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BOURSE

 

A)La Financiarisation

Comme je l’ai indiqué dans des écrits précédents, la financiarisation qui consiste à utiliser l’entreprise pour faire des paris doit être combattue. Lorsqu’il y a financiarisation, on n’investit pas dans des titres de sociétés afin de renforcer leur situation financière et leur développement économique, on se sert d’elles pour faire des paris. Pas d’investissement dans la croissance de l’entreprise et dans son personnel, mais pari sur la capacité de l’entreprise à tenir ses objectifs de production et/ou financiers. Tout comme un drogué est sous la dépendance de sa dose, les institutionnels (banques, compagnies d’assurance, caisse de retraite…) parieurs sont tous sous la dépendance de la réalisation des objectifs financiers annoncés par l’entreprise. Quitte à ce que cette dernière falsifie (ou arrange) ses comptes. L’entreprise et les hommes qui constituent l’Etat sont devenus les pions d’un jeu purement financier maîtrisé par les financiers eux-mêmes.

Enfin ! Jusqu’au jour où il y a implosion du système et que l’Etat est appelé à la rescousse.

Comme vous l’aurez compris ce jeu financier s’il est gagnant est en faveur des joueurs et s’il est perdant est à la charge de l’Etat et in fine de tous. On socialise les pertes et on privatise les profits. Monsieur Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie Non, nous ne sommes pas au PMU (Pari Mutuel Urbain) mais au bien au PMB (Pari Mutuel Boursier).

Dans ce jeu, l’employé est un des chevaux du PMU. Quand il ne va pas assez vite, on lui donne un coup de cravache ; Quand il fatigue, on le vire et on le met au rebut. Notez bien qu’en Europe nous avons de la chance car en ce qui concerne l’Afrique on affame carrément les peuples (voir la revue de presse  en fin d'article et ci-dessous un extrait de mon Coup de gueule de 2008).

2007 : Tamara Kummer, Porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM), le « grenier des Nations unies » « Nous distribuons quatre millions de tonnes de vivres par an à 73 millions de personnes dans 78 pays. L’augmentation de 55 % de nos coûts, depuis juin 2007, a provoqué un manque à gagner, qui nécessite de réunir 500 millions de dollars avant le 1er mai. Si à cette date-là, nous n’avons pas les sommes nécessaires, nous serons obligés, soit de réduire de moitié nos rations, soit de diminuer de moitié le nombre de personnes que nous nourrissons. »

2007 : Dominique Strauss-Kahn, directeur général du Fonds monétaire international (FMI) « Si les prix de l’alimentation continuent à augmenter des centaines de milliers de gens vont mourir. Des enfants vont souffrir de malnutrition avec des conséquences sur leur vie. »

Maguy Day dans « Le Monde » du 28 septembre 2007 en page 15 :

En Afrique, l’évasion des capitaux représente deux fois la dette. 13 milliards de dollars ont fui chaque année de 1992 à 2004, rapport du CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement.

Mathieu Laine dans « Le Figaro » du 27 novembre 2009 : « L’élimination de la faim de la surface de la terre nécessiterait, selon le directeur général de la FAO, Jacques Diouf, 44 milliards de dollars par an d’aides publiques à investir dans les infrastructures, les technologies et les intrants modernes. Cette somme est, dit-il, modeste au regard des 1 340 milliards de dollars dépensés dans l’armement… »

Mon avis : Comment dire après cela qu’on lutte contre la pauvreté ?

N’est-ce pas plutôt l’entretenir par intérêt et se donner bonne conscience par des dons que l’on sait détournés ?
Il est vrai que les peuples essayent, eux, de faire le nécessaire via des associations caritatives. Et pourtant, comme le rappel Paul Fabra dans « Les Echos du 12 avril 2008 » : « ….Ce n’est pas ces évolutions ou des accidents climatiques qui expliquent le triplement (et plus) du cours du blé depuis janvier 2006 ! Allez plutôt voir du côté de grands marchés du blé, soja, du maïs au Chicago Mercantile Exchange. Les banques d’investissement y prennent de fortes positions. En l’absence d’un marché organisé pour le riz, certains fonds d’investissements en financent le stockage (accaparement). »

Pascal Lamy, Directeur général de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) répondant à une interview dans « Les Echos » du 13 mai 2008 : Question posée : Le monde connaît une grave crise alimentaire. Comprenez-vous que des pays comme l’Argentine, la Chine ou l’Inde restreignent leurs exportations ?
Réponse : En tant qu’économiste, j’estime qu’assécher l’offre va dans le mauvais sens. En tant qu’homme politique, je comprends. Les économistes voient cela globalement ; les politiques pensent à leur prochain mandat….

Mon avis : Bien qu’ayant le plus profond respect pour le travail et la personne de Monsieur Lamy (homme courageux, honnête et on ne peut plus tenace), je ne peux que m’étonner du pragmatisme de cette réponse. Comment analyser un assèchement de l’offre en termes uniquement économique et politique alors que nous parlons d’un meurtre de millions de personnes par « assèchement » dû à un manque d’eau et de nourriture ?
Allons-nous encore tolérer longtemps que l’on affame et que l’on tue au nom du gain financier des millions de personnes chaque année ?

Non, l’économie de marché n’a jamais consisté à parquer les êtres humains en fonction de leur place dans le jeu financier. Il est temps de mettre fin à ce triage qui consiste à affamer et à faire mourir les chevaux (pardon les Etres Humains) qui ne rentrent pas dans le moule des stratégies financières.

Hier, Hitler dans sa folie furieuse cachait ses camps de la mort.

Aujourd’hui, les financiers et les lobbies les laissent à ciel ouvert. C’est tellement visible que cela en devient plus « acceptable » puisque tout le monde est complice.

Ah la transparence…. Point d’idéologie et de folie raciste, xénophobe, antisémite ou autre ignominie. Tout le monde est le bienvenu dans l’idéologie de la finance reine.

Tous, sans exception et sans condition aucune….. si ce n’est la plus parfaite insensibilité, le plus parfait silence (naturellement, lorsqu’il est dûment monnayé) et le tout sans aucun remords. Dormez braves gens, les pauvres crèvent en silence pendant que vous, vous êtes obnubilés par votre look et votre forme (ou vos formes). Les plus zélés des soldats financiers reçoivent même des bonus. Hier des médailles, aujourd’hui des bonus. Bonus oui……. mais fiscalisés. Il y a peu un « grand » banquier a affirmé dans la presse que les banquiers n’avaient rien coûtés à l’Etat lors de la dernière crise.
Et le fait d’avoir adapté (magouillé) les règles comptables pour limiter les aspects destructeurs de leurs aveuglements et de leurs détournements ?
Et les millions de chômeurs ?
Et la famine ?
Et….

B) Comment la financiarisation (pari) est-elle possible ?

Le support principal de la financiarisation et le système de cotation. C’est bien ce système qui porte en son sein le coeur (nucléaire) de la volatilité. Volatilité des marchés qui est la base des produits dérivés. Supprimer la volatilité = fin de la très grande partie des marchés dérivés.

Explication : Le système actuel ne tenant pas compte du volume, il suffit de quelques titres échangés pour que mécaniquement on parle de hausse ou de baisse importante. Qui dit hausse ou baisse importante dit pari.

Exemple : A l’heure où j’écris ces lignes, il est 10h41 le mercredi 23 décembre 2009 Saint Gobain a pris (en hausse) selon la côte 1,79%. En l’occurrence ce qui a fait progresser le titre Saint Gobain est une transaction sur une centaine de titres. Pour une centaine de titres échangés avec une hausse de 1,79%, les non professionnels croient que les 512 917 739 de titres (oui, j’ai bien dit plus de 512 millions) ont pris cette hausse. La logique ne voudrait-elle pas qu’au titre d’une information non trompeuse on fasse ressortir dans le cours de bourse le faible pourcentage du volume échangé ?

Est-ce parce que 100 Français ont gagné le gros lot au Loto que l’on dit aux autres 65 000 000 de Français qu’ils sont tous riches ?
Dans le monde financier, c’est le cas. Les investisseurs qui vont lire la cote vont se croire plus riches ou plus pauvres (quand la cote baisse), alors que tant qu’il n’y a pas de volume échangé l’information du cours ne sert à rien, si ce n’est à organiser des paris sur ces hausses et baisses fictives. Non seulement le système actuel de cotation fait croire aux investisseurs non avertis à la hausse du titre Saint Gobain (comme il peut faire croire à la baisse voir au krach) mais en plus il sert de support de pari. Ce sont les produits dérivés.

L’ « intelligence » humaine a financiarisé du vent. Pour votre information, cette financiarisation du vent est postérieur aux abus de la titrisation. Pour les plus mercantiles d’entre-nous, il est clair qu’il est plus avantageux de jouer au jour le jour que d’investir dans une société et son personnel. Par contre, si avec une simple formule mathématique, on ramenait le gain par rapport au volume échangé la performance serait très inférieure à 1% les marchés dérivés n’auraient plus lieu d’être et l’argent reviendrait s’investir dans les entreprises, les Hommes et les Etats.

Comme vous l’aurez compris, le système de cotation boursier actuel est tout sauf un indicateur pertinent de valeur et encore moins de juste valeur.

Jean-Paul Fitoussi écrit dans « Le Figaro magazine » du 29 août 2009 : À propos de la crise « On a consommé du capital. On se croyait riche, les marchés financiers nous disaient que les prix des actifs étaient très élevés alors que tel n’était pas le cas. Le fait que le système financier se soit mis à dysfonctionner n’est qu’un symptôme, ce n’est pas la cause de la crise. La cause profonde est la très grande croissance des inégalités que nous connaissons depuis un quart de siècle. »

Cela dit même les Commissaires aux comptes certifient ces valeurs fictives.

Dans un autre style, Monsieur Claude Cazes, président de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes, dans une interview de Muriel Jasor pour « Les Echos » du 4 et 5 décembre 2009 nous indique que « La juste valeur est le moins mauvais des systèmes ». Personnellement, je ne peux que m’étonner qu’avec notre liberté de penser, les possibilités comptables et mathématiques, on en soit réduit à parler de « moins mauvais des systèmes » et non de système logique et loyal. Système loyal réclamé par Madame Lagarde, ministre de l’économie.

C) Pourquoi maintenir ce système ?

Parce que tout le monde en vit…..Sauf ceux qui en crèvent et meurent. Parce que tout le monde y a intérêt. Parce que personne ne veut être le premier à vouloir changer les choses. Parce que le détruire serait mettre à jour l’évidence que les hausses, les baisses et les krachs sont, bien souvent, purement fictifs. Fictifs mais productifs de commissions pour les intermédiaires.

Exemple : Les banques qui aujourd’hui remboursent les aides qu’elles ont reçues de l’Etat et qui laissent « les gamelles » aux épargnants.

Changer les choses, c’est supprimer des milliards de revenus pour les différents intervenants dans cette chaîne financière (qui a dit Madoff ? Qui a dit chaîne de Ponzi ? ). Oui, je devais écrire ce qui est ci-dessus. Non par plaisir de faire du « rentre dedans », mais parce qu’aujourd’hui nous nous devons d’être un support pour les Hommes politiques qui travaillent à la mise en place de la Paix mondiale. Hier, la financiarisation vivait sur les cadavres ; demain, vivra-t-elle de la renaissance des finances de l’état….ou de l’augmentation et de la « banalisation » des cadavres ?
Cadavre ou relance financière des états, quel est votre choix ?

À vous de choisir Messieurs les politiciens, désirez-vous continuer de couvrir ces meurtres à grande échelle ou travailler à la reprise des Etats en forçant les financiers à travailler avec vous et pour vous. Si vous doutiez encore du chemin à prendre, je vous propose quelques sujets de réflexion. Que deviendra notre jeunesse lorsque leur vie ne sera faite que de chômage ou de boulots mal payés (en fait, c’est déjà le cas pour la plupart) ?
Que leurs parents leur auront transmis tout ce qu’ils avaient à leur transmettre ?
Et si un jour les pauvres et les mal-logés se rebellaient contre leur situation ?

Souvenons-nous des propos de Gandhi : « Si quelques milliers de Britanniques peuvent imposer leur domination à quelques millions d’Indiens, ce n’est pas grâce à la capacité de violence des Britanniques, mais plutôt à la résignation, à la complicité, à la coopération des Indiens. Les opprimés deviennent coresponsables de l’oppression qu’ils subissent dans la mesure où ils s’en accommodent et obéissent à ses lois. »

Et si un jour les mal-logés, les SDF, les « nouveaux pauvres » (ceux qui travaillent mais qui ne gagnent pas assez pour vivre « normalement ») infirmaient volontairement les propos de Gandhi sur la résignation.

Et si un jour leur « apathie », contre leur état et contre l’acceptation de leur situation, se transformait en rejet de leurs conditions de vie autrement qu’en se rebellant lors de match de foot ou dans la rue pour des raisons stupides ?
Certes pour l’instant, vous « maîtrisez » policièrement les pauvres, les mallogés, les SDF et les jeunes chômeurs mais demain lorsqu’ils en auront assez et qu’ils auront compris que la force du nombre est en leur faveur ?

Alfred Grosser, nous rappelle dans « La Croix » du 23 décembre 2009 page 26 :
« Regardez la « clientèle » sans cesse accrue du Secours catholique ou des Restos du coeur ou considérez ce que signifie le nombre de six millions de Français vivant au-dessous du niveau de pauvreté. » Je tiens à votre disposition cet article qui traite brillamment de « L’identité nationale ». Et si un jour, ils disaient non à cette société (autrement qu’en se saoulant ou en se droguant pour certains) et oui à leur idéal de société ?
Ce jour-là, seront-ils les architectes d’un renouveau ?
Ce renouveau sera-t-il meilleur ?

Pour ma part, j’en doute.

Et si un jour les fonctionnaires qui parviennent à peine à joindre les deux bouts, voire à se loger, décidaient eux aussi de se joindre aux peuples pour manifester ?
Et si demain, les désespérés qui se suicident optaient pour emmener avec eux les personnes qui les ont poussées à ce geste final afin de préserver d’autres personnes ?
Là où aujourd’hui on compte une dizaine de suicides, nous pourrions avoir plusieurs dizaines de « suicidés ». Pourquoi ne pas travailler ensemble (l’Etat et les Peuples) à résoudre les problèmes les plus importants au lieu de se les masquer grâce à des « bidouilleries » comptables/financières et de les reporter sur nos enfants ?
Je forme le voeu que 2010 soit l’année de prise de conscience par les plus « pragmatiques » d’entre nous que ce « nazisme financier » ne peut pas perdurer. Comme je l’ai écrit dans mon « coup de gueule » d’avril 2008 : Que valons-nous face à nos anciens ?
Eux qui, pour certains, savaient pour les camps de concentration, mais ne les voyant pas ne faisaient rien Nous, nous le savons ; nous, nous les voyons ; nous, nous les alimentons ; nous, nous les entretenons.

Que valons-nous réellement si nous continuons à fermer les yeux ?

Et si modifier le système de cotation permettait à la fois d’accélérer les mutations qui doivent arriver dans le secteur bancaire et d’éviter le prochain krach ?
À quand la « nationalisation » de certaines techniques financières afin de permettre le rétablissement financier des Etats ?


Bonne année

Christian Piré

Revue de presse concernant la financiarisation

 

Complément d'enquêtes émission d'Antenne 2 sur :

"Les nouveaux naufragés du logement" A regarder absolument.

Alain Touraine, sociologue, directeur d’études à l’EHSS, dans « Le Figaro » du 1er mars 2010 en page 18 :

Article intitulé : La crise et la double mort du social.

 « Une crise est beaucoup plus qu’une panne de secteur économique. Le système financier a créé des circuits coupés de la vie économique et celle-ci a subi les effets de cette crise, qui est devenue avant tout sociale par l’augmentation du chômage. Dans le cas présent, il s’est formé un deuxième système financier gigantesque qui n’a plus aucun rapport avec l’économie, qui n’a aucune fonction sociale sinon l’enrichissement de ceux qui le mènent. Et lorsque le financier se sépare de l’économique, l’ensemble du système social se casse, se fragmente. Résultat : nous sommes dans une situation qui ne peut être réglée, améliorée que si on recompose un système social. L’économie n’appartient plus à la société. Elle est devenue hors d’atteinte d’acteurs sociaux ou politiques. »

Yves Bordenave dans « Le Monde » du 24 février 2010 en page 10 :

Article intitulé : Le malaise des adjoints de sécurité illustre les craintes de précarisation dans la police.

« Les adjoints de sécurité ont du vague à l’âme. Recrutés « sans condition de diplôme » pour cinq ans par la police nationale afin d’effectuer « un premier pas vers le métier de policier » - comme c’est écrit dans les annonces -, ces apprentis gardiens de la paix revêtus de l’uniforme réglementaire et armés comme leurs collègues, sont aujourd’hui en proie à la précarité. »

AFP dans « Les Echos » du 24 février 2010 en page 6 :

Article intitulé : 76 000 affaires transmises au médiateur en 2009.

Jean-Paul Delevoye, médiateur de la République « « Je sens une société en tension et en usure psychique » « Avant, on était crevé au boulot, maintenant on est usé dans sa vie, on est tendu tout le temps ». Le rapport publié hier, insiste sur la nécessité pour les politiques de donner une voix à « la France des invisibles ». »

Marie Bellan dans « La Tribune » du 24 février 2010 en page 2 :

Article intitulé : Le médiateur de la République dénonce l’inflation législative.

Jean-Paul Delevoye, médiateur de la République « « Des difficultés d’application des textes, voire génère des situations d’iniquités », et pose un problème d’accès effectifs aux droits. »

Alain Gauvin, avocat, Lefevre Pelletier & Associés dans « La Tribune » du 24 février 2010 en page 12 :

Article intitulé : L’Etat schizophrène, promoteur de la spéculation.

« Depuis trois ans, l’objet de toutes les tromperies porte sur la spéculation. Pas un politique, en France, ne la fustige, sans d’ailleurs expliquer ce en quoi elle consiste et son utilité. Mais les Français, ceux qui ne sont pas au fait de ce qui se passe dans la sphère financière, savent-ils que les pouvoirs publics soutiennent, pour ne pas dire promeuvent, ceux qui jouent, ceux qui se livrent à des paris financiers ? La loi les protège même contre toute attaque judiciaire. Les pouvoirs publics craignent que les produits dérivés soient requalifiés juridiquement en paris, ce qui serait la mort des marchés à terme. Pourtant, si les produits dérivés étaient toujours économiquement justifiés, ce risque n’existerait pas. Les pouvoirs publics doivent d’urgence, se soigner de cette schizophrénie : fustigeant la spéculation en public, ils l’enfantent en coulisses.»

Yves de Kerdrel dans « Le Figaro » du 22 février 2010 en page 17 :

Article intitulé : Où est passé notre modèle social ?

« Et si nos politiques pensaient à la prochaine génération, plutôt qu’à la prochaine élection, ils constateraient que la question posée par ce système de retraites tient d’abord à l’incapacité de notre économie à maintenir des emplois, au-delà simplement de l’âge de 55 ans. Comment expliquer que 56% des Français (selon un sondage CSA réalisé en novembre dernier) estiment qu’il leur est possible de se retrouver SDF du jour au lendemain ? Il y a deux ans, ce chiffre était de 46%. Dans un cas comme dans l’autre, ce sentiment de précarité potentielle est stupéfiant. Comment est-ce possible que plus de la moitié de nos concitoyens se voient « sous un pont » alors que la France est le seul Etat qui consacre encore 36 à 37% de sa richesse à ce que l’on appelle « les transferts sociaux », soit cinq points de plus que les Etats du nord de l’Europe ? Notre pays est aussi celui où le sentiment de précarité au travail est le plus élevé au monde, avec un taux de 79% ! 100 000 salariés en contrat à durée indéterminée vivent aujourd’hui dans leur voiture, une caravane ou une cabane en bois de Meudon, n’est pas digne d’un pays qui se targue de son modèle social. A commencer par ce million de chômeurs qui va se retrouver cette année en fin de droits. Puisse « Le Quai de Ouistreham » livre de Florence Aubenas, ouvrir les yeux des experts qui restent en pâmoison devant le pacte social français. Vite ! Avant que la célèbre prophétie de Lincoln se réalise : « Vous pouvez tromper quelques personnes tout le temps. Vous pouvez tromper tout le monde un certain temps. Mais vous ne pouvez tromper tout le monde tout le temps. »

Denis Peiron dans « La Croix » du 18 février 2010 en page 2 :

Article intitulé : Des aînés de plus en plus exposés à la précarité.

« Longtemps, elles sont restées « invisibles ». Les personnes âgées, par fierté, préféraient souffrir en silence ou, tout simplement, ne ressentaient pas le besoin de pousser la porte des organisations caritatives. Mais à en croire Didier Piard, le directeur de l’action sociale à la Croix-Rouge « quelque chose a craqué ». Les retraités représentent 15% des personnes venant solliciter une aide alimentaire ou un soutien financier pour régler un loyer, une facture d’électricité ou de gaz. Cette année-là (2007), 8,8% des femmes âgées de 60 à 74 ans vivaient au-dessous du seuil de pauvreté (60% du revenu médian, soit 908 euros pour une personne seule), contre 8,3% pour les hommes au-delà du même âge. Au-delà de 75 ans, ces chiffres grimpent à 14,3% pour les femmes et 8,9% pour les hommes. « La pauvreté des personnes âgées est bien moindre que celle des jeunes » relève néanmoins Didier Gélot, directeur général de l’Observatoire national de la pauvreté et l’exclusion sociale. »

P. DE G. (à New York) et G. M. dans « Les Echos » du 15 février 2010 en page 28 :

Article intitulé : Goldman Sachs mis en cause pour son rôle dans le crise grecque.

« Après le « Spiegel », c’est au tour du « New York Times » de mettre en cause le rôle de Goldman Sachs dans la présentation « créative » des comptes de la Grèce qui aurait contribué à « camoufler » l’ampleur de sa dette. Selon le « New York Times », un montage élaboré par Goldman Sachs en 2001, à travers des swaps de devises, aurait notamment permis au gouvernement grec, juste après l’adhésion d’Athènes à l’Union monétaire, d’emprunter plusieurs milliards en « dissimulant la transaction aux yeux du public ». Ce schéma aurait aidé la Grèce à respecter les règles imposées par Bruxelles en matière de déficit tout en continuant de vivre au-dessus de ses moyens. Le gouvernement grec soupçonne désormais Goldman Sachs d’avoir massivement investi en « crédit default swaps » (CDS), en pariant sur un défaut de paiement d’Athènes. »

Philippe Boulet-Gercourt et service économie dans « Le Nouvel Observateur » du 11 février 2010 en page 61 :

Article intitulé : Une crise pour rien ?

« L’autorégulation pour régler tous les problèmes, c’est fini. Le laisser-faire, c’est fini (…) Si l’on veut reconstruire un système financier viable, la moralisation du capitalisme financier demeure la priorité » Olivier Besancenot ? Joseph Stiglitz ? Non : Nicolas Sarkozy, à Toulon le 25 septembre 2008 ! Et le président de poursuivre : « Comment admettre que tant d’opérateurs financiers s’en tirent à bon compte alors que pendant des années ils se sont enrichis, emmenant tout le système financier à la faillite ? L’impunité serait immorale. On ne peut pas se contenter de faire payer les actionnaires,les clients et les salariés les plus modestes, en exonérant les principaux responsables. Qui pourrait accepter une telle injustice ? » Un beau discours, vraiment… « Les banques ne jouent pas le jeu, juge Muriel Nahmias, du cabinet de conseil Bfinance. Le crédit est ainsi en train de diminuer dans le financement des groupes. Pour Pernod Ricard ou Lafarge, il constituera moins de la moitié des financements. » Les citoyens ordinaires ne sont pas mieux lotis. « Les banques font payer à leurs clients leurs erreurs et les pertes enregistrées pendant la crise, explique Serge Maître, secrétaire général de l’Afub (Association française des Usagers des Banques). Elles cherchent à reconstituer leurs marges sur le dos des consommateurs. » »

Régis Arnaud dans « La Tribune » du 10 février 2010 en page 27 :

Article intitulé : Les hedge funds, nouvelle marotte des Japonais.

« Faute de gagner de l’argent sur les actions et les obligations sur les actions et les obligations, les ménages se tournent vers la gestion alternative. Hedge funds n’est plus un gros mot au Japon. Les Japonais ont épuisé les recttes classiques de l’investissement. Ils se tournent vers des acteurs plus « sulfureux », comme les hedge funds.  « Il faut être court-termiste, liquide et transparent pour réussir avec les Japonais » explique Frédéric Eechaute, analyste vétéran de la place financière de Tokyo. « Banques et coutiers recueillent une commission moyenne de 6% la première année sur leurs frais d’ouverture de dossier, à quoi il faut ajouter les frais de gestion d’environ 2%. Bref, si vous gagnez moins de 10% par an, vous perdez de l’argent ! » relève Laurent Halmos, analyste et écrivain spécialisé sur les petites valeurs japonaises. »

Patrick Saint-Paul, correspondant à Berlin, dans « Le Figaro » du 10 février 2010 en page 20 :

Article intitulé : L’Allemagne devra relever ses aides sociales.

« Les juges de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe qui veille à la protection des droits fondamentaux ont estimé d’un un jugement quasi « révolutionnaire » que le système Hartz IV d’allocations sociales aux plus démunis était insuffisant. Le système en vigueur « est incompatible avec l’article 1, paragraphe 1, de la Loi fondamentale » qui garantit « le droit à une existence digne », a déclaré le président de la Cour, Hans-Jürgen Papier.  C’est pourquoi « les règles en vigueur ne suffisent pas au regard de la Constitution. Ces règles sont inconstitutionnelles. » La cour de Karlsruhe a jugé qu’il incombe à l’Etat de garantir à chacun « un minimum de participation à la vie sociale et culturelle » du pays. »

Marc Fiorentino, stratège d’Allofinance.com, dans « La Tribune » du 1er février 2010 page 12 :

Article intitulé : Les entreprises plus sûres que les Etats ?

« Les finances des Etats sont malheureusement gérées par des politiques et pas par des entrepreneurs, des politiques qui sont toujours entre deux élections et qui s’appuient souvent sur des oligarchies incompétentes. »

Gabriel Marc, ancien président du CCFD, dans "La Croix" du 19 janvier 2010 en page 27 :
Article intitulé : Le mépris des pauvres.

" Pourvu des liquidités reçues, le système, juste un peu dégraissé, reprend goût à ses anciennes pratiques. Plutôt que d'engager ses ressources rétablies pour financer l'investissement à long terme, il préfère le rendement immédiat du marché spéculatif pour se refaire du gras. Tant mieux pour les gagnants du jeu. Tant pis pour les autres : le chômage devient endémique, les salaires sont bloqués, sauf pour une minorité qui se les attribue jusqu'à l'invraisemblance, et les peuples de la pauvreté tirent la langue. La troisième crise est latente. C'est la crise alimentaire. Une personne sur cinq dans l'humanité ne mange pas à sa faim, ne dispose pas des calories nécessaires au maintien de son corps. Jusqu'à quand les peuples vont-ils courber l'échine sans rien dire face à l'arrogance des élités ?"

Anne Rodier et Adrien de Tricornot dans "Le Monde Economie" du 19 janvier 2010 en page 1 :
Article intitulé : Un million de chômeurs en fin de droits en 2010.

" Si rien n'est fait, 600 000 d'entre eux n'auront aucune aide de l'Etat. Les syndicats dénoncent un risque de paupérisation."

Joseph Stiglitz dans « Enjeux Les Echos » janvier 2010 page 20 :

« Nous sommes habitués à ce que l’Etat transfère l’argent des riches vers les pauvres. Ici, c’est l’argent des pauvres et des classes moyennes qui a été donné aux riches. Les contribuables déjà lourdement taxés ont vu leur argent – destiné en principe à aider les banques à consentir des crédits pour relancer l’économie – servir à verser d’énormes primes et dividendes. Le sauvetage des banques a mis en lumière l’hypocrisie ambiante. Tous ceux qui prêchaient la modération budgétaire quand il s’agissait de petits programmes sociaux destinés aux pauvres ont réclamé le plus grand programme d’aide qui ait jamais existé. Ceux qui vantaient la transparence des marchés ont créé un système financier si opaque que les banques elles-mêmes peinent à comprendre leur propre bilan. Par ailleurs, quand l’information est imparfaite, il arrive souvent que les marchés ne fonctionnent pas correctement. Or l’imperfection de l’information joue un rôle central dans les opérations financières et les événements extérieurs se propagent à l’ensemble des acteurs. L’innovation avait pour but de perfectionner l’exploitation des personnes les moins éduquées et de contourner les règles et les normes comptables conçues pour rendre les marchés plus efficaces et plus stables. »


Georges Soros dans « Enjeux Les Echos » janvier 2010 page 24 :

« On ne peut pas redémarrer un système qui a calé ; nous devons inventer un système de régulation qui n’a jamais existé. A l’heure actuelle, le système financier de chaque pays est soutenu et encouragé par son propre gouvernement. Mais les gouvernements se concentrent surtout sur leur propre économie. Ce qui donne lieu à des politiques que l’on pourrait qualifier de protectionnisme financier ; un protectionnisme financier qui perturbe et qui peut même détruire les marchés financiers mondiaux. »


Xavier Harel dans « La Tribune » du 13 janvier 2010 :

Article intitulé : Le FMI accuse le lobbying des organismes de crédit hypothécaire.

«  Une étude du FMI accuse le lobbying des institutions financières d’être en partie responsable de la crise financière. Fin 2007, le « Wall Sreet Journal » relevait que deux des principaux organismes de prêts hypothécaires avaient consacré 20,5 millions et 8,7 millions de dollars en donations politiques et en activité de lobbying de 2002 à 2006. Objectif ? Bloquer un projet de loi contre les pratiques prédatrices des banques, devant notamment déboucher sur la création d’une agence de protection des consommateurs de services financiers. « Pour une poignée de dollars : lobbying et crise financière ». Le FMI a constaté que les organismes financiers ont dépensé 475 millions de dollars entre 1999 et 2006 pour convaincre le législateur d’amender en leur faveur la législation sur les prêts hypothécaires ou la titrisation. »


Valérie Demon dans « La Croix » du 8 janvier 2010 :

Article intitulé : L’Europe fait l’union contre la pauvreté.

« L’Union européenne et les Etats membres lancent pour 2010 l’Année de luette contre l’exclusion sociale. Il y a urgence, car 79 millions d’Européens vivent aujourd’hui au-dessous du seuil de pauvreté. »


Bloc-notes de la rédaction de l’AGEFI Hebdo du 7 janvier 2010 page 46 :

« L’Assemblée nationale vient de publier une liste d’une trentaine de représentants de groupes de pression (lobbyistes) - organisations, institutions -, autorisés à accéder au palis Bourbon quotidiennement. Curieusement, aucun organisme ou entreprise du secteur de la banque n’a opté pour cet enregistrement à l’Assemblée. S’ils ne demandent pas à bénéficier d’accès privilégiés, c’est qu’ils n’en ont pas besoin, fait valoir une spécialiste du  lobbying français dans la livraison de décembre de la Revue parlementaire. De deux choses l’une. Ou les banques ont raté le coche et l’heure de l’inscription, ou elle disposent de suffisamment de représentants dans les rangs des députés pour se dispenser d’un lobbying légalisé et réglementé. »

 

Catherine Chatignoux et Richard Hiault dans « Les Echos » du 8 janvier 2010 en page 7 :

 

Article intitulé : Crise la résistance contre le retour du « business as usual » donne de la voix.

« Nicolas Sarkosy n’a pas mâché ses mots et a réitéré son message « Il faut changer nos idées et nos comportements », « Ce n’est pas parce que la croissance redémarre qu’il faut arrêter de penser à l’avenir », « La crise que nous avons connue n’est pas un accident conjoncturel. Elle est structurelle et systémique » : le président de l’OFCE, Jean-Paul Fitoussi « Tant que la crise n’a pas été comprise, elle n’est pas finie. Nous nous dirigeons tout droit vers le « business as usual », a-t-il souligné. En clair, les acteurs reprennent leurs anciennes habitudes. « Aujourd’hui, l’ingratitude se fait arrogante ». Les agences de notation, incapables de prévenir la crise et responsables en partie de son déclenchement, redoublent aujourd’hui leur surveillance sur la dette des Etats au risque de générer une nouvelle tempête financière sur les marchés. Bozibar Djelic, ministre des Affaires européennes de Serbie « Tout se passe comme si l’Occident n’avait rien trouvé d’autre que l’endettement pour soutenir l’activité », « Il faudrait que chacun apprenne à vivre selon ses moyens », « La puissance du lobby financier reste très forte, on l’a vu dans le traitement de la crise financières, et il faudrait, selon moi, briser les liens entre la haute fonction publique et les milieux financiers »


La revue « Challenges » du 3 décembre 2009 reprend un article de « The Economist » en page 47 :

« En 1974, le secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger avait assuré qu’aucun enfant n’irait se coucher la faim au ventre dès la décennie suivante. Vaine promesse ! Trente-cinq ans plus tard, près d’1 milliard de personnes souffrent de la faim. Et la situation risque d’empirer. Aucun des problèmes qui ont provoqué la flambée des prix des matières premières et les graves pénuries alimentaires de 2007–2008 n’a rien résolu. »

Nicolas Barré dans « Les Echos » du 2 décembre 2009 page 28 :

 

Propos de Lord Turner, président de la Financial Services Authority (FSA), l’autorité de surveillance des marchés britanniques : « Nous baignons toujours dans l’aveuglement collectif. C’est hallucinant, nous n’avons retenu aucune leçon ! Si on avait tenu compte du marché des CDS pour évaluer les risques du système financier, on en aurait conclu au printemps 2007 que le monde avait atteint un niveau de risque historiquement bas. Or on sait aujourd’hui que la fragilité du système était au contraire maximale !... Analyse, il est vrai édifiante, du Fonds monétaire international en avril 2006 à propos des bienfaits de l’innovation financière, en l’occurrence des « subprimes » : « la dispersion du risque de crédit par les banques en direction d’un groupe plus large et plus diversifié d’investisseurs a permis aux banques, plutôt que de conserver ces risques dans leur bilan, de rendre le système financier plus résistant. » Le FMI en concluait que « les banques commerciales sont désormais moins vulnérables aux chocs économiques et de crédit ». Lord Turner avait horrifié la City en juin dernier en évoquant un secteur financier « hypertrophié ». Toutes les activités de « trading » ont-elles une justification économique ou comportent-elles une part de « rente » prélevée sur l’économie réelle ? « Depuis la crise, cette question n’est plus considérée comme illégitime » Constate-t-il. La valeur des dérivés de crédit a été multipliée par 20 depuis 1995, passant de 18.000 à 400.000 milliards de dollars alors que la valeur du PIB mondial a été multipliée par 3. Les transactions de change représentent 50 fois les échanges mondiaux. »


Gaël Giraud, jésuite, Ceras, Ecole d’économie de Paris dans « La Croix » du 1er décembre 2009 page 23 :

« En 2009, beaucoup de banques d’investissement occidentales semblent avoir renoué avec la bonne santé financière. BNP Paribas aurait ainsi provisionné un milliard d’euros pour récompenser ses traders en février prochain. Goldman Sachs, 11,4 milliards de dollars. Pourtant, une large part des bénéfices affichés par les banques est fictive. Elle résulte d’une opération comptable qui masque l’étendue du désastre provoqué par le krach des subprimes. A l’automne 2008, en effet, le régulateur a consenti aux banques prises de panique une dérogation les autorisant à ne plus comptabiliser leurs « actifs toxiques » sur la base de leur valeur de marché – laquelle était devenue nulle. Ce régime d’exception constitue une entorse aux normes comptables internationales européennes IFRS destinées à éviter la répétition de 1929. Les bénéfices bancaires reposent donc sur des bilans largement suspects où beaucoup d’actifs toxiques sont valorisés d’une manière qui échappe à la « vérité du marché ». Quant à la partie non fictive des profits bancaires, elle provient de l’octroi de prêts à taux élevés d’un argent que les banques empruntent à bas taux aux banques centrales : une stratégie dont l’économie réelle est la perdante comme en témoigne la croissance du chômage »

Emmanuel Faber, directeur général délégué du groupe Danone, dans « la Croix » du 20 novembre 2009 page 13 :

« L’économie et le social ne sont pas séparés. Seul l’humain existe. Le grec oikosnomia ne dit pas autre chose, qui se traduit par : l’administration du lieu de vie, l’art de vivre ensemble. Toute relation aux autres est économique. Serait-il donc iconoclaste de rappeler qu’une entreprise n’existe que parce qu’elle a une utilité sociale ou, plus largement, sociétale ? Si, au nom du profit, elle satisfait insuffisamment ses salariés, ses clients, ou ses fournisseurs, elle est vouée tôt ou tard à l’échec. On peut aller jusqu’à dire que sa valeur est donc fonction du profit qu’elle consent à ne pas réaliser, dans le but de partager avec ses parties prenantes, car elle crée alors des relations d’interdépendance qui la pérennisent. Est-il concevable de laisser à la seule main invisible, force aveugle de l’intérêt personnel des plus habiles ou cupides d’entre nous, la responsabilité collatérale de tirer hors de la pauvreté les trois quarts de l’humanité, pour l’instant laissés pour compte dans l’économie de marché ? » 


Gaël Giraud, religieux jésuite, chercheur au CNRS, membre de l’Ecole d’économie de Paris, dans « Le Nouvel Economiste » du 19 novembre 2009 page 24 :

« La crise est née de cela ; du fait que des financiers soient prêts à prendre des risques démesurés sans jamais s’interroger sur la finalité sociale de leur action parce qu’ils étaient convaincus de l’omnipotence du marché. Ces sont ces logiques qui justifient que l’on affame des populations pour un placement rentable. L’économie est censée servir l’intérêt général, ne l’oublions pas. Il est temps de le réintroduire comme finalité économique. »


Alain-Gérard Slama dans « Le Figaro » du 18 novembre 2009  page  17 :

« La procédure est inséparable du fond, et c’est, dans notre système judiciaire, le fond, c’est-à-dire le droit, qui souffre du plus grand malaise. Le droit reflète l’état d’une société plus encore qu’il n’agit sur elle. Or le droit évolue, en France, dans un sens qui entretient le soupçon, prend en compte le ressentiment, reflète la surenchère de demandes de sécurité, trahit la dégradation des rapports de civilité, encourage les plaintes et encombre les tribunaux. Les détournements de procédure sont les fruits amers de cette évolution. Aucune réforme du système judiciaire ne peut espérer aboutir tant que la justice restera l’otage des pressions du pouvoir politique d’un côté, et des passions publiques de l’autre. Avant même le choix de procédure, qui assurément, en ces matières, jouent un rôle, c’est l’évolution de notre droit lui-même, de sa stabilité et de sa cohérence qui est en cause. »

Alain Faujas, service économie-Entreprises dans «Le Monde» du 31 octobre 2009 page 2 :

« Les spectaculaires montagnes russes des cours des matières premières exaspèrent les consommateurs dont le pouvoir d’achat pâtit de ces hausses ; les producteurs qui ne savent comment survivre aux chutes de leurs revenus, sauf à mettre au chômage leurs salariés comme en République démocratique du Congo où 300 000 mineurs ont été congédiés ; et les gouvernements sommés d’intervenir. Au début des années 2000, producteurs et consommateurs ont été rejoints sur ces marchés – où ils se couvraient contre les variations de prix à venir – par une nouvelle sorte d’acteurs, les investisseurs institutionnels qui ont découvert qu’ils pouvaient placer leurs formidables liquidités sur l’étain, le blé, la viande, le pétrole etc., des produits promis à une appréciation forte pour cause de croissance démographique et d’élévation du niveau de vie. Ces investisseurs ont joué des indices des matières premières, au point que les masses financières investies dans cette nouvelle classe d’actifs sont passées de 13 milliards de dollars, en 2003, à 320 milliards, à la mi-2008. »


Michel Rocard dans « Le Monde » du 28 septembre 2009 page 10 :

 « Le système bancaire comporte encore en son sein des éléments porteurs de crise. Ces éléments doivent disparaître. Sinon ça va recommencer. Allusion est faite aux produits dérivés notamment. Ce sont eux qui ont provoqué le quadruplement des prix du pétrole entre 2002 et 2006 et le doublement des cours du blé, du maïs ou du soja. Cela a abouti aux émeutes de la faim en Afrique, qui ont fait plusieurs milliers de morts dans une douzaine de pays. »


Olivier de Schutter, rapporteur des Nations Unies, dans « Le Monde » du 17 septembre 2009 page 4 :

« La faim, toujours. Et à des niveaux jamais atteints : sous l’effet de la crise économique, la barre du milliard de personnes souffrant de sous-alimentation a été franchie en 2009. Les causes structurelles de la crise alimentaire de 2008 – une brutale hausse des prix liées à des facteurs conjoncturels puis accélérée par la spéculation – restent en place. Il suffit d’une étincelle pour que la hausse des prix redémarre. On n’a pas tiré les leçons de la crise passée.  Parmi les nombreuses raisons qui poussent à la spéculation sur la terre, il y a de grands projets de plantations qui sont liés à l’appât que représente le marché des droits à polluer.»


Xavier Harel dans « La Tribune » du 17 septembre 2009 page 6 :

« Alors que la faim touche plus d’un milliard de personnes dans le monde, aucun chef d’Etat ou de gouvernement n’a jugé bon de se rendre au sommet organisé par l’agence onusienne. Seule l’Italie, hôte du sommet, est représentée par son chef de gouvernement, Silvio Berlusconi. La situation est pourtant alarmante. « Aujourd’hui, plus de 17.000 enfants vont mourir de faim, un toutes les cinq secondes, 6 millions par an » a rappelé dès l’ouverture du sommet le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon. »


Michel Rocard dans « Le Monde » du 28 septembre 2009 page 10

« Double révolution structurelle et intellectuelle qui s’est déroulée à partir de 1975. Les fonds de pension, les fonds d’investissement et les fonds d’arbitrage (hedge funds) ont pris le pouvoir au sein des multinationales. Avec un mot d’ordre : produire toujours plus de dividende. L’organisation du travail a changé. Les grandes entreprises ont considéré que la paye de leurs balayeurs, de leurs employés de maintenance ne devait pas être tirée par le haut par le fait qu’ils appartiennent à des sociétés à haute qualification. Elles les ont sortis de la structure pour les transférer dans des PME, non filialisées, peu syndiquées et qui payent moins bien. On a vu apparaître une nouvelle catégorie de salariés : les précaires, qui ont fini par représenter entre 15% et 20% de la main-d’œuvre de tous les pays développés. Puis on a vu émerger les pauvres, c’est-à-dire des adultes valides, exclus du marché du travail. Tout cela aboutit à moins de consommation et à une hantise générale de l’insécurité, qui décourage tous les comportements d’audace de la vie économique. La crise financière n’a rien à voir avec tout cela, elle a simplement frappé des économies déjà anémiées. »

Michet Henochsberg, professeur d’économie, animateur du Forum d’Action Modernités,  dans « Les Echos » du 22 septembre 2009 page 17

« Il est désormais envisageable d’oser la question : ne croyez-vous pas qu’on a exagéré l’amplitude et donc la gravité de la crise financière qui a dégénéré en crise économique ? Ne croyez-vous pas que l’effet panique a grossi le sillon de la crise dite du siècle ? N’avons-nous pas été confrontés au spectacle surmédiatisé d’une catastrophe suivie en direct par une planète tétanisées par le désastre promis ?....Nous avançons l’hypothèse de la surestimation de l’événement par l’opinion, les médias et ses experts. Le déséquilibre étant patent, la panique ayant eu lieu, le constat est que tout le monde a eu intérêt à forcer le trait, à invoquer la grande catastrophe et à envisager la fin du monde. La planète médiatisée s’est installée dans la grande crise, supérieure à tout ce qu’on avait vu. Nous baignons dans le superlatif, c’est la loi de notre époque, et l’intérêt immédiat de la plupart des acteurs majeurs. L’exacerbation unanime de l’événement servait tous ceux qui avaient des responsabilités dans la mesure où la crise a des dimensions extrinsèques aux volontés. Les Etats et les politiques ont exalté la maudite crise qui leur tombait dessus, comme si elle descendait d’une lointaine planète financière, extérieure et malfaisante. Du coup, l’Etat et ses institutions ont le beau rôle : l’immeuble se lézardait de partout, ce n’est pas de leur faute, et, en revanche, ils colmatent les brèches et sauvent l’édifice. Dès l’annonce de la débâcle financière, il devenait utile à beaucoup de monde que l’événement soit grossi, magnifié et donc surestimé. Le monde financier a entonné la même exagération qui lui a permis de bénéficier du sauvetage public : « la crise est immense et l’on ne peut pas nous laisser tomber.» Et dans le cadre de l’imbrication économico financier, cet impératif a parfaitement fonctionné. Tout ce procès qui a fait de la « crise » le pivot permanent du quotidien de chacun a été orchestré par les médias et soutenu par les Etats. Et pour boucler cet hymne à une fin du monde, on ne doit pas oublier les experts économistes qui ont apporté une contribution décisive à la théâtralisation, prédisant une grande catastrophe, des voix notoires assurant que c’était bien pire que la grande crise de 1929. »

 

Eric Le Boucher dans sa chronique dans « Les Echos » du 18 septembre 2009 en page 13 :

 

« Les banques centrales prêtent à des bas taux des milliers de milliards aux banques, Celles-ci ne prêtent pas à l’économie réelle (il est vrai que la demande des industriels et des ménages est moins forte) et elles placent l’argent sur des actifs risqués, les Bourses y compris les plus exotiques ou les matières premières dont les prix ont doublé depuis le début de l’année. Bref, l’excès de liquidité et la



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