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EUROPE


Dans « Boursorama » du 5 février 2012

Article intitulé : Dette grecque : J. Ackermann, patron du lobby bancaire, se rend en Grèce
 « Le président de l'Institut de la finance internationale (IIF) Josef Ackermann, lobby qui représente les banques dans les difficiles négociations sur l'effacement d'une partie de la dette de la Grèce, a annoncé samedi qu'il se rendait sur place dans la soirée. "Le secteur privé est extrêmement généreux en offrant maintenant une perte de plus de 70% (et) je peux seulement appeler les autres parties (les investisseurs institutionnels, ndlr) à faire de même", a déclaré Joseph Ackermann, également patron de Deutsche Bank, lors de la Conférence sur la sécurité de Munich. Une partie des obligations grecques qui ne sont pas détenues par les banques se trouvent dans les coffres de la Banque centrale européenne (BCE), pressée de participer à son effacement partiel, ce qu'elle refuse. "Nous sommes dans une situation où soit l'on construit, soit l'on détruit, et la Grèce joue un rôle très important", a dit M. Ackermann, précisant qu'il s'envolait "dès ce soir" pour ce pays. "Si nous trouvons une solution dans les quelques jours qui viennent, je crois que nous serons sur la bonne voie", a-t-il ajouté. Lors de la même conférence à Munich, le chef de gouvernement italien Mario Monti a jugé que l'Europe n'était plus "en pleine crise", mais "sur la voie d'une solution". "Rétrospectivement, ce que nous avons vu ces dernières années, c'est que le couronnement de l'intégration européenne, l'euro, a en réalité à cause de la crise de l'euro, ramené dans le paysage européen des idées fausses et des préjugés". »                                                                            

Robart Jules dans « Les Echos » du 25 janvier 2012

Article intitulé : Le compte à rebours reprend pour éviter un défaut de la Grèce
« Depuis plusieurs jours, Athènes annonce un accord imminent avec les détenteurs privés d'obligations grecques mais les négociations se poursuivent. De son côté, l'Institut de la finance internationale (IIF), qui représente les intérêts des créanciers privés dans la discussion, a réaffirmé mardi par la voix de son directeur, Charles Dallara, qu'il refusait d'aller au-delà de 50 % de décote sur une base « volontaire », selon l'accord conclu fin octobre. Autrement dit, au-delà de ce niveau, cela serait considéré comme un défaut. En retour, le FMI et l'Europe refusent à consentir un coupon supérieur à 4 % pour les nouvelles obligations. Cet accord est d'autant plus impérieux qu'il est une des conditions au deuxième plan d'aide du FMI et de l'Europe de 130 milliards d'euros dont la république hellénique a impérativement besoin. Le 20 mars, Athènes doit honorer un remboursement de 14,4 milliards d'euros de créances. En outre, lundi, le ministre de l'Économie grec, Evangélos Vénizelos, s'est fait rappeler à l'ordre par ses homologues de la zone euro sur le rythme d'application des mesures contenues dans le premier plan d'aide. Le chef de file de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a exigé du gouvernement grec qu'il établisse aussi « les principaux paramètres d'un nouveau programme d'ajustement ambitieux » avec les bailleurs de fonds (UE et FMI), dont le premier programme de soutien en mai 2010, combinant prêts de 110 milliards d'euros et cure de rigueur, a échoué à sortir le pays d'affaire. Preuve de ses doutes sur la Grèce, l'Eurogroupe a d'ailleurs demandé lundi une réactualisation d'une étude sur la viabilité de la dette grecque conclue fin 2011 par la troïka. »

                                                                             
Jack Dion, à propos du livre d’Isabelle Pivert «  La création de valeur pour l’actionnaire ou la destruction de l’idée démocratique », dans « Marianne » du 11 novembre 2011

Article intitulé : Un concept financier qui tient du hold-up
« La création de valeur pour l’actionnaire est une notion inventée par les banques d’affaires anglo-saxonnes, dans les années 80, afin de franchir un nouveau palier dans la course effrénée à la rentabilité financière. Ainsi aboutira-t-on à ces retours sur investissement financiers atteignant des taux déments de 15%, générateurs de prélèvements massifs sur la « valeur ajoutée » (la vraie, celle qui correspond à la richesse produite). D’où la crise. Plus rien n’échappe à la logique de ce que l’auteur appelle l’ « emprise totalitaire d’un concept financier ». Désormais, l’entreprise est conçue uniquement comme un instrument destiné à produire du cash au profit de l’élite des affaires. »

Lefteris Papadimas dans « La Tribune » du 23 janvier 2012

Article intitulé : Les créanciers privés prêts à perdre 70% sur la dette grecque

« Le représentant des créanciers privés de la Grèce a déclaré dimanche que ces derniers avaient atteint les limites des pertes qu'ils étaient prêts à concéder dans le cadre d'un échange de dette "volontaire", ajoutant que la balle était désormais dans le camp des bailleurs de fonds internationaux d'Athènes. Des sources proches des pourparlers ont rapporté ce week-end qu'Athènes et ses créanciers obligataires se rapprochaient d'un accord mais que de nombreux détails devaient encore être réglés. Selon elles, les discussions s'orientent vers une perte de 65 à 70% pour les investisseurs privés. »

Commentaire : A priori, ce qui a mis à feu et à sang hier n’est plus à la mode. Le problème grec a servi aux politiciens de prétexte pour exprimer leur égo. Quel gâchis !

Stéphane Le Page dans « Les Echos » du 16 janvier 2012

Article intitulé : Les PME ont créé 85% de l'emploi dans l'UE entre 2002 et 2010 :
« L'emploi dans l'Union européenne est tiré par les petites et moyennes entreprises, qui y ont assuré 85% de la création nette d'emplois entre 2002 et 2010, mais qui sont plus vulnérables à la crise que les grandes, selon des chiffres publiés lundi par la Commission européenne. La Commission souligne que la part des PME dans la création d'emplois est nettement supérieure à leur part dans l'emploi total, qui est de 67%. Au sein des PME, ce sont les entreprises de moins de 10 personnes qui créent le plus d'emplois nets. Ce sont aussi les entreprises les plus jeunes (moins de cinq ans) qui sont les plus dynamiques en matière de création d'emplois, en particulier dans le secteur des services aux entreprises. »


Laurence Boone, Raoul Salomon dans « Le Monde » du 10 janvier 2012

Article intitulé : L'Europe doit soutenir sa Banque centrale
« En ce moment, le monde a besoin de plus d'historiens et de moins d'économistes. Difficile de ne pas faire de comparaison avec la grande crise de 1929 : une grave crise financière qui se propage au monde réel, une absence de coordination globale, un manque de leadership politique... Au début des années 1930, alors que les déficits se creusaient et que la récession s'aggravait après la crise financière, les pays n'arrivaient pas à se coordonner : la rigueur budgétaire s'imposait et les pays s'accrochaient à maintenir leur parité or, avec les conséquences que nous connaissons. L'histoire se répète : l'activité se grippe dans la zone euro sous l'effet d'ajustements budgétaires drastiques et non coordonnés sans que la politique monétaire unique déploie toutes ses armes. Pourtant, si les pays de la zone euro soutenaient la Banque centrale européenne (BCE), elle pourrait mettre en place une politique monétaire plus accommodante, à l'image de ses consoeurs britannique et américaine. Si un Trésor unique, responsable d'une politique budgétaire coordonnée et optimale à travers la zone émergeait, la BCE aurait moins de difficultés à procéder à son tour à une politique qui soutiendrait les économies et leurs efforts d'ajustement. En se souvenant d'un certain nombre d'erreurs du passé, les banques centrales anglo-saxonnes ont mis en oeuvre des politiques non conventionnelles. Partant du principe que la dette souveraine est la référence à la plupart des taux d'intérêt affectant l'économie réelle, ces banques ont décidé de stabiliser les taux à des niveaux très bas en rachetant de la dette souveraine. Au Royaume-Uni, une stratégie d'ajustement budgétaire assumée a été mise en place en parallèle. En Europe, la situation est confuse. Alors que la BCE ne cesse d'assurer qu'elle ne rachètera pas la dette des Etats en difficulté, son bilan ne cesse de s'alourdir avec la provision de liquidités fournies aux banques, sans limites et à taux dérisoires. Il y a une différence majeure entre ce programme européen et celui de ses consoeurs anglo-saxonnes : la BCE prête énormément de liquidités, mais rachète peu. Cela a deux conséquences importantes : d'une part, le bilan des banques n'est pas nettoyé - contrairement à celui des banques américaines, que la Fed a délestées d'un grand montant de dettes toxiques ; d'autre part, les banques devront rembourser ces liquidités à échéances variant entre six mois et trois ans. Les conséquences (négatives) sur l'activité réelle sont non négligeables. Certes, on aide les banques à se refinancer. Mais en ne les aidant pas à assainir leurs bilans, les banques ne vont pas se remettre à prêter aux consommateurs et aux entreprises, ou timidement. D'autant que les banques doivent augmenter leur ratio de capital d'ici à fin juin. L'activité économique va en pâtir. En outre, on maintient la chimère dangereuse que l'argent prêté par la BCE aux banques pourrait leur permettre de continuer à financer les dettes souveraines. Mais si l'argent de la BCE s'investit dans la dette souveraine, elle ne va pas dans l'économie réelle, ce qui prive un peu plus cette dernière de financement. On est donc en train d'adopter une stratégie qui va à l'inverse de ce qu'il faudrait faire : il faudrait mettre en place une politique budgétaire européenne, qui répartirait l'effort d'ajustement entre les différents pays de la zone euro, afin que les pays qui ajustent bénéficient du soutien de la demande des pays qui n'ont pas besoin d'ajuster (Allemagne) autant ou au même rythme (France). »


Paul Jorion, économiste et anthropologue, dans « Le Monde » du 10 janvier 2012

Article intitulé : La règle d'or, cette blague de potache
« Certaines notions élémentaires du calcul économique semblent curieusement étrangères aux dirigeants des nations qui constituent la zone euro. Cela les conduit à éroder les principes démocratiques et à précipiter la fin de la monnaie commune. L'instrument pousse-au-crime est le pacte de stabilité et de croissance européen, qui exprime déficit annuel et dette souveraine en termes de points du produit intérieur brut (PIB) et leur fixe des seuils : 3 % maximum pour le déficit, 60 % pour la dette cumulée. Or le principe du pacte, et de la " règle d'or " que l'on en tire, recèle une erreur grossière. Qu'est-ce qu'un budget équilibré ? Un budget où les dépenses n'excèdent pas les recettes. Pourquoi ne pas exprimer alors la santé d'un budget national en ces termes-là ? 102 % de dépenses par rapport aux recettes : le pays connaît un déficit de 2 % ; 97 %, et il s'agit au contraire d'un excédent de 3 %. Pourquoi a-t-on inventé l'artifice absurde de comparer les dépenses d'une nation à son PIB plutôt qu'avec ses recettes ? Ecoutons ce que dit de son origine Guy Abeille, haut fonctionnaire chargé de mission à la direction du budget du ministère des finances, et concepteur de l'indice (Guy Abeille, " Pourquoi le déficit à 3 % du PIB est une invention 100 % française ", La Tribune, 1er octobre 2010) : " La bouée tous usages pour sauvetage du macro-économiste en mal de référence, c'est le PIB : tout commence et tout s'achève avec le PIB, tout ce qui est un peu gros semble pouvoir lui être raisonnablement rapporté. Donc, ce sera le ratio déficit sur PIB. Simple, élémentaire même, confirmerait un détective fameux. Avec du déficit sur PIB, on croit tout de suite voir quelque chose de clair. " Et M. Abeille d'ajouter, à propos du seuil de 3 % qu'il proposa pour le déficit annuel en points de PIB : " C'est bien, 3 %. (...) 1 % serait maigre, et de toute façon insoutenable. (...) 2 % du PIB aurait quelque chose de plat, et presque de fabriqué. Tandis que 3 est un chiffre solide ; il a derrière lui d'illustres précédents (dont certains qu'on vénère). " La formule de la règle d'or implique qu'aussitôt que le coupon moyen de la dette souveraine d'une nation dépasse le taux de croissance de son économie, le rapport dette/PIB se dégrade inéluctablement. Or les politiques d'austérité mal avisées des dirigeants européens ont un impact négatif sur la croissance, augmentant le risque de dégradation de la notation de la dette souveraine de leur pays, et provoquant l'effet de ciseaux redouté, puisque d'un côté le taux de croissance baisse, tandis que, de leur côté, les taux exigés par le marché des capitaux pour la dette émise montent.La règle d'or censée garantir aux Etats un budget équilibré, que l'Allemagne a eu la naïveté d'inscrire dans sa Constitution et tente d'imposer aujourd'hui à ses partenaires européens, n'est - on l'a vu - rien d'autre qu'une blague de potache. C'est en son nom pourtant que l'on malmène aujourd'hui la démocratie en Europe et qu'on assassine sa monnaie commune. »


Romain Renier dans « La Tribune » du 9 janvier 2012 


Article intitulé : Pourquoi la BCE ne prête pas aux États aux mêmes taux qu'aux banques...
« Du point de vue des traités, « il n'existe aucune barrière juridique à un prêt de la BCE à un établissement public de crédit », explique un fonctionnaire de la BCE. Libre à ces établissements de fixer leurs propres taux et de prêter aux États. Seule condition, ne pas pratiquer des taux moins élevés que ceux auxquels ils ont emprunté. Mais l'idée est rejetée d'emblée. « Il faut respecter l'esprit des traités », explique-t-on à Francfort, faisant écho aux propos tenus récemment par Mario Draghi. On préfère en appeler à la responsabilisation des États et on insiste sur les efforts qui doivent être accomplis. « L'austérité est douloureuse, mais elle est la seule solution viable sur le long terme », ajoute le membre de l'institution qui cite l'Allemagne en exemple. »

Commentaire : Où quand l’esprit des technocrates prend le dessus sur la réalité. 

Catherine Chatignoux dans « Les Echos » du 5 janvier 2012

Article intitulé : Quelle sortie de crise pour la zone euro ?  
« Le moment de vérité approche. Après une année entière consacrée à lutter contre les déficits publics et à mettre en place une gouvernance économique plus cohérente, le verdict des marchés ne va plus tarder. Dès les trois premiers mois de 2012, les pays de la zone euro vont avoir besoin de refinancer la bagatelle de 220 milliards d’euros de dette. Sur toute l’année, l’Italie, à elle seule, va devoir emprunter l’équivalent de 24 % de son PIB, un record absolu en Europe. Les investisseurs vont-ils retrouver des comportements rationnels et se laisser convaincre que les obligations de la zone euro valent bien celles du Royaume-Uni ou des Etats-Unis, dont ils raffolent ? Ou bien vont-ils au contraire resserrer l’étau de leur défiance, exigeant des Etats les plus fragiles des rendements toujours croissants au risque de renchérir encore le coût de leur dette, de faire basculer ces pays dans l’insolvabilité et de pousser dans l’abîme l’ensemble de la zone euro ? En vérité, non seulement la crise n’est pas enrayée mais elle continue de s’aggraver. Premièrement, le sort du soldat grec n’est toujours pas réglé. Les dirigeants de la zone euro ont bien décidé de fournir à Athènes une nouvelle ligne de crédit de 100 milliards d’euros lors du sommet d’octobre, mais le compromis reste pour l’heure suspendu à la négociation de la réduction de moitié de la dette grecque détenue par les banques et les autres créanciers privés. Or, ces débats s’enlisent. Il pourrait être réclamé aux banquiers d’accepter une décote supplémentaire sur leurs créances tant les conditions macroéconomiques se sont dégradées ces derniers mois. Et comme il est impossible d’exiger de la Grèce davantage d’austérité, la seule issue réside dans l’effacement pur et simple d’une part supplémentaire de la dette publique. Les marchés doutent aussi de l’efficacité des pare-feu qui ont été mis en place, laborieusement, par les gouvernements depuis mai 2010. 

Michel Rocard et Pierre Larrouturou dans « Le Monde » du 3 janvier 2012

Article intitulé : Pourquoi faut-il que les Etats payent 600 fois plus que les banques ?
 « Au même moment, dans de nombreux pays, les peuples souffrent des plans d'austérité imposés par des gouvernements auxquels les marchés financiers n'acceptent plus de prêter quelques milliards à des taux d'intérêt inférieurs à 6, 7 ou 9 % ! Asphyxiés par de tels taux d'intérêt, les gouvernements sont " obligés " de bloquer les retraites, les allocations familiales ou les salaires des fonctionnaires et de couper dans les investissements, ce qui accroît le chômage et va nous faire plonger bientôt dans une récession très grave. Est-il normal que, en cas de crise, les banques privées, qui se financent habituellement à 1 % auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01 %, mais que, en cas de crise, certains Etats soient obligés au contraire de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés ? " Etre gouverné par l'argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé ", affirmait Roosevelt. En 2012, la France doit emprunter quelque 400 milliards : 100 milliards qui correspondent au déficit du budget (qui serait quasi nul si on annulait les baisses d'impôts octroyées depuis dix ans) et 300 milliards qui correspondent à de vieilles dettes, qui arrivent à échéance et que nous sommes incapables de rembourser si nous ne nous sommes pas réendettés pour les mêmes montants quelques heures avant de les rembourser. Faire payer des taux d'intérêt colossaux pour des dettes accumulées il y a cinq ou dix ans ne participe pas à responsabiliser les gouvernements mais à asphyxier nos économies au seul profit de quelques banques privées : sous prétexte qu'il y a un risque, elles prêtent à des taux très élevés, tout en sachant qu'il n'y a sans doute aucun risque réel, puisque le Fonds européen de stabilité financière (FESF) est là pour garantir la solvabilité des Etats emprunteurs...Il faut en finir avec le deux poids, deux mesures : en nous inspirant de ce qu'a fait la banque centrale américaine pour sauver le système financier, nous proposons que la " vieille dette " de nos Etats puisse être refinancée à des taux proches de 0 %. Rien n'empêche de mettre en place de tels financements dès janvier ! On ne le dit pas assez : le budget de l'Italie présente un excédent primaire. Il serait donc à l'équilibre si l'Italie ne devait pas payer des frais financiers de plus en plus élevés. Faut-il laisser l'Italie sombrer dans la récession et la crise politique, ou faut-il accepter de mettre fin aux rentes des banques privées ?  La réponse devrait être évidente pour qui agit en faveur du bien commun. Le rôle que les traités donnent à la BCE est de veiller à la stabilité des prix. Comment peut-elle rester sans réagir quand certains pays voient le prix de leurs bons du Trésor doubler ou tripler en quelques mois ? La BCE doit aussi veiller à la stabilité de nos économies. Comment peut-elle rester sans agir quand le prix de la dette menace de nous faire tomber dans une récession " plus grave que celle de 1930 ", d'après le gouverneur de la Banque d'Angleterre ?                                                                                        

Charles Gave, propos recueillis par Romaric Godin et Robert Jules, dans « La Tribune » du 30 décembre 2011

Article intitulé :  Zone euro : "Nous vivons une tentative de coup d'Etat larvé"
 « Depuis la création de l'euro, je n'ai cessé de dire qu'il s'agissait d'un système bancal qui ne peut fonctionner puisqu'il n'existe pas de mécanisme d'ajustement des différences de productivité des pays membres. Autrefois, ces différences étaient réglées par des dévaluations ponctuelles devenues impossibles. Ce qui ne peut s'ajuster a vocation à exploser. Aux États-Unis, il existe aussi des différences de productivité entre États, mais il y a une volonté de vivre ensemble, ce qui, pour Ernest Renan, constituait une nation, qui conduit à accepter que l'on taxe les plus productifs pour payer les moins productifs. Cette volonté n'existe pas en Europe, qui est une civilisation et non un pays. L'euro est donc une tentative, faite par une classe politique de créer une nation européenne. La crise, pense-t-elle, forcera la création d'un État fédéral, de transferts entre les pays et d'un ministère des Finances. C'est une espèce de coup d'État larvé contre les souverainetés qui est en train d'échouer. Car, comme l'a montré le cas de l'Union soviétique, la technocratie, cela ne marche pas. C'est la liberté qui marche. Depuis soixante ans, coexistent deux idées européennes. La première, celle de De Gasperi, Adenauer, Pie XII et Robert Schumann, voulait recréer l'Europe catholique des XIIe et XIIIe siècles, et voyait dans l'Europe un espace de liberté basé sur le principe de la subsidiarité. En cas de problème entre deux entités, on en appelle à l'échelon supérieur et on crée des instances d'arbitrage. La seconde est celle de Jean Monet et des technocrates français qui ont décidé de créer un État pour faire renaître l'Empire romain afin de s'opposer aux Américains et d'empêcher la domination allemande. Cette vision l'a emporté. Évidemment, la volonté d'augmenter leur pouvoir personnel existe aussi. Ces technocrates pensent que leur rôle est d'assurer le bonheur des peuples malgré eux. Ils ne croient pas à la liberté individuelle. Il suffit d'observer les institutions européennes : il n'y a pas de séparation des pouvoirs. Depuis la présidence Giscard, la France est gouvernée par une classe administrative qui, de droite comme de gauche, est représentative de cette idée technocratique. Les référendums sur Maastricht ou sur la Constitution européenne ont montré que le peuple n'acceptait pas cette dérive. Mais il l'admettait. À présent, les gens se rendent compte que cela ruine le pays. La prochaine étape sera donc de se débarrasser de cette classe administrative. Mais j'ignore comment. Elle signifie d'accepter des hauts fonctionnaires allemands à Bercy qui ordonnent ce que l'on peut dépenser ou pas. La France a un tiers de fonctionnaires de plus que l'Allemagne pour 100 habitants. Le fonctionnaire ne produit rien pour l'exportation. Le défaut de compétitivité française par rapport aux Allemands est donc lié au poids de l'État. Comme la France semble incapable de dégraisser son État, il faudra, en cas de convergence, que les ordres viennent de Berlin. Je viens d'une famille qui a quitté l'Alsace en 1870 pour rester français et je ne perçois pas l'avantage pour la France de devenir un protectorat allemand. Et l'opinion ne l'acceptera pas. Mais la France pourrait ainsi retrouver sa compétitivité...C'est déjà ce que disait le maréchal Pétain, non ? Nombre d'économistes mettent en garde sur les conséquences de la fin de l'euro. Qu'en pensez-vous ? Je ne suis pas très inquiet. Ceux qui vous expliquaient que l'euro allait rendre les femmes plus belles et les oiseaux plus chantants, comme Alain Minc et Jacques Attali, nous expliquent à présent que, si l'on quitte l'euro, ce sera le désastre absolu. Ils se sont trompés. Ils n'ont rien vu, rien compris. Pourquoi leur donner de la crédibilité sur l'après-euro ? C'est comme demander au général Gamelin [chef des forces françaises en 1940, Ndlr] de diriger le débarquement en Normandie. Concrètement : le système bancaire européen est en faillite, le taux de chômage, Allemagne exceptée, est historiquement élevé, la moitié des États européens n'ont plus accès aux marchés financiers dans des conditions normales, la Bourse de Paris n'a pas cessé de reculer depuis la création de l'euro. En 2000, le niveau du CAC était deux fois plus élevé qu'aujourd'hui. Pourquoi ? Parce que l'euro conduit à une mauvaise allocation des capitaux et fait passer l'argent de ceux qui le gagnent à ceux qui ne le gagnent pas. Ceci conduit toujours à un marché vendeur qui, d'ordinaire, ne dure pas plus d'un an et demi. Mais ce marché vendeur dure en Europe depuis dix ans parce que le secteur public, la BCE et les politiques dépensent l'argent du futur pour maintenir une unité qui ne tient pas la route. Le désastre n'est-il pas suffisant pour que l'on passe à autre chose ? On ne peut pas réformer la France ? Les classes politiques grecques ou espagnoles ne voulaient pas non plus faire des réformes. Et puis, quand il n'y a plus eu d'argent et qu'on n'a plus voulu leur en prêter, ils ont été dans l'obligation de se réformer. C'est ce qui se passera en France. Parce que nous ne sommes pas face à une crise économique, mais bien face à une crise d'un État devenu obèse. L'État chinois réalise 30 % du PIB du pays. En France, c'est 55 %. Il faut que notre mur de Berlin tombe, l'État doit sortir des domaines où il n'a rien à faire. Sinon, c'est le FMI qui le fera pour nous. D'après mes calculs, le système français atteindra ses limites en 2013 ou 2014. »


Philippe Maystadt, président de la Banque européenne d’investissement, dans « www.trends.be » du 22  décembre 2011

Article intitulé : Les technocrates donneurs de leçons ça m’horripile

« La tentation technocratique me choque. C’est un glissement. On croit que la compétence technique vous donne la capacité de décider. Ce n’est pas vrai ! La politique n’est pas seulement une question technique, elle consiste à trouver le bon chemin entre mille contraintes, en tenant compte de ce que cela signifie pour les gens. Moi, les technocrates froids me font peur. Au moins l’homme politique, lui, doit rendre des comptes devant des électeurs. Jacques Delors estimait que l’on ne pouvait ramener la politique économique à la seule politique budgétaire, il y a aussi l’évolution des coûts salariaux, l’évolution des comptes courants, de l’endettement privé. Il n’a pas été écouté. Le Pacte de stabilité et de croissance est dès lors resté calé sur deux objectifs : le déficit (3% de PIB maximum) et la dette (60% de PIB) et c’est le premier qui domine. Résultat : on n’a vu venir ni la crise irlandaise, ni la crise espagnole, car l’Irlande et l’Espagne étaient de très bons élèves de la classe en matière budgétaire. Mais ils connaissaient aussi un endettement privé énorme. Endettement privé qui est devenu, avec la crise, un endettement public ! Comme les critères se focalisaient uniquement sur le déficit et la dette publique, on est passé à côté. Il y avait une sorte de croyance : si on atteint l’équilibre budgétaire, tous les autres déséquilibres allaient se corriger. »

Commentaire : Quand va-t-on mettre fin à la croyance de la valorisation boursière et aux cotations fictives ? En est-on réduit, au titre de la « normalité », à toujours être des moutons, des commentateurs de l’impossible ou des autruches qui ferment les yeux…jusqu’au jour du « tremblement de terre » ou du « tremblement boursier »
                                                                           

Jo Johnson dans « Le Monde » du 21 décembre 2011

Article intitulé : La City n'est pas responsable de la crise
 « D'abord, ce n'est pas parce que la Grande-Bretagne souhaite rester en dehors de la future union fiscale entre 26 pays, qu'elle va diminuer son engagement dans l'Union européenne (UE). Le Royaume-Uni entend être membre à part entière d'une Europe ouverte, compétitive avec le reste du monde, et dont le marché uni représente la moitié de ses exportations. Si Londres attire autant de capitaux du monde entier, c'est en grande partie aussi grâce à son appartenance à l'UE. Mettre la Grande-Bretagne sur une trajectoire de sortie de l'UE, c'est mettre en péril l'économie britannique toute entière, qui a besoin de ces flux de capitaux pour se développer. A part dans les heures les plus sombres de l'histoire de l'Europe, notamment en mai 1940 lorsque Winston Churchill a proposé de fusionner les nationalités britannique et française, jamais nos deux pays n'ont été aussi interdépendants. Notre coopération dans les domaines du nucléaire et de la défense est remarquable d'efficacité - la guerre en Libye - en même temps qu'elle signale une communion d'intérêts stratégiques. Economiquement, la France est le 3e marché à l'export pour le Royaume-Uni, et le 5e pays importateur. Même si le gouvernement voudrait diversifier l'économie, pour l'instant, la finance, pour le Royaume-Uni reste une des industries les plus pourvoyeuses d'emplois en Grande-Bretagne : 1,6 million de personnes travaillent dans cette industrie, à Londres mais aussi dans des centres régionaux comme Edimbourg, Bristol, Norwich. Il est du devoir du gouvernement britannique, quelle que soit sa couleur politique, de protéger cette industrie, première source d'exportations pour la Grande-Bretagne, contre un excès de régulations que nous estimons inadaptées et punitives. Ne nous racontons pas d'histoires : Londres est LA place financière de l'Europe. Elle est un bien commun pour l'UE. La mettre en danger, ce n'est pas faire le jeu de Paris ou de Francfort - pour de nombreuses raisons, ces places ne peuvent plus se hisser à un rang mondial. C'est faire le jeu de New York, de Hongkong et des nouvelles places montantes dans les pays émergents. Affaiblir Londres, c'est se tirer une balle dans le pied pour toute l'Union Européenne. Veillons à ne pas affaiblir cette industrie et ce bien commun sous la pression de quelques lobbies ou de quelques pays cherchant peut-être des boucs émissaires à la crise actuelle et voyant dans la finance une idéale victime expiatoire.»

Dans « www.lemonde.fr » du 18 décembre 2011

Article intitulé : Vaclav Havel est mort
Commentaire : Souvenez-vous de Vaclav Havel « J'avais voulu faire avancer l'histoire de la même manière qu'un enfant tire sur une plante pour la faire pousser plus vite. On ne peut duper une plante, pas plus qu'on ne peut duper l'histoire. Mais on peut l'arroser patiemment tous les jours, avec compréhension, avec humilité certes, mais aussi avec amour. » Je propose que l’on demande à nos politiques actuels d’appliquer cet enseignement. Comme le dit Pierre Gagnaire « L’épreuve de l’HOMME ne consiste pas dans la façon dont il réalise ce qu’il a décidé de faire mais dans la façon dont il réalise le rôle que le destin lui a consigné » 

Florence Autret dans « La Tribune » du 14 décembre 2011

Article intitulé : Comment Finance Watch s'est imposé à Bruxelles comme un contre-pouvoir  
« Au Parlement européen, il n'y a plus une audition sur la régulation financière sans lui. Thierry Philipponnat, le secrétaire général de l'organisation Finance Watch, qui fêtera cette semaine ses six mois d'activité, s'est fait une place dans le microcosme politique bruxellois. Il en maîtrise déjà la novlangue. « La logique de Finance Watch, c'est à la fois de fédérer des intérêts qui sont différents les uns des autres et apporter la touche de connaissance professionnelle pour convertir des problématiques en mesures concrètes », commence-t-il prudemment, attablé dans l'une de ces brasseries de la rue de Luxembourg où se croisent députés, fonctionnaires et lobbyistes. Dire que Finance Watch a vocation à clouer le bec au lobbyisme arrogant et parfois mensonger de l'industrie financière, y compris celle du lobby bancaire européen dont le secrétaire général est installé quelques tables plus loin, serait excessif. « Nous entretenons de bonnes relations », dit-il après s'être levé pour aller le saluer. Il a connu son baptême du feu cet été lors du débat sur les contrats d'assurance sur défaut souverain (CDS). L'argument récurrent des banques et des fonds, jamais vraiment contesté par la Commission européenne, était que ces CDS souverains amélioraient la liquidité du marché de la dette. Faux, écrit Finance Watch dans une note diffusée en août. « Les CDS n'ont jamais fait baisser le coût de financement des États », dit Thierry Philipponnat. Sous la pression du parlement, le texte finalement adopté aboutit au « bon résultat symbolico-politique », dit-il, à savoir l'interdiction des CDS souverains spéculatifs.  « Si les acteurs finançaient les activités de marché au vrai coût, l'encours des marchés de dérivés ne serait pas de douze fois le PIB mondial », dit-il. « On oriente les capitaux vers des activités qui ne sont pas celles dont la société a besoin ». Les monceaux de liquidité que la Banque centrale européenne distribue, sans conditions, pour maintenir les banques à flot ne font qu'aggraver le problème. »


Commentaire : Que de vérités ! Attention, « Les monceaux de liquidité que la Banque centrale européenne distribue, sans conditions » sont la base de la crise de surchauffe qui caractérisera les années 2012/2016.


James K. Galbraith et Aurore Lalucq dans « Le Monde » du 13 décembre 2011

Article intitulé : Sauvez les citoyens avant les banques !
 « La crise de la zone euro est une crise bancaire qui a pris la forme d'une série de crises des dettes souveraines. Une crise aggravée par des idées économiques réactionnaires, une architecture défectueuse et un climat politique toxique. Comme la crise américaine, elle est le fruit de politiques de prêts laxistes destinés à des emprunteurs fragiles : le logement en Espagne, l'immobilier commercial en Irlande, le secteur public grec. Les banques européennes ont profité des effets de levier offerts par les actifs toxiques américains. Quand ceux-ci se sont effondrés, elles ont choisi de se débarrasser des obligations des Etats les plus fragiles au profit des plus forts afin de préserver leur rentabilité, ce qui a plongé l'UE dans la crise. Dans ce type de crise, le premier réflexe des banques est de feindre la surprise avant de reprocher à leurs clients leurs imprudences voire leurs tricheries. Cela dissimule le fait qu'il fut un temps où les banquiers accordèrent des prêts trop facilement, dans le but d'empocher de généreuses commissions. Cette stratégie de défense des banques fonctionne bien mieux en Europe qu'aux Etats-Unis, du fait des frontières nationales qui séparent les créanciers des débiteurs, et des liens unissant les dirigeants politiques à leurs fleurons bancaires nationaux, qui du coup n'hésitent pas à propager des clichés racistes. Aux fondements de ce pouvoir bancaire, on trouve une sensibilité qui fait des excédents un signe de vertu et des déficits un vice, un fétichisme de la dérégulation, de la privatisation et des ajustements par le marché. L'Europe du Nord a bel et bien oublié qu'une intégration économique a toujours pour effet de concentrer l'industrie dans les régions les plus riches. L'Allemagne et maintenant la France font donc la leçon aux pays endettés : rigueur salariale, coupes budgétaires. Des leçons qui sont devenues des injonctions du Fonds monétaire international et de la Banque centrale européenne (BCE) : les nouveaux gueux endettés ne vivent plus en démocratie. Pourtant, des solutions techniques existent, par exemple la " modeste proposition " de Yanis Varoufakis (professeur d'économie université d'Athènes) et de Stuart Holland (ancien parlementaire britannique) suggère de convertir jusqu'à 60 % du PIB de la dette de chacun des pays de la zone euro en titres européens émis par la BCE, de recapitaliser et d'européaniser le système bancaire, et de lancer un New Deal par l'intermédiaire de la Banque européenne d'investissement. On peut aussi penser à instaurer un droit à la faillite nationale (Kunibert Raffer), à faire de la BCE un " groupe public au service de l'intérêt général et du développement " comme la Caisse de dépôts (Thomas Palley) ou encore à taxer les profits des banques (Jan Toporowski). De ces très bonnes idées, aucune ne verra le jour. Car en Europe, les termes du débat sont hermétiques aux idées nouvelles, la survie politique reposant sur la capacité à faire " le ménage " dans les comptes publics. Tout est fait pour ne pas affronter la réalité : la crise bancaire. Chaque réunion européenne conduit à l'adoption de sous-mesures perfides et de vraies fuites en avant. Quant au sort des plus faibles, il est au mieux considéré comme un dommage collatéral, voire comme un mal nécessaire. La Grèce et l'Irlande sont en train d'être détruites. Le Portugal et l'Espagne sont en lambeaux, la crise se propage à l'Italie et la France se débat pour retarder la perte de son AAA. S'il y avait une façon simple de sortir de l'euro, la Grèce l'aurait déjà fait. Le seul pays qui pourrait choisir cette voie est l'Allemagne. Alors on se dirige vers une explosion sociale, doublée d'une panique financière et d'un inexorable retour de l'émigration. Ne reste qu'à compter sur la capacité des citoyens européens à se défendre. Aujourd'hui, c'est un américain de la vieille Amérique, celle de la guerre civile, du New Deal qui tente de dire à ses amis européens qu'ils sont en train de faire une erreur historique en refusant d'entendre des idées de bon sens, c'est-à-dire de faire face à une situation exceptionnelle. »

Eric Le Boucher dans « Les Echos » du 9 décembre 2011

Article intitulé : Ni la faute de Berlin ni celle des agences
« La place accordée dans le débat public aux agences de notation relève de la mauvaise comédie. Jeu pervers car les agences de notation ne méritent ni d'être clouées au pilori ni d'être glorifiées. Elles ont fait preuve, avant crise, d'un aveuglement coupable sur les « subprimes », elles essaient de se refaire une virginité en en rajoutant dans la rigueur. Aujourd'hui, leur crédibilité n'est pas redevenue si incontestable qu'on puisse en faire des pythies. Elles donnent un avis parmi beaucoup d'autres analystes et économistes sur la scène de la crise. Il faudrait, un jour, étudier sérieusement comment se fait « la pensée des marchés » : épais bouillon d'informations ultraprécises, de calculs modélisés, de rumeurs, d'esprit moutonnier et de certitudes idéologiques. Dans ce forum, les agences de notation émettent des notes, qui ont une importance particulière à cause des réglementations des Etats : elles servent de référence pour consolider les bilans des banques. Une dégradation d'un pays provoque l'obligation faite aux banques de céder ses titres et donc accroît la perte de leur valeur. Mais cet effet « autoréalisateur » n'est pas certain : la dégradation des Etats-Unis a été suivie d'une baisse des taux d'intérêt américains. Deux conclusions. Un : l'importance si grande de la note provient des Etats. Ce sont les politiques qui décident du pouvoir des agences et non l'inverse. Les dirigeants politiques qui prétendent que les marchés ont pris le pas sur la démocratie sont des démissionnaires. Deux : au total, ce brouhaha des marchés contribue à améliorer grandement l'information des citoyens sur la situation financière et économique de leur pays. Cette information est biaisée, elle correspond aux besoins des investisseurs non des salariés, mais elle est très utile. Si la France doit se serrer la ceinture ce n'est pas parce que M me Merkel le demande. C'est parce que la dette est devenue trop lourde. C'est parce que le paiement des intérêts prive de toute marge de manoeuvre. Le déficit, hier, permettait d'investir, il ne sert plus qu'à boucher les trous. Le jeu pervers devient dangereux quand le détournement de responsabilité ne sert qu'au combat politicien et s'arrête là. Où sont les propositions françaises, autres que relancer la dette ou la planche à billets, pour reconstruire la croissance européenne ? Un vide intellectuel sidéral qui ne sera pas comblé par la répétition des facilités keynésiennes françaises. Voilà le défi : inventer une politique européenne schumpetérienne pour un « noyau dur » fédéral, capable de convaincre par des arguments et l'Allemagne et les marchés. Le défi n'est pas de rembourser ses dettes au plus vite mais de trouver une place dans la mondialisation, face à la Chine et à l'Amérique, à côté de l'Allemagne. La réponse ne viendra pas de la facilité d'accuser les agences et le diktat allemand pour séduire l'électeur. »                                                                                         

Dans « Boursorama » du 8 décembre 2011

Article intitulé : La colère monte contre l'austérité, mais les dirigeants font les sourds :
« "C'est vers l'avenir des citoyens que vos préoccupations doivent se diriger, non vers l'opinion des agences de notation", a plaidé la Confédération européenne des syndicats (CES) dans un "message urgent" adressé aux dirigeants à la veille de leur réunion. "Le syndicalisme européen n'est pas écouté", ont déploré plusieurs responsables dans une tribune publiée mercredi par le quotidien espagnol El Pais. Elle est signée par les Français Bernard Thibault (CGT) et François Chérèque (CFDT), les Espagnols Ignacio Fernandez Toxo (CC.OO) et Candido Mendez (UGT), l'Allemand Michael Sommer (DGB), l'Italienne Susanna Camusso (CGIL), et les Belges Anne Demelenne (FGTB) et Claude Rolin (CSC). Employés, salariés, fonctionnaires, retraités descendent dans les rues un peu partout dans l'UE pour dire "trop c'est trop". Mais la rue ne semble pas effrayer les dirigeants européens. Ils sont plus traumatisés par les marchés financiers et les agences de notation. La situation est "dramatique" sur le plan social, reconnaît le commissaire européen en charge de l'Emploi Lazslo Andor. Le dernier rapport de ses services met en garde contre la spirale du chômage et de l'exclusion. 9,8% de la population active de l'UE était sans emploi en octobre.  "C'est terrifiant de constater que face au risque de récession, les responsables européens restent muets sur la croissance et l'emploi", déplorent les syndicats. »


Commentaire : Henri Regnault « Tout corps plongé dans un bain d’austérité subit, du bas vers le haut, une poussée de fièvre sociale et politique dont la force est proportionnelle à l’intensité des inégalités dans la société considérée ».
Les politiques jouent avec le feu. S’il y a une chose que les Etats (comme les marchés) ne savent pas maîtriser, c’est bien le volume. Si les Peuples se décident à bouger, sauf à mettre en place une politique répressive dure à Bruxelles (attention à la réaction des Peuples du Nord), l’indignation pourrait évoluer en subversion. Faisons le pari que nos politiques se rendront bientôt compte que pratiquer l’austérité sur la pauvreté est débile. L’austérité ne peut être pratiquée que sur la « richesse ». La situation actuelle est due en très grande partie au fait que le système économique de ces dernières années était basé plus sur l’endettement des citoyens que sur la croissance de leur revenu du travail. Comme l’écrit Badia Benjelloun « La dérégulation imposée manu militari ou par le biais du FMI, la Banque Mondiale et l’OMC initiée depuis les pays anglo-saxons a été l’issue nécessaire pour maintenir en survie le capitalisme et son objet, le profit amenuisé sans cesse par d’énormes gains de productivité. Les entreprises réduisaient leurs coûts en s’hypertrophiant par fusion et acquisition, offrant de plus en plus de marchandises à des consommateurs qui se croyaient riches en empruntant. Anomalie contradictoire intrinsèque du fonctionnement capitaliste qui appauvrit ceux qui devraient absorber sa production. »
Diminuer les revenus, les emprunts et en plus organiser un désendettement sur une durée courte est incompréhensible en termes SOCIOlogique, ECOnomique, POlitique et FInancier. Et dire que tout cela provient de règles comptables obsolètes ! Fait reconnu par les instances qui les ont créées, mais fait ignoré par les politiques. Chercher l’erreur …ou chercher les lobbies ? Lobby financier peut-être ?
Revue de presse du 27 juillet
Robert Shiller, professeur d’économie à l’Université de Yale, dans « L’Echos (Belgique)» du 23 juillet 2011
Article intitulé : Dette et illusion  
« On entend souvent dire, parfois dans une même phrase, que la dette de la Grèce équivaut à 153% de son PIB annuel et que la Grèce est insolvable. Ajoutez à ces déclarations les derniers reportages télévisés montrant les émeutes dans les rues grecques. Quel est l’effet produit ? Est-il possible qu’un pays devienne insolvable parce que sa dette dépasse 100% du PIB ? Bien sûr que non. Après tout, la dette (qui est mesurée en unités monétaires) et le PIB (qui est mesuré en unités monétaires par unité de temps) produisent un rapport en unités de temps pur. Il n’y a pas de raison particulière à utiliser une année comme unité. Une année est le temps dont la terre a besoin pour faire le tour du soleil. Excepté pour les industries saisonnières comme l’agriculture, cela ne présente aucune signification économique particulière. Nous devrions nous souvenir des cours de sciences de l’école secondaire : il faut toujours faire attention aux unités de mesures. Si l’on se trompe d’unité, on peut tirer des conclusions complètement faussées. Si les économistes ne suivaient pas la règle générale consistant à annualiser les données trimestrielles du PIB et multiplier le PIB trimestriel par quatre, le rapport dette sur PIB de la Grèce serait quatre fois plus élevé que ce qu’il n’est actuellement. Par contre, s’ils exprimaient le PIB en terme décennal, multipliant le PIB trimestriel par 40 au lieu de quatre, le poids de la dette grecque serait de 15%. Du point de vue de la capacité de remboursement de la Grèce, de telles unités seraient plus pertinentes, puisque le pays ne doit pas rembourser l’entièreté de sa dette en un an (sauf si la crise rend impossible de refinancer la dette actuelle). D’ailleurs, une partie de la dette nationale de la Grèce est une dette envers ses propres citoyens. En tant que tel, le poids de la dette sous-estime terriblement les obligations que les Grecs détiennent l’un envers l’autre (surtout sous la forme d’obligations familiales). A tout point de l’histoire, le rapport dette sur PIB annuel (y compris les dettes informelles) excéderait largement 100%. La plupart des gens ne pensent jamais à ça lorsqu’ils réagissent aux chiffres d’endettement publiés dans la presse. Sont-ils vraiment assez stupides pour se laisser embrouiller par ces chiffres ? Selon mon expérience personnelle, je dois dire qu’ils le peuvent, en effet, car même moi, un économiste professionnel, je dois parfois me contrôler pour ne pas faire exactement la même erreur. Les économistes qui adhèrent aux modèles d’attentes rationnelles ne l’admettront jamais, mais beaucoup d’évènements sur les marchés sont le reflet de pure stupidité – ou, plutôt, d’inattention, de désinformation à propos des fondamentaux et d’une trop grande insistance sur les histoires actuellement en circulation. Ce qui est véritablement en cours en Grèce est un mécanisme de réaction sociale. Quelque chose a fait en sorte que les investisseurs commencent à craindre que la dette grecque ait un risque de défaut à long terme légèrement plus élevé. La demande plus faible pour la dette grecque a causé la chute de son prix, ce qui a entrainé une augmentation de son rendement en terme de taux d’intérêt du marché. Les taux plus élevés ont renchéri le refinancement de la dette grecque, créant une crise fiscale qui a forcé le gouvernement à imposer des mesures d’austérité sévères. Ces mesures ont généré des troubles sociaux et un effondrement de l’économie, qui ont encouragé encore davantage de scepticisme chez les investisseurs quant à la capacité de la Grèce à honorer le service de sa dette. Cette réaction n’a rien à voir avec le fait que le rapport dette sur PIB annuel dépasse un certain seuil, sauf si les personnes qui contribuent à la réaction croient en ce rapport. Certainement, le rapport est un facteur qui nous aide à évaluer les risques de réactions négatives, car le gouvernement doit refinancer la dette de court terme plus rapidement et, si la crise élève les taux d’intérêts, les autorités devront faire face tôt ou tard à des pressions intenses en faveur d’une austérité fiscale. Mais le rapport d’endettement n’est pas la cause de la réaction. Il y a aussi un problème de causalité inversée. Les rapports dette sur PIB ont tendance à augmenter dans les pays qui connaissent des difficultés économiques. Si cela explique en partie pourquoi des rapports dette sur PIB plus élevés correspondent à une croissance économique plus faible, il y a moins de raisons de penser que les pays doivent éviter des rapports d’endettement élevés. Le problème fondamental auquel fait face une bonne partie du monde aujourd’hui est que les investisseurs réagissent de manière exagérée aux rapports d’endettement, craignant un quelconque seuil magique, et exigeant des programmes d’austérité fiscale trop rapidement. Ils demandent aux gouvernements de couper dans les dépenses alors que leurs économies sont encore trop vulnérables. Les ménages s’effraient, diminuant leurs dépenses à leur tour, et les entreprises sont dissuadées d’emprunter pour financer des dépenses de capital. La leçon est simple : nous devrions nous soucier moins des rapports d’endettement et des seuils, et plus de notre incapacité à voir ces indicateurs pour ce qu’ils sont : des constructions artificielles – et souvent non pertinentes. » Commentaire : Pourquoi limiter les raisonnements d’endettement des Etats à un an ? Pourquoi, après avoir autorisé depuis plus de 30 ans d’endettement non régulé, imposer aujourd’hui des critères draconiens sur un an ? D’autant plus que ces dernières années, dans le privé, on trouvait normal d’augmenter la durée des crédits immobiliers (donc de plomber la consommation) afin de permettre à plus de personnes (et notamment les jeunes) d’acheter en pleine bulle immobilière. Article brillant et juste. Que dire d’autre ?

Nicolas Barré dans « Les Echos » du 9 décembre 2011

Article intitulé : Le message de la BCE  
« La Banque centrale européenne a adressé un message sans ambiguïté hier aux dirigeants européens en route vers Bruxelles pour un nouveau sommet : « A vous de jouer ! »Du haut de son indépendance, qui ressemble parfois plus, diront ses détracteurs, à une soumission à la pensée allemande, la BCE a dit non au sauvetage des Etats et oui à celui des banques. Autant elle est prête à déployer des moyens absolument hors normes pour abreuver le système bancaire de liquidités, au point de prendre des risques financiers colossaux, autant elle reste fermée à toute idée de soutenir fortement les Etats européens éprouvant des difficultés à lever des capitaux. Fidèle à sa ligne, Mario Draghi affirme en substance que la BCE restera allemande tant que les Etats n’auront pas fait leur travail de retour à plus de discipline budgétaire. La pression sur les dirigeants européens est donc considérable. C’est à eux, désormais, de donner des garanties tangibles, précises, concrètes de sérieux dans la lutte contre les déficits et la dette. On perçoit bien, pourtant, les limites de cette logique de course à l’austérité. Au moment où un climat de récession s’installe en Europe, les politiques publiques accentuent la pente descendante. La relance keynésienne de 2008-2009, qui a échoué, se paie aujourd’hui sous la forme d’un gigantesque coup de frein, tandis que les nouvelles normes financières, imposées en accéléré, fabriquent du « credit crunch » au pire moment. »

Jean-louis Bourlanges, professeur à l’IEP de Paris, dans « L’Expansion » de décembre 2011

Article intitulé : La plaie de déficit démocratique européen
« Le déficit démocratique serait imaginaire si ces institutions avaient du grain à moudre. Si elles n’étaient pas qu’un poivrier sans poivre, condamné à mouliner des normes plus ou moins techniques et à se faire oublier dès que le menu devient politique. Curieusement, l’Europe fédérale est en procès, mais c’est l’Europe intergouvernementale qui est aux affaires. Ce qui poisse la zone euro, ce n’est pas le fédéralisme monétaire de la Banque centrale, mais le souverainisme budgétaire des Etats»

Dans « Boursorama » source AFP du 3 décembre 2011

Article intitulé : Crise : les responsables européens agissent "trop peu et trop tard", dit Delors
« Pour l'ancien président de la Commission européenne, les problèmes actuels de l'euro sont la conséquence d'"une combinaison entre l'obstination de la vision allemande du contrôle monétaire et l'absence d'une vision claire de la part des autres pays". Mais maintenant, "même l'Allemagne" va devoir se battre, car "les marchés sont les marchés. Et ils sont désormais minés par l'incertitude", souligne-t-il, alors que la chancelière allemande Angela Merkel a martelé vendredi son intention de modifier les traités européens pour réformer la zone euro en une véritable union budgétaire, avant un nouveau sommet européen les 8 et 9 décembre. Quant aux Britanniques, comme ils ne font pas partie de la zone euro, ils ne "partagent pas le fardeau", néanmoins, ils sont "au moins aussi embarrassés que les leaders européens par cette crise", ajoute M. Delors. Et selon lui, la création d'eurobonds constituerait "un gros souci" pour la City. Remontant plus loin dans le temps, il estime que la crise actuelle a été générée par "un défaut d'exécution" des responsables politiques qui ont supervisé les premiers pas de la monnaie unique, car ils ont tourné le dos aux faiblesses et aux déséquilibres des Etats membres. "Les ministres des Finances (de l'époque) ne voulaient rien voir qui soit désagréable et qu'ils auraient été obligés de gérer", déclare-t-il au journal britannique. Il reconnaît néanmoins qu'"il y avait du vrai" dans les mises en garde des responsables politiques et des économistes "anglo-saxons" qui affirmaient qu'une monnaie unique et une banque centrale sans Etat unique seraient intrinsèquement instable. »


Arnaud Leparmentier dans « Le Monde » du 2 décembre 2011

Article intitulé : M. Sarkozy veut concilier Europe et souveraineté
 « L'idée est de faire accepter des abandons de souveraineté au profit de l'Europe, en mettant un peu de talc national ", explique un proche du président, tandis que la chancelière allemande, Angela Merkel, exige une révision des traités européens pour contraindre les pays de la zone euro à l'orthodoxie budgétaire. »

Laurence Parisot dans « Le Monde » du 1 décembre 2011

Article intitulé : Créons d'urgence les Etats unis d'Europe ! Déléguons davantage notre souveraineté
« L'Europe est prise dans des turbulences dont la dangerosité ne fait plus aucun doute pour personne. Pourtant, même si beaucoup pressentent une menace sourde et proche, la plupart avouent n'y rien comprendre. Que se passe-t-il ? Une conjonction inédite de cinq facteurs.1. Des Etats européens presque tous très endettés. Rétrospectivement, la complaisance à l'endettement est stupéfiante. Ce qu'il aura fallu de naïveté, de court-termisme, de déni et au total d'irresponsabilité pour emprunter toujours plus sans se préoccuper de la création de richesses en regard apparaît aujourd'hui choquant et inacceptable.2. Des prêteurs méfiants et des spéculateurs agissants. Face à des Etats désemparés et affaiblis, les investisseurs évoluent. Investisseurs, prêteurs, spéculateurs : en fait souvent les mêmes intervenants - on l'ignore trop - mais à des moments différents. Comme on ignore trop qu'entre emprunteurs et prêteurs, c'est d'abord une relation humaine. La crise devient une crise de confiance.3. Un pouvoir exécutif européen erratique, multiple et chaotique. De nombreuses voix parlent en toute légitimité au nom de l'Europe sans être toujours en harmonie. Les structures et les procédures sont peu lisibles, au point que l'on s'y perd et que l'Europe ne peut pas ne pas avoir un temps de retard face aux défis protéiformes et quotidiens. Ses réponses sont techniques et minimalistes là où l'investisseur voudrait un souffle et une ambition : c'est une crise politique. 4. Une opinion publique tenue à l'écart, inquiète et ignorante à la fois. Le taux d'inquiétude atteint un paroxysme en France et en Allemagne (91 % et 87 % d'inquiets).  5. Des enjeux géopolitiques sensibles, des rapports de force inédits entre l'Europe et les Etats-Unis, entre l'Europe et les pays émergents. Difficile néanmoins de se représenter quelle figure précise prendrait alors le pire. Le démantèlement de l'euro et le délitement de l'Union européenne provoqueraient en tout cas pour les peuples européens des décennies d'appauvrissement. Chacun garderait le fardeau de sa dette, qui par le jeu des dévaluations probables deviendrait plus lourd encore, et tous perdraient la facilitation des échanges et la puissance de négociation avec l'extérieur. Pire, nous risquerions d'entrer dans une course, entre nous, à la dévaluation compétitive, ce qui fut le cas dans les années 1930 et contribua à la guerre. La solution existe. Elle est audacieuse. Elle s'appelle Etats unis d'Europe, fédéralisme européen, délégation de souveraineté. Elle offrirait enfin aux Européens un projet, une ambition, une fierté. Il faut vouloir avancer vers un territoire reconfiguré, vers une nouvelle patrie, vers l'an I d'une véritable pratique de notre histoire fédérale. » 


Commentaire : Il est écrit « Ce qu'il aura fallu de naïveté, de court-termisme, de déni et au total d'irresponsabilité pour emprunter toujours plus sans se préoccuper de la création de richesses en regard apparaît aujourd'hui choquant et inacceptable ». J’espère me tromper lorsque je prévois qu’un jour nous lirons « Ce qu'il aura fallu de naïveté, de court-termisme, de déni et au total d'irresponsabilité pour valoriser toujours plus les OPCVM (SICAV et FCP) sans se préoccuper de la création de richesses en regard apparaît aujourd'hui choquant et inacceptable », et cela, même si les comptes ont été « certifiés » par un commissaire aux comptes voire peut-être dans le futur un co-commissaire aux comptes. Que de charges pour officialiser l’abus de confiance et l’escroquerie de la valorisation comptable des OPCVM. A qui profite le crime ? Certainement pas aux Etats et aux Peuples. Serait-ce aux grands cabinets d’audit internationaux ? Eux-mêmes qui sont des acteurs actifs, contributifs, et certificateurs des excès et des détournements de la financiarisation.

Julien Beauvieux dans « La Tribune » du 30 novembre 2011

Article intitulé : L'Italie paie le prix fort pour emprunter

« Après être grimpé au-delà de 7,35 % avant et après l'opération, le taux à 10 ans de référence des titres d'Etat italiens progressait de seulement 1 point de base en fin de journée, à 7,24 %, tandis que celui des titres allemands augmentait de 6 points, à 2,36 %. Pour la troisième fois en une semaine, l'Italie a concédé des taux d'emprunt supérieurs à 7 %, seuil qui avait conduit la Grèce, l'Irlande puis le Portugal à appeler à l'aide. Car au-delà du fardeau des 1.900 milliards d'euros de dette, c'est bien la perspective d'une croissance molle qui pourrait rendre incontrôlable la trajectoire de la dette italienne. Selon les prévisions dévoilées mardi par l'OCDE, l'économie italienne pourrait se contracter de 0,5 % l'an prochain faute de soutien. Face à tous ces vents contraires, l'inquiétude sur les marchés pourraient très vite reprendre le dessus malgré les interventions de la seule institution européenne active depuis le début de la crise. Bien que très réticente au nom de son indépendance à fournir son soutien, la BCE a désormais dépassé le seuil des 200 milliards d'euros d'achats d'obligations d'Etat pour modérer les taux européens et notamment italiens. »

Commentaire : « La perspective d'une croissance molle qui pourrait rendre incontrôlable la trajectoire de la dette italienne » comment pourrait-il en être autrement, alors les marchés prêtent à un taux délirant par rapport à la croissance. Il faut dégager de ce système de dépendance par rapport à un taux, dit de marché. Les Etats doivent, sous conditions, pouvoir avoir accès à des ressources à un taux inférieur au taux de croissance voire à zéro et rembourser ultérieurement un intérêt lorsque la croissance sera revenue.

Guillaume Delacroix dans « Les Echos » du 30 novembre 2011

Article intitulé : A Bologne, le sursaut citoyen face à la dette   

« Peut-on s’intéresser à la dette de son pays quand on a dix-sept ans ? En Italie, la réponse est « oui ». Mieux : on peut avoir envie d’acheter des titres souverains pour adresser un pied de nez à ces marchés qui défient l’Etat, en faisant monter les taux d’intérêt à des niveaux insupportables, alors que Mario Monti, nouveau chef du gouvernement, tente comme il peut de rasséréner ses partenaires de la zone euro. Ginevra et Veronica, elles, sont venues témoigner à Bologne lundi soir, alors que s’achevait le BTP Day, la Journée des bons du Trésor public. « Vous trouvez que l’Italie a l’air au bord du gouffre ? Qui raconte ça ? Moody’s ? Cette agence de notation qui donnait du AAA+ au groupe laitier Parmalat juste avant que celui-ci ne se déclare en cessation de paiements ? » Giuliani Melani fait un calcul simple. La dette s’élève à près de 2.000 milliards d’euros. Comme l’échéance moyenne de remboursement tourne autour de sept ans, l’Etat doit se refinancer chaque année à hauteur d’un peu moins de 300 milliards. Un montant à la portée des ménages, d’après lui, puisque le patrimoine immobilier de ces derniers est estimé, à lui seul, à plus de 5.000 milliards. En gros, résume-t-il, il suffirait que les Italiens consacrent à peine 10 % de leur richesse aux adjudications du Trésor pour que tout soit réglé. « Personne n’est innocent, ajoute-t-il, si on en est là aujourd’hui, c’est que tout le monde abuse de la Sécurité sociale et du travail au noir. Arrêtons de tout mettre sur le dos de l’euro. » A en croire la Banque d’Italie, il y a encore de la marge. Actuellement, les particuliers ne détiennent que 14,3 % des titres souverains en circulation. D’après les premières tendances, le « BTP Day » a été un joli succès. Sans entrer dans les détails, la Bourse de Milan dit avoir observé un nombre record d’opérations sur le marché obligataire, avec près de 81.000 contrats enregistrés pour un montant global de 2,6 milliards d’euros. »
                                                                            

Pierre Grosser, agrégé et docteur en Histoire, Centre d’Histoire, Sciences Po, dans « www.atlantico.fr » du 25 novembre 2011

Article intitulé : L'Europe, premier pôle économique mondial sans tête !
"Le problème de la dette dans la zone euro représente la pire crise depuis la Seconde Guerre mondiale", a estimé lundi dernier la chancelière allemande. Pour l'historien Pierre Grosser, ce n'est pas l'économie qui fait défaut à l'Europe, mais l'absence de leadership politique. « Nos dirigeants, qui connaissent de moins en moins l’Histoire, martèlent que nous vivons la pire crise depuis les années 1930, voire du XXe siècle. Il suffit de connaître un peu l’état de l’Europe dans les années 1930 et surtout aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale pour mettre en doute ces affirmations ! Les économies européennes ont absorbé les deux Guerres Mondiales, et en ont fait surgir de réels progrès sociaux : cela doit limiter les pessimismes… A moins qu’il faille considérer que les Européens ne réagissent que si la situation est vraiment catastrophique ! Il n’y a pas d’effondrement de la production, et nous sommes, fort heureusement, très loin des chiffres du chômage du début des années 1930. La fin complète du rationnement est intervenue seulement au début des années 1950 dans nombre de pays. La crise des années 1970 fut sévère, notamment parce qu’elle signifiait la fin du système productif issu de la révolution industrielle, et notamment de ses secteurs porteurs (charbon, acier). Elle a été marquée dans les pays communistes, aux industries plus traditionnelles, et qui se sont endettés. La chute du communisme fut aussi le produit de cette vulnérabilité économique et de cette dépendance, notamment au Deutsche Mark. Bref, l’Est, comme le Sud, a connu crise de la dette, ajustements structurels, et donc des purges sévères imposées par les institutions financières internationales. C’est à l’Europe du Sud qu’on inflige désormais ces thérapies de choc…C’est le début d’une sorte de contre-révolution globale qui dure encore. Sous couvert de sauver le capitalisme de la crise et de le rénover, il fallait délégitimer les modèles socialistes et « étatistes ». L’inflation, la hantise des rentiers, est depuis trente ans l’ennemi public n°1. Les impôts sur les entreprises et sur les riches ont massivement diminué. On a tout voulu faire passer par le marché, et on s’aperçoit qu’il est n’est pas seulement une ressource inépuisable de capitaux. Les entreprises se portent souvent bien, même si un système de comptabilité absurde fait chuter leur valeur en bourse alors que le volume d’échange d’actions a rarement été aussi faible. L’Europe reste attractive pour les investisseurs. La valeur de l’euro ne s’est pas effondrée. On est loin du sauve-qui-peut ! Le chiffre de la dette rapporté au PIB d’une seule année montre bien les absurdités du courtermisme. Il en est de même de la logique d’étouffement de la consommation par l’austérité - surtout si on n’a pas les capacités de se projeter sur les immenses marchés émergents. La nouvelle configuration de la puissance montre qu’il faut du politique. La construction européenne est née du politique, avant de se figer dans des règles… qui n’ont même pas été respectées. Mais on a vendu aux peuples l’Europe libérale en promettant monts et merveilles, lors de l’Acte Unique en 1986, lors de Maastricht, ou lors de la création de l’Euro. Faut-il vendre désormais plus d’Europe en faisant au contraire craindre la catastrophe et en demandant des sacrifices, la plupart du temps aux moins aisés ? Les fondations ne seront guère solides. Le problème est que la génération actuelle des hommes politiques n’a pas de vision à long terme, et que la dramatisation de la crise provoque des crispations nationales et électorales. Surtout, cette génération a une vision technocratique des enjeux, alors que la plupart des règles sont fixées par les lobbies bancaires… auxquels elle est toujours plus liée. Est-ce une vision politique que de se précipiter vers une solution chinoise ? L’Europe reste le premier pôle économique mondial. Américains et Chinois pensent intérêt américain et intérêt chinois. Mais qui pense en termes d’intérêt européen ? »


Comme le rappelle William Martin dans son livre « Histoire de la Suisse» : « En insistant sur les concordances plutôt que sur les oppositions, les historiens ne font pas une œuvre arbitraire. L’histoire est un choix. Un historien qui ne saurait pas choisir n’arriverait jamais au bout même d’une monographie. La valeur d’un livre d’histoire résulte de la qualité du choix sur lequel il repose. Le choix n’est pas tout. Il n’est rien sans l’explication. Pour éclairer une époque, quelques données suffisent, pourvu qu’elles soient bien choisies et reliées entre elles. Un événement, c’est une cause qui prend le dessus sur d’autres causes ou une conséquence. L’histoire est une chaîne. Entourez les événements de quelques explications, reliez-les entre eux, montrez leurs causes et leurs conséquences principales, leur enchaînement logique, et vous les verrez prendre, sur le fond gris du passé, un relief inattendu. »

Commentaire : Que choisiront les historiens des moments que nous vivons ? Comment éclaireront-ils de leurs explications les causes et les conséquences des actes politiques ? Avec quel relief ? Si j’ai bien une certitude, c’est que Pierre Grosser avec sa rigueur, sa hauteur de vue et d’analyse sera l’Historien de notre Histoire. La justesse et l’à propos de son écrit ne peuvent que trancher avec le silence assourdissant de ses confrères. Confrères qui, en se taisant, couvrent les amalgames des politicards et des financiers. Amalgames politicos-financier (ou l’inverse) aussi réducteurs qu’opportunistes pour la vente de leur « sauce ».
Je propose aux associations de CIF, courtiers etc…de proposer à leurs adhérents de suivre une formation avec l’historien Pierre Grosser. A n’en pas douter, les auditeurs sortiront en ayant pris une bouffée d’oxygène dans la compréhension des moments que nous vivons.

Jacques Attali dans « L’Express » du 23 novembre 2011

Article intitulé : Pour sauver l'Europe, l'Allemagne doit sortir de quatre illusions.
« L'Allemagne et la France se sont trouvées, à quatre reprises en un siècle, chacune à son tour, en situation de pouvoir, par des décisions absurdes ou honteuses, transformer l'Europe en un champ de ruines. Et elles l'ont fait. En 1914, toutes les deux ont participé à l'engrenage qui a conduit à la Première Guerre mondiale. En 1919, c'est la France qui a pris la mauvaise décision, en exigeant de l'Allemagne qu'elle paie le prix de la guerre. En 1933, c'est l'Allemagne qui a pris le mauvais chemin, en choisissant Hitler comme chancelier. En 1936, c'est la France qui commit l'erreur de laisser le Führer réoccuper la Ruhr, ouvrant la voie à la deuxième tragédie du XXe siècle. A chaque fois une autre décision était possible, qui aurait fait de ce temps une ère d'abondance. Aujourd'hui, c'est à nouveau au tour de l'Allemagne de tenir dans sa main l'arme du suicide collectif du continent le plus avancé du monde. Si elle refuse d'accepter la voie étroite qui passe par le rachat par la BCE des obligations arrivées à maturité, suivi de l'émission d'une dette souveraine européenne, remboursée par deux points de TVA européenne, et d'une réforme des traités permettant de mieux contrôler les laxismes des uns et les égoïsmes des autres, la catastrophe aura lieu. Pour que Berlin ne soit pas, une fois de plus, responsable d'un suicide européen, l'Allemagne doit sortir de quatre illusions.  1. Elle n'est pas le bon élève de l'Union, qui refuse de payer pour les erreurs des autres. Sa dette publique est de 82 % du PIB, pratiquement équivalente à la dette française ; 10 de ses banques, toutes publiques, qui fournissent 20 % des crédits au secteur non financier allemand, sont en très mauvaise situation. Sa consommation d'énergie dépendra de plus en plus du gaz russe, qui représente 37 % de ses importations. Sa démographie est catastrophique, au point que, en 2060, il y aura moins d'Allemands que de Français et que 44 % d'entre eux auront plus de 65 ans, contre seulement 35 % de nos compatriotes, ce qui rendra particulièrement difficile le remboursement de la dette publique outre-Rhin. Enfin, l'avenir de son industrie n'est pas aussi prometteur que le croit l'Allemagne : selon une récente étude anglaise, sur les 100 entreprises les plus innovantes du monde, 11 sont françaises et seulement 4, allemandes.  2. Elle est le premier bénéficiaire de l'Union européenne, qui a financé en partie sa réunification et lui a permis de gagner près de 15 points de part de marché à l'intérieur de la zone euro, et de devenir le premier pays exportateur de produits agroalimentaires en recrutant des salariés d'Europe de l'Est au tarif de leur pays d'origine, ce que la France ne veut et ne peut faire.  3. Elle a tout à perdre à sortir de la zone euro, car cela ruinerait son système bancaire et lui coûterait, selon une étude suisse, de 20 à 25 % de son PIB la première année, et la moitié du reste chacune des années suivantes.  4. Elle croit, à tort, qu'un soutien provisoire de la BCE à la liquidité des banques et des Etats européens entraînerait une inflation massive, qui ruinerait ses vieux, majoritaires, alors qu'il ne peut y avoir d'inflation massive quand le chômage est aussi élevé et quand la financiarisation de l'économie freine la transmission de la monnaie vers l'économie réelle. »                                                                                    

N.R dans « Les Echos » du 23 novembre 2011

Article intitulé : La Caisse des Dépôts n’exclut pas d’être dans le rouge en 2011  
« Pour la deuxième fois dans son histoire, l’institution quasi bicentenaire pourrait être en pertes en 2011. « J’ai le ferme espoir que nous restions positifs, mais si le niveau de la Bourse devait baisser de l’ordre de 15 à 20 %, nous pourrions être un tout petit peu en dessous de zéro », a reconnu hier sur BFM le directeur de la Caisse des Dépôts (CDC), Augustin de Romanet. En septembre, il prévoyait« un fort bénéfice »mais de par sa nature d’investisseur de long terme, la Vieille Dame de la rue de Lille est actionnaire de nombreuses sociétés du CAC 40. Elle est donc très exposée aux variations de l’indice phare de la Bourse de Paris, qui a perdu près de 24 % depuis le début de l’année. En 2008, le CAC 40 avait perdu 42,68 %, entraînant pour la CDC une perte de 1,5 milliard d’euros. Augustin de Romanet a cependant précisé que l’institution financière était« extrêmement solide », avec un ratio de solvabilité de plus de 20 %, et qu’elle ne souhaitait pas augmenter son endettement actuellement bas. »


Commentaire : Encore et toujours les dégâts du système de cotation actuel ! « Quelques titres » échangés et une valorisation baissant de plusieurs milliards. Hier, un CAC 40 annoncé avec une baisse de -1,68% alors qu’en prenant les volumes échangés cette baisse devient -0,0128%. Plus de 99 % de la volatilité (différence entre la baisse de 1,68 et de 0,0128) est due au fait du système de cotation. Imaginez que la perte annoncée dans cet article de 1,5 milliards d’euros soit ramenée à 15 millions. Cherchez l’erreur !

Florence Autret dans « La Tribune » du 18 novembre 2011

Article intitulé : Le silence assourdissant de Paris sur les réformes institutionnelles bloque toute avancée

« Jusqu'à 1991, comme le rappelait récemment l'économiste André Sapir, la Bundesbank exerçait seule le pouvoir monétaire en Europe, les autres banques centrales étant forcées d'ajuster leur politique de taux sur la sienne. Avec l'Union monétaire, l'Allemagne a accepté de partager ce pouvoir, permettant à la France, à la Belgique, à l'Italie, de recouvrer une souveraineté qu'elles avaient perdue de facto. En échange, ces pays n'ont que virtuellement concédé de la souveraineté budgétaire puisque le Pacte de stabilité n'a pas été appliqué. Pourquoi donc l'Allemagne ferait-elle crédit une seconde fois ? »

Dans « Boursorama » du 17 novembre 2011

Article intitulé : L'Espagne emprunte à un taux record à trois jours des élections :
« Les marchés ont accentué leur pression sur l'Espagne jeudi, lui imposant un taux record pour se financer, à trois jours d'élections qui devraient porter au pouvoir un gouvernement de droite, dont le probable chef tente de rassurer en promettant une rigueur draconienne. A 6,975%, le taux d'intérêt concédé par le Trésor, pour emprunter 3,563 milliards d'euros à dix ans, est non seulement très proche du seuil des 7%, considéré comme dangereux par les analystes, mais c'est aussi un record depuis la création de la zone euro, selon DowJones Newswires. Lors de la dernière opération similaire, le 20 octobre, le taux n'était que de 5,433%. Certes, la demande pour la dette espagnole est toujours là, dépassant jeudi les 5,5 milliards, mais devant les taux élevés le Trésor n'a placé qu'un montant dans le milieu de la fourchette souhaitée (3 à 4 milliards). "Est-ce que la BCE va continuer à acheter (des obligations espagnoles et italiennes) ou est-ce que cela va être une autre formule? Il semble y avoir un silence complet en ce moment". Le chef du gouvernement José Luis Rodriguez Zapatero a lui aussi exigé une "réponse immédiate" de l'Europe face à ces turbulences: "ce que nous voulons ce n'est pas qu'un, deux ou trois gouvernements prennent les commandes, mais que l'Europe le fasse". "En Grèce et en Italie, (les marchés) ont imposé un changement de gouvernement, et cela s'est passé, mais donc le risque se déplace vers un autre pays faible". "Si les marchés perçoivent que (le nouveau gouvernement) ne va pas agir avec la détermination nécessaire, ils augmenteront encore la prime de risque espagnole et forceront le nouveau gouvernement à prendre plus au sérieux les mesures de rigueur", ajoute Daniel Pingarron, de la maison de courtage IG Markets. »


Commentaire : Les « marchés » étouffent les pays qu’ils ont mis à mal, pour mettre en place les gouvernements qui les serviront au mieux. Les marchés tiennent les gouvernements, les instances de contrôles et de supervision et le juridique. Astucieux ou vicieux ?                                                                                        


Dans « Boursorama » du 17 novembre 2011

Article intitulé : L'Espagne emprunte à un taux record à trois jours des élections :
« Les marchés ont accentué leur pression sur l'Espagne jeudi, lui imposant un taux record pour se financer, à trois jours d'élections qui devraient porter au pouvoir un gouvernement de droite, dont le probable chef tente de rassurer en promettant une rigueur draconienne. A 6,975%, le taux d'intérêt concédé par le Trésor, pour emprunter 3,563 milliards d'euros à dix ans, est non seulement très proche du seuil des 7%, considéré comme dangereux par les analystes, mais c'est aussi un record depuis la création de la zone euro, selon DowJones Newswires. Lors de la dernière opération similaire, le 20 octobre, le taux n'était que de 5,433%. Certes, la demande pour la dette espagnole est toujours là, dépassant jeudi les 5,5 milliards, mais devant les taux élevés le Trésor n'a placé qu'un montant dans le milieu de la fourchette souhaitée (3 à 4 milliards). "Est-ce que la BCE va continuer à acheter (des obligations espagnoles et italiennes) ou est-ce que cela va être une autre formule? Il semble y avoir un silence complet en ce moment". Le chef du gouvernement José Luis Rodriguez Zapatero a lui aussi exigé une "réponse immédiate" de l'Europe face à ces turbulences: "ce que nous voulons ce n'est pas qu'un, deux ou trois gouvernements prennent les commandes, mais que l'Europe le fasse". "En Grèce et en Italie, (les marchés) ont imposé un changement de gouvernement, et cela s'est passé, mais donc le risque se déplace vers un autre pays faible". "Si les marchés perçoivent que (le nouveau gouvernement) ne va pas agir avec la détermination nécessaire, ils augmenteront encore la prime de risque espagnole et forceront le nouveau gouvernement à prendre plus au sérieux les mesures de rigueur", ajoute Daniel Pingarron, de la maison de courtage IG Markets. »

Commentaire : Les « marchés » étouffent les pays qu’ils ont mis à mal, pour mettre en place les gouvernements qui les serviront au mieux. Les marchés tiennent les gouvernements, les instances de contrôles et de supervision et le juridique. Astucieux ou vicieux ?

François Vidal dans « Les Echos » du 14 novembre 2011

Article intitulé : Transfert de souveraineté  
« En Europe, les investisseurs sont au pouvoir. Ils ont la capacité d’influer sur la conduite des affaires économiques d’un pays, de faire ou de défaire les gouvernements. Ces attributs habituellement dévolus au peuple souverain sont passés entre leurs mains. Dernier exemple en date, le putsch financier réussi en Italie. En dépit d’efforts répétés, ni les juges ni l’opinion publique italienne n’avaient pu obtenir le départ de Silvio Berlusconi. Il aura suffi de quelques jours de fortes tensions sur les taux auxquels Rome s’endette pour que les marchés l’obtiennent. Qu’on le veuille ou non, la politique du Vieux Continent se fait désormais à la corbeille ! Comment en est-on arrivé là ? Le tournant a eu lieu en mars 2005. Lorsqu’au lieu de se mettre à la diète, la France et l’Allemagne ont obtenu l’assouplissement du Pacte de stabilité européen au nom d’une lecture moins technocratique des fameux critères de Maastricht. Ils ont alors ouvert la voie à un dérapage des finances publiques dans l’ensemble de la zone euro. Depuis, déficit et endettement n’ont cessé de se creuser dans des proportions que la crise de 2008-2009 a fortement accrues. Résultat, le titre de propriété de la maison Europe a aujourd’hui changé de mains. Et le nouveau propriétaire s’inquiète pour le paiement du loyer. On peut évidemment juger cette anxiété très exagérée. Il n’empêche, le degré de dépendance de certains de ses membres est tel que ces derniers n’ont plus d’autre choix que de donner des gages à leurs créanciers. Car, avec l’Italie, c’est son cœur qui est désormais atteint. Et, au rythme actuel, le tourbillon pourrait bientôt emporter la Belgique, voire la France si l’on en juge par l’évolution de leurs taux d’intérêt. Pour reprendre la main, il faut donc d’urgence s’engager sur la voie du fédéralisme. Cela supposera évidemment des abandons de souveraineté significatifs. Mais le sacrifice à consentir n’est finalement pas si grand, puisque cette souveraineté est aujourd’hui virtuelle, soumise, en dernier ressort, à l’arbitrage des investisseurs. » 


Frédéric Lemaître dans « Le Monde» du 13 novembre 2011

Article intitulé : M. Schäuble pour une " vraie révolution " en Europe
« Il faut créer des structures politiques qui feront converger les politiques budgétaires. Il faut maintenant aller jusqu'à la modification des traités. C'est le chemin à emprunter pour montrer aux investisseurs du monde entier que la monnaie européenne est stable et que tous les Etats membres sont résolus à en faire une monnaie de réserve mondiale, stable et digne de confiance, et ce de façon pérenne. Quelles fautes ont commis les Français et les Allemands pour que la crise grecque devienne une crise européenne ? Ce sont les êtres humains qui font des erreurs, pas les gouvernements. Nous avons constaté que le Pacte de croissance et de stabilité ne suffit pas à assurer la convergence économique nécessaire pour assurer la stabilité de cette zone monétaire. Malheureusement Paris et Berlin n'ont pas respecté le pacte dans le passé, ce qui a été une erreur. Deuxième raison : quand nous avons créé ce pacte, nous n'avons pas prévu l'" accélération " des marchés financiers, et ce que l'on appelle le risque de contagion. En fait, c'est une conséquence de la révolution des technologies de l'information. On n'avait pas prévu qu'un phénomène qui se produit en Amérique latine puisse avoir des effets en Europe en quelques secondes et vice versa. Il faut en tirer des enseignements. C'est ce que nous faisons en créant de meilleures structures de régulation des marchés financiers. Egalement en créant une taxe sur les transactions financières qui ralentit le rythme de ces opérations. L'Allemagne et la France feront tout pour que la Grèce reste dans la zone euro, si tant est qu'Athènes le souhaite et respecte ses obligations. C'est ce que M. Sarkozy et Mme Merkel ont dit de façon amicale mais ferme à Georges Papandréou - alors premier ministre grec - lors du G20 de Cannes. Le peuple grec doit décider s'il peut et s'il souhaite accepter les contraintes qu'impose le maintien de leur pays dans la zone euro ».

Commentaire : « M. Sarkozy et Mme Merkel ont dit de façon amicale mais ferme à Georges Papandréou - alors Premier Ministre grec - lors du G20 de Cannes. Le peuple grec doit décider s'il peut et s'il souhaite accepter les contraintes qu'imposent le maintien de leur pays dans la zone euro », voilà une version qui met à mal tous les commentaires (« Irresponsable » et « indigne de confiance » pour Merkel-Sarkozy, « fossoyeur de son pays » selon les caciques de la droite grecque, comme le rappelle Daniel Cohn-Bendit dans « le Nouvel Observateur » du 10 novembre), sans parler des réactions des marchés financiers qui ont lieu sur la responsabilité de Georges Papandréou dans l’idée du référendum. Où quand les politiques se trahissent eux-mêmes ! Il est vrai que, comme les politiques le disent eux-mêmes, « L’Europe avance dans les crises ». Les politiques créeraient ils volontairement des crises pour faire avancer l’Europe ? Et pourtant, Ariel Wizman dans « L’Express » du 9 novembre 2011 « La Grèce pendant l’humiliation barbare, fut contrainte de prêter à l’Allemagne 476 millions de reichsmarks de l’époque. Bégaiement de l’histoire, pendant cette période, le premier ministre du gouvernement grec en exil au Caire, qui sera chef du gouvernement d’union nationale à la Libération, s’appelait…Georges Papandréou. Il était le grand-père de l’actuel chef du gouvernement. L’Allemagne ne s’est pas acquittée des dettes qui ont été fixées, par un traité international de 1953 à 41 milliards de dollars de l’époque, pour la seule Allemagne de l’Ouest. Il faut y ajouter le remboursement de l’emprunt forcé et de ses intérêts. Outre 115 millions de Deutschmarks versés en 1960, ces sommes étaient dues par l’Allemagne à échéance de sa réunification, réalisée en 1990. Rien n’a été payé. Ce qui a fait dire à Albrecht Ritschl, professeur d’économie à la London School of Economics, dans le Spiegel, que « l’Allemagne est le plus grand responsable de la dette du XXe siècle. »


Piotr Smolar dans « Le Monde » du 12 novembre 2011


Article intitulé : Les Etats désunis d'Europe

 « Seules les crises font avancer l'Europe. Telle est la bouée à laquelle s'agrippent ses partisans, en pleine mer démontée. Pourtant, la situation est paradoxale : la solution fédérale recueille un assentiment inédit chez les dirigeants et les experts, alors même que la confiance des peuples dans l'Union européenne se disloque et que sa renationalisation se confirme. Certes, l'idée d'une discipline budgétaire est enfin admise sur le continent entier, pour que le feu grec ne s'étende pas. Mais derrière ce consensus subi, voici la réalité : les grandes capitales ont repris la main, les institutions européennes sont inaudibles. La crise ne se résume pas à une affaire de dettes. Elle a un coeur politique. Les nations - surtout deux d'entre elles, l'Allemagne et la France - ont décidé de répondre à la plus grave remise en cause de la maison commune en confisquant les clés. C'est la victoire par KO du Conseil sur la Commission, au mépris de la pratique du consensus à Vingt-Sept. Mais aucune solution durable n'émergera tant que les Européens n'auront pas affronté un paradoxe historique. Depuis vingt ans, ils construisent une maison sans plan d'architecte. " On avance en marchant ", nous disait-on. Malgré la réussite éclatante de l'élargissement en 2004 (Pologne, République tchèque, etc.), un sentiment de fuite en avant s'est imposé. Les intérêts nationaux ont repris le dessus. Aujourd'hui, dans la fébrilité générale, la France et l'Allemagne essaient d'imposer un simili de gouvernance économique, une camisole passée aux Etats en faillite. Quelle ironie de voir la France " délinquante ", qui a si peu respecté les critères de Maastricht sur l'endettement, se métamorphoser en gendarme ! C'est justement lors du débat sur le traité de Maastricht, signé en 1992, que ce défaut de fabrication dans l'Europe politique avait émergé. Depuis, l'idée même d'un référendum sur l'Europe suscite l'effroi. Les dirigeants ont peur de leurs peuples aux abois, laminés par la crise. Seuls les gouvernements polonais et estonien ont été reconduits lors d'élections législatives en 2011. Une tendance prospère : le repli sur soi, sur sa famille, sur son identité. Les capitales ne pourront reporter sans fin l'enjeu de la légitimité démocratique de Bruxelles. »


Commentaire : « « Depuis vingt ans, ils construisent une maison sans plan d'architecte. " On avance en marchant ", nous disait-on ». Pour ma part, je pense que cette phrase est réductrice. En effet, l’Europe est inscrite comme objectif depuis la Charte de l’Atlantique. On ne peut faire de plan que lorsque l’on a l’accord de toutes les parties pour réfléchir au type de construction. En l’occurrence, lorsque l’on construit un des outils de la Paix mondiale, à savoir une régionalisation mondiale, il faut laisser à cette dernière le temps de se constituer et de se structurer. Nous n’avons pas à construire une maison, mais nous avons à construire des millions de maisons en même temps. Maisons réalisées sur différents terrains, de différentes surfaces, de différents styles, avec différents matériaux… L’Europe est historiquement une des plus belles réussites politiques. Pour preuve, il est paradoxal de constater que les gouvernements des pays de l’Est comme la Pologne et l’Estonie ont été reconduis en 2011 alors que des doutes forts persistent sur ce point pour les pays « fondateurs » et les plus puissants. L’Europe de la Paix fonctionne…l’Europe de la financiarisation débridée ne fonctionnera pas. L’Europe des lobbies sera l’Europe des révoltes ou de la déchéance.

Philippe Gonnet, propos de Pascal Lamy, directeur de l’OMC, dans « Le Dauphiné » du 11 novembre 2011

Article intitulé : Pascal Lamy : « Le fédéralisme, c’est la prochaine étape »

« Ce qui se passe en Grèce concerne une partie infime de l’économie européenne. Je note en outre d’une part que l’on se préoccupe d’un endettement public antérieur à la crise, d’autre part que le Japon et les Etats-Unis sont confrontés aux mêmes types de problèmes. Que des gouvernements chutent, c’est normal ; ce sont qui ne chutent pas qui constituent l’exception…Il y a bien évidemment un problème de régulation des marchés qui se pose. Mais il est assez cocasse qu’on dise le lundi « Souscrivez à ma dette ! » et qu’on s’indigne le mardi sur le monde « Qui sont ces loups qui veulent me dévorer ? »

Patrick Saint-Paul dans « Le Figaro » du 11 novembre 2011

Article intitulé : Merkel veut plus de fédéralisme
« Mercredi, Angela Merkel a ainsi affirmé qu’il était grand temps que l’union européenne modifie ses règles de fonctionnement. « Il est temps de réaliser des progrès vers une Europe nouvelle, a-t-elle dit. Une communauté qui dit, quoi qu’il se passe dans le reste du monde, qu’elle ne pourra plus changer ses règles fondamentales ne peut tout bonnement pas survivre. J’en suis convaincue. » « Parce que le monde change considérablement, nous devons être prêts à répondre aux défis. Cela signifiera davantage d’europe, et non le contraire », a-t-elle ajouté. La chancelière ne dévoile pas encore sa vision dans le détail. Cependant, elle appelle implicitement à d’avantage d’intégration, à des abandons de souveraineté et donc à plus de fédéralisme. « Les soucis irlandais sont des soucis slovaques. Les soucis grecs sont des soucis néerlandais. Les soucis espagnols sont des soucis allemands, ou italiens », a-t-elle plaidé. Son ministre de l’environnement, Norbert Röttgen, l’une des étoiles montantes du parti, affiche encore plus clairement le message fédéraliste. Viceprésident de la CDU, il réclame des transferts de souveraineté à l’union européenne pour les politiques économiques et monétaires, la défense, la diplomatie, la protection du climat et de la biodiversité. « Concrètement, les États nationaux ne perdraient rien qui n’ait déjà été confisqué par la mondialisation », affirme Röttgen. »


Dans « Boursorama » du 11 novembre 2011

Article intitulé : Obligations : nouveau record d'écart des taux français et allemands, l'Italie respire
 « L'écart entre le taux à 10 ans de l'Allemagne et de la France a atteint un nouveau record depuis la création de la zone euro jeudi sur le marché obligataire, où l'Italie a elle retrouvé un peu d'air. Signe du manque de confiance des investisseurs dans la zone euro, le "spread", ou écart de taux entre Paris et Berlin, pourtant notés l'un et l'autre "triple A", a été propulsé à un nouveau plus haut. Cette tendance reflète surtout la forte hausse du taux à 10 ans français, qui grimpait à 3,456% (contre 3,189% mercredi à la clôture). De son côté, le rendement de son homologue allemand se tendait dans des proportions bien moindres à 1,776% (contre 1,719%). Pour Cyril Régnat, stratégiste obligataire chez Natixis, l'écart entre l'Allemagne et la France est "difficile à expliquer". " La pression s'est en revanche amoindrie sur l'Italie, qui voyait ses taux reculer à 6,873% (contre 7,226%), après un record à 7,483% la veille. En Grèce, le taux à 10 ans se tendait à 26,918% (contre 26,362%). L'ex-vice président de la Banque Centrale Européenne, Lucas Papademos, 64 ans, un des artisans de l'ancrage grec à l'euro, a été chargé jeudi par le président de la République de former un gouvernement de coalition. Hors zone euro, le taux du Gilt britannique progressait à 2,228% contre 2,176% la veille, jour où il a atteint un plus bas historique en séance à 2,115%. Outre-Atlantique, le rendement du bond du Trésor à 10 ans montait à 2,062% contre 1,995% mercredi tout comme celui à 30 ans à 3,113% contre 3,028%. Les taux à trois mois étaient nuls, alors qu'ils étaient à 0,01% mercredi. »


Commentaire : Comment ne pas mettre en cause la gestion de la reprise de la Grèce alors même qu’on lui applique un taux de 26,91% ? Soit plus que le doublement sur quatre ans, alors même qu’elle est intégrée à l’Europe et qu’il est reconnu que la situation actuelle de la Grèce découle plus d’erreurs dans la gestion politique que dans le dossier lui-même ?

Pour rappel : Elie Cohen, propos recueillis par Christelle Dupraz, dans « Le Dauphiné Libéré » du 28 octobre 2011 Article intitulé : Grèce : “Toute cette dramaturgie était inutile”  "Toute cette dramaturgie était inutile car on aurait pu rédiger les termes de cet accord depuis deux semaines ! Dans des négociations, il y en a toujours qui veulent tirer un avantage, là, c’est le lobby bancaire qui ne voulait pas dépasser 40 % pour la décote de la dette grecque alors que les gouvernements en voulaient 60 %. Finalement, ils sont tombés d’accord sur 50 %." "-La Grèce est toujours insolvable même si on supprime 100 milliards de sa dette de 350 milliards. Si tout se passe bien, le niveau de la dette grecque sera dans 10 ans, à 120 % du PIB, soit le niveau de l’Italie aujourd’hui, qui est intenable. »

Alain Faujas et Claire Gatinois dans « Les Monde » du 19 octobre 2011 Article intitulé : M. Delors dénonce le " coup de poker " de Sarkozy et Merkel « J'ai dit cet été que l'euro était au bord du gouffre. Je suis désolé d'avoir eu raison. Les Européens ont réagi trop tard, trop peu et dans un climat de cacophonie. Que pensez-vous de la recapitalisation réclamée aux banques européennes ? C'est un coup de poker avec un petit côté " flambeur ". On joue le coup d'après - la recapitalisation des banques - sans avoir achevé le coup précédent - l'application de l'accord du 21 juillet. L'économiste Patrick Artus, en prenant l'hypothèse d'un défaut de 50 % pour la dette de la Grèce, a conclu qu'il n'y avait pas le feu au lac même s'il faudra, bien sûr, passer aux règles de Bâle III et renforcer la solidité des banques. L'assaut d'une spéculation irrationnelle peut-il être stoppé par des ressources rationnelles et d'application difficile comme la recapitalisation des banques ? Et dans quels délais pour imposer notre crédibilité aux marchés ? Que pensez-vous des remèdes imposés à la Grèce ? En trois ans, la Grèce aura perdu plus de 10 % de son produit intérieur brut (PIB). Quel effort raisonnable peut-elle réaliser dans ces conditions pour réduire son déficit ? On lui demande de privatiser, mais qui ne connaît les vautours du marché ? Comment voulez-vous qu'un pays aux abois négocie au mieux ses privatisations ? Il aurait fallu mettre ses entreprises publiques dans une structure, les évaluer à un prix raisonnable, donner l'argent correspondant aux Grecs et consolider ces actifs et les vendre au bon moment. C'est du bon sens. »
Pierre Larrouturou, diplômé de l’Agro et de Science Po dans « Le Monde » du 25 octobre 2011 Article intitulé : Pourquoi les " indignés " ont raison « Avec une telle cagnotte, le Parlement européen aurait réglé la crise grecque en quelques semaines sans demander le moindre effort aux citoyens et sans attendre le feu vert de seize Parlements nationaux. Et ce qui n'était qu'un problème modeste à l'origine (coût estimé à 50 milliards d'euros en 2009 et 110 milliards aujourd'hui) n'aurait jamais pris les proportions que la crise grecque a prises depuis quelques semaines.» Commentaire : Rappel très intéressant. Cela dit, il ne faut pas oublier que les lobbies sont aujourd’hui très structurés et qu’ils font partie intégrante du processus de décision quand ce n’est pas être LE processus de décision. On s’aperçoit bien à la lecture de cet article que certaines crises ont été créées volontairement pour être le support de stratégies « politiciennes » en tout point. Comme toujours lorsque le politique n’est plus que le reflet de l’affairisme ou du carriérisme, nous retrouvons des sommets faits de « de mensonges et de lâchetés »….


Frank Paul Weber dans « La Tribune » du 10 novembre 2011

Article intitulé : Pour les exportateurs allemands le plan Fillon est « insuffisant »

« Selon Anton Börner, président de la Fédération des exportateurs allemands » le rapprochement entre Paris et Berlin est tout simplement impossible. « La mentalité des Français est beaucoup plus proche de celle des Italiens que de celle des Allemands », explique-t-il. S’attendant à terme à un éclatement de la zone euro, il ne s’en alarme pas outre mesure, un « bloc monétaire avec l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche, la Finlande, peut-être le Danemark » devant s’y substituer. »

Elie Cohen, propos recueillis par Christelle Dupraz, dans « Le Dauphiné Libéré » du 28 octobre 2011

Article intitulé : Grèce : “Toute cette dramaturgie était inutile”
"Toute cette dramaturgie était inutile car on aurait pu rédiger les termes de cet accord depuis deux semaines ! Dans des négociations, il y en a toujours qui veulent tirer un avantage, là, c’est le lobby bancaire qui ne voulait pas dépasser 40 % pour la décote de la dette grecque alors que les gouvernements en voulaient 60 %. Finalement, ils sont tombés d’accord sur 50 %." "-La Grèce est toujours insolvable même si on supprime 100 milliards de sa dette de 350 milliards. Si tout se passe bien, le niveau de la dette grecque sera dans 10 ans, à 120 % du PIB, soit le niveau de l’Italie aujourd’hui, qui est intenable. Le problème des pays qui ont des difficultés à se financer sur les marchés persiste. Ou ils font les efforts nécessaires et ils arriveront à se financer, sinon, nous verrons encore les mesures spéculatives agir et il faudra une intervention de la Banque centrale européenne ou du Fonds européen de stabilité financière (FESF). Un immense problème est apparu ces dernières semaines : tous les pays font en même temps un effort pour réduire leur dette alors que le système bancaire prend moins de risques et fait donc moins de crédit. C’est un double cercle vicieux qui favorise le passage d’une crise financière à une crise économique. "Si la Chine voulait prendre des risques sur la crise de la dette, si elle voulait acheter de la dette grecque ou italienne sur les marchés, elle serait la bienvenue. Mais la Chine est prête à abonder le Fonds en échange de contreparties qu’on ne connaît pas. Il y a notamment deux choses qui peuvent intéresser la Chine : être considérée comme une économie de marché normale au sein de l’OMC (ce qui lèverait les restrictions sur les investissements et les exportations chinoises dans l’Union européenne, ndlr) et la surveillance du FMI quant à la possible manipulation de sa monnaie. Dans le cas de contreparties politiques, la question est de savoir si l’on a vraiment intérêt à le faire ?"

                                                                               
Florence Autret dans « La Tribune » du 27 octobre 2011

Article intitulé : L'austérité comme seule réponse au défi de la dette souveraine
« Cette offre politique, parce qu'elle semble en ligne avec les critères de Maastricht, satisfait la demande allemande de rigueur et d'austérité. En conséquence, la réponse européenne à la crise reste pour l'instant essentiellement une politique d'austérité et de désengagement public. Or, ces choix sont contestés. Les économistes, comme Paul Krugman, voient dans cette austérité coordonnée la recette de la prochaine récession. Les États-Unis plaident, jusqu'à présent en vain, pour un peu de relance. Surtout, même les plus fédéralistes qui voient dans la crise une occasion de progresser vers l'union politique, s'interrogent à la fois sur le bien-fondé et sur la légitimité de cette politique. »                                                                                              

Arnaud Leparmentier dans « Le Monde » du 26 octobre 2011

Article intitulé : De la crise de l'euro à celle de l'Europe politique
« Une même crise, mais des mots différents pour la qualifier. En France, on parle sauvetage de la Grèce, recapitalisation des banques, création d'un fonds européen pour voler au secours des Etats en faillite. En Allemagne, les responsables politiques en sont à l'étape suivante, et tentent de tirer les conséquences politiques de cette crise, la plus grave qu'ait jamais connue l'Union européenne. Ils ont de nouveau le mot " fédéralisme " à la bouche, la ministre de la santé de la chancelière allemande Angela Merkel, Ursula von der Leyen, allant jusqu'à employer le mot " Etats-Unis d'Europe ", prononcé par Winston Churchill, à Zurich, en 1946. Étonnante différence d'approche, à la veille du conseil européen qui doit décider, mercredi 26 octobre, du sauvetage de l'euro. Les Français restent sur le terrain de jeu fixé par les marchés financiers, tandis que les Allemands, à la tête de la première puissance économique du continent, définissent le débat en termes politiques, dans le cadre d'une démocratie parlementaire mature. Le sujet est politique. Nicolas Sarkozy s'inquiète de la faible conscience qu'en ont ses concitoyens. " Notre destin se joue dans les dix jours ", a-t-il lancé, le 18 octobre, à l'Elysée, parlant de guerre et de paix, comme jadis le chancelier Helmut Kohl (1982-1998). " Ceux qui détruiront l'euro prendront la responsabilité de la résurgence de conflits sur notre continent ", a-t-il averti. Les plus fédéralistes, à l'instar du social-libéral Jean-Pierre Jouyet, retrouvent espoir. " C'est la grande ironie de l'Histoire : ce sont les marchés financiers qui vont imposer l'Europe politique ", assure l'ex-secrétaire d'Etat aux affaires européennes. Le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), le socialiste Pascal Lamy, résume l'enjeu. " La réalité se rappelle à ceux qui voulaient faire l'euro sans l'union politique. Aujourd'hui, c'est un pas en avant ou trois pas en arrière : si on fait sauter l'union monétaire, on fera ensuite sauter le marché intérieur puis l'union douanière. On se retrouvera chacun chez soi, dans un monde encore plus globalisé. " Le Vieux Continent est sous la menace d'un détricotage d'une Europe fondée sur l'économie, depuis la mise en commun du charbon et de l'acier en 1951, le Marché commun, créé avec le traité de Rome de 1958 et achevé par l'Acte unique de 1986, le tout couronné par l'euro lancé à Maastricht en 1991. Les Français se sont toujours crus fédéralistes... à condition d'être certains que leur point de vue s'impose. Ils n'ont jamais fait le choix de l'Europe politique. » 


Commentaire : La crise actuelle est issue de la création du dernier étage de l’Europe. Paradoxalement (pour moi), ce sont les Allemands, qui en étant prêt à abandonner leur souveraineté en faveur de l’Europe, sont en avance sur les Français qui ont difficile à joindre leurs actes à leurs paroles. Cela dit, cela se fera car le Président de la République a totalement raison « parlant de guerre et de paix », comme jadis le chancelier Helmut Kohl (1982-1998) ». Le problème est certainement que l’on n’a jamais expliqué clairement l’Europe et la mondialisation aux citoyens et que beaucoup de politiciens ne jouent que leur carte personnelle en se contentant de suivre le sens du vent.

Pierre Larrouturou, diplômé de l’Agro et de Science Po dans « Le Monde » du 25 octobre 2011

Article intitulé : Pourquoi les " indignés " ont raison
« La question de la dette des Etats est très importante (entre 80 % et 90 % du PIB en France et en Allemagne), mais au lieu de bloquer les retraites et de couper dans le financement de la santé ou de l'éducation, ne faut-il pas utiliser tous les leviers fiscaux possibles pour récupérer une bonne part de la " dette des marchés ", ces 150 % du PIB que les 0,2 % les plus riches doivent aux peuples de nos pays, si on considère que le partage entre salariés et actionnaires était juste et efficace dans les années 1970 ? Les " indignés " ont raison : " Ceci n'est pas une crise, c'est une arnaque ! " Si le diagnostic est faux, il n'y a aucune chance qu'on parvienne à vaincre le mal. Le 19 octobre à Francfort, la chancelière Angela Merkel affirmait qu'il fallait " attaquer la crise à la racine " au lieu de s'attaquer seulement aux symptômes. Elle a parfaitement raison ! Et les racines de la crise, c'est trente ans de chômage et de précarité. C'est à cause du chômage de masse que la part des salaires a tant diminué. C'est à cause du chômage, des petits boulots et des petits salaires que nos économies ont besoin de toujours plus de dette. Le chômage n'est pas seulement une des conséquences de la crise. Il en est l'une des causes premières. Pour sortir de notre dépendance à la dette, il faut réguler les marchés et taxer les plus hauts revenus mais il faut surtout s'attaquer au chômage : c'est seulement en donnant au plus grand nombre un vrai emploi et une vraie capacité de négociation sur les salaires qu'on sortira durablement de la crise. En 1944, avant de convoquer le sommet de Bretton-Woods qui allait reconstruire le système financier, Franklin Roosevelt organisait le sommet de Philadelphie, qui adoptait comme priorité absolue le respect d'un certain nombre de règles sociales : " Il n'y aura pas de paix durable sans justice sociale ", affirmaient Franklin Roosevelt et les autres chefs d'Etat avant de définir des règles sur les salaires, le temps de travail et le partage entre salaires et dividendes... Des règles très concrètes, à respecter dans chaque pays comme dans le commerce mondial. Avant que les néolibéraux ne les démantèlent, ces règles ont permis trente ans de prospérité sans dette. Bonne nouvelle ! Si ce sont des décisions politiques qui nous ont amenés à la crise, d'autres décisions politiques peuvent nous en sortir. La justice sociale n'est pas un luxe auquel il faudrait renoncer à cause de la crise. Au contraire ! Reconstruire la justice sociale est la priorité absolue, le seul moyen de sortir de notre dépendance à la dette. Allons-nous attendre qu'il soit trop tard pour agir ? Quand Franklin Roosevelt arrive au pouvoir, en 1933, il succède à Herbert Hoover, dont le surnom était " Do Nothing " (" ne fait rien "). Le but de Roosevelt n'est pas de " rassurer les marchés financiers " mais de les dompter ! Il lui suffit de trois mois pour mettre en oeuvre quinze réformes majeures. Les actionnaires sont furieux et s'opposent de toutes leurs forces à la loi qui sépare les banques de dépôt et les banques d'affaires, comme ils s'opposent aux taxes sur les plus hauts revenus, mais le président Roosevelt tient bon. Les catastrophes annoncées par les financiers ne se sont pas produites. Et l'économie américaine a vécu avec ces règles pendant un demi-siècle. " We must act ! " répétait Roosevelt. Nous devons agir ! Hélas, depuis 2008, nos dirigeants font preuve d'une inertie aux conséquences dramatiques. Si l'Europe avait créé une taxe Tobin fin 2008, au plus fort de la première crise financière, elle aurait déjà rapporté entre 200 et 600 milliards d'euros, selon les différents scénarios en débat à Bruxelles. Avec une telle cagnotte, le Parlement européen aurait réglé la crise grecque en quelques semaines sans demander le moindre effort aux citoyens et sans attendre le feu vert de seize Parlements nationaux. Et ce qui n'était qu'un problème modeste à l'origine (coût estimé à 50 milliards d'euros en 2009 et 110 milliards aujourd'hui) n'aurait jamais pris les proportions que la crise grecque a prises depuis quelques semaines. Le principe d'une taxe Tobin a été adopté par le Parlement européen, droite et gauche confondues, mais il est toujours " en discussion " dans les méandres du Conseil européen, et les lobbies financiers font tout pour ralentir son adoption définitive... Nos dirigeants discutent encore quand les spéculateurs agissent avec toujours plus de rapidité et d'efficacité. Qu'attendons-nous pour créer enfin cette taxe et rassurer le peuple allemand et les autres peuples d'Europe ? Le G20 va-t-il enfin déclarer la guerre à la spéculation et à l'injustice sociale ? Ce G20 va-t-il retrouver l'esprit de Philadelphie et être à l'origine d'un sursaut de coopération et de justice sociale, ou restera-t-il dans l'histoire comme un sommet de mensonges et de lâcheté, comme les accords de Munich à l'automne 1938 ? Le G20 va-t-il vouloir encore " rassurer les marchés financiers " ou va-t-il enfin décider de les remettre à leur place ? »
Commentaire : Rappel très intéressant. Cela dit, il ne faut pas oublier que les lobbies sont aujourd’hui très structurés et qu’ils font partie intégrante du processus de décision quand ce n’est pas être LE processus de décision. On s’aperçoit bien à la lecture de cet article que certaines crises ont été créées volontairement pour être le support de stratégies « politiciennes » en tout point. Comme toujours lorsque le politique n’est plus que le reflet de l’affairisme ou du carriérisme, nous retrouvons des sommets faits de « de mensonges et de lâchetés ». L’histoire a montré que dans ce cas-là, seule l’action des Peuples pouvait faire changer les choses. C’est bien en monopolisant les capitaux vers la création de l’Avenir, que les Peuples pourront mettre fin à ce cycle. L’Avenir ne se fera pas en retirant les capitaux des marchés, l’Avenir ne se fera pas en achetant de l’immobilier à des prix délirants, l’Avenir ne se fera pas en fermant les yeux sur les valorisations fictives des OPCVM, l’Avenir ne se créera pas en acceptant les compromissions ou les « mollesses » de comportement etc… ; l’Avenir se fera en regardant la réalité en face et en investissant à contre cycle de certains sentiments (crainte, peur, panique, euphorie). Pour cela, il faut que les professionnels organisent, en toute indépendance, leur propre média national d’information et de formation ainsi que des conférences nationales expliquant aux citoyens les marchés ainsi que l’importance de leurs investissements. C’est bien dans ce rôle que les prestataires financiers gagneront leurs lettres de noblesses et par ce fait qu’ils s’imposeront face aux politiciens. Les politiciens sont en train de tuer la concurrence financière par la mise en place de normes qui n’ont comme seul but (à moins que les rédacteurs soient totalement incompétents) d’organiser une concentration sur quelques « copains » ou « lobbies ». Que les politiciens s’appliquent à eux des normes de transparence, de compétence et d’honnêteté. Qu’ils apprennent à payer leurs erreurs et leurs mensonges en devant quitter leur poste et retourner à la vie « civile » sans salaire à vie et autre avantage, sans droit au chômage, comme un chef d’entreprise. Pour l’instant, ils parlent, ils votent et ils donnent des leçons à un monde qu’ils ne connaissent pas, mais qui les fait vivre eux et leur famille et qui paye les pots cassés de leurs erreurs et/ou compromissions. A quand la fin des avantages fiscaux des fonctionnaires européens pour affecter ces montants au remboursement des médicaments des plus nécessiteux qui, aujourd’hui, se voient au nom de l’austérité (issue des erreurs des politiciens) moins remboursés? Il faut que les politiciens mettent fin eux-mêmes à leur impunité, s’ils veulent un jour redevenir crédibles.
                                                                             

Bernard de Montferrand, ancien ambassadeur de France en Allemagne, dans « Le Monde » du 24 octobre 2011

Article intitulé : La France et l'Allemagne devraient converger sans pour autant se copier
« En France, depuis dix ans, on a donné la priorité au revenu là ou les Allemands privilégiaient l'emploi, on a favorisé la consommation alors que nos voisins plaçaient la compétitivité au premier rang. L'Allemagne nous montre que moins de dépenses publiques déficitaires, c'est moins de charges qui pèsent sur les salaires et sur la production. C'est aussi plus d'argent disponible pour la recherche et l'investissement et donc pour l'emploi. Il ne suffit pas de mieux gérer, il faut préserver notre système de solidarité. Par rapport à l'Allemagne la France a réussi à le faire. Tous les rapports de l'OCDE indiquent que la France est l'un des pays où les inégalités ont le moins crû depuis 2008, où le pouvoir d'achat a continué à croître malgré une crise grave et où, depuis dix ans, la rémunération du travail a crû plus rapidement que celle du capital. Mais chacun semble oublier que la plus grave des inégalités est le chômage. Ne nous trompons donc pas de priorité. Comme l'expérience allemande nous le montre, les réformes du marché du travail et l'arrêt des déficits, loin de menacer la solidarité, sont au contraire la clé de sa protection. La société française, sans le dire, choisit le chômage au détriment des plus faibles. Il faut renverser cette logique. Depuis le début de la crise, les Allemands ont fait de grands pas vers nous en acceptant la notion même de gouvernement économique et le principe d'un fonds permanent de soutien, tandis que nous avons, de notre côté, reconnu la nécessité de mettre fin à la drogue de nos déficits. Nous sommes en train de faire une vraie révolution européenne. C'est douloureux ; c'est lent. Mais nous construisons l'Europe économique que l'on avait repoussée lors de la création de l'euro. Cette Europe nous oblige à avoir des politiques budgétaires et des revenus plus proches. C'est notre intérêt. Seule cette convergence nous permettra de montrer que, derrière la fébrilité des marchés et les manoeuvres de ceux que dérangent un euro et une Europe forte, nos fondamentaux sont bien meilleurs que ceux de la plupart des pays industrialisés. Isolé, chacun de nos pays pèse bien peu ; chaque fois que nous sommes ensemble, l'Europe nous suit et notre capacité de négociation avec le reste du monde décuple. »

Alain Faujas et Claire Gatinois dans « Les Monde » du 19 octobre 2011
Article intitulé : M. Delors dénonce le " coup de poker " de Sarkozy et Merkel

« J'ai dit cet été que l'euro était au bord du gouffre. Je suis désolé d'avoir eu raison. Les Européens ont réagi trop tard, trop peu et dans un climat de cacophonie. Que pensez-vous de la recapitalisation réclamée aux banques européennes ? C'est un coup de poker avec un petit côté " flambeur ". On joue le coup d'après - la recapitalisation des banques - sans avoir achevé le coup précédent - l'application de l'accord du 21 juillet. L'économiste Patrick Artus, en prenant l'hypothèse d'un défaut de 50 % pour la dette de la Grèce, a conclu qu'il n'y avait pas le feu au lac même s'il faudra, bien sûr, passer aux règles de Bâle III et renforcer la solidité des banques. L'assaut d'une spéculation irrationnelle peut-il être stoppé par des ressources rationnelles et d'application difficile comme la recapitalisation des banques ? Et dans quels délais pour imposer notre crédibilité aux marchés ? Que pensez-vous des remèdes imposés à la Grèce ? En trois ans, la Grèce aura perdu plus de 10 % de son produit intérieur brut (PIB). Quel effort raisonnable peut-elle réaliser dans ces conditions pour réduire son déficit ? On lui demande de privatiser, mais qui ne connaît les vautours du marché ? Comment voulez-vous qu'un pays aux abois négocie au mieux ses privatisations ? Il aurait fallu mettre ses entreprises publiques dans une structure, les évaluer à un prix raisonnable, donner l'argent correspondant aux Grecs et consolider ces actifs et les vendre au bon moment. C'est du bon sens. »

Catherine Chatignoux dans « Les Echos » du 17 octobre 2011

Article intitulé : Zone euro : une nouvelle gouvernance, à quel prix ?  
« Pendant que les rues grondent et conspuent l’austérité imposée par l’Europe, il apparaît clairement que les seules vraies gagnantes de cette crise gravissime qui secoue le continent seront la discipline économique et budgétaire, et l’intégration politique. Une fois de plus, l’Europe avance par et dans la crise. Le cordon sanitaire imposé par l’Allemagne depuis le traité de Maastricht, faisant de chaque Etat l’unique responsable de sa propre dette, a craqué, obligeant les plus vertueux à sauver les plus prodigues. Le temps du dilettantisme budgétaire est révolu. Déjà l’Union européenne a réformé le Pacte de stabilité, gardien des politiques budgétaires. La surveillance se fera plus en amont, aux premiers signes de dérapage, les sanctions seront plus précoces et plus automatiques, les grands déséquilibres économiques – déficit extérieur, compétitivité – seront scrutés avec plus d’attention. La plupart des membres du club du fameux triple A (l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche, la Finlande…) veulent aller beaucoup plus loin et modifier si nécessaire les traités : il est question de priver de droit de vote en Conseil des ministres un pays qui violerait les règles communes, de suspendre le versement des fonds structurels, de mettre un veto à un budget national non orthodoxe voire de placer sous tutelle un pays qui comme la Grèce serait incapable de tenir ses engagements. On n’a pas assez dit que ce sont la France et l’Allemagne qui ont, les premiers commis le péché originel en s’opposant en novembre 2003 à ce que la Commission applique les sanctions prévues par le Pacte de stabilité, donnant au passage un coup fatal à l’autorité de la Commission. Livrés à eux-mêmes, les gouvernements n’ont pas engagé les réformes préconisées. Laisser les Etats dans l’entre-soi a aussi autorisé une complaisance coupable vis-à-vis des soupçons de tricherie des comptes grecs dans les premières années de fonctionnement de la zone euro. Les opinions publiques n’accepteront de nouvelles délégations de souveraineté à Bruxelles que si elles obtiennent, en échange du fédéralisme budgétaire, un contrôle démocratique sur la Commission. Une autre idée évoquée ces derniers mois permettrait de justifier aux yeux d’une opinion réticence de nouvelles délégations de souveraineté à une organisation supranationale : la généralisation des eurobonds, conçus comme un instrument de solidarité européenne en contrepartie d’une discipline budgétaire partagée.


Commentaire : En fait, la vérité commence à se faire jour. La crise que nous vivons n’a rien à voir avec une crise économique. C’est bien une crise issue du politique, qui par la débilité du système comptable appliquée aux marchés Boursiers, a dégénéré en crise financière. Le diagnostic étant posé, nous pouvons enfin avancer vers la résolution des difficultés actuelles.

Jean-Pierre Robin dans « Le Figaro » du 17 octobre 2011

Article intitulé : Pourquoi l’Europe est considérée comme l’idiot du village mondial
« Quel est le pays qui affiche le plus gros excédent commercial ? L’Allemagne, avec 194 milliards de dollars sur les douze derniers mois, devançant la Chine (173 milliards). Quel est l’État qui attire le plus de capitaux de la planète ? Les Pays-Bas, où les étrangers ont directement investi à ce jour quelque 3 000 milliards de dollars, très loin devant les États-Unis (2 250 milliards), selon la recension du FMI. Quel est le territoire qui accueille le plus de touristes ? La France en a reçu 78,9 millions l’an dernier, contre 61 millions pour les États-Unis. L’Allemagne se nourrit de sa tradition manufacturière sans faille depuis la révolution industrielle. Les Pays-Bas, à la fiscalité délibérément avantageuse pour les entreprises multinationales, constituent l’une des plaques tournantes du capitalisme mondial depuis son « siècle d’or ». L’Hexagone cultive une image d’universalité culturelle et de bien vivre. Prises une à une, la plupart des nations du Vieux Continent se portent beaucoup mieux que l’Union européenne, ou l’idée qu’on s’en fait. Les Américains l’accusaient de s’ériger en « forteresse » lorsque « le grand marché intérieur » européen a été créé, en 1992. Or elle se montre incapable de défendre ses maillons faibles, comme le révèle la crise des dettes souveraines. Les déficits publics sont pourtant globalement de deux à trois fois moindres que ceux des États-Unis ou du Japon, comme Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, ne cesse de le dire. Mais les marchés regardent les pays faibles et non la moyenne d’une « Union » de façade.  L’Europe est en passe de devenir « l’idiot du village mondial », selon la formule d’Hubert Védrine, l’ancien ministre des Affaires étrangères. L’Union européenne enregistre un déficit commercial avec la Chine de 169 milliards d’euros (en 2010) d’ampleur comparable au déséquilibre américano-chinois (205 milliards d’euros). Cela ne saurait cacher tout le reste. Et tout d’abord la concurrence déloyale du « made in China», qui a amené la semaine dernière le Sénat américain à voter, pour la première fois, un projet de loi accusant Pékin de « manipuler sa monnaie ». Ou encore l’accès au marché chinois, totalement contrôlé, alors qu’on assiste à « une ruée de la Chine sur l’Europe ». 


Anne Bauer dans « Les Echos » du 11 octobre 2011


Article intitulé : Pour Asmussen, « la crise de l’euro est un mensonge »  

« Interrogé hier à Bruxelles par les députés européens, l’Allemand Jörg Asmussen, candidat à la succession de Jürgen Starck au directoire de la Banque centrale européenne (BCE), a affirmé : « Il n’existe pas de crise de l’euro, c’est un mensonge. Nous avons une monnaie forte et stable, il faut le répéter partout dans le monde. » Le probable futur économiste en chef de la BCE a ainsi affirmé hier haut et fort sa foi dans la construction européenne et dans sa monnaie et pour qui la réforme de la gouvernance économique voulue à Berlin signifie que« les pays riches doivent payer plus et plus longtemps pour les plus pauvres, mais en instituant en contrepartie un contrôle extérieur des politiques nationales plus intrusif. »

François Roche dans « La Tribune » du 4 octobre 2011

Article intitulé : Quand les peuples se réveilleront...
« Jusqu'où le peuple grec pourra-t-il supporter les sacrifices sociaux et économiques ? On est franchement en droit de se le demander, lorsque l'on constate, avec un certain effarement, la célérité avec laquelle le gouvernement de Georges Papandréou accentue la rigueur de son plan de redressement quasiment chaque jour, répondant ainsi aux exigences de la troïka et des gouvernements européens. Avec la décision de licencier 30.000 fonctionnaires (quel que soit l'habillage de la mesure, c'est à cela qu'elle revient), dans un pays où l'emploi à vie dans la fonction publique est garanti par la Constitution, le gouvernement frappe fort. Va-t-il au-delà du seuil de tolérance de ses concitoyens ? Si l'on en juge par la violence de la réaction de l'opinion publique à Athènes, la réponse est évidente. Au Portugal, le niveau de rupture n'est pas loin. Dans aucun des scénarios étudiés à Bruxelles et à Washington, ne semble figurer une variante où la Grèce, le Portugal ou l'Espagne seraient contraints de renoncer à une partie de ces mesures d'austérité à cause de la résistance des peuples. »

François Rachline, conseiller spécial du président du Conseil économique, social et environnemental, professeur à Sciencepo, dans « Les Echos » du 4 octobre 2011

Article intitulé : L’Europe est de retour  
« Il est des époques où les causes l’emportent sur les intérêts immédiats. Ce fut le cas lors des guerres mondiales, mais aussi, pour le Vieux Continent, au sortir des années 1940. L’ardente obligation d’alors, c’était la paix. Tout devait y être subordonné. L’idée qui s’imposa fut que l’économie faciliterait le rapprochement rapide entre les peuples. Pour que l’Allemagne et la France deviennent des amis héréditaires, il fallait donc, avant tout, nouer des relations commerciales et industrielles durables. Leur dépendance mutuelle n’avait pas empêché le conflit de 1914-1918, mais on tablait sur une accélération de l’interdépendance au quotidien pour accoutumer les esprits à la solidarité. On emprunta la route du marché, commun à six, puis à neuf et à douze pays. Le traité de Maastricht, en 1993, n’orientait cependant pas l’édifice vers un fédéralisme à inventer. Il ouvrait plutôt la porte à une collaboration de souverainetés, étroite parfois, mais insuffisante pour élaborer une entité politique à la hauteur du poids économique constitué. L’élargissement, qui aboutit à un ensemble de vingt-sept membres, ne freina pas le recul de l’idée fédéraliste. A hauteur d’homme, il n’est guère facile de distinguer les axes de l’histoire. La crise financière n’est pas encore derrière nous, mais, depuis quelques jours, la cause d’une Europe non seulement unie mais possiblement unifiée dans l’avenir se dessine à nouveau. C’est un véritable tournant. Il reste maintenant à convaincre les peuples européens que l’Europe reste le meilleur moyen, comme le proclame la Constitution des Etats-Unis, de défendre le droit de chacun à poursuivre le bonheur. » 


Commentaire : Les « crises politiques » que nous vivons sont les soubresauts de la création de la Fédération Européenne. Comme l’évoque à juste raison Monsieur Rachline, nous vivons la mise en place d’une Europe de la Paix. Alors que les marchés devraient s’en féliciter, ils profitent de cette mise en place pour accentuer la volatilité via des phases de craintes et de peurs totalement irraisonnées et irraisonnables…sauf à créer le support d’opérations de marchés dérivés hors norme. Comment rester serein face à cela ? Dans cet article, il est écrit « A hauteur d’homme, il n’est guère facile de distinguer les axes de l’histoire. », pour y faire face, comme j’aime à le rappeler lors des conférences SOCIOECOPOFI, apprenons à mettre en pratique les propos du Professeur Joël de Rosnay « S’élever pour mieux voir, relier pour mieux comprendre, situer pour mieux agir ». Nos conférences sont à votre disposition. Je vous propose une visite sur le site : www.socioecopofi.com rubrique économique.


Philippe Ridet dans « Le Monde » du 4 octobre 2011

Article intitulé : Les ritals reprennent la route de l'exil
« Confrontés à la crise et à la pauvreté, les Italiens du Sud reprennent le chemin de l'émigration. 580 000 personnes ont quitté le Mezzogiorno lors des dix dernières années. Naples (Campanie) a perdu 108 000 habitants, Palerme (Sicile), 29 000, Bari (Pouilles), 15 000. En 2010, 134 000 terroni (les " culs-terreux ", comme les appellent les sympathisants de la Ligue du Nord) sont partis s'établir au nord de la Péninsule, et 13 000 ont passé la frontière pour s'installer à l'étranger. Ces chiffres alarmants ont été rendus publics, mardi 27 septembre, par le Svimez, une institution qui depuis 1946 surveille l'économie du Mezzogiorno. " Si rien n'est fait, nous assisterons à un véritable tsunami démographique ", conclut ce rapport. »

Dominique Moïsi dans « Les Echos » du 3 octobre 2011

Article intitulé : Sommes-nous toujours Européens ?   
« la Grèce inspire aussi peu de confiance dans son comportement économique aux autres membres de l’Union, que l’Autriche pouvait le faire hier dans ses choix politiques.« Pourquoi devrais-je payer plus d’impôt, pour des personnes qui n’en payent pas ? »Mais si aujourd’hui, personne ne dit « Nous sommes tous Grecs », comme on pouvait dire, sous le coup de l’émotion au lendemain du 11 septembre 2001, « Nous sommes tous Américains », ce n’est pas seulement le fait de la mauvaise réputation de la Grèce. Face à la crise économique et financière la plus grave sans doute que l’Union ait connue depuis sa création, les citoyens de l’Europe ne se sentent tout simplement pas (ou plus) européens, même si une majorité d’entre eux perçoit encore confusément qu’il n’existe pas de solution à la crise qui ne soit pas européenne. L’Europe apparaît aujourd’hui, avec la montée des populismes ambiants, plus comme un bouc émissaire, que comme une ardente nécessité ou une simple évidence. Il y a enfin, bien sûr, le contexte général de crise, dominé par la peur et la tentation du repli protectionniste sur soi. »

Dominique Méda, professeur de sociologie à l’université de Paris-Dauphine, dans « Le Monde » de septembre 2011

Article intitulé : Rompre avec le culte de la performance
« Michel Godet livre une tribune (Le Monde du 22 septembre) qui constitue un remarquable condensé de la pensée mortifère qui est en train de détruire l'Europe sinon de préparer des guerres que nous croyions désormais impossibles. Michel Godet lance d'abord un décret d'excommunication contre les Grecs. La ligne de démarcation que Michel Godet propose est claire : il y a d'un côté les pays du Sud, dont il n'a pas même besoin de préciser qu'ils sont paresseux et profiteurs, et qui ne méritent pas de rester en Europe, et de l'autre ceux du Nord, travailleurs, économes, rigoureux. Le nouveau critère de triage serait donc devenu le travail et la capacité à travailler dur et à se lever tôt pour gagner la bataille économique dans laquelle on nous somme de nous maintenir depuis plus de trente ans. Cette vision appelle deux remarques. La première concerne ce fameux critère qui devrait nous permettre de séparer le bon grain de l'ivraie, les bons Européens capables de travailler dur et de se lever tôt - les nordistes - des jouisseurs, profiteurs et paresseux - les sudistes. Faut-il rappeler à Michel Godet que le nombre d'heures travaillées est un bien piètre indicateur des performances économiques ? Que ceux qui travaillent le plus en Europe sont ceux dont le PIB par habitant est le moins élevé et que la durée de travail hebdomadaire des Allemands et des Néerlandais, mais aussi des Suédois et des Danois - le coeur des pays du Nord... - est moins élevée que celle de la France, que M. Godet semble considérer comme presque sudiste, notamment depuis l'entrée en vigueur de la réduction du temps de travail, qu'il a toujours considérée comme le début du déclin français. Comment s'explique cela ? Le critère privilégié de performance devrait être la capacité à produire les biens et services nécessaires pour permettre aux nations de s'inscrire dans la durée, c'est-à-dire à produire en mettant à la disposition de la population les biens et services dont celle-ci a besoin tout en réduisant au maximum les atteintes à la biodiversité. Ce n'est ni le " travailler plus pour gagner plus ", ni le " travailler plus pour produire plus " qui devrait donc guider l'évaluation de Michel Godet, mais d'autres critères, bien différents : ou bien le rapport Stiglitz commandé par le président de la République n'aurait-il été que poudre aux yeux ? La seconde remarque est d'un autre ordre. Godet promeut une philosophie du séparatisme, qui vise à distinguer les bons des mauvais et dont on ne voit pas du tout où elle devrait s'arrêter. Il faudrait chasser les plus faibles, les plus pauvres, parce qu'ils n'auraient pas fait ce qu'il fallait, parce qu'ils seraient paresseux, parce qu'ils ne voudraient pas travailler. Il faudrait chasser ou réduire à rien non seulement les Roms mais aussi les allocataires du revenu de solidarité active (RSA), au moins ceux qui n'ont pas retrouvé de travail, puisque c'est de leur faute s'il en est ainsi. C'est de leur faute s'il n'y a plus d'emploi accessible et s'ils ne veulent pas prendre les miettes d'emploi que la mise en oeuvre du RSA avait pour objectif de rendre plus supportables (donc de légitimer). Mais où nous arrêterons-nous ? Le devoir des intellectuels n'est-il pas, plutôt que de séparer, de tenter de rassembler, et ne devrions-nous pas mettre tous nos efforts en commun pour définir ce que pourraient être des Etats-Unis démocratiques d'Europe, au sein desquels une vraie solidarité serait organisée ? Un projet dont le premier bienfait serait de tenir écartée la menace du retour de la guerre au sein de l'Europe, un projet qui contribuerait à la réalisation de cette paix perpétuelle que Kant appelait de ses voeux. ».

Christine Kerdellant dans « L’Express » du 21 septembre 2011

Article intitulé : Oui, il existe une solution au problème de la dette française.
« Pourquoi les Japonais, bien plus endettés que les Grecs, et dépossédés de leur triple A depuis longtemps, ne sont-ils pas la cible des marchés financiers ? Ce traitement de faveur n'est pas dû à leur économie florissante : le Japon est en crise depuis vingt ans, il l'était bien avant l'Europe. Mais les spéculateurs ne s'intéressent pas seulement à la dette en valeur absolue ni même, référence habituelle, au rapport entre la dette du pays et son PIB, c'est-à-dire entre la somme qu'il doit rembourser et la richesse qu'il produit annuellement. Ils jugent aussi son taux de croissance, sa volonté politique d'équilibre budgétaire (garante de non-endettement futur) et surtout la nature de ses créanciers. Et là, l'évidence éclate : les Japonais, ces épargnants-nés, détiennent 94,4 % de la dette de leur pays, contre 29 % pour les Grecs et 33 % pour les Français...  Pourtant, les Français sont aussi des épargnants modèles. Notre patrimoine financier culmine à 3400 milliards d'euros, dont 1350 pour la seule assurance-vie! Et la dette publique ne représente "que" 1660 milliards d'euros. Mais nous n'exploitons pas cette chance. »                                                                           

Didier Reynders, Ministre belge des Finances, propos recueillis par Yann-Antony Noghès, dans « La Tribune » du 19 septembre 2011

Article intitulé : « Les États-Unis ont des bons du Trésor alors que nous n'avons pas d'eurobonds »
« À quelle échéance pensez-vous que l'Europe se dotera de véritables euro-obligations (eurobonds) ? C'est une question de quelques années. Pour y arriver, il va nous falloir renforcer l'intégration budgétaire car des pays en bonne santé comme l'Allemagne ne vont jamais accepter de solidariser la dette sans avoir la garantie que tout le monde ira dans la même direction. Il faut donc renforcer les moyens d'action de l'UE ou de la zone euro de manière à ce que, si certains États ne font pas ce qu'il faut, elles puissent prendre les décisions à leur place. C'est bien entendu un débat difficile car il s'agit d'une perte de pouvoir national, d'un transfert de souveraineté. Mais les États doivent se rendre compte que cette décision a finalement déjà été prise en créant l'euro... »


Commentaire : Comme déjà écrit, cette crise est créée pour accélérer la régionalisation mondiale. En ce qui nous concerne, c’est la mise en place du dernier maillon de l’Europe, à savoir : le financier avant...le transfert de la souveraineté qui verra le passage d’une Europe des Nations en une Europe des Peuples.
Liens sur ce thème : Article écrit en 2006
http://www.socioecopofi.com/pages/comprendre-notre-economie/economie/nouvelle-economie-ou-economie-de-la-paix.php
http://www.socioecopofi.com/pages/comprendre-notre-economie/economie/finance-de-la-paix.php
                                                                                      

Yann-Antony Noghès dans « La Tribune » du 14 septembre 2011

Article intitulé : La voix du fédéralisme s'amplifie en Europe
« De plus en plus de responsables européens optent désormais pour la voie fédérale. En premier lieu, il conviendrait de n'avoir plus qu'un seul pilote aux commandes. « Serait-ce trop audacieux, d'un point de vue économique, avec un marché unique, une monnaie unique et une banque centrale unique, d'envisager un ministre des Finances de l'Union ? », demandait en juin Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne.  Ensuite, pour Guy Verhofstadt, le patron des libéraux au Parlement européen, « l'Eurozone doit reposer sur un gouvernement économique fort doté de structures et de mécanismes fédéraux en matière fiscale et à même d'émettre des obligations communes », considère l'ancien Premier ministre belge. Et contre toute attente, ce sont désormais les Allemands, de tous bords, qui semblent le plus motivés pour tirer sur le manche et prendre de l'altitude. À l'image de l'ancien chancelier Gerhard Schröder qui plaide en faveur d'un fédéralisme budgétaire : « Dans la situation actuelle, il nous faut lutter contre les tendances à la renationalisation pour ériger un véritable gouvernement économique au sein de la zone euro, avec la création d'euro-obligations ». Et ce n'est pas tout : les transferts de souveraineté nationale « doivent s'accompagner de nouveaux pouvoirs pour le Parlement européen et d'une coordination accrue des politiques économiques ». Mais la palme de l'impatience revient sans doute au président roumain Traian Basescu, pour qui les « États-Unis d'Europe doivent être créés d'ici deux ou trois ans car le processus de mondialisation nous montre combien nous sommes petits face aux marchés ».                                                                                    

Jean-Jacques Mével dans « Le Figaro » du 9 septembre 2011

Article intitulé : UE : la crise rouvre le dossier du fédéralisme
« Pour Wolfgang Schäuble, ministres des Finances et pilier du parti d’angela Merkel, il faut « renforcer l’architecture de la zone euro, ce qui pourrait imposer de profonds changements du traité » . L’italien Mario Draghi, bientôt patron de la BCE, embraye : avec « la crise (…) nous sommes en train de découvrir que nous ne pouvons plus vivre dans l’inachevé » . Depuis Francfort, JeanClaude Trichet tire son chapeau en réclamant que l’europe se dote enfin « d’un ministre fédéral des Finances » . Ce ne sont pas des petites pointures. Le fédéralisme, avec ce qu’il suppose d’abandon de souveraineté, fait toujours tiquer dans les capitales. Le « gouvernement économique », poussé par Nicolas Sarkozy et appuyé par Angela Merkel, sonne mieux aux oreilles nationales. Mais les deux projets recouvrent un même constat : la crise de la dette, endémique, serait traitée plus efficacement si l’euro s’appuyait sur une autorité unique en matière fiscale, budgétaire et financière à l’image du Trésor américain. La démonstration par l’absurde vient de Grèce, un pays qui continue de faire trembler la zone euro bien qu’il pèse à peine 2 % du PNB. Herman Van Rompuy, président (conservateur) du Conseil européen et lui-même chargé de dessiner le gouvernement économique cher à l’Élysée, tente de limiter le bouillonnement. Il assure que l’Europe a appris sa leçon : la pression combinée des institutions européennes, des pays de l’euro et de marchés financiers « désormais durablement à l’affût » évitera les dérives à l’avenir. »


Commentaire : Qu’on le veuille ou non la Fédération Européenne est lancée. 

                                                                           
Philippe Ricard dans « Le Monde » du 8 septembre 2011

Article intitulé : La Commission européenne doute de l'efficacité de la " règle d'or "
« Les autorités européennes se veulent discrètes, mais elles se méfient des projets de " règle d'or " discutés en Europe. L'Espagne est en passe d'adopter une telle révision de sa Constitution sur fond de fronde contre l'austérité. La France s'est déchirée une bonne partie de l'été sur la question, mais pourrait y renoncer avant l'élection présidentielle de 2012 faute de compromis entre l'UMP et le Parti socialiste. Au printemps, les pays de la zone euro se sont engagés, sans obligation, à inscrire dans leur droit de tels dispositifs censés plafonner les déficits et freiner l'endettement, comme l'avait fait l'Allemagne avant même la crise des dettes souveraines. C'est l'un des éléments du " pacte euro plus " agréé alors sous la pression d'Angela Merkel. La chancelière allemande et Nicolas Sarkozy ont réclamé depuis la généralisation des règles d'or en Europe, lors de leur dernier sommet, le 16 août. Sur le papier, il s'agit de donner des gages aux marchés financiers et aux agences de notation en gravant dans le marbre le choix de la rigueur. Un affichage naturellement soutenu par les milieux bruxellois, qui se demandent cependant s'il sera suivi... d'effets. Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, n'a pas caché ses réserves lors d'une visite à Paris le 31 août : " Cela peut aider, mais le plus important c'est qu'on fasse " les économies nécessaires, a-t-il affirmé : " En fait, les gouvernements n'ont pas besoin de cette règle, ils peuvent le faire sans une disposition constitutionnelle ", a-t-il ajouté. A la Commission, le ton est à peine plus poli : " Ces dispositifs vont dans la bonne direction mais ne suffiront pas ", observe un haut fonctionnaire bruxellois, en appelant à faire preuve de cohérence : " Tout sera affaire d'application. A quoi bon une telle règle si elle n'est pas respectée ? " Le principe même de budgets en équilibre est déjà " une pierre angulaire " du pacte de stabilité et de croissance européen, rappelle-t-on à Bruxelles. »


Commentaire : Vive l’Europe et vive la fin des politicards nationaux. Imaginez les économies que nous ferions si l’on fermait le Théâtre des politicards nationaux aves ses frasques et ses frusques.

Dans « Boursorama » du 6 septembre 2011

Article intitulé : Crise de la dette : le fédéralisme ne fait plus peur à la zone euro
« La crise persistante de la dette en zone euro pousse les dirigeants européens à briser les tabous en envisageant un pilotage en commun de plus en plus poussé de leurs économies et des transferts de souveraineté nationale inimaginables il y a encore quelques années. Si mutualiser les dettes via la création d'euro-obligations reste à ce stade écartée --l'Allemagne et la France s'y refusant--, l'idée de créer un gouvernement politique de la zone euro monte en puissance, quitte à en passer par une révision toujours très risquée des traités européens. Plus surprenant: en Allemagne, où les réticences étaient traditionnellement fortes, un débat intense sur le fédéralisme économique s'est engagé. Objectif: s'assurer que tous les pays mènent des politiques budgétaires rigoureuses. Plusieurs dirigeants militent en ce sens, dont le ministre des Finances Wolfgang Schaüble, qui se dit prêt à des concessions en terme de souveraineté, pour assurer la survie de la zone euro. "La politique budgétaire devrait être progressivement plus centralisée dans la zone euro, à condition que ce processus soit légitimé par un mandat démocratique fort", a estimé mardi le ministre dans une tribune publiée par le Financial Times. Le tandem franco-allemand a abondé dans le sens d'une intégration renforcée en soutenant mi-août la création d'un gouvernement économique de la zone euro au niveau des chefs d'Etat. Selon une source proche des discussions, les pistes envisagées au sein de la zone euro aboutiraient surtout à renforcer le rôle des gouvernements dans le pilotage économique commun à Bruxelles, aux dépens de la Commission européenne censée incarner l'intérêt général. Soit les pays de l'Union monétaire prennent le chemin d'une Union politique y compris dans le domaine budgétaire, "soit il ne nous reste qu'à dire que l'euro a été une expérience intéressante mais qui n'a pas réussi", met en garde le patron de la banque allemande Commerzbank, Martin Blessing, mardi dans le quotidien Handelsblatt. »


Commentaire : J’écrivais dans la revue de presse du 2 juillet 2011 « En un mot, nous assistons à la création de l’Europe économique et financière. » et dans celle du 17 juin 2011 « Ce que nous vivons avec la « crise » Grecque est une accélération de la mise en place de l’Europe Financière. Il est bien dommage que cette mise en place ait de telles répercussions sur les marchés financiers. Car, loin de s’inquiéter, ils devraient saluer cette mise en place.
Voici ce qui j’écrivais en 2006 : http://www.socioecopofi.com/pages/comprendre-notre-economie/economie/finance-de-la-paix.php  Vive l’Europe des Peuples.


Philippe Ricard dans « Le Monde » du 6 septembre 2011

Article intitulé : Gerhard Schröder : " Il nous faut une Europe plus européenne, plus intégrée
« L'ancien chancelier social-démocrate allemand Gerhard Schröder, au pouvoir de 1998 à 2005, plaide pour une Europe fédérale afin de sortir de la crise des dettes souveraines qui mine la zone euro. Dans la situation actuelle, il nous faut lutter contre les tendances à la renationalisation pour ériger un véritable gouvernement économique au sein de la zone euro, avec la création d'euro-obligations. Ces transferts de souveraineté nationale doivent s'accompagner de nouveaux pouvoirs pour le Parlement européen et d'une coordination accrue des politiques économiques, avec un rôle central joué par la Commission européenne. Dans un premier temps, Mme Merkel a fait l'erreur de trop s'intéresser à ce qu'écrivait la presse tabloïd. Sa plus grande faute a été de dire que les Grecs ne travaillaient pas assez, alors qu'ils travaillent en fait plus que les Allemands ! Elle a compris que l'union monétaire ne peut être maintenue qu'avec un gouvernement économique. »

Dans « Boursorama » du 6 septembre 2011

Article intitulé : Temps politique et temps des marchés font mauvais ménage, une leçon de la crise :
« La crise sans précédent de la zone euro met à rude épreuve les nerfs et la réactivité des décideurs politiques européens, condamnés depuis 18 mois à avoir un temps de retard sur les marchés financiers mondiaux, leurs exigences et leur impatience. Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS, observe l'inlassable reproduction d'un cycle politique aux effets délétères: "Premier temps, un déni de réalité, second temps, la reconnaissance du problème mais sans que les responsables politiques jugent nécessaire d'agir, troisième temps, la recherche de partenaires pour agir, quatrième temps, l'adoption de demi-mesures à contre-temps". Moralité, selon l'économiste: "La crise rebondit plus haut et plus fort et le cycle recommence". »


Commentaire : A quand un ministre de l’économie, économiste et non avocat. Si vous avez des enfants qui veulent devenir ministre, voire Président ne leur conseillez pas de faire des cursus dans des domaines précis, conseillez leur plutôt d’être avocat. C’est nettement plus efficace et permet de changer de ministère au gré des « adaptabilités » demandées.

Nicole Gnesotto, professeur au Cnam, propos recueilli par Jean-Christophe Ploquin, dans « La Croix » du 2 septembre 2011

Article intitulé : L’Europe est la condition d’efficacité des nations
« Les Etats sont de plus en plus dépossédés de leur puissance, ils sont de plus en plus vulnérables, mais ils se crispent sur leur souveraineté. On observe cette contradiction au sein de l’Union européenne ou au G20, où s’additionnent des décisions nationales. Il y a une raison à cela : en période de crise, la souveraineté des Etats redevient encore plus essentielle pour l’identité des peuples que cela ne l’est en période de prospérité. » »


Commentaire : Le propos est très intéressant car il fait la synthèse de ce qui ce passe actuellement mais également de ce qui s’est passé. Dans le passé, lorsque des Etats étaient en difficulté économique, sociale et politique la « crispation » se traduisait par un conflit. Conflit qui dégénérait par les accords bi et multilatéraux. A ce sujet, la guerre 14/18 est édifiante. Cette guerre qui aurait pu être arrêtée grâce à Charles 1er  et qui pour des raisons purement politiciennes et personnelles a perduré sous l’impulsion, entre autres, de Clémenceau. Et aujourd’hui ? Imaginez ce qui aurait pu arriver sans les coopérations internationales mises en place dès la fin de la guerre 39/45 ? Imaginez ce qui aurait pu se passer sans la présence de l’Europe ? Comme je l’ai déjà écrit, qu’on le veuille ou non, force est de constater que la notion politique d’Etats « souverains » a mené, historiquement, à la répétition des guerres. Seule la notion de Nation du « Monde Humain Souverain » qui se traduit par les régionalisations mondiales (Etats-Unis, Europe, Asean, Alena, Mercosur, Union Africaine et tôt ou tard le Moyen Orient) assure et assurera la Paix. L’air pur de la démocratie a été historiquement souillé par le détournement des religions, de la Royauté et de la souveraineté nationale par des politiques nationaux. Seule la coopération (et non la collaboration à des dogmes quels qu’ils soient) humaine nous assurera un Avenir. On ne peut ni couper les racines de la culture ni vouloir changer les réalités. C’est la maturation du temps qui guidera l’évolution et l’Avenir. C’est bien sur les bases de l’histoire que l’on crée l’Avenir. Dans tous les cas, c’est la démographie qui l’emportera sur nous. L’Avenir sera fait de plusieurs futurs générationnels. L’Avenir appartient non pas à notre génération mais à nos enfants, nos petits-enfants, nos arrières petits-enfants...A nous de savoir ce que nous voulons léguer, la dispute, la discorde, les préjugés …ou l’Avenir.
En 2009, j’écrivais cela à des amis de Nouvelle Calédonie :
- La nationalité : La Nationalité a servi à quoi dans le passé si ce n’est à faire des guerres ?
- Le drapeau et les hymnes : Le drapeau sert à quoi si ce n’est à se reconnaître sur un champ de bataille ? Et les hymnes aux paroles guerrières ? En temps de Paix, ils servent à exciter des supporters et en temps de guerre à envoyer les citoyens à la boucherie quant ce n’est pas à la pratiquer eux-mêmes. Qui nous a sauvé, est-ce ceux qui ont choisi l’hymne ou ceux qui ont choisi le chant des partisans ? En temps de guerre, est-ce plus un hymne ou un chant du partisan qu’il faut ? Je vous rappelle que l’hymne de l’Europe est l’Ode à la joie. Il est vrai qu’en temps de Paix il est aisé de parler de citoyenneté, de courage, des guerres passées et de se servir des morts. La réalité n’est-elle pas dans le fait que dès qu’il a risque, il y a, pour la très grande majorité, collaboration, meurtre, vengeance, délation etc…. Et tout cela sous le couvert de l’hymne. Hymne pour qui j’ai le plus grand respect. Malheureusement, il sert parfois à l’inacceptable.
- L’Europe : L’Europe a été créée sur le principe « Plus jamais ça ». Plus jamais de peuple aisément manipulable vers des idéologies nationalistes du fait de crise économique. Les camps de concentration humains ont toujours été précédés de « camps de concentration » économiques. Les pays européens (pour ne parler que d’eux) ont comme intérêt de se protéger au sein de l’Europe. Je n’ai pas à juger le passé et je ne le fais pas. La seule chose que je sais c’est que l’Avenir sera fait sur la Paix et le respect Humain. Les bases actuelles de l’économique et du financier ne vont pas de ce sens.  La CIVILISATION est là pour nous montrer le chemin. La politique est là pour baliser ce chemin et éviter les excès. - La Paix : La Paix dépend de l’économie qui elle-même relève de la sociologie financière. Le principal rôle de l’Etat est de travailler la sociologie afin qu’aucun citoyen ne soit en dehors de l’évolution. Comme déjà indiqué, un peuple qui a de quoi se nourrir, se loger et qui sait qu’il est acteur de son Avenir ne va pas sur les champs de bataille. Cela, qu’elles que soient ses croyances ou son histoire.
- Nationalité : Qui est le meilleur Français ou le meilleur Belge ? Est-ce le collabo ? Est-ce celui qui a fermé les yeux ? Ou est-ce l’étranger (Marocain, Algérien, Sénégalais, Zaïrois …) qui est venu se faire tuer en France, pour la France ou en Belgique, pour la Belgique ? En dehors du juridique, qui fait le véritable citoyen ? Les papiers ou le comportement ?  Ayons comme racines notre culture et notre civilisation ; ayons comme nationalité, citoyen Européen et citoyen du Monde. L’important est d’être Européen et de voter en tant qu’européen. La France n’est-elle pas européenne ?  N’oublions jamais tout cela et perdons l’habitude de nous réfugier derrière l’Etat et ses représentations (hymne et drapeau). Si nous sommes lâches, l’Etat sera lâche ; si nous sommes entreprenants, l’Etat sera entreprenant…L’Etat est ce que nous en faisons. Pas de place pour le destin. Place pour NOS RESPONSABILITES.
Réception solennelle dans l'hémicycle du Sénat en 1992
de Son Excellence M. Vaclav HAVEL,
Président de la République tchèque
"  Il ne suffit pas -disiez-vous- d'imposer au monde ses propres paroles, il faut aussi le comprendre. Il ne faut pas compter uniquement sur le calendrier que nous avons fixé à notre action sur le monde, mais il faut honorer un calendrier infiniment plus complexe, celui que le monde s'impose et qui est partie intégrante des milliers de calendriers autonomes régissant une multitude infinie de phénomènes naturels, historiques et humains. J'avais voulu -disiez-vous- faire avancer l'histoire de la même manière qu'un enfant tire sur une plante pour la faire pousser plus vite. On ne peut duper une plante, pas plus qu'on ne peut duper l'histoire. Mais on peut l'arroser. Patiemment tous les jours. Avec compréhension, avec humilité certes, mais aussi avec amour. "
Trois petits articles écrits entre 2008 et 2009 en lien sur ce thème :
http://www.socioecopofi.com/pages/comprendre-notre-economie/economie/nouvelle-economie-ou-economie-de-la-paix.php ;
 http://www.socioecopofi.com/pages/comprendre-notre-economie/economie/finance-de-la-paix.php ;
http://www.socioecopofi.com/pages/comprendre-notre-economie/divers/semeurs-davenir.php Cet article peut vous paraître décalé mais si l’on y réfléchit…                                                                                 

Jacques Delors dans « L’Express » du 17 août 2011

Article intitulé : Le chaînon manquant, c’est la coopération.
« Le problème est connu : l'Union monétaire s'est faite, mais la coordination économique n'a pas suivi. En 1989, le "rapport Delors" - il faut bien l'appeler ainsi - était pourtant consacré pour deux tiers à l'économie et pour un tiers à la monnaie. Et, en 1997, j'avais proposé à nos dirigeants un pacte de coordination des politiques économiques. Mais mon appel n'a pas été entendu par le gouvernement français de l'époque. C'est là que se situe le chaînon manquant, la coopération. A chaque étape de l'intégration européenne, les dirigeants allemands, Adenauer, Schmidt ou Kohl, ont fait, non sans contrepartie, des concessions parce qu'ils avaient une vision de l'Europe. Or cette vision fait défaut à Angela Merkel. Elle s'est aussi montrée très hésitante, car trop sensible aux moindres variations de son opinion publique. Et la France? Elle tente d'éviter que Berlin ne quitte le navire. Mais l'ego surdimensionné de Nicolas Sarkozy constitue un handicap. Par ailleurs, force est de constater que l'Europe n'est plus un projet mobilisateur pour les Français. Dans l'immédiat, on peut avancer vers une mutualisation partielle et temporaire des dettes, par exemple en créant une caisse d'amortissement européenne, qui servirait à venir au secours de tous les pays, et en premier lieu des plus fortement touchés. Je pense aussi à la proposition de l'économiste Jacques Delpla de séparer dette bleue (constituée des premiers 60 % de PIB de chaque pays et garantie par les institutions communautaires) et dette rouge (au-delà), afin d'aider les Etats dans leur travail de consolidation. »

Christophe Barbier dans « L’Express » du 17 août 2011

Article intitulé : Une chance sur mille  
« Il est une autre voie pour l'avenir, dont chacun se gausse, par fatalisme et nihilisme mêlés: l'ascendant de l'Europe. Population, matière grise, richesses, infrastructures, stabilité démocratique, monnaie forte, protection sociale... Les muscles de l'Union, et notamment de la zone euro, sont puissants, accrochés à un squelette d'expérience et de sagesse calcifié par des siècles de grandeurs et d'erreurs. L'Europe n'a plus besoin ni d'envahir ni d'exploiter quiconque, et saura exercer un magistère d'influence et d'exemplarité. Première puissance mondiale, l'Europe unie pourra favoriser l'épanouissement des valeurs démocratiques et la gestation d'un Parlement mondial, instance d'arbitrage universelle et garant de la paix planétaire. Alors, on pourra parler de fin de l'Histoire, c'est-à-dire de fin du tragique.   Pour que l'Europe accomplisse ce destin, il suffit d'une volonté politique. Pas seulement celle des dirigeants, aujourd'hui petit bras et courte vue face à la crise, mais aussi celle des peuples. Il faut que tous les Européens, à commencer par les jeunes, s'arrachent aux douceurs lénifiantes du crépuscule, cessent de commenter leur déclin d'une plainte complaisante et chassent élus et intellectuels qui indiquent la route du cimetière. Dans cette compétition qui s'ouvre entre elle et la Chine, entre le doux leadership et l'hégémonie par la quantité, l'Europe a une chance sur mille de l'emporter ; c'est pourquoi il faut la tenter sans tarder. »


Commentaire : De plus en plus, nous commençons à trouver la notion de Peuple et d’Européen, là ou hier nous trouvions celle de citoyen d’un pays appartenant à l’Europe. L’Europe ne se construit pas, elle s’affirme comme seul futur pour ses Peuples. A eux maintenant de s’affirmer politiquement et de s’affranchir des politicards. Pour cela, il existe le vote, internet…et les boulevards de Bruxelles.

Jean Leonetti dans « Le Figaro » du 3 août 2011

Article intitulé : Gouvernement économique de l’Europe : ne pas rester au milieu du gué !

« Au-delà du plan d’aide à la Grèce, équilibré et de grande ampleur, les décisions prises le 21 juillet jettent les bases d’un « Fonds monétaire européen » capable de réagir de façon rapide et préventive. Nous avons fait l’euro. Nous ne devons pas oublier les avantages que nous en retirons concrètement : le pouvoir d’achat est défendu grâce à une inflation modérée, les taux d’intérêt historiquement faibles favorisent les investissements et nos entreprises bénéficient d’un accès facilité au marché intérieur, car le risque de change a disparu. La nécessité d’un gouvernement économique de la zone euro est désormais reconnue par tous. »

Commentaire : La dernière phase de la création de la Fédération Européenne est en place.

Michel Rocard dans « Les Echos » du 2 août 2011
Article intitulé : Une nouvelle tempête approche sur les marchés financiers   


« Rien ne borne, toujours, le champ illimité des marchés « virtuels », c’est-à-dire des marchés de produits dérivés déconnectés de tous contrats d’économie réelle, et rien n’est fait non plus pour limiter la propension des grandes banques, surtout la Fed américaine, à inonder le monde d’un volume hallucinant de liquidités créées pour la spéculation et totalement étrangères à toute orientation vers l’investissement. Il n’y a donc aucun frein à ce que se reproduisent des bulles financières de même nature que celle qui explosa en 2007-2008. Les paradis fiscaux n’ont guère perdu de leur ampleur ni naturellement de leur anarchique volatilité. Le léger renforcement des autorités de contrôle ou de régulation bancaires qui est tout de même intervenu n’est en rien à la hauteur des enjeux. On a en 2008 empêché la mutation d’un krach boursier en récession grâce à la transformation partielle de la dette privée menacée en dette publique. Ce coup génial a réussi, et il est en partie à l’origine de la nouvelle crise qui menace, celle de la dette publique. Depuis plus de vingt ans, la dominance nouvelle du capitalisme financier sur les économies contemporaines a mis les Etats en situation de devoir emprunter massivement. Une des règles du nouveau jeu établie un peu partout dès les décennies 1970 et 1980 fut l’interdiction faite aux banques centrales d’émettre la monnaie. Cette idée dangereuse, émise en France par Jacques Rueff dès 1958, généralisée en Europe dans les vingt ans qui suivirent, avait pour objet de limiter la propension des économies capitalistes à pratiquer l’inflation dès qu’elles étaient en plein-emploi. Mais elle eut surtout ce résultat terrifiant d’obliger les Etats à emprunter aux taux du marché de la monnaie émise par les banques privées pour assurer leur trésorerie, créant ainsi un puissant freinage à l’investissement public, un énorme flot de dépense publique nouvelle et irrépressible et une gigantesque rente de situation pour l’appareil bancaire privé. C’est ainsi qu’on est arrivés, avant la crise de 2008, à une dette publique comprise entre 50 et 100 % du PIB en Europe et dépassant 100 % aux Etats-Unis. Le traitement de la crise de 2008 a tout aggravé. En outre, 17 pays d’Europe se sont donné une monnaie commune, l’euro. Ils ne peuvent donc plus dévaluer chacun de leur côté. C’est un progrès collectif important, mais qui suppose que l’euro soit géré comme une vraie monnaie commune, c’est-à-dire avec une totale solidarité. Imagine-t-on, avant l’euro, que la France ait pu renvoyer la Seine-Saint-Denis ou la Corse devant les marchés financiers pour solder leur dette internationale ? Il est encore possible de parer à tout cela. Les techniques financières sont brutales mais connues. Mais il n’est plus possible de le faire dans le respect des exigences nationales souveraines de chacun. Les Etats-Unis devront renoncer à l’impérialisme du dollar, l’Allemagne doit renoncer au rêve de voir l’euro géré comme si les 16 autres pays de la zone avaient la même histoire et la même culture qu’elle. La tempête qui s’annonce comportera de grands bouleversements. »     

Jean-Jacques Mével dans « Le Figaro » du 12 juillet 2011

Article intitulé : Zone euro: la crise de la dette se propage

« Le risque d’une propagation de la crise de la dette souveraine au coeur de l’Europe, réveillé par l’Italie, pousse à réfléchir hors des sentiers battus. Talonnés par les marchés, qui dégringolaient hier, les ministres des Finances de l’euro ont ouvert le débat sur deux pistes jusqu’ici taboues : aider la Grèce à racheter sa propre dette et envisager un défaut de paiement partiel. La Banque des règlements internationaux (BRI) donne la mesure du défi. Dans une note publiée hier, elle avance que le problème de la dette publique va encore s’étendre dans les économies avancées, du fait « de déficits budgétaires élevés et de l’augmentation des dépenses pour les régimes de retraite et de santé ». Les obligations d’État ont déjà « perdu leur statut d’investissement sans risque ». L’inextricable dossier grec et les turbulences sur les marchés poussent une partie des Dix-Sept, à commencer par l’Allemagne, les PaysBas et la Finlande - à mettre un bémol à l’interdiction de tout défaut de paiement, inscrite dans les conclusions du dernier Conseil européen et défendue bec et ongles par la BCE. Ces derniers jours, quelques capitales ont rejoint le ministre néerlandais Jan Kees de Jager qui estime qu’ « un défaut limité et isolé ne serait pas si terrible ». Pour les banques, la solvabilité à long terme de la Grèce peut compter davantage que l’incident de paiement pronostiqué par les agences de notation. »


Commentaire : Et dire que ces propos auraient déclenché il y a peu  un cataclysme!

Pour rappel, nous vivons une période étonnante. Alors que depuis des dizaines d’années, nos politiques pratiquaient la technique de l’autruche, ils veulent, aujourd’hui se refaire une « virginité » en voulant, au nom de l’Europe, corriger rapidement la situation. Les déficits augmentent dangereusement, oui. Et alors ! N’est-ce pas une situation normale en temps de crise ? Quand vous êtes au chômage, du fait de la diminution de vos ressources votre endettement ne progresse-t-il pas automatiquement ? Et ce même endettement, ne va-t-il pas diminuer lorsque vos ressources vont augmenter ? L’Europe financière se créée et c’est une bonne chose ! Commenter cette création telle qu’elle est commentée aujourd’hui est une très mauvaise chose, car les commentaires brillent non pas par la « hauteur » de leur réflexion mais par l’allégeance à la mode de pensée du jour. Il ne reste qu’à attendre que ce mode de pensée soit positif pour que les marchés flambent. En attendant, raison gardée et opportunisme d’action sont de rigueur.

Michel Barnier dans « Le Figaro » du 7 juillet 2011

Article intitulé : Comment ne pas être européen ?
« Qui peut croire et dire, sérieusement aujourd’hui, que chacun d’entre nous serait capable de peser mieux sur les affaires du monde si nous étions séparés et désunis ?
L’Union européenne dispose d’une administration légère dont les effectifs représentent moins du tiers des effectifs de l’administration des impôts en France, pour ne prendre qu’un exemple. La construction européenne a tissé entre nous des liens qui nous ont assuré soixante ans de paix et de prospérité alors que les soixante années précédentes avaient été marquées par deux guerres mondiales qui étaient avant tout des guerres européennes. Elle a fait de nous la première zone commerciale du monde, capable de défendre collectivement nos intérêts à la table des grands, États-Unis, Chine, Russie. Nous avons réunifié politiquement une Europe divisée pendant cinquante ans par les dictatures communistes. Ces acquis sont précieux et, avec eux, l’Europe se forge peu à peu un destin commun. Qui peut croire et dire, sérieusement aujourd’hui, que chacun d’entre nous serait capable de peser mieux sur les affaires du monde si nous étions séparés et désunis? Le budget de l’Europe, c’est 140 milliards d’euros en 2011, sans déficit budgétaire et sans dettes, à comparer aux 6 300 milliards des budgets nationaux des 27 États membres. Construire l’europe passe aussi par une solidarité économique et sociale et le développement de nos territoires, y compris nos régions d’outre-mer. Il s’agit d’un deuxième tiers du budget européen, mais c’est là aussi de l’argent bien investi. Pour la période 2000-2006, nous estimons que chaque euro investi a rapporté 2 euros à l’économie européenne. D’ici à 2020 nous voulons que ce retour soit encore doublé, à travers plus de ciblage sur la compétitivité et l’innovation, l’économie verte et le développement durable. »

E B dans « La Tribune » du 4 juillet 2011

Article intitulé : Juncker estime que la Grèce doit accepter un abandon de souveraineté
« À l'heure où le fédéralisme européen refait surface comme seule alternative à la survie de l'euro, le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, également président de l'Eurogroupe (qui réunit les 17 ministres des Finances de la zone euro), n'a pas hésité à évoquer rien moins qu'un abandon partiel de souveraineté de la Grèce, dans un entretien accordé à l'hebdomadaire allemand « Focus ». « La souveraineté de la Grèce sera énormément restreinte », a-t-il ainsi confié au magazine, en précisant qu'il convenait de ne pas « offenser » les Grecs mais de les « aider ». Le gouvernement grec a d'ailleurs accepté le principe d'une aide technique extérieure. »


Commentaire : Mise en place de la Fédération Européenne en commençant par les pays les plus en « difficulté » ?


Propos de Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, dans « Le Figaro » du 2 juillet 2011

Article intitulé : Pour Noyer, la crise doit conduire à renforcer l’intégration financière de l’Europe
« Ce qui apporte de la compétitivité, c’est une gestion saine des finances publiques, un suivi attentif des coûts de production et des réformes structurelles favorables à la croissance de long terme. Par ailleurs, le fait d’être dissemblable au sein d’une même zone monétaire n’est pas forcément un handicap, comme le montre l’exemple américain. Mais il est clair que nous n’avons pas été assez vigilants sur les écarts de compétitivité qui se sont creusés à l’intérieur de la zone euro. Quand un pays affiche des gains de productivité de 1 % à 2 % l’an et que ses salaires augmentent de 7 % à 8 % l’an, il est sûr que c’est intenable au bout de dix ans. Avant la crise, grâce à la BCE, les établissements financiers de la zone euro bénéficiaient de conditions de refinancement identiques, ce qui faisait un seul et même marché. Or, avec la crise et les interventions massives des États en faveur de leurs banques, les marchés ont considéré que le crédit des banques dépendait finalement de celui des États ; les agences de notations ont corrélé les notations des banques et avec celles des États souverains dans lesquels elles opèrent. C’est un vrai problème. Nous devons revenir à un marché bancaire unique européen et instaurer notamment un système fédéral qui puisse gérer les garanties des dépôts et les situations de crise bancaire pour toute l’Europe. »

Commentaire : En un mot, nous assistons à la création de l’Europe économique et financière.

Jean-Dominique Giuliani dans « La Tribune » du 30 juin 2011

Article intitulé : Les Européens doivent prendre le risque du fédéralisme
« Les observateurs et les marchés financiers réclament avec insistance, depuis plus d'un an, une gouvernance économique de l'Europe qui soit plus « fédérale », c'est-à-dire qui traduise la volonté définitive des États d'agir dans un cadre européen, seul à même de valoriser leurs atouts en tant que grande puissance dans la compétition mondiale. Or les dirigeants européens hésitent à prendre le risque politique d'un tel saut qualitatif de la construction européenne. Comment les convaincre de s'y engager et d'ainsi laisser leurs noms dans l'histoire en sortant « par le haut » du marasme actuel ? Vraisemblablement en imaginant et en faisant la promotion, à quelques-uns, d'un projet à long terme d'intégration progressive renforcée, qui respecte les impératifs démocratiques, tant il est vrai que la démocratie est née de l'obligation de rendre des comptes sur l'utilisation d'un argent public prélevé après l'accord d'assemblées représentatives élues par les citoyens. Et là, il y a encore du travail ! »
Commentaire : Nous vivons bien la mise en place des bases de la Fédération Européenne. C’est ce fait qui crée l’instabilité boursière actuelle et non la situation économique. Situation économique qui est des plus prometteuses.                                                                                       

Yves-Thibault de Silguy dans « Le Figaro » du 17 juin 2011

Article intitulé : Bravo, M. Trichet, mettons votre idée en œuvre
 « À la lumière de la crise grecque, la suggestion de Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne (BCE), de doter l'Europe d'un ministre des Finances mérite d'être étudiée. Après un marché unique, une monnaie unique, une banque centrale unique, un ministre des Finances européen ? Elle est présentée douze ans après le lancement de l'euro, la période écoulée ayant révélé deux éléments majeurs. Avec la crise, le réveil fut brutal et les Européens n'eurent pas d'autre choix que de faire preuve de solidarité les uns envers les autres. Sinon, par effet de contagion, toutes les économies auraient connu des perturbations très graves. La souveraineté nationale, en matière économique, est devenue illusoire. Il en était de même sur le plan monétaire avant la naissance de la monnaie unique. L'euro nous a fait passer d'une situation de souveraineté monétaire nationale virtuelle à une souveraineté partagée mais réelle. Avec le marché unique, les économies des pays européens sont aujourd'hui très interdépendantes. L'autonomie n'existe plus. L'Europe a une voix sur le plan monétaire, celle du président de sa Banque centrale. Elle n'en a pas sur le plan macroéconomique. La représentation externe de l'euro était le problème le plus difficile à résoudre lors de son lancement. Et il n'a pas été résolu. Aujourd'hui, il faut le traiter. Il y en va de la visibilité et de la crédibilité de l'Europe. Et ceci est d'autant plus nécessaire que chaque jour qui passe montre que le problème est bien davantage celui du dollar, à cause des déficits américains, que de l'euro. Dans l'histoire de la construction européenne, il existe des périodes pour faire mûrir les idées et d'autres pour ¬prendre des initiatives institutionnelles. Le temps d'agir est venu, la paix et la prospérité de nos pays en dépendent. »


Commentaire : Ce que nous vivons avec la « crise » Grecque est une accélération de la mise en place de l’Europe Financière. Il est bien dommage que cette mise en place ait de telles répercussions sur les marchés financiers. Car, loin de s’inquiéter, ils devraient saluer cette mise en place.
Voici ce qui j’écrivais en 2006 : http://www.socioecopofi.com/pages/comprendre-notre-economie/economie/finance-de-la-paix.php

 

Sylvie Goulard dans « Enjeux Les  Echos » de juin 2011

Article intitulé : La véritable ombre qui plane sur l’Europe, plus grave que les déséquilibres, c’est la perte de confiance des populations
« Ce continent reste la première puissance commerciale du monde, le marché le plus solvable, une zone de très grande stabilité. C’est un avantage considérable pour exister à côté des géants comme le Brésil, l’Inde ou la Chine. Mais elle n’en profitera qu’à condition de se constituer en entité politique. L’Union européenne a besoin d’un langage de vérité, d’une perspective mondiale de long terme. Le droit y prévaut d’une manière unique au monde, les Etats acceptant, avec toutes les difficultés que cela représente, de se soumettre à des règles décidées ensemble. Il a fallu des années pour se préparer à l’euro. Pour revenir en arrière, tout en ayant des caisses qui fonctionnent au supermarché et en trouvant des billets dans les distributeurs, il faudrait beaucoup de temps. On créerait alors des anticipations négatives. Le coût du remboursement de notre dette s’envolerait. Prétendre que la sortie de l’euro est une solution est un véritable mensonge ! C’est même honteux et irresponsable. Au monde entier, l’Europe enverrait le signal de son échec et de sa dislocation. Les Européens y perdraient toute crédibilité. »


Commentaire : Il fallait que ce soit dit…et c’est bien dit.                                                                             

Jean Pisani-Ferry dans « Le Monde » du 7 juin 2011

Article intitulé : Faut-il payer ses dettes ?
« Première question, la Grèce est-elle encore solvable ? C'est plus compliqué à dire que pour une entreprise, parce qu'un Etat souverain dispose du pouvoir de taxation. Pour se désendetter, il lui suffit en principe d'augmenter les impôts et de comprimer les dépenses. Mais ce pouvoir n'est pas sans limites. Un Etat qui veut à tout prix honorer sa dette en vient à prélever plus de recettes qu'il ne fournit de services et, passé un certain seuil, cet écart devient socialement et politiquement insoutenable. Parmi les pays avancés, aucun (sauf la Norvège, grâce au pétrole) n'a durablement dégagé un excédent des recettes sur les dépenses hors intérêts supérieur à six points de produit intérieur brut (PIB). Or même si l'Etat grec parvient à stabiliser sa dette, ce sera à un niveau trop élevé (bientôt 150 % du PIB) pour qu'il trouve des créanciers. Deuxième question, est-il grave de ne pas rembourser ses dettes ? L'un des camps souligne que, depuis des décennies, aucun pays avancé ne s'y est risqué, et que tous bénéficient donc d'une réputation favorable. Force est de constater que les Etats qui ont restructuré leurs dettes ne s'en sont pas mal trouvés. Loin d'être bannis des marchés, ils ont en général rapidement regagné leur confiance : les investisseurs préfèrent un pècheur redevenu solvable à un parangon de vertu au bord de l'asphyxie. Il y a vingt ans, la Pologne, qui avait négocié une réduction de dette, s'en est mieux sortie que la Hongrie, qui tenait à sa réputation. La réduction de l'endettement n'est pas infamante. Troisième question, un défaut grec serait-il une catastrophe financière ? Deux canaux de financement sont concernés, l'un interne, l'autre externe. Les obligations d'Etat sont pour les banques et les assurances l'actif de référence. Facilement échangeables, elles permettent de se procurer de la liquidité. En interne, le système bancaire grec en détient de grandes quantités. Mettre en cause leur valeur compromettrait sa solvabilité et son accès au refinancement. L'affaire est donc sérieuse. Cela rend difficilement compréhensible l'attitude des banques centrales, qui, au lieu de s'employer à trouver les moyens de minimiser les conséquences éventuelles d'un tel choc, agitent le spectre d'une réaction en chaîne et évoquent la faillite de Lehman Brothers, en septembre 2008. Elles menacent de punir toute restructuration en coupant l'accès des banques à la liquidité. Mais si la Grèce n'est pas solvable, ou bien l'Union prend ses dettes à sa charge, ou bien le risque demeurera à la manière d'une épée de Damoclès. A force de refuser une restructuration préparée et ordonnée, la zone euro se met à la merci d'un défaut chaotique. Gagner du temps, oui. Mais pour en faire quelque chose. »

Dans « Boursorama » du 4 juin 2011

Article intitulé : Les Européens du sud travaillent plus et plus longtemps que les Allemands :
« "Les Allemands travaillent beaucoup moins (sur l'année, sur leur vie) que les Européens du sud. Ils ne travaillent pas non plus plus intensément", écrit Patrick Artus, chef économiste de la banque française Natixis et rédacteur de cette étude qui s'appuie notamment sur des chiffres de l'OCDE et d'Eurostat. La durée annuelle moyenne du travail d'un Allemand (1.390 heures) est ainsi beaucoup plus faible que celle d'un Grec (2.119 heures), d'un Italien (1.773 heures), d'un Portugais (1.719 heures), d'un Espagnol (1.654 heures) ou d'un Français (1.554 heures), attestent les chiffres publiés en 2010 par l'OCDE. "La performance de productivité par tête de l'Allemagne est dans la moyenne des pays du sud, celle de la productivité horaire est au-dessus de la moyenne mais pas meilleure que celle de la France ou de la Grèce", précise également Natixis. Si l'âge légal de départ à la retraite est plus tardif outre-Rhin (65 ans actuellement, 67 ans dans le futur), les Portugais et les Espagnols travaillent de facto plus longtemps. Seuls les Français (60 ans) et les Italiens (60,1 ans) partent actuellement en retraite deux ans plus tôt en moyenne que les Allemands, souligne encore l'étude, datée du 30 mai. "Angela Merkel ne montre pas les vrais problèmes des pays du sud de la zone euro", estime le chef économiste de Natixis. La performance économique de l'Allemagne est due, selon M. Artus, à son effort d'innovation et de spécialisation dans l'industrie haut de gamme, à l'épargne élevée de son secteur privé et à sa main d'oeuvre très qualifiée par rapport à ses voisins du sud. Berlin dépense par exemple plus que l'Espagne et le Portugal réunis dans la recherche. Les résultats ne se font d'ailleurs pas attendre: l'Allemagne dépose 70 fois plus de brevets que l'Espagne, le Portugal et la Grèce réunis. Les entreprises et les ménages allemands épargnent en outre plus que ceux des pays du sud de la zone euro, ce qui explique les excédents extérieurs de Berlin, relève également l'enquête de Natixis. »                                                                                     

Pascales Besses-Boumard dans « La Tribune » du 18 mai 2011 :
Article intitulé : Ventes à découvert : l'eurodéputé Pascal Canfin veut aller plus loin
« Comme attendu, un compromis a été trouvé, mardi, entre les États membres de l'Union européenne sur un texte visant à contrôler les ventes à découvert en Bourse. Selon l'eurodéputé, contacté par « La Tribune », l'un des paradoxes du texte présenté est qu'il aboutit à l'inverse de ce qu'il souhaitait, à savoir lutter contre la spéculation. Car pour éviter d'éventuelles rétorsions des marchés, le texte n'a pas interdit la spéculation sur les CDS (credit default swaps ou produit dérivé permettant de se couvrir contre le risque de défaut d'un État). Produits pourtant hautement volatils que les Allemands voient d'un très mauvais oeil, contrairement aux Italiens qui y voient un outil idéal. Le compromis trouvé entre les Vingt-sept prévoit aussi que l'Esma puisse interdire les ventes à découvert à nu en cas de tensions sur les marchés mais une fois seulement obtenu le « consentement » des États. Pascal Canfin estime en effet qu'il laisse la voie libre à des dérives où chaque État pourrait sortir ce joker au cas où la règle imposée ne lui plairait pas. « Cela suppose de doter l'Esma de pouvoirs réellement contraignants pour lui permettre d'être pleinement efficace », ajoute-t-il.»

Alexandre Garabedian dans « Boursorama » du 12 avril 2011 :

Article intitulé : Van Rompuy : la zone euro sortira "plus forte" de la crise de la dette

« La crise de la dette en Europe devrait épargner l'Espagne, a estimé mardi le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy dans une interview à la presse grecque, dans laquelle il juge aussi que la zone euro sortira "plus forte" de la crise de la dette. "La menace d'une contagion a beaucoup diminué ou a pratiquement disparu" a déclaré M. Van Rompuy au quotidien Kathimerini, en marge d'une visite à Athènes durant laquelle il doit rencontrer le Premier ministre grec Georges Papandreou. "Je peux vous dire que l'Union européenne ne va pas +gaspiller+ la crise. Nous avons lancé la révision la plus radicale en matière de gouvernance économique depuis le lancement de l'euro" a-t-il dit au quotidien, qui l'a traduit en grec. "D'ici 10 ans, on verra les années 2010-2011 comme des années charnières vers quelque chose de mieux" a-t-il ajouté. »                                                                                 

Yann-Anthony Noghès dans « La Tribune » du 16 mars 2011 :
Article intitulé : L’Europe en pleine révolution


 « Depuis quelques mois, la dictature de l'égoïsme national capitule dans presque tous les domaines. Les unes de journaux qui se focalisent sur les "Vingt-Sept divisés" ne sont que l'arbre cachant la forêt. Derrière, malgré quelques éclats de voix, l'intégration européenne avance à toute allure et brûle même les feux rouges. Pendant quinze ans, les débats et blocages autour du règlement d'ordre intérieur de l'Union ont essentiellement porté sur des points de principe. Un luxe que l'on ne peut plus se permettre en temps de crise. Au début de la crise de la dette, les règles interdisaient à la zone euro de venir en aide à l'un des siens. Les dirigeants européens ont d'abord contourné cette règle en accordant des prêts bilatéraux à la Grèce, puis ils l'ont subtilement transgressée en créant un fonds de secours temporaire qui a servi pour l'Irlande. Ils ont finalement décidé de modifier le traité pour mettre en place un fonds de solidarité permanent. Les Européens agissent désormais comme une vraie famille : ils se prêtent de l'argent, estiment avoir un droit de regard sur les choix de vie des autres et n'hésitent plus à se dire leurs quatre vérités. Jusqu'ici, l'Union économique et monétaire sautillait à cloche-pied car il lui manquait sa jambe économique. Les dirigeants de la zone euro ont pactisé et mis en oeuvre une véritable gouvernance économique. Les Dix-Sept ont accepté de concevoir ensemble leurs politiques sur les salaires ou les retraites, jusque-là des compétences exclusivement nationales. Des avancées tout simplement inimaginables il y a encore quelques mois. L'Europe ne se laisse plus immobiliser par ceux qui bloquent. La déception que suscite l'Europe actuellement n'est en fait que le reflet des attentes qu'elle génère. Ainsi, à l'issue de la révolution culturelle  qui est en cours, lorsqu'une figure charismatique européenne apparaîtra, et cela arrivera, l'Union deviendra un acteur mondial incontournable au sein d'un "G3", aux côtés des Américains et des Chinois. »                                                                                  

François Vidal dans « Les Echos » du 9 mars 2011 :
Article intitulé : Bruxelles se mobilise contre le dumping fiscal


« Dans l’UE, l’impôt est affaire de souveraineté nationale, assortie d’un droit de veto dans la sphère européenne. Chaque État taxe à sa guise. Le vent a tourné l’automne dernier lorsque Dublin s’est présenté au guichet de sauvetage de l’euro. À cette occasion, Nicolas Sarkozy a fait remarquer que Dublin pourrait aussi renflouer ses caisses en cherchant les recettes là où elles se trouvent : « Je ne peux pas imaginer que nos amis irlandais n’utilisent pas leur marge de manoeuvre, leurs impôts étant plus bas que les autres », lâchait-il au détour en octobre. Depuis, Angela Merkel a pris le relais en faisant d’une taxation minimum des bénéfices l’une des clefs européennes de son « Pacte de compétitivité ». Le marché était clair : l’Allemagne et sa puissance financière ne voleront au secours de l’euro et des pays européens en difficulté que si chacun s’astreint chez lui à un minimum de discipline. L’impôt sur les sociétés et surtout la « convergence » des taux dans l’UE font partie de l’arsenal. Avec l’Irlande, quatre pays se retrouvent ainsi dans le collimateur, à l’intérieur comme à l’extérieur de la zone euro : Chypre, le Luxembourg, la République tchèque et la Slovaquie. La Commission Barroso entend relancer le débat : elle veut harmoniser l’assiette de l’impôt sur les sociétés dans l’UE, c’est-à-dire offrir un instrument de mesure commun aux Vingt-Sept. Une fois ce baromètre établi, il sera possible de dresser une échelle reconnue. À charge pour les grands États, dit-on à Bruxelles, de faire remonter ensuite la pression politique contre le dumping fiscal. »

Gaël Giraud, jésuite, CNRS, Ceras, Ecole d’économie de Paris, ESCP-Europe, dans « La Croix » du 21 février 2011 :
Article intitulé : Révolutions démocratiques : 1. La Tunisie


« La Tunisie était en plein essor économique (5 % de croissance annuelle de 2000 à 2008) et venait de mettre en œuvre un accord de libre échange avec l’Union européenne. Considérée comme l’économie la plus compétitive d’Afrique, elle représentait sûrement l’une des plus dynamiques de l’aire sud-méditerranéenne. Moins de 5 % de sa population vit en dessous du seuil relatif de pauvreté, témoignant du décollage « réussi » de sa classe moyenne. Le « pacte » implicite passé entre le clan Ben Ali et la population tunisienne était, en somme, le suivant : échangeons la liberté politique contre le bien-être matériel. Le « contrat » implicite du régime tunisien était surtout voué à l’échec parce que la promesse de prospérité économique, même quand elle est tenue, ne peut durablement servir de compensation à l’absence de démocratie. En un sens, le « pacte » Ben Ali, c’est celui sur lequel le Grand Inquisiteur de Dostoïevski fonde son cynisme : « Ils finiront par jeter leur liberté à nos pieds en nous disant : “Asservissez-nous, mais nourrissez-nous.” Ils comprendront eux-mêmes que la liberté n’est pas compatible avec le pain terrestre et ne leur permet pas d’en avoir chacun à suffisance, car jamais ils ne parviendront à le partager équitablement. » Et l’Union européenne ? Elle pourrait bien avoir été construite en partie, malgré tout, sur un non-dit qui, mutatis mutandis, n’est pas si éloigné de celui du Grand Inquisiteur. La construction d’un Marché unique sans souveraineté politique, tout comme l’indépendance de la Banque centrale européenne (BCE) – institution qui n’a aucun mandat démocratique –, n’ont de sens que si l’on fait le pari que la prospérité économique en compensera le déficit démocratique. Les inégalités sociales se creusent de façon inédite depuis un demi-siècle ; près de 15 % de la population de l’Union vit en dessous du seuil relatif de pauvreté ; les classes moyennes allemandes, en dépit de l’apparent succès de leur industrie, ont vu leur pouvoir d’achat diminuer depuis quinze ans… L’Union ne pourra pas éternellement reporter sine die sa construction politique. Et cette dernière ne passe pas par l’inscription dans une Constitution de l’austérité budgétaire. Ce serait figer dans le droit les exigences des marchés financiers, lesquels n’ont aucune légitimité démocratique non plus ! Après la monnaie, ce serait ôter au politique son deuxième instrument économique : l’outil budgétaire. Il ne nous sera peut-être pas facile de réviser nos traités pour construire ensemble une Union démocratique. Mais qui, en décembre dernier, eût parié que Ben Ali quitterait la scène politique le 14 janvier ? Et Moubarak, le 11 février ? »


Commentaire : Dans un article écrit en décembre 2009, j’écrivais : « À vous de choisir Messieurs les politiciens, Si vous doutiez encore du chemin à prendre, je vous propose quelques sujets de réflexion. Que deviendra notre jeunesse lorsque leur vie ne sera faite que de chômage ou de boulots mal payés (en fait, c’est déjà le cas pour la plupart) ?
Que leurs parents leur auront transmis tout ce qu’ils avaient à leur transmettre ?
Et si un jour les pauvres et les mal-logés se rebellaient contre leur situation ? Souvenons-nous des propos de Gandhi : « Si quelques milliers de Britanniques peuvent imposer leur domination à quelques millions d’Indiens, ce n’est pas grâce à la capacité de violence des Britanniques, mais plutôt à la résignation, à la complicité, à la coopération des Indiens. Les opprimés deviennent coresponsables de l’oppression qu’ils subissent dans la mesure où ils s’en accommodent et obéissent à ses lois. » Et si un jour les mal-logés, les SDF, les « nouveaux pauvres » (ceux qui travaillent mais qui ne gagnent pas assez pour vivre « normalement ») infirmaient volontairement les propos de Gandhi sur la résignation. Et si un jour leur « apathie », contre leur état et contre l’acceptation de leur situation, se transformait en rejet de leurs conditions de vie autrement qu’en se rebellant lors de match de foot ou dans la rue pour des raisons stupides ? Et si tous ceux qui souffrent de la faim ne se « contentaient » plus d’aller aux Restos du coeur, à la Soupe populaire….mais se présentaient devant les cantines administratives de l’Etat et demandaient à faire appliquer les droits de l’Homme ?
Et si tous les mal-logés et les SDF de France montaient sur Paris ? Pour rappel, ils sont plusieurs millions en France. Et si tous les mal-logés et les SDF Européens montaient à Bruxelles ? Non………. impossible Bruxelles serait trop petit. Et si tous les mal-logés et les SDF Européens « envahissaient » la Belgique ? »

Cécile Chambraud et Marion Van Renterghem  dans  « Le Monde » en date du 12 janvier 2011 :
Article intitulé : L'Europe, bras ballants devant la transgression de ses valeurs

 «  Les valeurs européennes sont fondées sur deux piliers : une démocratie assise sur la préservation des libertés individuelles et collectives ; un Etat-providence assurant la cohésion sociale dans une économie de marché.»

François Rachline, professeur à Sciences po et conseiller spécial du président du CESE, dans « Les Echos » en date du 4 janvier 2011 :
Article intitulé : L’Europe de retour


« Jamais, autant qu’en 2010, l’Europe n’aura été confrontée à la tension spectaculaire entre les pouvoirs souverains et les détenteurs de capitaux, les premiers rêvant de durable, les seconds habités par l’instable. Du printemps grec à l’automne irlandais, l’Union a presque tous les jours dû se préparer au pire. Depuis le lancement de la belle aventure en 1958, de nombreuses crises ont rythmé la construction européenne, sans pourtant jamais en menacer l’existence comme ce fut le cas l’an passé, comme cela reste possible, au moment où l’Estonie rejoint la zone euro. Cela dit, la répétition des secousses financières a produit un effet inattendu : l’Europe est de retour. Avec un tic-tac différent de celui des marchés. Ces derniers veulent des décisions concrètes, immédiates, presque toujours dans le sens de la rigueur budgétaire. Non pour le bien commun, mais pour assurer la garantie des  placements – les deux n’étant pas d’ailleurs a priori incompatibles. Aussi somment-ils les Etats de leur répondre dans leur propre langage, celui de la sécurité, de la stabilité, de la rentabilité. Si la réponse ne les satisfait pas, ils peuvent sanctionner les emprunteurs souverains en imposant des écarts de taux considérables (environ 3 % pour l’Allemagne, plus de 11 % pour la Grèce actuellement). En apparence, ils sont maîtres du jeu. La réalité appelle cependant un jugement plus nuancé. Assurément, chaque pays surendetté doit faire des efforts pour assainir autant que possible ses finances publiques, mais, comme entité, les membres de la zone euro n’ont pas cédé aux exigences court-termistes qui n’ont cessé de leur être adressées. L’Union réagit sérieusement. Peut-être pas assez vite, mais dans le bon sens. Certes, il a fallu de graves menaces et des accès de fièvre majeurs pour enclencher cette réaction, mais nous y sommes : les pays membres œuvrent à la convergence des politiques fiscales et des politiques économiques. Ne nous y trompons donc pas : la gestion européenne des crises de 2010 démontre que le temps ne travaille pas contre l’Europe, mais que l’Europe travaille bien dans le temps. »

Jean Peyrelevade dans « Le Figaro » en date du 30 décembre 2010 :

Article intitulé : Pour que l’Europe continue d’exister, il faut la rendre souveraine
« Seul des transferts massifs de souveraineté au niveau européen fourniront à chacun des Etats qui constituent la zone euro un cadre commun de solidarité et de discipline dont nul ne pourra plus s’écarter. Ainsi la convergence des économies européennes sera-t-elle enfin assurée. Ainsi, et pour le bien de toute, chacune sera-t-elle indissolublement liée aux autres. A défaut d’aller jusqu’au bout de cette longue marche, la zone euro éclatera. Utopie ou réalisme ? Si l’on veut que l’Europe continue d’exister, il faut la rendre souveraine, et nous avec, de la scène mondiale. »

Patrice Cardot dans  « www.regards-citoyens.com », source Agence Europe, en date du 16 décembre 2010 :
Article intitulé : Le Commissaire européen Michel Barnier est en faveur de la transposition de l’accord sur les marchés publics
" Le Japon n'ouvre ses marchés publics aux entreprises européennes qu'à hauteur de 25 % alors que, pour l'UE, c'est 75 %. Les Européens n'ont accès qu'aux marchés publics de la moitié des Etats fédérés américains, alors que les Américains ont eux accès à ceux de l'ensemble des Etats membres de l'UE. Ce n'est pas normal " a déclaré le commissaire européen chargé du Marché intérieur, Miche Barnier. Afin de lutter contre ces déséquilibres, il a annoncé son intention de doter l'UE d' " outils de réciprocité ". Annoncée pour 2011, " une proposition législative " permettra de bien mettre en oeuvre l'Accord sur les marchés publics (AMP). Une transposition par le biais d'un règlement de cet accord en cours de renégociation à l'OMC permettrait aux pouvoirs adjudicateurs européens concernés de s'en prévaloir et, in fine, de limiter l'accès à leurs contrats publics aux entreprises issues de pays tiers parties à l'AMP. L'heure est encore à " l'ouverture ", assure-t-il, mais elle n'est plus à " la naïveté ". Et de plaider pour que la Chine et l'Inde rejoignent la trentaine de pays parties à l'AMP. Dans le cadre de ses nouvelles stratégies pour le commerce et la relance du marché intérieur, la Commission européenne a annoncé une proposition législative pour 2011 visant à assurer une symétrie en matière d'accès des entreprises européennes (de pays tiers) aux marchés publics de pays tiers (européens). L'industrie européenne de la construction a dénoncé la concurrence déloyale d'entreprises chinoises dans le cadre de marchés publics européens. »

Dans « Boursorama » en date du 13 décembre 2010 :
Article intitulé : Près d’un quart des Européens menacés de pauvreté ou d’exclusion sociale
 « Quelque 116 millions de citoyens européens, soit près d'un quart de la population de l'UE, étaient menacés de pauvreté ou d'exclusion sociale en 2008, selon une étude publiée lundi par l'office européen des statistiques, Eurostat. Et la pauvreté touche aussi les "grands" pays de l'UE selon le rapport d'Eurostat, intitulé "Revenu et conditions de vie en Europe". Ainsi, la France comptait 7,9 millions de personnes (13,1% de la population) menacées de pauvreté. En Allemagne le taux de personnes menacées de pauvreté est de 15,2%. Il est de 19,6% en Espagne, de 18,7% en Italie et de 18,8% au Royaume-Uni. En outre, 42 millions d'Européens, soit 8,5% de la population de l'UE, se trouvaient en 2008 en situation de privation matérielle grave, ce qui signifie que leurs conditions de vie étaient limitées par un manque de ressources tel qu'elles n'étaient pas en mesure de régler leurs factures, de chauffer correctement leur logement, de s'acheter une voiture ou un téléphone, etc. »

Jean-Jacques Mevel, entretien avec Jean-Paul Gauzes eurodéputé, dans « Le Figaro» du 7 juillet 2010 en page 23 :

Article intitulé : Régulation financière : « les Etats refusent de céder la moindre autorité à l’Europe.
« Jean-Paul Gauzes : Le Parlement européen n’est pas inflexible. Il cherche simplement à mettre un peu plus d’Europe dans la règle du jeu. C’est la leçon de la crise : les futures instances européennes de surveillance doivent avoir un pouvoir d’injonction aux organismes nationaux, faute de quoi elles ne seront pas des autorités européennes. C’est une question de bon sens et d’efficacité. Le Parlement ne cédera pas parce que c’est le minimum qui est dû à l’Europe. »


Commentaire : Nous vivons la transformation du pouvoir National en pouvoir Européen. L’Europe économique et politique vit sa mise en place.

Marie de Vergès dans « Le Monde » du 12 mai 2010 en page 16 :


Article intitulé : On ne peut pas résoudre une crise de dette par plus d’endettement.

Thorsten Polliet, chef économiste de Barclays Capital en Allemagne : «  On ne peut pas résoudre le problème par de l’endettement supplémentaire. Pour soutenir certains pays pris dans une crise de dette, les gouvernements vont devoir emprunter encore. Ce n’est pas une solution. L’urgence aujourd’hui, pour la zone euro, c’est d’annoncer une stratégie crédible de réduction des déficits. On doit se rappeler qu’à l’origine, si le pacte de stabilité avait été respecté à la lettre, on n’en serait pas là. »

Marie de Vergès dans « Le Monde » du 10 mai 2010 en page 11 :


Article intitulé : Les banques supplient la BCE d’acheter de la dette.
« Le rendement des obligations grecques a de nouveau crevé le plafond : plus de 12 % pour les emprunts d’Etat à dix ans et 18% pour les emprunts à deux ans ».


F.A  dans « La Tribune » du 10 mai 2010 en page 3 :

Article intitulé : Vers un pacte de stabilité renforcé.
« La solidarité aura un prix : celui d’une plus grande rigueur budgétaire. Les Allemands, qui ont inscrits l’objectif de l’équilibre budgétaire dans leur Constitution, ne peuvent faire monnaie commune avec des pays qui laissent filer leur déficits. Encore moins s’ils doivent les renflouer !  Les politiques entravant la compétitivité, comme par exemple le relâchement des salaires, seront surveillées. »

Guy Sorman dans « Le Figaro » du 10 mai 2010 en page 18 :


Article intitulé : La crise de l’Europe est idéologique.
« Les fondements de l’Union européenne sont incompatibles avec la manière dont sont gérés les Etats européens. L’Union européenne est libérale, les gouvernements nationaux, fussent-ils de droite, sont d’inspiration idéologique socialiste. A l’origine de l’Europe, un entrepreneur (pas un diplomate mais un négociant en cognac), Jean Monnet, après la seconde guerre mondiale, constatait que les gouvernements européens n’étaient jamais parvenus et ne parviendraient jamais à faire de l’Europe une zone de Paix et de prospérité. Au moteur diplomatique, il substitua le moteur économique : le libre échange et l’esprit d’entreprise devraient, envisageait-il générer des « solidarités concrètes », qui élimineraient la guerre et la misère. Hélas, les gouvernements nationaux ont cru qu’il serait possible d’accumuler les bénéfices de l’Europe libérale, tout en superposant les délices électoraux du socialisme. Il en est résulté un endettement remarquablement homogène, dans tous les pays d’Europe, de l’ordre de 100% de la richesse nationale, entre 91% en Allemagne et 133% en Grèce : un écart assez modeste entre ces extrêmes. La différence aujourd’hui tient moins à l’endettement et au mode de gestion des Etats qu’à la capacité de remboursement variable selon ses débiteurs. Ces Etats providences, par leur coût financier et la déresponsabilisation éthique qu’ils légitiment, ont asphyxié la croissance économique en Europe : nous sommes le continent du déclin, mais du déclin solidaire. Pourquoi un modeste contribuable français ou allemand  paierait-il les impôts auxquels a échappé un Grec riche, tout cela pour financer des syndicats ou des militaires grecs ?  La finance européenne est si enchevêtrée que l’euro dû par la Grèce l’est en réalité à une banque allemande ou française. Par conséquent, que les non-Grecs volent au secours ou pas de la Grèce n’y changerait rien : notre faillite serait collective. Il s’agit de mettre un terme ou non à la stratégie du déclin européen. A  tout prendre, on devrait remercier les Grecs, qui, par inadvertance certes, ont interrompu la sieste européenne. »

Bertrand Badie dans "La Croix" du 27 avril 2010 en page 31 :


Article intitulé : Ordre régional, solution de Paix ?


«  C’est ainsi que l’Europe s’est construite, sur les ruines et les atrocités du second conflit mondial. C’est selon cette logique aussi que l’Amérique latine (notamment avec le Mercosur), mais également l’Afrique et des fragments d’Asie rencontrent la modernité. Le vieux continent sut jadis satisfaire de telles exigences : il n’est pas sûr aujourd’hui que les conditions y restent favorables et qu’au-delà du défaut de leadership, la plupart des Etats n’aient pas choisi une intégration sélective, renouant partiellement avec une logique de compétition à laquelle l’élargissement à l’est n’est pas étranger. »

 

 

Jacques Delors dans « Le Monde » du 17 avril 2010 en page 20 :

Article intitulé : L’Europe est morte, vive l’Europe !
 « Il s’agit de rappeler que les peuples sans mémoire n’ont pas d’avenir. »


Sylvie Goulard, présidente du mouvement européen-France, Guillaume Klossa, président d’EuropaNova, Tommaso Padoa-Schioppa, président de Notre Europe, dans « La Croix » du 14 avril 2010 en page 27 :

Article intitulé : Pour l’Europe, prenons nos responsabilités.
 « Si Robert Schuman avait écouté des « conseillers en communication » plutôt que sa conscience, et commandé un sondage d’opinion avant d’agir, jamais il n’aurait proposé à l’Allemagne, cinq années après la guerre, un partenariat égalitaire. Les relations franco-allemandes auraient sans doute pris une tournure moins amicale. Si, en 1985, à Milan, la présidence italienne n’était pas passée outre l’opposition résolue de Margaret Thatcher, le marché unique imaginé par Jacques Delors n’aurait pas vu le jour, au détriment de nos entreprises et de nos emplois. Si le chancelier Kohl avait cédé aux innombrables voix hostiles à la monnaie unique et si des partenaires comme François Mitterrand ou Felipe Gonzalez ne l’avaient pas soutenu par-delà les appartenances politiques, l’euro n’existerait pas. La crise financière de 2008 aurait eu pour l’Europe des conséquences catastrophiques.
Loin de nous l’idée que l’Union européenne puisse être faite sans associer les citoyens ! Mais sur certains sujets où l’intérêt général est en jeu, les pouvoirs publics doivent faire preuve de pédagogie et de courage pour aller à l’encontre des idées reçues et des préjugés. » 

Jean-Louis Bourlanges, Institut Thoma More, dans "Le Figaro" du 8 février 2010 page 16 :

Article intitulé : Existe-t-il une identité européenne ?

« Quant au défi que nous lance notre héritage de grandeur, il nous oblige, comme Pierre Manent le dit à juste titre, à repenser l’articulation de nos deux identités, la nationale et l’européenne. Affaire délicate parce que les Etats nationaux ont été inventés par l’Europe et que la monstrueuse rivalité de ces nations a conduit les Européens à un quasi-suicide collectif : pour l’Europe, les Etats sont à la fois un élément d’identité et une promesse de destruction. La réussite de la construction européenne suppose que nous dépassions cette contradiction. »

Marie-France Baud dans « Confrontations Europe » de janvier à Mars 2010 en page 44 :

Article intitulé : L’itinéraire de Jérôme Monod.

« Si Jérôme Monod déplore que le monde économique prenne le dessus sur le monde politique, il regrette encore que ce dernier n’ait ni la force ni les hommes ni le soutien suffisant de l’opinion publique pour réagir et avancer ensemble au niveau de l’Europe alors que 450 millions d’habitants pourraient avoir une force économique et politique majeure. Je ne crois pas que l’on puisse faire une Europe qui soit simplement de bonne harmonie entre les nations. Il faut un pouvoir politique européen qui soit enlevé aux nations. »

Rémi Barroux dans « Le Monde » du 3 décembre 2009 :

Propos de Jacques Delors  « Les limites de l’Europe sociale datent d’avant la crise. L’échec principal date de 1993 quand les gouvernements n’ont pas appliqué les prescriptions du Livre blanc sur la croissance, la compétitivité et l’emploi. Le texte était prédictif puisqu’il abordait les questions d’environnement, d’organisation urbaine, donnant des orientations pour les politiques nationales et européennes. »

 

 

 



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