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Raisonner en flux comptables ou en dynamique financière ?
8 décembre 2010
Et si l'évaluation des SICAV et FCP était fausse ?
Comprendre :
- la Mondialisation et l'Europe
- les cycles boursiers
- les cycles immobiliers
- l'économie et les cycles financiers
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inflation
Dans « Lescrises.fr » du 20 avril 2012
Article intitulé : Deux siècles d’inflation en France

On observe une nette différence entre le XIXe et le XXe siècle : le XIXe alterne très régulièrement des phases d’inflation et de déflation, d’ampleur limitée. C’est une des conséquences du système d’étalon bimétallique or-argent.

Le XXe siècle connait pour sa part 2 phases de très forte inflation durant les deux guerres mondiales et une plus limitée mais longue durant les chocs pétroliers des années 1970. Depuis lors, l’inflation des prix à la consommation a été remarquablement contenue (mais le prix des actifs a explosé, en particulier l’immobilier). Il n’y a plus eu de déflation depuis la grande Dépression des années 1930.
Christine Lejoux dans « La Tribune » du 14 décembre 2011
Article intitulé : L’inflation au plus haut depuis trois ans
« Tout au long de 2011, l’inflation n’aura cessé de progresser en France. En novembre, les prix à la consommation ont augmenté de 2,5% par rapport à leur niveau d’il y a un an, selon l’insee. Mais la situation devrait s’améliorer l’an prochain. Les experts prévoient une accalmie des cours du pétrole (voir ci-dessous). »
Commentaire du 11 octobre 2011 : Pouvait-on dire qu’il n’y avait pas d’inflation alors que les prix de l’immobilier surchauffaient ? Oui, puisque l'indice des prix ne retient pas les remboursements des emprunts liés à l'achat d'un logement. D'ailleurs ceux relatifs aux crédits à la consommation ne le sont pas davantage car les remboursements d'emprunt relèvent d'opérations financières. Ne pas confondre l’inflation des biens et services et l’inflation des actifs. Trop souvent, on oublie ce fait et on utilise un indice d’inflation non cohérent avec l’information que l’on donne. En fait, il y a toujours de l’inflation, soit celle qui touche l’ensemble de la population lorsque la « planche à billets » étatique tourne, soit sur les actifs lorsque c’est au tour de la « planche à billets » bancaire (vue réductrice mais opérationnelle).
Jérôme Pôrier dans « Le Monde » du 11 octobre 2011
Article intitulé : La convergence des normes comptables prend du retard
« Plus l'Europe s'enfonce dans la crise de l'endettement et plus l'issue devient inéluctable : les Etats devront tôt ou tard accepter un regain d'inflation. Seule la hausse des prix leur permettra d'honorer leurs échéances sans briser la croissance. Il nous reste encore un peu de temps pour nous y préparer. Pas tant que cela : aux Etats-Unis, les taux d'intérêt réels sont déjà négatifs puisque le principal taux directeur de la Fed est fixé à 0,25 %, tandis que la hausse des prix oscille entre 3 % et 4 %. En raison de la rigidité de la BCE, l'Europe sera certainement la dernière zone à accepter cette évidence. L'inflation ayant quasiment disparu depuis deux décennies, les épargnants vont devoir s'habituer à raisonner en termes de pouvoir d'achat. Il s'agit d'une bonne nouvelle pour les jeunes générations, qui pourront peut-être devenir propriétaires de leur logement. En revanche, il s'agit d'une catastrophe pour les rentiers, les retraités et pour tous ceux qui perçoivent des revenus fixes. Sachant que notre système de retraite par répartition repose à 95 % sur des obligations qui seraient fortement dévaluées dans un tel scénario, le bon sens recommande de diversifier ses placements. Plus que l'or et la pierre, les actions constituent la classe d'actifs qui résisterait le mieux »
Commentaire : Pouvait-on dire qu’il n’y avait pas d’inflation alors que les prix de l’immobilier surchauffaient ? Oui, puisque l'indice des prix ne retient pas les remboursements des emprunts liés à l'achat d'un logement. D'ailleurs ceux relatifs aux crédits à la consommation ne le sont pas davantage car les remboursements d'emprunt relèvent d'opérations financières. Ne pas confondre l’inflation des biens et services et l’inflation des actifs. Trop souvent, on oublie ce fait et on utilise un indice d’inflation non cohérent avec l’information que l’on donne. En fait, il y a toujours de l’inflation, soit celle qui touche l’ensemble de la population lorsque la « planche à billets » étatique tourne, soit sur les actifs lorsque c’est au tour de la « planche à billets » bancaire (vue réductrice mais opérationnelle).
Mathilde Lemoine, économiste en chef de HSBC France, propos recueillis par Marie Charrel, dans « Capital » d’octobre 2011
Article intitulé : L’inflation n’est plus la recette miracle pour alléger nos dettes
« Une inflation plus forte permettrait-elle d’alléger le poids des dettes publiques ? La finance a tellement changé qu’aujourd’hui cette technique ne fonctionnerait pas aussi bien. Depuis la libéralisation des marchés, dans les années 1980, ces derniers sont en effet libres de fixer les taux d’intérêt auxquels ils prêtent aux gouvernements. Or ils intègrent l’évolution des prix dans leurs calculs. Si l’inflation croissait durablement de 2 points chez nous, banques et assureurs et fonds d’investissement ne prêteraient probablement plus à 2,5% sur dix ans à la France, mais à 4 ou 4,5% pour ne pas prendre d’argent. Les sommes que rembourse l’Etat resteraient donc quasiment identiques. Les Banques centrales sont-elles responsables des hausses de prix observées ces derniers mois ? Relâchées dans le système financier, ces liquidités ont ensuite alimenté la spéculation sur le marché des matières premières, dont les cours ont flambé. Au détriment, bien sûr, des consommateurs des pays occidentaux et surtout émergents, car dans les deux cas, les salaires ne sont pas (ou plus) indexés sur l’inflation. Olivier Blanchard, l’économiste en chef du FMI, recommande aux Banques centrales d’augmenter leur objectif d’inflation de 2 à 4% par an. En effet, mais pas dans le but d’alléger le poids de la dette. Son raisonnement est le suivant : avec une inflation de 4%, les taux directeurs des Banques centrales seraient plus élevés. En cas de nouvelle crise, elles disposeraient donc d’une plus grande marge de manœuvre pour les baisser et relancer l’économie en favorisant les prêts. Cela leur éviterait de se retrouver dans la situation actuelle. Leurs taux sont si bas qu’elles ne peuvent quasiment plus utiliser ce levier-là.»
Commentaire : Lumineux. N’oubliez pas que la revue de presse ne peut se faire l’écho de toute la richesse des articles. Elle n’a d’objectif que de mettre ces derniers en valeur et de facto leurs auteurs et les journaux qui les publient.
Dans « H24 » du 26 mars 2011 :
Article intitulé : L'inflation en cinq épisodes
L’inflation est une conséquence inévitable du jeu des forces du marché. Mais quels mécanismes entraînent une hausse des prix ? Cinq courts métrages expliquent la spirale de l’inflation dans la ville fictive de Maynard Keynes.
Scénario 1: le redressement
Nous sommes à Maynard Keynes. Depuis la fenêtre de son bureau, le président de la banque centrale regarde la ville... Mais il est préoccupé. Le taux de chômage est élevé, les stocks augmentent et le niveau de la production industrielle est au plus bas. Le président de la banque centrale décide alors d'injecter de l'argent pour soutenir l'économie. Il achète à cet effet quelques emprunts d'Etat sur le marché des capitaux. Grâce à cette vente, la banque commerciale dispose désormais d'importantes réserves monétaires. Néanmoins, comparées à d'autres actifs, les liquidités ne rapportent que peu d'intérêts. La banque souhaite donc faire fructifier son argent. Elle propose à un propriétaire d'usine un prêt intéressant. Celui-ci espère ainsi diversifier ses produits et relancer les ventes. Après avoir agrandi son usine, il constate qu'il doit embaucher pour faire face à la charge de travail supplémentaire. Ce regain de travail a deux conséquences. Tout d'abord, le nombre d'ouvriers sans emploi baisse. Ensuite, les salaires augmentent en raison de la pénurie accrue de main-d'œuvre sur le marché du travail. Avec ces revenus supplémentaires, les ménages peuvent consommer davantage. Les stocks de marchandises du magasin diminuent et les prix grimpent. Les ventes restent élevées, le magasin peut commander plus de produits à l'usine. Le cycle recommence du début: l'usine embauche plus d'ouvriers, les salaires augmentent. La ministre des finances récolte plus d'argent: les recettes fiscales issues des ventes et des revenus progressent. Les sommes dépensées pour l'aide aux chômeurs diminuent, car un nombre accru de personnes retrouvent du travail. Tous ces éléments font que l'Etat réalise un excédent et peut rembourser une partie de ses dettes. Il rachète les emprunts qu'il a émis auprès des investisseurs et des banques. Ceux-ci ayant désormais des réserves monétaires plus importantes, les taux d'intérêt baissent à nouveau. Grâce aux taux bas, le crédit devient plus abordable, ce qui stimule encore davantage l'économie. La ville se remet maintenant totalement de la récession. Depuis le bureau du président de la banque centrale, les perspectives sont bien meilleures.
Scénario 2: le boom de la construction
Loin au-dessus de la ville de Maynard Keynes, le président de la banque centrale regarde par la fenêtre, et il est satisfait. Grâce aux efforts de la banque pour relancer l'approvisionnement en liquidités, l'économie prospère. La situation étant favorable, il décide de laisser les choses suivre leur cours. Les travailleurs de la ville gagnent plus et un nombre supérieur de personnes ont un emploi. La banque de détail estime donc que le risque de crédit est relativement faible. Dans l'espoir de gagner des voix, la ministre des finances annonce que l'Etat favorisera l'acquisition de logements. Elle annonce aux banques commerciales qu'elles peuvent réduire les garanties exigibles pour l'octroi d'hypothèques. La banque commerciale propose donc aux familles des travailleurs des hypothèques moins coûteuses. Etant donné qu'un plus grand nombre de familles achètent des maisons, les prix de l'immobilier commencent à grimper. La banque constate que la valeur des maisons croît, mais continue d'offrir des taux d'intérêt hypothécaire attractifs. Le boom de la construction influe sur la conjoncture: se sentant plus riches, les familles vendent leurs logements pour aller s'installer dans des maisons plus grandes et mieux situées. Les déménagements se multiplient, d'où une hausse supplémentaire des prix de l'immobilier. Beaucoup de familles agrandissent leurs maisons et augmentent les hypothèques. Elles commencent à générer de l'argent avec leurs habitations. Avec l'excédent de leurs hypothèques, elles achètent des machines à laver et des voitures. Les prix des biens et des services s'emballent. A la grande joie de la ministre des finances, les recettes fiscales de l'Etat s'améliorent. Le président de la banque centrale, lui, se réjouit moins. La hausse des prix des marchandises et de l'immobilier s'accélère. Peut-il éviter que la situation ne dégénère?
Scénario 3: l'effondrement du marché immobilier
Le président de la banque centrale est quelque peu désemparé. Il redoute que ses efforts pour renforcer l'économie aient été un peu trop fructueux, car les prix sont devenus incontrôlables. Il décide donc de mettre un frein à cette hausse et de retirer de l'argent du circuit économique. Il vend au marché des capitaux et aux banques quelques emprunts d'Etat en échange de liquidités, ce qui entraîne une baisse du prix des obligations. La banque commerciale possède moins de liquidités et la valeur de ses obligations d'Etat restantes a diminué. Il en résulte un déséquilibre entre la valeur de l'argent et celle d'actifs moins liquides. Un écart qu'elle doit combler – avec des liquidités. Pour le propriétaire de l'usine, cela signifie hélas que la banque relèvera ses taux lorsqu'il renouvellera son crédit. Au lieu d'emprunter davantage, il décide de ralentir la production pour pouvoir licencier quelques ouvriers et réduire ses charges salariales. Dans l'incapacité de payer leurs hypothèques, les chômeurs et leurs familles demandent de l'aide à la banque. Celle-ci leur répond qu'ils ont rompu leur contrat et qu'ils doivent quitter leurs maisons. La banque résilie les hypothèques, reprend les maisons et tente de les vendre pour générer des liquidités. Mais de nombreuses familles sont concernées. Les prix de l'immobilier chutent, et la banque ne parvient pas à vendre les maisons. Le chômage a aussi des conséquences sur les gains du magasin. Les chômeurs n'achètent plus autant de biens et de services, les stocks se reconstituent. Un cycle se forme: la gérante du supermarché explique au propriétaire de l'usine qu'elle a besoin de moins de réserves. Celui-ci doit procéder à d'autres licenciements. Le président de la banque centrale craint maintenant que sa stratégie ait trop bien fonctionné. Les prix baissent, les banques n'octroient plus de crédits, la production se ralentit: l'économie est au bord de l'effondrement. L'Etat est également déçu: il perçoit moins de recettes fiscales et doit dépenser davantage pour aider le nombre croissant de chômeurs. Heureusement, il peut encore se procurer de l'argent sur le marché des capitaux, puisque les épargnants continuent d'investir dans des emprunts d'Etat. Cela accroît toutefois la dette publique. Les banques et les entreprises sont prudentes. Elles ne prêtent pas d'argent et n'en empruntent pas non plus. L'économie stagne, entre en récession et bientôt en dépression. Tout comme notre président de la banque centrale, à moins qu'il ne trouve une solution...
Scénario 4: plan de sauvetage pour la banque
Le président de la banque centrale observe ce qui se passe aux portes de son bureau, et ce n'est pas beau à voir. Tous ses efforts pour augmenter l'argent en circulation ont été vains. L'économie est sur le déclin. De nombreuses personnes ne trouvent pas de travail. Les banques et les entreprises n'empruntent plus et ne dépensent plus. Pour éviter que les banques du pays ne s'effondrent totalement, la banque centrale et la ministre des finances décident de les sauver. La banque centrale achète des emprunts hypothécaires et des obligations d'entreprises à d'autres banques afin d'approvisionner ces dernières en liquidités. Le banquier reste prudent. Il n'octroie pas de crédits et investit dans des emprunts d'Etat émis par la ministre des finances pour refinancer les banques. Par ailleurs, la ministre doit vendre des emprunts d'Etat supplémentaires pour dégager des capitaux destinés à l'aide aux chômeurs. Mais ce n'est pas tout: l'Etat s'adresse directement à l'usine et commande des biens dont il n'a pas réellement besoin. Il espère ainsi que l'usine pourra engager plus d'ouvriers. Et tel est le cas en effet. Quelques familles peuvent à nouveau effectuer des achats, ce qui réduit légèrement les immenses stocks des supermarchés. Etant donné que les salaires et les impôts sont encore bas et que l'Etat doit financer la production de l'usine et les allocations de chômage, la dette publique continue bien sûr de progresser. La banque commerciale est inquiète: qu'adviendra-t-il si les emprunts d'Etat ne peuvent pas être remboursés? Elle essaye de se débarrasser de ses emprunts, faisant alors immédiatement chuter les prix. Les taux d'intérêt augmentent. La hausse des taux ralentit la production, car l'économie ne peut plus y faire face. Les recettes publiques restent faibles et les pouvoirs publics ne peuvent plus emprunter puisque personne n'achète plus d'emprunts d'Etat. Il en résulte une crise d'endettement. Le président de la banque centrale ne voit plus qu'une seule issue. A contrecœur, il annonce qu'il rachètera tous les emprunts émis par la ministre des finances et qu'il les paiera directement par le biais de la banque centrale. Ce capital sera ensuite injecté dans l'économie par le ministère des finances. Dans la réalité, cet effet est obtenu avec des subventions ou avec des réductions d'impôt. Une fois que l'argent est entré dans le circuit économique, les prix augmentent. L'inflation redémarre.
Scénario 5: l'effet pétrole
Ce matin, le ciel est couvert à Maynard Keynes. Le président de la banque centrale regarde par la fenêtre de son bureau. Il est soucieux. La ville souffre encore des séquelles du boom de la construction, du marasme qui s'en est suivi et de l'importante dette publique. De nombreuses économies se portent mieux aujourd'hui, mais leurs banques centrales et leurs ministères des finances ont également traversé un cycle au cours duquel ils ont dû augmenter leurs réserves de liquidités et combler leurs déficits fiscaux. Ces économies se trouvent par conséquent en pleine reprise. Comme une économie florissante a d'immenses besoins en énergie, les prix du pétrole grimpent. Face à cette envolée, le propriétaire de l'usine est contraint de relever le prix des marchandises qu'il fournit au supermarché. Pour les travailleurs, ces hausses de prix équivalent à une inflation. Ils n'obtiennent pas d'augmentation de salaire, achètent donc moins de marchandises, lesquelles s'apprécient sans cesse. Les stocks du supermarché recommencent à grossir. Le supermarché commande moins de marchandises à l'usine. Sa production étant en baisse, le propriétaire de l'usine doit à nouveau licencier des travailleurs. Les salaires et le pouvoir d'achat reculent également. Les stocks du supermarché s'accumulent, la gérante envisage une baisse de prix. Au final, cela signifie qu'une hausse des prix du pétrole n'engendre pas d'inflation durable. Sauf si le président de la banque centrale est inquiet et qu'il stimule l'économie en augmentant l'argent en circulation… Ce qui nous ramène au point de départ de notre histoire: le président de la banque centrale regarde par la fenêtre de son bureau, et il est préoccupé. Le cycle recommence depuis le début. Source : Credit Suisse
Dans « Agefi Hebdo » du 24 au 30 mars 2011 :
Article intitulé : L’inflation importée est désinflationniste
« Quand l’inflation des produits énergétiques augmente, le core inflation (inflation sous-jacente hors prix de l’énergie et de l’alimentation) diminue, et vice-versa, explique Stéphane Déo, économiste d’UBS. A regarder en parallèle l’inflation énergétique et l’inflation sous-jacente, l’histoire qui se lit sur plusieurs années n’est pas celle d’une spirale inflationniste, mais celle d’effets déflationnistes, poursuit l’économiste. Mais si l’analyse est la même qu’en 2008 quand les cours du pétrole ont atteint 140 dollars le baril, UBS reconnaît avoir adapté la fonction de réaction de la Banque centrale européenne et tenir compte du fait qu’elle avait augmenté son taux directeur en juillet 2008 de 4 à 4,25%, prenant à revers les marchés financiers. »
Jean-Pierre Robin dans « Le Figaro » du 14 février 2011 :
Article intitulé : L’inflation, tout comme l’enfer, c’est les autres
« La France n’est plus en mesure de produire elle-même son inflation. Elle l’importe en grande partie de l’étranger. Une situation très désagréable. Du baril de pétrole à la tonne de cuivre, en passant par la livre de coton et le kilo de cacao, la flambée des cours ne souffre guère de répit. Or à quelques très rares exceptions près, comme le blé, il s’agit de produits exotiques que l’Union européenne ne produit pratiquement pas. Le phénomène est très sensible en France. Les prix à la consommation ont augmenté de 1,8 % en 2010. Mais en faisant abstraction de l’énergie, la hausse du panier de la ménagère n’a été que de 0,9 %, selon les chiffres de l’Insee. L’économie française serait-elle tellement anémique qu’elle n’est plus en mesure de produire de l’inflation ? Pour dire les choses crûment, le marché du travail semble bien trop déprimé pour que la spirale prix-salaires ne s’enclenche sur notre territoire. Les pays émergents ne sont pas immunisés eux non plus, mais leur problématique est différente. La Chine et le Brésil ont relevé leurs taux d’intérêt à plusieurs reprises pour tenter d’enrayer l’inflation, qui atteint d’ores et déjà respectivement 4,6 % et 6 %. L’onde de choc exerce des effets sociaux dévastateurs alors que la part des produits alimentaires représente en moyenne 30 % du budget des ménages (deux fois plus qu’en Europe), voire 47 % en Inde. En revanche, ces mêmes économies sont mieux à même d’encaisser la cherté des prix énergétiques et des produits de base industriels que les pays avancés. C’est paradoxal. En 2008 Jean-Philippe Cotis, le directeur de l’Insee, au moment de la précédente flambée de l’or noir : « La Chine a un potentiel de croissance énorme, de l’ordre de 10 % l’an en volume. Cette croissance se nourrit elle-même de très forts gains de productivité, de l’ordre peut-être de 7 % à 8 % l’an. Ces progrès de productivité permettent de dégager un surplus de pouvoir d’achat substantiel en faveur des entreprises, pour leurs investissements, et aussi pour les ménages. C’est ce surplus qui permet à la Chine de faire face », selon l’analyse de Jean-Philippe Cotis. En France, les gains de productivité se situent autour de 1,5 % l’an ! Du fait de sa propre dynamique de croissance, l’Asie a donc les moyens d’absorber la facture des matières premières et de dédommager ses populations par des augmentations de salaires à deux chiffres. Des hausses de 20 % sont devenues monnaie courante en Chine. »