussi pression sur l'emploi, les salaires et l'inflation domestiques. Pour entretenir la demande finale des pays avancés, il suffisait de laisser filer le crédit au secteur public (Europe, Japon) et privé (États-Unis), sans remords monétaristes, puisque l'inflation était faible. Le yang : la flambée des matières premières. Pour une même quantité de PIB mondial (exprimée en dollars) les pays émergents consomment de trois à six fois plus d'énergie que les pays avancés. On parle ici de faible productivité-matière (production par unité de matières premières), par analogie avec la productivité du travail (production par travailleur). Les pays avancés, en réaction aux crises pétrolières de 1974-1980, ont fait des efforts de productivité-matière considérables. Mais les pays émergents exportateurs sont dans une logique toute différente : l'écart des coûts salariaux avec les pays avancés est si grand qu'il permet d'être très peu regardant sur les autres coûts de production. La délocalisation étant aujourd'hui très avancée (peut-être presque finie, puisqu'elle est quasi totale dans certains secteurs), la déflation des produits finis ne permettra plus de compenser la hausse des produits de base. Les pays avancés souffrent plus que jamais d'un déficit de revenus des consommateurs, mais peinent à mobiliser l'expédient du crédit public-privé comme avant la crise. On découvre ici et là que les inégalités sociales et la faiblesse des revenus des pays émergents (même corrigée des parités de pouvoir d'achat) sont extraordinaires et ne seront pas éternellement supportables (Tunisie, Égypte). Ailleurs, la surchauffe industrielle entraîne de fortes hausses salariales (Chine) et/ou des appréciations formidables de taux de change (Brésil). Tout cela va revenir en boomerang sur les pays avancés sous forme d'une hausse des produits finis. Ce sera le yang. »
Commentaire : Cet article (qui comme tous ceux repris dans cette revue de presse est à lire dans son intégralité) synthétise la « grande marée » économique que nous vivons. Cette « grande marée » qui a été précédée par la « grande marée » sociologique (accession à une certaine liberté de Continents entiers) sera suivie par « deux autres grandes marées ». Une politique (adaptation des structures politiques nationales et internationales aux nouveaux paradigmes) et une financière (le salaire devra redevenir la principale source de revenu). Je pense que la situation décrite offre de nombreuses opportunités. En bref, l’avenir est rose. Encore faut-il accepter de le voir !
Patrick Artus dans « Challenges » du 8 février 2011 :
Article intitulé : Des denrées transformées en actifs financiers
« La flambée des prix des matières premières est due à la ruée d’investisseurs ne sachant que faire de leurs liquidités. A l’origine du phénomène, la politique de la Réserve fédérale américaine. Métaux de base et denrées alimentaires ont battu des records au point de revenir à la bulle de 2008, quand l’économie mondiale tournait à plein régime et que la spéculation allait bon train. Aujourd’hui, dans un contexte bien plus morose, les raisons de la surchauffe sont différentes. Il ne s’agit pas d’un emballement de la demande : la production mondiale ralentit depuis six mois. Il ne s’agit pas non plus de spéculation sur les marchés dérivés de matières premières : les banques ne peuvent plus se permettre ces jeux très risqués qui nécessiteraient un niveau de fonds propres qu’elles n’ont pas. La FED a, entre fin août et fin décembre 2010, mis dans le circuit plus de 200 milliards de dollars de cash pour acquérir des bons du Trésor sur les marchés financiers. Du coup, banques, assureurs, fonds de pension regorgent de liquidités. Où réinvestir cet argent ? Les investisseurs américains rechignent encore à miser sur la Bourse hormis dans certaines actions des pays émergents. Ils sont réticents à revenir vers l’immobilier, toujours sinistré. Ils se réfugient donc dans les ETF (exchange- traded funds), véhicules d’investissement qui consistent à accumuler des stocks physiques de matières premières. Beaucoup de banques achètent pour le compte de leurs clients, des fortunes privées ou des fonds de retraite, immobilisant dans des entrepôts des montagnes de denrées ou de minerais, ce qui crée une pénurie artificielle de l’offre et fait grimper les prix. La nourriture ne devrait pas être un actif financier. »
Commentaire : Des fonds de retraite qui créent une famine ! A quoi bon les dérives de la transparence, des normes etc… si c’est pour aboutir à cela ! Comment se fait-il que cela soit encore autorisé ?
Philippe Frémeaux dans « Alternatives Economiques » du 8 février 2011 :
Article intitulé : Protection rapprochée
« Le libre-échange a eu des conséquences bien différentes pour les cadres dirigeants de nos multinationales et pour les ouvriers soumis à la concurrence des pays à bas salaires. Les premiers ont pu exiger que leurs revenus soient identiques à ceux pratiqués à Manhattan, tandis que les seconds sont priés d’aligner leurs conditions sur ce qui est imposé à Shanghai. De fait, la dissociation entre l’espace de l’économie, mondialisé, et l’espace du politique, confiné au cadre national, affaiblit nos capacités de régulation et, partant, la cohésion sociale et le pacte démocratique. La mondialisation prend alors la forme d’une guerre de tous contre tous, aux conséquences délétères. »
Commentaire : Cet article est très intéressant sur le fonds ainsi que sur l’exposé de certaines idées et croyances. Je pense qu’il est bon de rappeler que nous vivons avant tout la mondialisation de la Paix. C’est parce « Nous n’avons pas mesuré toutes les conséquences de la mise hors la loi de la guerre, depuis 1945 » comme l’écrit Hervé Juvin dans « L’Expansion » de septembre 2008 que le processus de Paix mondial a créé une vague d’accession à la démocratie, et donc une vague de nouveaux venus ayant des besoins de consommation énorme, et une offre de travail pléthorique. Certes pendant quelques années nous avons connu une déstabilisation et allons encore en connaître, mais il ne faut cesser de répéter qu’auparavant nous étions en guerre tous les 30 ou 40 ans et que lorsque nous n’étions pas en guerre nous vivions, trop souvent, en acceptant l’exploitation d’autrui voire pire.
Indéniablement, un certain ordre économique mondial est en train de se créer. Parfois avec lenteur et difficulté, parfois avec excès et précipitation, mais il se crée. Pour cela, nous vivons une époque formidable. A nous de l’expliquer, à nous d’en tirer parti sans nuire à autrui et dans le seul but de participer à l’Equilibre Mondial. N’ayons pas peur !
Dans « Challenges » du 3 février 2011 :
Article intitulé : Les Français ne s’endettent plus
« L’endettement des français est au plus bas depuis quinze ans : moins de la moitié d’entre eux (49,5% exactement) détiennent au moins un crédit. « Dans le contexte de la crise, ouverte en 2008, ce recul tient au moindre usage des crédits à la consommation, alors que les crédits immobiliers n’enregistrent qu’un très léger repli », détaille la fédération bancaire française. Ce sont bien les crédit à la consommation qui sont les premiers touchés par cette propension à moins s’endetter, ils ont même atteint leurs plus bas niveaux depuis 1997 (30%) »
Commentaire : Nous retrouvons les cycles SOCIOECOPOFI.
Dans « H 24 » en date du 27 janvier 2011 :
Article intitulé : Le Comité de stabilité financière ouvre des pistes pour éviter une crise bancaire systémique
« Jacques Attali qui a pu faire son « show ». Impossible de résumer son discours, voici donc quelques perles (sorties du contexte) :
• « la puissance économique la plus forte est celle qui peut s’endetter sans limite, donc les USA »,
• « les USA vont emprunter durablement et nous avons intérêt à leur prêter, car ils acceptent d’être les mercenaires du monde »,
• « Il n’y a plus de demandes donc nous avons inventé une nouvelle demande par la dette »,
• « Nous sommes à l’aube d’une formidable croissance économique mais également à l’aube d’un krach obligataire »,
• « 80% de la richesse mondiale sont accaparées par 1% de la population. Cela ne peut pas durer »,
• « les USA sont la seule démocratie qui n’ait pas connu la dictature »,
• « Il y a dégradation du rêve américain, mais les Américains vont rester les maîtres du monde car la Chine n’en a pas envie »,
• « C’est la démocratie qui va pousser la convertibilité du Yuan et non pas l’inverse. Mais je confirme, tous les chiffres donnés par les Chinois sont faux »,
• « Les banques reconstituent leurs fonds propres à grande vitesse mais au détriment des états »,
• « Que la crise arrive le plus vite possible pour la régler le plus vite possible »,
• « L’inflation, ce n’est pas pour tout de suite, mais elle ne peut pas ne pas venir »,
• « Pour l’Euro, je suis optimiste car nous sommes condamnés à régler le problème »,
• Et enfin : « Si j’avais 25 ans aujourd’hui, je serais peut-être révolutionnaire »
Commentaire : Oui, nous sommes à l’aube d’une formidable croissance économique. Et pour ma part, je pense à une très forte valorisation (trop forte) des marchés boursiers sur le cycle 2012/2016 (sauf changement de système de cotation). Effectivement, l’économie qui, hier (avant 1984), était basée sur l’endettement étatique est aujourd’hui basée sur l’endettement des citoyens. Diminuons le prix des charges fixes génératrices d’endettement excessif (immobilier…) et nous dégagerons un nouveau pouvoir d’achat pour la majorité. Pouvoir d’achat qui alimentera le circuit économique et redonnera l’impulsion nécessaire à la reprise d’une dynamique économique saine.
Jean-Marc Vittori dans « Les Echos » en date du 28 janvier 2011 :
Article intitulé : La contradiction de Davos
« Il y a un vrai consensus à Davos : ça ne peut plus continuer comme avant. Cap sur le long terme ! Il fallait de nouvelles règles pour la finance après le formidable gâchis de 2008. Il faut améliorer la sécurité alimentaire, il serait criminel de ne pas avancer dans les négociations sur le climat et la raréfaction des ressources naturelles est notre prochain défi majeur. Pour financer les 120 milliards de dollars que les pays avancés se sont engagés à verser aux pays pauvres chaque année à partir de 2020 pour les aider à financer une économie plus verte, le président français a évoqué une taxation infinitésimale des transactions financières. Le message était inaudible pour la communauté réunie à Davos. »
Philippe Mabille, rédacteur en chef, dans « La Tribune » en date du 28 janvier 2011 :
Article intitulé : Super-cycle ou bien Longue Dépression
« Vu de Davos, 2011 semble bien partie pour être une année de forte croissance pour le monde et cela change tout. Dans « The Super-Cycle Report », publié fin 2010, la banque britannique Standard Chartered estime ainsi que le monde se trouve au coeur d'un nouveau super-cycle économique. Un « super- cycle » se traduit par une croissance mondiale élevée pendant au moins une génération, voire davantage, une forte poussée du commerce international, dans un contexte d'urbanisation galopante et d'investissement tiré par les innovations technologiques. Le monde a déjà connu deux super-cycles, rappelle le Dr Gerard Lyons, chef économiste de la Standard Chartered. Le premier, de 1870 à 1913, a accompagné l'émergence de la puissance américaine et la naissance de l'automobile. Le second, de 1945 aux années 1970, a été qualifié de « trente glorieuses ». Il a fait naître une gigantesque classe moyenne en Occident et permis l'émergence des pays exportateurs d'Asie. Le PIB mondial (62.000 milliards de dollars) a doublé de taille en dix ans et est déjà remonté à son niveau d'avant-crise de 2008. Mais l'Occident n'est pas tiré d'affaire pour autant puisque ce super-cycle n'est pas incompatible avec une « Longue Dépression » comparable à celle qui frappa l'Europe et les États-Unis entre 1873 et 1896. C'est désormais l'Amérique et l'Europe qui inquiètent l'Asie. »
Commentaire : Dans cet article, il est mentionné la période 1870/1913. Cette période se situe entre deux guerres. Comme toujours après une guerre se cumule trois spécificités : progrès voire révolution technologique, reprise de la démographie et inflation non maîtrisée en fin de cycle (ce qui mène à la guerre suivante). Ensuite, nous retrouvons la période 45/70. Cette période est particulière car elle n’est pas entre deux guerres. Quoique ! De nouveau, après 45, nous avons connu une révolution technologique, une reprise de la démographie et une inflation non maîtrisée. Et les années 70, pas de guerre ? Les années 70 ont vu l’émergence de cycles « révolutionnaires » un peu partout dans le monde. Cycle révolutionnaire éteint par un déversement (à l’échelle de cette époque) de capitaux.
Pour rappel :
- 1963 Assassinat de Kennedy
- 1964 1973 Etats-Unis sont en guerre contre une partie du Vietnam
- 1965 Crise européenne du fait de position de De Gaulle = crise de la chaise vide
- 1968 Club de Rome, Révolte étudiante
- 1971 Droit de vote aux noirs
- 1968 Assassinat de Martin Luther King
- 1970 Chômage persiste
- 15 août 1971 Fin de lien entre dollar et or
- 1971 à 73 Crise du système financier international
- 1972 Club de Rome = rapport Meadows « Halte à la Croissance »
- 1973 Fin de l’étalon or, crise pétrolière
- 73 Crise du pétrole ; fin de la décolonisation
- 1973 – 1979 Choc pétrolier = ralentissement de la croissance, inflation
- 1974 Club de Rome = « Sortir de l’ère du gaspillage »
- 1975 Première guerre du Liban
- 1975 Mort de Mao = ouverture au capitalisme retour de la Chine et de l’Inde dans le commerce mondial.
- 75 Défaite US au Vietnam
Début de l’ère de transformation du rôle de l’Etat
« Début » de la mondialisation
Principe fondateur : l’individualisme (suite aux crises, à la défaite du Vietnam …..)
Affirmation de trois pouvoirs
1) Le marché : il doit être le plus grand possible
2) Le capital : paramètre de définition de la valeur, tout ce qui contribue à créer de la valeur en capital financier a de la valeur
3) Ressource humaine doit être rentable individuellement ; une ressource humaine qui n’est plus rentable n’a plus droit au travail ; une ville qui n’est pas attrayante pour le capital est abandonnée ; un pays idem
Répercussion : trois dynamiques majeures
1) Libéralisation de tous les marchés
2) Déréglementation des économies (pouvoir de régulation transféré au privé en matière bancaire, industrielle et commerciale)
3) Privatisation (transport, énergie, santé, éducation ..)
A partir des années 70, nous sommes passés de l’Etat respecté et parfois « idolâtré » à une vision de l’état politicien, affairiste voire collabo comme l’indique Hubert Védrine qui écrit dans la revue Etudes « La mémoire binaire sur la guerre a imposé, jusque dans les années 70 « Tous résistants » ; depuis cette date « Tous collabos ». C’est bien cette situation qui a accéléré la régionalisation mondiale et la mondialisation. Pour aller plus loin dans la compréhension de notre histoire et surtout pour connaître la suite, je vous invite aux conférences SOCIOECOPOFI.
Philippe Varin, président de PSA Peugeot Citroën dans « Les Echos » en date du 28 janvier 2011 :
Article intitulé : Un nouveau pacte social pour sauver notre industrie
« La bonne santé de l’économie allemande s’impose à tous les observateurs : le déficit budgétaire est le plus faible des grands pays européens, la balance commerciale est largement excédentaire, la production manufacturière est en hausse et le taux de chômage n’a jamais été si bas depuis 1992. Et son industrie automobile fait preuve d’une robuste santé. Les constructeurs allemands, qui sont nos premiers concurrents, produisent en Allemagne près de la moitié des véhicules qu’ils vendent dans le monde, contre un tiers pour les constructeurs français. La France doit avoir le courage de remettre à plat, sans préjugés, le mode de financement de son modèle social. Le salaire net d’un Allemand reste supérieur de 20 % à celui d’un Français. En revanche, pour l’employeur, le coût global est identique des deux côtés alors qu’il était de 12 % inférieur pour le Français en 2000. Parce que le poids des cotisations sociales s’est accru en France, représentant aujourd’hui 83 % du salaire net, contre 47 % en Allemagne. Pourtant, il n’y a pas de fatalité et les constructeurs automobiles allemands nous démontrent en effet qu’on peut à la fois être leader dans la compétition internationale et maintenir l’emploi et l’investissement sur son marché d’origine. Que faire alors ? Il n’est simplement plus tenable de faire peser l’essentiel du financement de la solidarité nationale sur les seuls salariés. Cette réflexion exige une remise à plat de notre système de prélèvements. Elle est difficile car elle risque d’affecter, dans un premier temps, la consommation des ménages. Mais elle est absolument nécessaire car laisser dériver la compétitivité du site industriel France n’est certainement pas une option. »
Julien Beauvieux dans « La Tribune » en date du 26 janvier 2011 :
Article intitulé : Le marché s'arrache la dette du Fonds de stabilité européen
« La première émission de 5 milliards d'euros destinée à financer l'aide à l'Irlande a attiré ce mardi 44,5 milliards d'euros d'ordres. Le Japon a à lui seul acheté 20 % de l'émission. Lancé ce mardi pour financer le plan d'aide financière à l'Irlande, le premier emprunt du Fonds européen de stabilité financière (FESF) créé en mai dernier a rencontré une demande exceptionnellement forte des investisseurs. « Je suis très satisfait du résultat de cette émission inaugurale. L'immense intérêt des investisseurs confirme leur confiance dans la stratégie adoptée pour restaurer la stabilité financière de la zone euro », s'est félicité Klaus Regling, le directeur général du FESF. Outre ce plébiscite symbolique en faveur de l'Europe et de la zone euro, cette forte demande a permis de placer ces obligations de maturité 5 ans dans les meilleures conditions. Soit un rendement de 2,89 %, contre respectivement 2,30 % et 2,59 % pour les taux des obligations d'État à 5 ans allemandes et françaises. Notés « AAA » par les trois grandes agences de notation, les titres émis par le FESF ont attiré une très forte demande de la part des banques centrales et des organismes internationaux, qui ont acquis à eux seuls 43 % du placement. Attirés par un couple rendement/risque intéressant, les gestionnaires de fonds ont pour leur part acquis 31 %, suivis par les banques (13 %) et les assureurs (6 %). En termes géographiques, 38 % des titres ont été placés auprès des seuls investisseurs asiatiques. Le Japon a, à lui seul, acheté 20 % des titres émis par le FESF, conformément aux propos tenus le 11 janvier par son ministre des Finances, Yoshihiko Noda. »
Commentaire : Couple rendement/risque intéressant ! Soit 2,89% alors que l’inflation est supérieure et que l’on demande aux actions un ROE (return on equity) bien plus élevé. Pourquoi ne pas dire la vérité ? Il y a eu entente pour « fourguer » ce « papier ». Au lieu de mettre cet argent dans l’investissement dynamique des économies, la « bonne vieille » solution de l’emprunt a été choisie. Cette solution qui consiste à affecter des flux doit être abandonnée car elle ne recèle aucune dynamique. Bien au contraire, elle euthanasie tout pouvoir créateur de richesse.
Ci-dessous en article écrit en décembre 2010 dont les idées peuvent être appliquées simplement à l’Europe.
RAISONNER EN FLUX COMPTABLES
OU
EN DYNAMIQUE FINANCIERE ?
Préambule
Trop souvent, par esprit de simplification ou par manque d’imagination, nous nous contentons de raisonner en termes de flux. Ce raisonnement certes honorable, n’est pourtant pas exempt de reproche. Raisonner en flux peut se comprendre en comptabilité mais ne peut être accepté qu’en de très rares cas en finance. Le flux n’est que la résultante d’une dynamique. Sans cela, il n’est que le support d’une inconsistance mentale pour ne pas dire intellectuelle. Seul, il ne peut en aucun cas être analysé en termes d’outil de résolution de problèmes et encore moins d’outils de prospective. Or, il est flagrant de constater qu’il est devenu un des seuls, si ce n’est le seul critère de décision face aux problèmes actuels. S’il est vrai que raisonner en dynamique, veut dire réfléchir en termes de vision du futur et de développement, croire que raisonner en termes de flux exonère de cette recherche est une erreur. Le flux n’anticipant pas le futur, son inconsistance se rappellera à nous régulièrement lors de bulles et de krachs. Croire que l’on pourra éternellement s’exonérer de responsabilité par la mise en place de normes obsolètes et désuètes n’exonèrera pas éternellement notre responsabilité face au fait que nous n’ayons aucune vision dynamique sur laquelle repose notre réflexion sur le futur.
Aucune démocratie ne peut tenir sans la confiance de son ou ses peuples.
FRANÇAIS, INVESTISSEZ …
Dans « La Tribune » du 27 décembre 2010, Monsieur Jean-Michel Quatrepoint pose la question suivante :
« Comment financer la dette publique française, aujourd’hui détenue à 70% par l’étranger, tout en rassurant l’épargnant, inquiet de la perte de valeur de son patrimoine ? »
A cette question, il répond « Tout simplement, en faisant financer la première par les seconds » et de « proposer des bons du Trésor » comme solution.
A juste titre, il rappelle que « Le patrimoine financier (hors immobilier) des ménages ajouté à celui de l’Etat (toujours hors immobilier) se chiffre pour la maison France (hors entreprises) à 4 650 milliards. Contre une dette des ménages est de 1 300 milliards, dont les trois quarts de crédits immobiliers et de l’Etat de 1 600 milliards. Nous avons donc un solde largement positif. »
Cette solution qui consiste à transférer un flux d’épargne vers l’Etat via les bons du Trésor est naturellement opérationnelle.
Cependant, je pense que le contexte actuel impose une dynamique de régénérescence.
Le point fort de la réalisation possible de ce vœu est que les banquiers et les financiers nous montrent la technicité à mettre en place pour retrouver « rapidement » une situation financière des plus enviables tants pour les Etats que pour les citoyens.
Que font les banquiers et les financiers ?
Ils utilisent la faille principale du système de cotation des actions pour organiser un marché parallèle et gérer des paris sur ce marché. Paris, qu’ils organisent entres-eux.
Qu’elle est la faille principale du système de cotation ?
C’est le fait que peu de titres échangés sur une action suffisent à faire croire en sa hausse ou sa baisse. Variation qui peut toucher plusieurs centaines de millions de titres voir plus d’un milliard de titres de l’action sur laquelle se fait la transaction.
Ex : Il est annoncé que Total prend + 1,33% lors de la séance du 4 janvier 2011
En fait, seul 0, 35% du capital a été échangé soit 8 291 464 actions sur un total de 2 348 422 885.
Si nous tenons compte de l’effet volume (volume du jour/flottant), la hausse annoncée de 1,33% et officialisée juridiquement est ramenée à 0,079% !
En clair, l’objectif de certaines « financiers » est de créer une dynamique de variation de cours (volatilité) avec le moins de fonds possible et parier, avec effet de levier, via le marché parallèle sur les variations boursières qu’ils ont créées.
Pour rappel :
- Marc Fiorentino, stratège d’Allofinance.com, dans « La Tribune » du 1er mars 2010 en page 12 :
Article intitulé : Petit cour de manipulation des marchés.
«….Dès lors, il suffit pour les fonds qui veulent faire chuter l’euro d’acheter massivement les CDS grecs. On peut les faire grimper avec très peu de volumes et très peu de moyens car c’est un marché minuscule…mais très visible. Dès que les CDS grecs montent, les analystes et les médias sèment la panique avec des titres accrocheurs : « Les CDS grecs flambent, la Grèce bientôt en faillite ». Dès lors, les petits investisseurs et les moutons tombent dans le piège qui leur est tendu. Ils vendent massivement de l’euro de crainte que la Grèce fasse faillite et entraîne le reste de l’Europe. On rajoute à cela un peu de vinaigre sur la plaie en sponsorisant deux ou trois prévisionnistes qui publient une étude sur « la disparition certaine de l’euro » et le tour est joué. L’euro baisse. Et c’est le jackpot pour nos fonds conspirateurs. »
- Le 19 novembre 2010, Samarth Agrawal, ex-trader à la Société générale était jugé pour avoir volé un procédé permettant de gagner des centaines de millions en Bourse. Trading qui aurait généré 20 milliards de dollars de revenus en 2009 sur les marchés américains. « Les grandes banques françaises pratiquent cette activité, comme tous les établissements de leur taille. » Que les banques françaises ne soient pas fières de cette activité, légale, « exercée par des gens qui sont passés directement de la Game Boy à l'ordinateur », selon l'eurodéputé Jean-Paul Gauzès, peut se comprendre.
Pourquoi ne pas mettre ces pratiques qui fonctionnent au profit du renouveau financier des Etats…avant de les interdire comme le suggérait Jean-Pierre Jouyet, président de l’AMF, le 9 décembre 2010 ?
Comment transformer la faille principale du marché en dynamique de régénération étatique ?
La réponse est simple mais non simpliste.
Utiliser le système de cotation actuel des marchés financiers pour créer une dynamique haussière et retrouver une dynamique de confiance.
Confiance revenue = dynamique de consommation ;
Dynamique de consommation = flux financiers ;
Flux financiers = reprise de la production ;
Reprise de la production = emplois et impôts
Et nous arriverons à réaliser l’objectif de Bernanke, à savoir obtenir : « une revalorisation des titres boursiers qui augmentera la richesse et aidera à renforcer la confiance, laquelle pourra aiguillonner les dépenses de consommation. Cela amènera, à un accroissement des revenus et des profits qui, en conséquence, soutiendra l’expansion » .
Pour cela, il faut :
- orienter, via un fonds commun de placement étatique, l’épargne des citoyens vers le marché boursier
- que l’Etat accepte de travailler main dans la main avec les banquiers et les financiers afin de travailler dans le même sens, à savoir : gérer l’épargne afin de créer une dynamique haussière régulière. En fait, le FCP étatique se portera acquéreur ou vendeur de titres en fonction de la situation. Son objectif sera de maintenir une dynamique haussière (mais non de surchauffe) des indices boursiers.
- Donner une garantie sur le capital et un taux d’intérêt minimum au terme de cinq ans
- Que l’Etat, toujours via les banquiers et les financiers, travaillent en sa faveur (ce qui est de l’intérêt des citoyens) la dynamique de hausse des marchés sur les marchés dérivés en y incluant des effets de levier.
Cette configuration verra sa fin lorsque les Etats auront retrouvé une situation répondant aux objectifs de « bonne santé » financière.
A.DR dans « Les Echos » en date du 26 janvier 2011 :
Article intitulé : L’endettement des Français au plus bas depuis quinze ans
« Cure d’austérité. Les Français apurent leurs comptes, coupent dans les extras et rationnent leur recours au crédit à sa plus portion la plus vitale depuis dix ans. En 2010, le taux de détention de crédit des particuliers est retombé à 49,5 %, soit son seuil le plus bas depuis 1995 (49,1 %). Ce recul enclenché il y a deux ans tient pour l’essentiel à celui de l’usage des cartes en magasin de 9,6 % en 2008 à 6,8 % aujourd’hui et auprès de vendeurs (de 7,2 % en 2008 à 6,8 %). Les ménages se sont aussi moins endettés auprès de leur banque, mais dans une moindre proportion (19,7 % en 2010 contre 21,5 % en 2008). Ils ont aussi rapidement réduit leur recours à des crédits multiples (11,1 %, contre 12,5 % en 2008). Les ménages sont toujours inquiets face aux perspectives économiques et cela va se ressentir sur le crédit dans les prochains mois », commentait hier Michel Mouillart, en charge de l’Observatoire. Mais surtout, « et c’est la grande surprise, note Michel Mouillart, l’intention d’utiliser les crédits immobiliers dans les premiers mois de 2010 décroche ». « Un point de rupture ». Mais, dans les prochains six mois, seuls 4,8 % des ménages envisagent de souscrire un crédit immobilier, autant qu’en 2008, soit l’anticipation la plus basse depuis 2001. « Les annonces sur la remontée des taux ou sur le niveau anormalement élevé des prix obscurcissent l’horizon prévisionnel des candidats à un achat immobilier et une part non négligeable des ménages a réalisé son projet par anticipation », note l’Observatoire, à l’instar des acheteurs revendeurs avant la disparition du crédit d’impôt et des investisseurs avec la réduction des avantages du Scellier. »
Commentaire : Indépendamment de retrouver les cycles SOCIOECOPOFI, cet article est riche d’enseignements. Pour rappel, avant 1984, le système inflationniste avait pour effet de maintenir une capacité de consommation pour quasiment l’ensemble des citoyens. Un ouvrier, avec son seul salaire, faisait vivre sa famille. Ce système était possible parce que c’était l’Etat qui s’endettait pour alimenter le système économique. Depuis 1984, l’Etat ne peut et ne veut plus jouer ce rôle. Il en ressort que les citoyens compensent la faiblesse de leur salaire (quand ils en ont un) par le crédit. Hier, l’Etat était l’emprunteur ; aujourd’hui, ce sont les citoyens. Cette situation du citoyen emprunteur jumelée à l’effet moutonnier fait que, parfois, ce sont les citoyens eux-mêmes qui détruisent une partie de leur pouvoir d’achat en se faisant avoir pas certains critères de vie ou certaines lois fiscales (lois des lobbies). Pour exemple, dans cet article, il est écrit « et c’est la grande surprise, note Michel Mouillart, l’intention d’utiliser les crédits immobiliers dans les premiers mois de 2010 décroche » « Les annonces sur la remontée des taux ou sur le niveau anormalement élevé des prix obscurcissent l’horizon prévisionnel des candidats à un achat immobilier et une part non négligeable des ménages a réalisé son projet par anticipation ». En clair, certains citoyens en réagissant tous en même temps, et en quelques semaines, ont fait monter les prix de l’immobilier (au-delà de l’avantage fiscal) et se sont endettés de façon plus importante qu’ils n’auraient dû. Cet endettement supplémentaire va, de facto, créer une perte de consommation sur plusieurs années qui participera au maintien du chômage. Le changement d’économie de 1984 fait que nous sommes passés d’une économie inflationniste sur les biens et services (à tel point qu’on est passé de l’ancien franc au nouveau) à une économie inflationniste sur les actifs (bourse, immobilier, entreprise..). Inflation sur les actifs qui créé mécaniquement une déflation des salaires (paupérisation) ou/et une concentration du travail à réaliser sur le plus petit nombre possible. C’est bien cette concentration du travail et cette déflation des salaires qui engendrent la consommation à crédit. A tel point que le crédit pour financer ses besoins alimentaires de base est devenu une normalité. Le dilemme économique d’aujourd’hui est « simple », limiter l’inflation du prix des actifs afin de diminuer la paupérisation salariale. Une fois cet objectif atteint, le pouvoir d’achat retrouvé pour l’ens